365 jours d’écriture : A la 2ème personne

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Narration à la 2nde personne du singulier

On est d’accord, employer la 2ème personne du singulier n’est pas forcément ce qui semble le plus évident quand on écrit.

Michel Butor le résume ainsi  dans son article sur « l’emploi des pronoms personnels dans le roman » :

« À l’intérieur de l’univers romanesque, la troisième personne “représente” cet univers en tant qu’il est différent de l’auteur et du lecteur, la première représente l’auteur, la seconde le lecteur… »

Quelques exemples de romans dont le récit est narré en grande partie ou en totalité à la deuxième personne:

La Modification (Michel Butor, 1957),
Un homme qui dort (Georges Perec, 1967),
Si par une nuit d’hiver un voyageur (Italo Calvino, 1979),
Journal d’un oiseau de nuit (Jay McInerney, 1984),
Lambeaux (Charles Juliet, 1995).

Inconsolable, Anne Godard

Il y a quelque chose d’intéressant dans cet exercice de narration: adopter un statut interne (du même type que l’emploi du  « je » ) mais avec une mise à distance (qui est-ce « tu »? ). Avec l’emploi du « tu », le lecteur n’a pas un accès direct aux pensées, réflexions du narrateur. Il est juste à côté.  De même, le lecteur en vient à se demander : « Mais ce « tu » qui est-ce? Est-ce moi? Ou bien…? »

Ce qui suit est une réécriture d’un texte que j’avais au brouillon – et c’est de la fan-fiction (mais je ne dirais pas de quoi, pour l’instant).

 

 

Le froid. Un froid intense.

Tu es engourdi.
Puis tu sens que tu peux à nouveau bouger. Tu ouvres les yeux.
Lentement.
Ta vision un instant obscurcie redevient nette.
Tu sens l’énergie couler en toi.
La vie. Dans tes veines. .Tu renifles. Tu écoutes. Le monde est glacé au tour de toi.
Mais où es-tu ?
Tu prends conscience de ce qui t’entoure.
La neige. Ce froid. Le sol sous toi. Tu es allongé.  Tu dois te lever. C’est une question de survie.

Tu t‘ébroues….
De la neige tombe de ta fourrure.
De tes poils blancs.
Par les dieux, tu veux comprendre! Qui es-tu?
Tu bondis. Tu t’affoles.
Mais l’instinct est plus fort.
Tu dois fuir. Ici, l’odeur de l’homme est trop présente, obsédante, malsaine. Tout pue l’humain
Plus loin, des cris s’élèvent. Des bruits de fer et de colère. L’odeur métallique du sang. Tu ne comprends plus rien.
Ton esprit s’emballe. La peur se mêle à la rage. Non. Tu dois partir.
Tu fais un autre saut en avant. Tu as toutes tes forces.Un pas. Encore un.
Pourtant, tu ne sais plus rien.
Une voix lointaine te parvient, moqueuse, une voix du temps d’avant. Avant? Avant quoi? 
Un instant, la panique menace de te submerger.
L’animal en toi. Toi, l’animal.
Tu grognes. Tu montres les crocs.
Et tu détales, des quatre pattes. Loin.
Tu repars en direction des terres sauvages. Là où d’autres frères de meute chassent.
Tes muscles du loup géant réagissent promptement.

Tu veux ignorer ce que tu laisses derrière toi.
La silhouette des hommes en noir. Les meurtriers. La femme en rouge. Rouge, ton sang sur le sol.Les blessures, la mort.
Toi sur le sol. Toi, l’humain.

Et dans ta tête de loup, encore, cette voix du passé:
« Tu connais rien, Jon Snow ».
Toi, Fantôme/Jon, tu cours dans les bois, enivré de senteurs de pins et de feuilles pourries
« La liberté, enfin. » penses-tu.

 

Note: Merci à George R.R Martin pour avoir créé Jon Snow et Ghost (Fantôme). Je ne suis pas sûre du tout que la théorie faisant survivre Jon en lui permettant de se transférer dans le corps de Fantôme (change-peau)soit la bonne, même si elle est séduisante (et peut-être plausible vu les antécédents familiaux).

 

 

 

 

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