365 jours d’écriture – Décrire un paysage vu par un oiseau

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Décrire un paysage vu par un oiseau

Avant de commencer, je dois simplement vous avertir que j’ai pris une liberté: oui, il vole mais à vous de voir, pour « l’oiseau ».

 

Les nuages se dissipent lentement. Déchirant leurs voiles d’un bleu d’encre le long des flancs ronds de la lune pleine, ils laissent apparaître sa brillance drue. La clarté laiteuse surgit brutalement, conférant au paysage en contrebas un aspect presque spectral.
La forêt se détache, sombre haie hérissée au pied des monts déjà bordés de neige.
En virant sur la gauche, je saisis le courant. Je descends en un long vol tournoyant.
J’aperçois de petites silhouettes qui se pressent entre les hauts arbres. Dans la vallée encaissée, même les bruissements familiers de la nuit semblent assourdis, comme éteints.  Tous mes sens sont en éveil.
Je cherche, planant comme une ombre silencieuse.
Seuls les pas humains résonnent. Les oiseaux noctambules retiennent leur vol. Les petits animaux gardent le terrier. Tout se tait. En attente.
Je me rapproche, furtivement, l’air hivernal glissant sur mes ailes.

 

Sous le couvert de l’obscurité, ils sont rassemblés. Ces créatures humaines.
Attendant en cercle, leurs visages dissimulés, prêts à commettre une leurs inexplicables actions.
Je ralentis mon vol, sans un bruit.

Ma perception nocturne devient encore plus aigüe.

Tout semble en suspens.
Je peux les distinguer nettement, maintenant, ces humains: des grands, des petits, des jeunes, un plus âgé.
Je peux les renifler.
Ils sentent l’odeur des humains. Celle de leur foyer d’humains, de leur nourriture d’humains. De leur transpiration d’humains. De leur peur d’humains.
Oui, la peur les domine. La peur et la cruauté chez le plus grand.
Je reprends de l’altitude, je vole au ras de la cime des pins noirs, lentement, battant à peine de mes longues ailes pour me redonner de l’élan.
J’entends leurs voix qui résonnent.
Et surtout, je comprends. J’ai l’habitude.
Le plus grand, le plus âgé énonce des mots distincts, des paroles de cruauté, des phrases rouges et mortelles. Il brandit un objet argenté et ordonne à l’un des petits de s’approcher.

Dans la neige, un jeune humain trébuche. La peur humaine. La sueur des humains.
Des paroles de feu, de meurtres, de sang….
Je gronde doucement puis je m’élance d’un seul coup d’ailes.
Je pique droit vers la clairière enneigée.Je fonds sur eux.

J’entends à peine les cris, la débandade, leur course.
J’ai un but. Un seul.
Ma colère se déchaîne.

Je survole les silhouettes en rase-motte.
En passant, je happe le plus âgé, le diseur de mots rouges.
Je perçois sa panique. Sa terreur. Il se débat. Il ne peut rien faire.
Et sans effort, je m’envole vers le ciel ténébreux. Je prends de l’altitude.

Il sent la peur. Il sent la chair humaine. Il est impuissant face à moi.
Mes dents se referment sur lui.
C’est fini.
Et vers l’aube qui pointe à l’est, je crache un long jet de flammes.
Je continue mon vol.
Moi, le dernier dragon, le gardien, je savoure l’air glacial sur mes écailles.

Niess –

Note: Merci aux dragons.

Celui-ci fait partie d’une histoire beaucoup plus longue. Par contre, je n’avais pas écrit ce passage.

 

 

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