365 jours d’écriture – Monologue

essais2

 

Monologue

Oui, je sais, il fait sombre, mais je m’en fiche, après tout. Je n’entends pas de bruits sauf ceux de la nuit, les craquements, les bruissements. Mais c’est tout.Il y a un miroir devant lequel j’aime danser mais je l’y vois à peine car:
Voilà, je suis un Fantôme.C’est drôle ce que les gens ont comme idées à propos de ce mot.  Quand je dis « fantôme », moi, je veux dire que je pourrais en avoir l’aspect, si l’on pouvait me photographier. Je crois que je ressemble à une petite silhouette d’environ 1,40 m, une petite fille en chemise de nuit gris perle. Mais évidemment, je me vois rarement.

 J’ai remarqué que les Autres, ceux qui ne sont pas comme moi,  n’aiment pas trop qu’on parle de Fantômes, non, non. Ils nous assimilent à des Revenants mais revenus d’où? je n’ai pas vraiment compris. Parfois ils crient aux spectres ou à je ne sais quelles âmes perdues et errantes.

Mais non, ce n’est pas le cas.
Je ne peux pas leur expliquer. Je n’ai pas le droit de leur parler. C’est rageant, ça.

Comment dire… Je ne suis pas une morte venue hanter les vivants – ce qui, entre nous, pourrait être assez amusant, je ne sais pas, chatouiller les gens quand ils dorment, leur tirer les cheveux….enfin, bon, ce sont des enfantillages, sûrement – non, je ne suis pas une âme en peine ou un ectoplasme.

Je suis …..un ou plutôt une  Fantôme ! C’est pas très dur à retenir, non ?

Nous, les Fantômes, nous existons depuis très longtemps. Nous faisons partie d’ une ancienne espèce. Bon, nous ne sommes pas si nombreux que ça, mais nous avons notre existence propre – enfin, je dois dire que  j’en connais peu, là, je m’emballe. Je suis toujours comme ça quand je parle toute seule, devant ce miroir. Mais j’aime bien. c’est comme si je faisais la conversation à une amie. Je dis à voix douce: je m’appelle Corne,  j’ai toujours eu ce nom. Je ne sais pas d’où il vient car j’ai de nombreuses années d’existence. Oui, par rapport aux humains, ces fameux  Autres, ceux qui se disent  Vivants, parce qu’ils nous considèrent comme des sortes de morts, si j’ai bien tout compris, et bien, nous autres, Fantômes, vivons très longtemps.

Bien, alors pourquoi ai-je l’air d’une fillette de dix ans ?

Je n’en sais rien. C’est ainsi. Ou alors ai-je dix ans ? Je ne connais pas tout de notre Histoire, j’avoue.  J’ai encore beaucoup à apprendre même si ça m’énerve, de devoir ingurgiter tous ces trucs… Mes soeurs, les grandes, sont très savantes, mais franchement, elles me fatiguent…

Ah, mes soeurs, mes cousines…Voilà un sujet sans fin. C’est bizarre. Je ne sais jamais où est ma place parmi elles; elles sont ma famille, pourtant. J’ignore si c’est normal, pour nous les Fantômes, mais je me sens toujours, comment dit-on? ailleurs, comme un courant d’air qui serait déplacé.
Bah, je peux pas savoir si c’est pareil chez les autres, même si j’ai vu qu’il y a des familles, chez eux aussi.

Voyons, si je pense à ma Sœur, Cendre… Elle est plus grande, ressemble à une jeune fille de seize ans et paraît toujours en colère après moi. Et Palissandre, notre cousine, pourrait être une mortelle encore plus âgée. Elle est sage et prudente, elle.  J’oublie Mâne et Orée, qui sont comme des adultes, pour nous. La plus jeune, c’est  Brume, qui me suit partout d’ordinaire. Une petite soeur dont j’aimerais parfois me passer.

Oui, nous sommes des femelles-fantômes, enfin, des filles, quoi!  toutes sœurs et cousines.

Et je ne sais pas grand chose des Fantômes mâles, car nous ne les fréquentons pas. C’est un sujet qu’il vaut mieux éviter. Il court des rumeurs assez sombres  alors je ne préfère pas trop en parler. C’est un truc qui donne la chair de chouette.

Brume ne m’a pas suivie et j’en profite pour explorer à mon gré toute l’Habitation.Je connais bien ce lieu. J’y retourne souvent en douce. 

Ah, c’est tellement bien! Je suis tranquille, je suis presque libre! C’est le couloir que je préfère!  Et hop, me lancer à fond et me planter droit devant le miroir dans lequel je vois une sorte de brume ou de buée qui semble le recouvrir par endroit, très fugitivement. Je danse devant et je m’amuse. C’est pour ça que je préfère le faire seule car lorsque Brume m’accompagne, elle ne peut pas s’empêcher de taper très fort le sol avec ses petits pieds et même si nous sommes des être discrets, taper, ça reste : taper!

Et ça, ça fait du bruit, déranger les Autres. Ceux-ci nous prendront à coup sûr pour des esprits Frappeurs et feront alors un vacarme effroyable pour tenter de nous chasser.Des esprits Frappeurs, vraiment !Quel déshonneur. C’est désobligeant.

Oui, ils existent, mais nous ne les fréquentons pas.Ils sont vulgaires, braillards, tapageurs comme il se doit et aiment trop nous faire des farces de mauvais goût. Bref, ils ne savent pas se tenir. Et puis, ce ne sont pas des « esprits », non, ce sont des Êtres Frappeurs, des Poltergeist, des créatures qui se nourrissent du bruit et de l’agitation.

Oui, je sais, j’en dis trop. J’ai tendance à communiquer beaucoup. On m’a souvent répété que je ne devais pas parler à tort et à travers et surtout à n’importe qui. Pire, à des inconnus.

 

Dites, vous êtes des inconnus?

 

Niess – 2016 

 

Note :

J’avais commencé une histoire qui s’appelle Les soeurs Fantômes – et qui est en panne…
J’ai donc des petits bouts par-ci, par-là dont quelques monologues (un pour chaque « soeur »). 

 

 

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