Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

Du 1er novembre au 1er décembre, je participe à l’opération « les auteurs de SFFFH francophones ont du talent »
L’invasion des Grenouilles
Pour en lire plus, j’ai mis en ligne 12 chapitres sur mon blog Napalysaleya

Voici un extrait ( le début du 1er chapitre) :

C’était le lendemain d’une journée de tempête. Les nuages s’accrochaient encore aux crêtes des montagnes puis poussés par le vent, ils s’éparpillaient petit à petit dans les plaines en contrebas.
Les plus hauts sommets se découpaient sur un ciel lavé par la pluie qui était tombée depuis plusieurs jours. Le soleil perçait à nouveau. Les bruissements venant des buissons et des arbustes annonçaient une belle après-midi. Draïlina Eau-De-Saule menait la ponette par le licol jusqu’à l’enclos réservé à ses animaux, deux chevaux et une mule. Elle les avait gardés à l’écurie pendant que le mauvais temps se déchaînait au-dehors. Les bêtes étaient fatiguées des rester enfermés. Draïlina aussi.

La petite jument s’ébroua quand elle la laissa libre d’aller à sa guise.

Elle commença à trotter dans l’enclos, le soleil réchauffant son poil épais.

Un sourire se dessina sur le large visage ovale de Draïlina. Elle abrita de sa main ses yeux clairs.
Elle était restée à l’abri de sa maisonnette et de l’écurie pendant toute la tempête. L’air pur lui avait manqué. Mais la lumière crue lui faisait mal aux yeux à présent.

Si le beau temps se maintenait, elle pourrait aller jusqu’au Bourg acheter des provisions. Elle devait aussi vendre des baumes et des onguents qu’elle avait fabriqués. A Côte Sur Roche, elle avait des clientes qui lui commandaient des produits pour la peau, confectionnés à partir des plantes que la guérisseuse récoltait et faisait sécher à des fins médicinales. Mais Draïlina devait avouer que les demandes pour les onguents de beauté étaient plus courantes que celles des remèdes. Les dames et les demoiselles de Côte Sur Roche n’étaient peut-être que de simples marchandes ou épouses et filles d’artisans, voire de paysans mais elles n’en étaient pas moins de véritables coquettes.

Draïlina était versée dans les arts de la guérison depuis son plus jeune âge. Elle avait appris auprès de son oncle et sa tante qui l’avaient élevée, loin d’ici, dans un village des Lointaines plaines, près de la région des Marais. Elle les avait quittés pour épouser Finn Tornipe, un commerçant itinérant. Il l’avait surprise, en demandant sa main. Elle n’avait alors que dix-sept cycles. Et si son visage était avenant, elle était de petite taille et avait une carrure un peu massive. Son sourire agréable compensait ses traits peu classiques: des yeux étirés d’un vert clair, une stature qui promettait de s’épaissir rapidement. Les jeunes gens du village aimaient bien la taquiner et flirter avec elle sans lui faire de promesses sérieuses. En retour, elle ne repoussait pas un baiser quand le jeune homme lui plaisait, ni d’autres caresses quand il était plaisant. A cette époque, Draïlina était insouciante et un peu frivole. Seul Finn Tornipe avait su calmer son tempérament impétueux.

De dix cycles son aîné, il était grand, robuste, avait la peau mate, de courts cheveux noirs et l’air toujours sérieux voire maussade.

Dans son travail, il était connu pour être honnête et habile. Il était originaire d’une ville des Plaines Plates, où ses parents s’étaient établis avant sa naissance.

Quand il faisait halte au village qu’habitaient Draïlina et sa famille, il était toujours très correct, respectueux et poli. Aussi avait-elle été très surprise par cette demande en mariage. Son oncle et sa tante en avaient été ravis: Finn était un parti honorable.

Quant à elle, elle était indécise. Elle voulait bien partir même si elle savait qu’elle n’était pas amoureuse de Finn. Mais il était agréable et elle était presque en âge de se marier. Elle ne voyait pas ce qu’elle aurait fait au village. Elle avait donc accepté de bonne grâce. Ils avaient pris la route et parcouru un long chemin, pour s’établir au pied des Montagnes Longues, au nord du lieu où elle résidait actuellement.

C’était il y a longtemps, à présent. Plus de vingt cycles. Une vie s’était écoulée depuis. Ou presque.

Finn était décédé brutalement et Draïlina était venue habiter dans la maisonnette de la Butte, non loin du Bourg de Côte Sur Roche.

Elle se secoua. Tout cela était du passé. Il ne servait à rien de remuer ces vieux souvenirs… Vraiment rien. Draïlina retourna vers la maison pour se préparer.

Vêtue de sa courte houppelande, elle attela le poney gris pommelé à la petite carriole. En général, Draïlina préférait prendre la jument mais elle devait se rendre chez le maréchal-ferrant. Baru, le poney, avait un fer qui menaçait de se détacher. Il devenait urgent de le faire remplacer même si pour cela, il fallait qu’elle s’adresse à Colin Smizi, le maréchal-ferrant de Côte Sur Roche. Elle évitait cet homme dans la mesure du possible car, malgré ses refus répétés, Colin cherchait à lui faire des avances, la sachant veuve. A la pensée qu’il allait recommencer avec ses allusions, ses gestes onctueux et ses mots dégoûtants, Draïlina en avait déjà le cœur au bord des lèvres.
Elle espérait toujours compter sur l’une des absences de Colin et s’adresser à l’un de ses remplaçants. Mais hélas, l’homme semblait guetter ses visites avec convoitise.

Il était temps pour elle de se mettre en route si elle voulait avoir le temps nécessaire pour régler ses affaires. Elle grimpa sur le siège du conducteur et claqua de la langue en prenant les rênes.
En s’éloignant de sa maison, elle ne jeta pas un coup d’œil en arrière. Elle serait rentrée avant la nuit.

Le bourg de Côte Sur Roche résonnait de bruits familiers. Les ruelles tenues propres étaient animées. Sur la place centrale, des étals proposaient diverses marchandises de toutes sortes.
Petit et enclos par des murailles anciennes et des palanques sur deux côtés, le Bourg abritait toutes sortes de corporations de métiers: du boulanger au charpentier, du potier au paysan, du marchand à la couturière. Rassemblés en Guildes de corporation, les membres se réunissaient pour élire leurs représentants. Ce petit groupe élu dirigeait le village. C’était une sorte de gouvernement à l’amiable. En vérité, seuls les habitants les plus réputés et riches de Bourg étaient considérés avec un certain respect et avaient des chances d’être élus. De plus, certaines Guildes étaient plus anciennes et plus influentes que d’autres. Les plus honorables et les plus vieilles élisaient les représentants influents. La donne était faussée.

Mais Côte Sur Roche n’avait pas de problèmes sérieux ni de conflits éminents à régler. Le Bourg vivait en quasi autonomie, faisant un peu de commerce de temps en temps avec d’autres villages plus éloignés. L’implantation du Bourg dans une région des Collines aussi reculée, presque au pied des Montagnes Longues, ne favorisait guère les échanges malgré la présence de voies praticables par les chariots ou les cavaliers.

Draïlina salua courtoisement plusieurs personnes qui vaquaient à leurs occupations. Elle alla ranger la carriole à l’endroit indiqué, derrière la place, puis menant Baru par les rênes, elle se dirigea droit devant elle. Au bout de la ruelle, à l’angle, était établi Colin Smizi, maréchal-ferrant de son état. Mais quand elle arriva à la forge, elle eut la surprise de la trouver fermée. La porte était close ; des panneaux de bois barraient les issues. Elle chercha quelqu’un pour la renseigner. Rapidement, elle revint sur ses pas, le poney à sa suite.

Autour des étals, elle avisa une commère de sa connaissance.

-Maîtresse Ravile, bien le bonjour!

La femme lui retourna son salut et échangea les politesses de convenance. Quand elle apprit la déconvenue de Draïlina, elle parut enchantée de lui apprendre les dernières nouvelles:

– Le Colin est parti, savez-vous! On ne sait pas pour combien de temps… Certains disent qu’il s’en est allé faire la tournée des tavernes de la région, rapport à son goût pour la boisson, le sacripant!

Maîtresse Ravile prit un air outré mais garda le sourire. Finalement, cette histoire l’amusait beaucoup.
– Mais ne vous tracassez pas, Maîtresse Eau-de-Saule, nous avons gagné d’excellents forgerons!

Ils ont réparé l’ancienne forge! Elle tourne très bien!

Draïlina dut avouer qu’elle ignorait où se trouvait l’ancienne forge. Elle ne l’avait jamais vue en fonction.
– Ah, vous n’avez qu’à demander à ceux-ci, là-bas qui tiennent l’étal de bijoux et d’objets façonnés! Elle baissa la voix: Ce sont de si bons artisans, on a beau dire. On passe sur le fait que ce sont… enfin, vous savez d’où ils viennent n’est-ce pas?

De nouveau, Draïlina confessa son ignorance. Elle écoutait peu les ragots. De fait, si elle avait entendu parler de ces gens, peu lui importait qui ils étaient et d’où ils venaient. Elle-même était arrivée d’une autre région, il y a bien des années. Elle savait quel effet cela procurait de se faire accepter par les gens du Bourg.

Afin de faire bonne figure, elle fit un signe engageant.

– Et bien, ils vivent ensemble, au pied de Montagnes Pas très loin de votre maison, quand j’y pense!
Certains ici ont dit que c’était peut-être des dvergs…Mais à les voir chez nous, je n’en crois pas un mot! Tenez, venez avec moi! J’ai déjà rencontré le plus jeune, le blond qui tient le commerce. Très poli, très comme il faut! Elle chuchota de nouveau derrière sa main: Il n’est certainement pas un dverg, si m’en croyez!