Lecture & polémique: A la croisée des mondes


Le plus facile étant encore d’aller à la source, je suis allée sur le site pour lire une des interviews de Philip Pullman, l’auteur de « A la croisée des mondes »(entre autres) dont le film vient de sortir au cinéma. Il aborde ici le sujet dont je parlais dans mon post précédent.

Pour certains, votre œuvre a été édulcorée alors que pour The Catholic League, (américaine), vous incarnez le diable en personne. Ou se situe la vérité ?
P.Pullman:Elle est au milieu bien sûr, comme toujours ! The Catholic League a voulu se faire remarquer en boycottant le film, sous prétexte qu’il était antireligieux. Quant à la National Secular Society, organisation anglaise à laquelle j’appartiens et qui milite pour la séparation de l’Église et de l’État, elle a pris parti, affirmant que mon propos était devenu insipide, sans avoir vu le film. Mais il faut se rendre à l’évidence. Tout le monde savait que Hollywood n’aurait jamais osé réaliser un film spécifiquement et directement critique sur la religion. D’un autre côté, les questions religieuses n’apparaissent vraiment qu’à partir du second volume.

Si « À la croisée des mondes » est un succès, Chris Weitz adaptera le second épisode. Pensez-vous qu’il censurera votre œuvre ?
J’espère que, comme il me l’a confié, il conservera mes critiques sur l’autorité religieuse. Mais il n’est pas de mon ressort d’imposer mon point de vue à un cinéaste.

Vous avez été élevé par un grand père clergyman. Vous êtes aujourd’hui athée et vous vous élevez avec vigueur contre le dogme chrétien. Pourquoi ?
Enfant, je croyais en chaque parole de l’Évangile. À l’adolescence, je suis devenu sceptique. Mais ce serait insensé de dire que je suis antireligieux : c’est comme si j’affirmais que je désapprouve l’amour. Pour les êtres humains confrontés à l’univers, au mystère de la vie et de la mort, la religion est une réponse naturelle. Je suis contre la théocratie, la religion qui contrôle nos vies et se mêle au politique.

Vous dites avoir été inspiré par Le Paradis perdu de John Milton et par l’œuvre de William Blake.
En effet, Milton, dans cette magnifique création littéraire inspirée de l’Ancien Testament, raconte à sa façon la tentation, la chute et la fin de l’innocence. De son côté, William Blake pensait que l’âme humaine devait passer par le monde déchu avant de pouvoir atteindre un nouvel état supérieur d’innocence. J’ai renversé la notion de la chute en faisant de Lyra une nouvelle Ève qui a soif de connaissance. Pour moi, la chute est ce qui nous est arrivé de mieux, elle nous a rendus humains. C’est une élévation, un éveil à la conscience, à la sagesse, à la sexualité. C’est ici et maintenant que l’on peut être heureux.

A noter que les ventes de la trilogie n’ont jamais été aussi fortes…Quand on veut censurer, on obtient l’inverse……