Premières lignes – 20 juin

Premières lignes d’un livre que j’ai lu il y a quelques mois déjà :

« Londres, mardi 30 juin 1908

Les pierres des façades exsudaient doucement la chaleur que la mégalopole britannique avait avalée depuis l’aube. Assis à l’angle, de Sackville Street et Picadilly, le cireur de chaussures comptait les pièces de monnaie dans sa poche en les faisant tinter. il avait choisi l’endroit en raison de la poussière terreuse soulevée en permanence par la circulation et l’affluence des piétons, qui ne cessait de grandir.

— Un penny pour faire briller vos chaussures ! proclama-t’il sans conviction à la jeune femme qui arrivait à sa hauteur.
L’état des souliers de la passante exprimait son indifférence pour la brosse à reluire. Elle lui répondit par un sourire, dont il se dit qu’il valait bien toutes les pièces accumulées depuis le début de la journée, et s’engouffra dans Picadilly Street. « 

Les heures indociles par Marchal

( J’ai lu le roman d’Eric Marchal alors que j’étais en train d’écrire un roman se déroulant pendant la même période historique, soit parce que j’étais à la recherche d’éléments susceptibles de m’apporter des infos, soit simplement parce que j’avais besoin de « baigner » dans l’atmosphère du début du XXème)

Résumé : 1908. La reine Victoria n’est plus et son fils Edward VI se rapproche de ses voisins européens. Le vieux monde britannique se fissure sous l’impulsion de groupes d’avant-garde, comme les suffragettes qui mènent une lutte acharnée pour le droit de vote des femmes. L’heure n’est pas à la révolution, mais à une révolte sociétale de moins en moins feutrée dont les hauts faits se déroulent dans le Londres de Virginia Woolf et de Conan Doyle, celui des parcs et de la bourgeoisie de l’ouest et que des taudis de l’East End ouvrier. Dans Les heures indociles, Éric Marchal relate le parcours de trois personnages hors du commun : Olympe Lovell, la suffragette, une guerrière au service de Mrs Pankhurst, prête à tous les sacrifices pour la cause. Thomas Belamy, l’annamite, médecin au Saint Bartholomew Hospital, le plus vieil établissement de Londres. Il travaille dans le service flambant neuf des urgences et dirige un département de médecine non conventionnelle dont le but est d’unifier les pratiques occidentales et chinoises. Enfin, Horace de Vere Cole, le plus excentrique des aristocrates britanniques, poète et mystificateur, à la recherche de son chef d’oeuvre / le plus grand canular de tous les temps. Chacun d’eux est un rebelle. À deux, ils sont dangereux. À trois, ils sont incontrôlables et deviendront la cible du pouvoir et d’un mystérieux personnage se faisant appeler l’Apôtre.

Dans ce gros roman, Eric Marchal nous fait littéralement remonter le temps, nous faisant voyager dans la cité londonienne du début du début XXème. On va y suivre Olympe, une suffragette proche de la famille Pankhurst, les fondatrices de la WSPU , à l’heure où le combat pour le vote des femmes prend une tournure plus incisive. C’est aussi ce qui est brillamment illustré dans le film Les Suffragettes.

Image dans Infobox.

Mais Les heures indociles ne se concentre pas seulement sur Olympe, il se focalise également sur deux autres personnages : l’un est un médecin métis (franco-asiatique), Thomas Bellamy qui s’illustre avec de brillantes mais controversées innovations médicales, l’autre un personnage ayant vraiment existé, Horace de Vere Cole , dont on va suivre les mystifications (qui prennent tout leur sens dans le roman). Les points de vues des trois personnages alternent et permettent une dynamisme du récit qui ne laisse pas de place à l’ennui.
Tout est très bien documenté. On croise également d’autres personnages connus, dont une jeune Virginia Woolf, les soeurs Pankhurst, des hommes politiques et membres du gouvernement en place en 1908, et d’autres encore que j’ai relevé au fil des pages.
L’époque (sous le règne d’Edward VI) est finement retranscrite ; on a souvent l’impression d’avoir effectivement emprunté une machine à remonter le temps. D’autres romans se passant quasiment à la même époque, mais pas à Londres, rendent très bien cette atmosphère en retranscrivant des détails simples mais vivants : je pense par exemple à la série policière et historique du duo signée Claude Izner qui se passe à Paris fin XIXème- début XXème.  Victor Legris et sa librairie L’Elzévir, passionné de photographie et d’ouvrages anciens, se trouve mêlé à des affaires criminelles La série est aussi l’occasion de croiser des personnages historiques réels, parmi lesquels, au premier rang, Henri de Toulouse-Lautrec, mais aussi  La GoulueRavacholPaul Verlaine et d’autres célébrités de l’époque.

Ici aussi, une intrigue digne d’un roman policier se met en place. Et même si ce mystérieux apôtre n’est pas forcément le principal atout de ce livre (trop facile à découvrir, à mon avis), les aventures croisées d’Olympe, de Thomas et d’Horace, leur amitié et, bien sûr, l’histoire d’amour qui se noue, valent la lecture. D’ailleurs, la romance n’est jamais lourde ; Olympe restant fidèle à ses convictions et ne perdant pas son cerveau en cours de route pour se conformer à un certain modèle…. (malheureusement, un schéma trop souvent lu/vu avec les personnages féminins). Ici, le couple Thomas/Olympe reste admirablement équilibré ; cela apporte un plus au roman qui n’en est que plus cohérent.

Un grand « oui », donc, pour ce roman.

Premières lignes – 13 juin

Il fait chaud et ces Premières lignes (admirablement bien écrites) sont là pour donner de la fraîcheur. Enfin, du frisson.

« Je ne voyais plus le plafond de ma chambre. La pièce s’était brusquement assombrie, comme si on m’avait jeté une couverture sur la tête. Je ne voyais même plus mon haleine monter dans l’air froid.
Pris de panique, je voulus me redresser mais j’étais comme paralysé. Soudain, je retrouvai la vue. Et je le regrettai aussitôt.

Le plafond émettait une faible lueur d’un jaune malsain, sur laquelle se dessinaient des ombres mouvantes. je crus d’abord que c’étaient celles de branches dénudées projetées par la lune. Mais elles prirent bientôt une forme identifiable : la silhouette d’un personnage sans visage.
La sueur me mouilla les paumes et mon coeur battit la chamade. Glacé d’effroi, je tentai en vain de détourner le regard.
Puis une voix s’éleva. « 

J’avais quitté l’univers de l’Epouvanteur avec le sentiment mitigé que ce cycle (celui de Tom Ward) se terminait de façon non concluante. J’attendais donc cette fameuse série avec Frère Wulf qui devait suivre Tom et Alice dans leur lutte contre les créatures de l’Obscur tout en déplaçant le point de vue. Je me demandais si cela aurait pour effet d’apporter un nouveau souffle à un cycle qui avait tendance à parfois s’essouffler. Ainsi, au fil des épisodes de l‘Epouvanteur, les disparitions successives de personnages importants de l’univers (Gregory, Grimalkin) même si elles s’expliquent tout à fait et s’inscrivent dans une certaine logique de l’histoire, sont quand même assez vite expédiées. C’est encore plus flagrant quand on voit que la sorcière emblématique, Grimalkin, réapparaît régulièrement pour donner un coup de main à nos deux héros, Tom et Alice.
Je passe sur l’idée intéressante de la jeune apprentie de Tom, Jenny, septième fille d’une septième fille. On n’a pas le temps de voir comment ce concept aurait pu se développer puisque le personnage disparaît aussi vite qu’il est apparu. Et là aussi, c’est dommage.
Pas mieux : l’épisode des Kobalos (derniers tomes de la série initiale), des ennemis tellement costauds que l’auteur a hâte de s’en débarrasser pour peut-être passer à autre chose (mais je ne suis pas dans la tête de l’auteur 😉 ). Du moins est-ce l’impression que j’en ai eu (L’héritage de l’Epouvanteur — pas vraiment une réussite).
Heureusement, ce premier tome de Frère Wulf ne comporte aucun des points faible que je viens de citer (je chipote mais j’aime beaucoup trop ce qu’écrit Delaney pour lui en vouloir longtemps, en fait).
On retrouve les ingrédients qui donnent le ton à la série — et oui, il faut avoir lu le reste sous peine de ne pas comprendre grand chose car l’auteur aborde, entre autres, la question de l’hérédité de Tom (sa maman), le passé d’Alice et sa spécificité en tant que sorcière. A nouveau, on suit Wulf dans un monde qui n’est ni celui des humains, ni l’Obscur. Quant à la menace, elle sera double : une nouvelle créature, ancienne, et une autre, fabriquée par les êtres humains, l’Eglise.
On frémit, on est surpris… Et on attend la suite 🙂

Un très bon tome que j’ai lu à l’occasion de la Masse Critique Babelio.

Frère Wulf, tome 1 : L'enlèvement de l'Épouvanteur par Delaney


Résumé : « Tu as pu constater à quel point il est dangereux de m’accompagner, et il te manque certaines compétences pour rester dans une relative sécurité face à l’obscur. Par chance, tu possèdes l’essentiel de ce qu’il faut à un apprenti épouvanteur. À l’époque où je cherchais un secrétaire, le prieur m’a assuré que c’était inscrit dans les archives du monastère : tu es le septième fils d’un septième fils. »

Frère Wulf, un jeune moine, doit espionner Johnson, un épouvanteur aux pratiques douteuses. Se faisant passer pour un scribe, Frère Wulf étudie le quotidien de son nouveau maître. Mais un jour, Johnson disparaît. Très inquiet, Wulf décide de chercher de l’aide.
C’est donc au milieu de la nuit qu’il frappe à la porte d’une étrange maison, dont le propriétaire n’est autre que Tom Ward. Ensemble, les deux hommes partent affronter une puissante créature de l’obscur… Mais le chemin est long, et les dangers, nombreux.

Un titre que j’ajoute au Challenge de l’Imaginaire.


Les femmes de l’art — 12

Pour terminer cette série, des femmes qui dessinent d’autres femmes et un genre bien particulier, celui des pin-ups.

ZOE MOZERT (1907-1993)

Elle-même avait posé en tant que pin-up tout en faisant ses études d’art. Elle a travaillé toute sa vie comme illustratrice et a connu le succès. Beaucoup de travail au pastel

PEARL FRUSH (1907-1986)

Encore une artiste extraordinaire dont la technique à la gouache et à l’aquarelle, ainsi que la maîtrise de la lumière, faisaient ressembler ses oeuvres à des photos. (quand je vois ce qui suit, je me demande pourquoi certaines et certains préfèrent complètement tomber les pinceaux pour le digital…ça rend très bien comme ça aussi : cette netteté!)

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JOYCE BALLANTYNE (1918-2006)

Et voici la dernière du trio nommé le « Girl’s club » puisque la profession d’illustrateur de pin-ups (ça va étonner qui ?) était largement masculine. Mais on peut voir que ces trois femmes avaient un sacré talent et qu’elles ont mené de brillantes carrières.

Joyce Ballantyne est connue pour cette illustration (pour une marque de crème solaire):

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Joyce Ballantyne

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Premières lignes – 6 juin

Premières lignes

 » Paris 1910

Paul Andret se tenait debout, face à son bureau, hésitant entre la colère et l’agacement. Sn regard allait des piles de documents — soigneusement classés dans leurs chemises de papier kraft — aux fiches qui reposaient là depuis la veille. « Signalement : taille 1,62 m, cheveux et sourcils châtain foncé, front bas, yeux pâles, teint sanguin, nez cave, légèrement sinueux. Signe particulier : auriculaire de la main droite amputé…. ». Bon, songea-t’il avec agacement, dans quelle catégorie je vais bien pouvoir ranger ce lascar ? Il posa la feuille qu’il venait de parcourir rapidement, lissant distraitement le papier du dos de la main.
Etait-ce vraiment ça qu’ils attendaient de lui ? Qu’il supporte la charge de travail de cinq hommes ? Qu’il prenne continuellement des décisions dont lui seul comprenait les conséquences ? Il soupira en redressant sa longue silhouette. »

Les brigades du steam par Barillier
Les Brigades du Steam

Avec ce roman, on croirait avoir remonté le temps jusqu’au début du vingtième siècle au temps du Tigre (Clemenceau) et des célèbres Brigades. Sauf que…ce n’est pas tout à fait exact. Nous nageons dans le steampunk (bien dosé, d’ailleurs) et voici des brigades …assez intéressantes.

Auguste est un jeune mobilard, tout juste débutant à la brigade d’Aix-en- Provence. Il va se retrouver affecté en binôme avec une « ancienne », Solange, une dure à cuire qui a subi une grave blessure et a perdu son co-équipier dans ce qui va s’avérer être un complot. De là, les aventures, les scène d’action et les combats s’enchaînent crescendo…
Et comment dire ? simplement ceci : la construction du livre est une réussite.
Le rythme est lent pour la mise en place (prologue puis les premiers chapitres pour la présentation des personnages) ; c’est tout à fait ce qui convient, ni plus ni moins.
Dès que le duo est réuni, peu à peu l’action s’intensifie, les scènes de combats ou de poursuites sont très bien décrites et ne ressemblent jamais à un fouillis indescriptible (comme trop souvent….).
Quant aux personnages, rien à dire, non plus : c’est un duo classique. Lui est un peu naïf mais pas crétin non plus. Elle a vécu le pire et ne veut plus de contacts avec les autres humains, dirait-on ; elle a perdu son meilleur ami. De plus, elle a dû endurer le sexisme et les remarques déplacées au sein des Brigades, étant l’une des seules femmes à exercer ce métier (nous sommes en 1910, c’est tout à fait pertinent).
Pour le côté steampunk, il n’est pas envahissant, peut-être un brin léger. Mais cela ne m’a pas dérangée. Au contraire, je préfère qu’il soit utilisé de façon subtile, de cette façon. J’ai parfois lu des romans complètement farfelus qui finissaient par ruiner leur univers à force d’en rajouter sur le côté « cuivre/vapeur » et autres inventions. J’ai donc trouvé qu’ici, cela fonctionnait bien, de manière très cohérente.
Je pense que le seul point qui est, peut-être, un peu faible, est le côté « complot » qui m’a paru quand même très simple. J’avais envie que les choses soient un tantinet plus complexes. Disons que, puisqu’il y a enquête, pour réellement entrer dans le côté policier, il aurait fallu que l’intrigue soit un minimum plus touffue (oui, les lecteurs et lectrices de polar aiment que ça soit ardu, je sais 😉 ).
Mais cela n’enlève rien à la qualité : du style, de la construction du récit, des personnages, de l’univers. Il y a une vraie recherche historique, également.

Un roman réjouissant que l’on referme en se disant  » et la suite? ». L’avenir prochain nous dira si la suite est pour bientôt.

Je voulais ajouter que j’avais déjà lu Les Foulards rouges de Cécile Duquenne et que j’en gardais un bon souvenir. Et, surtout, je tiens à souligner son travail avec son école d’écriture. A titre personnel, ses masterclasses m’ont permis de lever bien des freins et d’avancer depuis 2019.

Résumé : Solange Chardon de Tonnerre, membres de la treizième Brigade mobile de la ville d’Aix-en-Provence, est une inspectrice coriace.

Mais quand elle perd son coéquipier dans une explosion et qu’on lui remplace son bras par un bras mécanique, sa vie bascule.

Il lui faudra surmonter ces épreuves pour relancer l’enquête et faire preuve de patience avec le jeune Auguste Genovesi, une nouvelle recrue avec qui elle doit faire équipe.

Un grand roman steampunk dans le sud de la France, haut en couleur !

Collection Les Trois Souhaits
Actu SF

Livre papier
978-2-36629-478-1
Parution : 25 octobre 2019
Prix de vente : 19,90 €

Trois airs, c’est tout

En général, je partage ce que j’écoute ou ce que je découvre par hasard (ou selon le « hasard » des algorithmes) sur certains réseaux sociaux mais je me disais qu’ici, ça serait sympa aussi, de temps en temps.

J’ai donc, dans l’ordre ou le désordre :

Une découverte récente

Ils sont russes ; c’est leur première vidéo. J’ai lu qu’il faisait de la « folk atmosphérique » et quelqu’un les a comparés à Wardruna aussi. Ils s’appellent ЛЕДЪ : ce qui signifie « glace » en russe (lyod). Ils m’ont fait penser aussi à the Hu (et c’est sans doute à cause de the Hu et Wardruna que je les retrouve en « proposition » sur YT).

Un vieux titre

Et ça, je le dois à une radio qui a diffusé l’un de leurs titres (« Love shack ») l’autre jour pendant que j’étais dans la voiture. The B52’sPrivate Idaho

En français

Je ne me souviens plus qui a partagé cette vidéo mais j’ai ainsi découvert Rit (artiste marseillais).

Découverte des Découvertes du Printemps de Bourges en 2001, il assure ensuite, en Homme Orchestre, les premières parties de Maxime le Forestier, Sergent Garcia, Zebda, Tryo.

Et c’est tout pour aujourd’hui 😉

Les femmes de l’art – 11

Virginie Demont-Breton (Courrières, 1859 – Paris, 1935), fille de Jules Breton (1827-1906), artiste alors réputé, qui sera son maître, et nièce du peintre Emile Breton (1831-1902)  est une artiste peintre et femme de lettres française.

LES TOURMENTES_0

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Dialogue avec son père, à l’âge de cinq ans, quand elle a effectué un dessin à l’aquarelle :

« Tu seras un peintre

En riant je lui répondis :

–          Mais non, je ne serai pas un peintre, puisque je serai une femme !

–          Cela ne fait rien. Tu seras un peintre tout de même.

–          J’aurai le droit ?

–          Certainement ! et tu ne seras pas la première à en avoir le droit, tu sais bien qu’il y a Rosa Bonheur et encore d’autres » (Mémoires)

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File:Demont-Breton-la-plage.jpg

Les petits goëlands par Virginie Demont-Breton sur artnet
Virginie Demont - Breton (1859 -1935) French Painter "Andiamo a fare il  bagno" | Comment peindre, Peintre, Marie thérèse
94 idées de Virginie Demont-Breton en 2021 | virginie, breton, marie thérèse

Premières lignes — 31 mai

Premières lignes

« En France, et à vrai dire, un peu partout en Occident, voire dans le monde, on aime les séries britanniques; bien sûr, nous regardons surtout des séries américaines parce qu’elles sont plus les nombreuses, les plus en en vue, parce que certaines sont très novatrices. Mais nous aimons les séries britanniques. Nous les aimons parce qu’elles sont souvent réussies, bien produites, et très bien interprétées, tout particulièrement les séries historiques. « 

L'Angleterre en série par Deroide

L’Angleterre en séries est un petit livre attractif (les illustrations sympas) qui aborde trois séries anglaises : The Crown, Dowtown Abbey et Peaky Blinders et prétend les décortiquer pour analyser les XXème siècle au travers de leurs épisodes. Cela m’a paru intéressant, de prime abord. C’est bien pour cette raison que je l’ai emprunté à la bibliothèque, ayant regardé les 3 séries. Enfin, j’en suis à la fin de la saison 4 pour the Crown (mon enthousiasme a sérieusement diminué, j’avoue) ; j’ai vu et revu Downtown Abbey car, même si la série comporte de nombreux défauts, dont une terrible indulgence envers l’aristocratie très peu crédible, la série reste bien écrite et bien interprétée ; et je visionne lentement Peaky Blinders en ce moment (je dois en être à la saison 4).

Découpé en quatre grandes parties (personnages historiques ; la représentation des moments-clés du XXe siècle ; groupes sociaux et communautés en Angleterre ; la British touch ), le livre est aussi truffé d’anecdotes historiques et également de « secrets » de tournage (qui sont souvent bien connus, mais ce n’est pas très grave). La présentation est claire, aérée, bien illustrée. Tout est fait pour que le sujet soit attractif…
Mais au final, il y a un hic. Car non seulement on n’apprend rien, mais à part énumérer quelques informations historiques que l’on peut retrouver n’importe où (à peu près dignes de la wikipedia), cet ouvrage n’apporte vraiment rien. C’est assez triste quand on lit que l’auteur est agrégé d’Histoire et enseignant…
Un livre assez inutile au final. Dommage.

Résumé éditeur :

Les trois séries so British préférées des Français enfin décryptées ! En France, on aime les séries anglaises parce que l’histoire des Britanniques au XXe siècle, au fond, c’est aussi la nôtre : deux guerres mondiales, une industrie florissante, l’émancipation des femmes… Et quoi de mieux que d’analyser ce siècle riche en événements grâce à trois séries désormais cultes, qui se démarquent par leur succès international, leur production irréprochable, et leur charme incontestable ? Vous aurez bien sûr reconnu les maîtres et valets de Downton Abbey, les gangsters de Peaky Blinders, et les royals de The Crown ! Dans cet ouvrage richement illustré, retrouvez vos personnages préférés des familles Crawley, Shelby et Windsor, et plongez avec eux au coeur d’une époque inoubliable, où les majestueuses tenues du tea time se mêlent à la rigueur de l’étiquette de la famille royale et aux fumées des usines de Birmingham.

Ioanis Deroide
Boris Zaïon (Illustrateur)EAN : 9782412052983
160 pages
Éditeur : FIRST (27/02/2020)

Premières lignes – 24 mai

Premières lignes, cette semaine : on va au Nord (et on remonte le temps) :

Il ne s’agit pas d’un roman mais d’un essai, signé Jóhanna Katrín Friðriksdóttir, paru aux éditions Autrement qui tente d’explorer la place de la femme dans la société viking via les récentes découvertes archéologiques ainsi qu’au travers de l’étude des textes (sagas, edda).

L’ouvrage croise les sources et donne des éclairages intéressants mais ne cesse, d’ailleurs, de faire des allers et retours entre les fouilles archéologiques et les références aux sagas (avec un bémol pour les répétitions, trop nombreuses, des mêmes sagas : quand on les connaît un minimum, ça lasse et surtout, ça n’apporte pas grand chose).
La vie des femmes vikings est découpée selon les différents âges de manière chronologique : enfance, adolescence, mariage, maternité, … avec des petits ajouts passionnants sur les fameuses valkyries (en introduction, par ex.).
L’autrice parle aussi des femmes qui auraient tenu des rôles de combattantes et prend du recul avec ce qu’on peut voir en ce moment dans certaines séries (bonjour Vikings !). Certes, il est probable que quelques femmes aient combattu mais, à l’heure actuelle, rien ne permet d’affirmer que de nombreuses femmes étaient des guerrières.
De même, il semble que les femmes ayant détenu du pouvoir, reines ou autres, aient pu le faire car elles étaient : nobles et mariées. Même si le sort des femmes vikings pouvait être plus enviable que celui d’une grande partie des autres femmes de cette époque (et c’est vaste), cela ne concernait que les femmes libres, particulièrement dans la noblesse. On peut oublier ce qui arrivait au plus grand nombre d’entre elles : esclaves, servantes… comme on peut arrêter de se projeter des fantasmes de notre siècle.
Ce livre permet donc de remettre ces éléments dans leur contexte tout en laissant penser que certaines femmes (libres, donc) ont pu accéder à des postes de décision, de même qu’elles avaient, en général, la direction de leur foyer, commerce, entreprise, d’autant plus quand les hommes partaient en raids.


Un livre intéressant malgré les répétitions et facile à aborder. On en garde forcément une impression de flou et d’incertitude mais cela me semble normal puisqu’une grande partie de la vie des Vikings reste à ce jour peu documentée malgré les découvertes archéologiques. Il reste les sagas pour se laisser embarquer (très sympa à découvrir, surtout qu’il existe pas mal d’éditions bien faites maintenant). Les séries peuvent être sympas mais je pense qu’elles sont très idéalisées.

Les femmes vikings, des femmes puissantes par Friðriksdóttir

Pour aller plus loin :

A ce sujet, j’avais vu l’expo Nous les Vikings, en 2018 à Nantes — et j’ai quelques photos, malgré une luminosité un peu nulle (raison pour laquelle je n’ai jamais fait d’article sur mon blog photos). C’est une expo qui s’est promenée un peu partout et qui est plutôt pas mal. Manque de chance pour moi, il faisait super chaud, avec beaucoup trop de monde et je dois dire que je n’avais pas trop apprécié la visite (comme souvent pour les expos au Château de Nantes, toujours très sombres et mal fichues, sans parler de l’accueil rébarbatif et le manque de réductions, même quand on y a droit… hum... )

Nous, les Vikings - 2018

expo Vikings
expo Vikings
Vikings
Le mythe des casques à cornes
Le mythe des casques à corne
Expo Vikings
expo Vikings
Bijoux vikings

Plus sur les femmes vikings

Les femmes de l’art – 10

Helen Allingham, née Helen Mary Elizabeth Paterson, (1848 – 1926) était une peintre aquarelliste, illustratrice britannique de l’époque victorienne.  Sa grand-mère maternelle, Sarah Smith Herford, et sa tante Laura Herford, étaient toutes deux des artistes accomplies de leur époque. Helen Allingham a étudié l’art pendant trois ans à l’école de dessin de Birmingham (fondée en 1843) puis a suivi des cours à la Female School of Art, et enfin est acceptée Royal Academy School  à Londres, une école prestigieuse où sa tante, Laura Herford avait été la première à être admise.

Off Marketing
Self Portrait 1885

Foxgloves

From the Porch, Aldworth

In the Hayloft
In a Summer Garden

By the Terrace, Brocket Hall
The Fairy Bridges

Tig Bridge
Aldworth
Book page image
Happy England – illustré par Helen Allingham
Book page image
The homes of Tennyson – illustré par Helen Allingham

Premières lignes – 18 mai

Premières lignes

« Une grande et mince jeune fille de seize ans et demi, aux yeux gris sérieux et à la chevelure que ses amis qualifiaient d’auburn, était assise par une belle fin d’après-midi d’août sur le large seuil de grès rouge d’une ferme de l’Ile-du-Prince-Edouard, bien décidée à traduire quelques vers de Virgile.
Mais une après-midi d’août, avec les brumes bleutées voilant les pentes à moissonner, les murmures d’elfes du vent léger dans les peupliers et la splendeur dansante des coquelicots enflammés devant le sombre bosquet de jeunes pins au coin du verger, incitait plus à la rêverie qu’à la pratique des langues mortes. « 

La saga d'Anne, Tome 2 : Anne d'Avonlea par Montgomery

Voilà donc la suite d‘Anne (dont j’ai déjà parlé ), toujours dans la superbe édition de Monsieur Toussaint-Louverture , avec une nouvelle traduction. Et c’est un vrai bonheur.

Cette fois, nous retrouvons Anne un peu plus âgée (16 ans) qui se prépare à enseigner. Elle est restée à Avonlea auprès de Marilla, suite au décès de Matthew ; exactement ce qui n’arrive pas dans la série TV actuelle qui, bien que très sympa et très bien interprétée, se plaît à éviter les drames pour donner dans un feel-good joyeusement anachronique.
Ce tome deux se lit très bien sous la plume enflammée de poésie de Lucy Maud Montgomery qui, parfois, en oublie un peu la trame de l’histoire. D’ailleurs, contrairement au premier tome, l’accent n’est pas réellement posé sur une intrigue mais décrit dans chaque chapitre une anecdote. Les seuls arcs sont : l’histoire des jumeaux que Marilla et Anne vont « adopter », Dora et Davy, avec les bêtises de Davy (un écho à celles d’Anne dans le premier tome, d’ailleurs) ; les péripéties du club d’Embellissement de la ville mené par Anne, Diana et Gilbert (avec un très léger rapprochement entre Anne et Gilbert mais ce n’est vraiment pas une franche romance) ; l’histoire de Mr. Harrison qui se fait passer pour un célibataire — et de son perroquet virulent qui jure comme un charretier (mais, restons calmes, les insultes ne sont pas citées, quel dommage !). La seule histoire d’amour est celle qui va se recréer entre deux anciens amoureux dans un cadre proche de celui d’un conte de fées ; tout à fait propice aux états d’âme d’Anne ! Il y a même un mariage. Tout va bien, donc, mais je dois dire que c’est un peu …plat, évidemment.
Par contre, je trouve l’écriture assez admirable, peut-être encore plus soignée que dans le premier tome. Je crois que je vais guetter la sortie du tome 3 afin de voir où tout cela va nous mener. Pour info, j’ai emprunté ce deuxième tome à ma bibliothèque mais j’ai le premier chez moi tellement l’objet livre est magnifique : reliure, couverture, qualité du papier.

— Quant à la série, j’ai l’impression que, pour l’instant, rien n’avance. Encore une série arrêtée trop tôt ? ce serait bien possible… —

Lucy Maud Montgomery

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