365 jours d’écriture: Blanc

Blanc

-Les enfants, dit la maîtresse, comme je vous l’ai dit, sur la feuille devant vous, vous allez peindre tout ce qui vous fait penser à l’hiver. Vous avez de l’eau, des pinceaux, vos tabliers….Allez-y !
Autour des tables, les petits commencèrent à étaler de la gouache fièrement sur leurs palettes.
-Maîtresse !
-Oui ?
-On peut peindre avec les doigts aussi ?
-Si tu veux mais tu n’oublieras pas de te laver les mains, Rayan. Et attention à toi…
– Y a pas d’eau, maîtresse, à notre table, s’il vous plaît.
Voyant l’air contrit de l’enfant, elle reprit :
-Bon, je vais vous en chercher. Restez tous très sages, en silence. Elle s’en fut.
Pendant un moment, on n’entendit rien. Les enfants étaient concentrés sur leurs peintures d’hiver.
Une petite fille glissa :
-Rayan va se faire punir encore une fois.
Sa voisine, une petite blonde aux boucles d’or, demanda :
-Bah, pourquoi, Fatou ?
Avec l’air entendu, Fatou reprit :
-Pasqu’il veut tartiner de peinture les joues de Moussa, voilà !
Elle se concentra sur sa peinture mais l’enfant qui lui faisait face et qui avait tout entendu se mit à rire :
– Ah, bah , alors, on va se marrer !
Déconcentrée, la petite fille releva la tête et fit:
-Pourquoi tu dis ça ? Tu peux jamais laisser les autres tranquille, Jérémy ?
– Il est bêêêteuh…., souffla sa voisine, la blonde Morgane.
Elle avait commencé à tracer des lignes de vert sombre sur sa feuille.
-Moi au moins, je fais pas des trucs z’orribles sur ma peinture, rétorqua Jérémy en montrant du doigt le dessin.
La fillette blonde se raidit. Sa voisine le foudroya du regard :
-Mal élevé ! On ne montre pas du doigt !
Pour toute réponse, le garçon se moqua plus fort :
-Et pis, j’avais raison ! Rayan, il a fait des gribouillages sur Moussa ! Regardez !
Intriguées, les fillettes se retournèrent.
A l’autre table, c’était le début d’une beau chahut.
Moussa arborait un mouchetage de gouache blanche sur ses joues sombres tandis que Rayan montrait ses paumes, très fier de lui.
C’est ce moment que choisit la maîtresse pour revenir dans la classe, l’air fort mécontent.
-Qu’est-ce qui se passe, ici ? Je ne me suis pas absentée cinq minutes et c’est déjà ….Elle s’arrêta et vit les enfants hilares. Mais, Rayan, Moussa, qu’est-ce que vous faites ?
Jérémy cria tout fort :
-Vous voyez pas, maîtresse ? Rayan, il l’a peint en blanc. Comme ça, pour une fois, Moussa, il est comme nous ! Blanc, quoi!
Les fillettes à sa table le regardèrent avec des yeux ronds. La petite Morgane dit doucement :
-Je crois que c’est pas gentil ce que tu dis….
– Nan. Tu dis des bêtises comme les grands en racontent, embraya Fatou.
Rayan baissa la tête :
-Je voulais faire des flocons de neige. Je voulais faire…de l’art, maîtresse. Je suis pas un…raciste. Il se mit à renifler.
– Mais non, t’es mon copain, Rayan.

Niess

essais2

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