Des clés pour tous

Comme beaucoup, j’ai suivi l’actualité et j’ai été attristée de voir le résultat du référendum anglais.

Notre Histoire s’est bâtie sur des vagues de migrations. Notre culture également. Il en va de même pour la construction de notre personnalité.
Apprendre avec les autres. Apprendre grâce  aux autres. Apprendre en échangeant avec les autres. Reconnaître qu’autrui est différent et que c’est …enrichissant.
Cela fait partie de nos apprentissages.

L’apprentissage, et ses difficultés, j’y suis confrontée depuis déjà un long moment de ma vie, pas seulement au travers de mon expérience professionnelle qui a été jusqu’ici très diversifiée, mais également dans ma vie personnelle, mes loisirs et mes hobbies.

Il ressort de tout cela que l’Humain est fascinant; que la façon dont nous communiquons, que les différences et ressemblances culturelles ne cessent d’apporter des « plus » .

Je suis fortement consciente que nous ne vivons pas dans « un monde de Bisounours » comme le dit l’expression. Mais je suis plus optimiste que beaucoup. En gardant à l’esprit que rien n’est facile, je continue à penser qu’il ne sert à rien d’alimenter les théories du « mais c’est de pire en pire ».
Prenons les migrants, puisque ce thème a été l’un des axes qui a décidé certains Anglais à voter pour sortir de l’Union Européenne. Donc, les migrants ne seraient pas en capacité de « s’adapter » à la société,  de parler la langue, (et pire, ils viendraient tels des envahisseurs profiter des avantages sociaux, voire « piquer le travail »…. mais je digresse, là)?


Il se trouve que je constate au quotidien qu’il n’en est rien.

Des clés

Je travaille en ce moment avec un public varié, de tous horizons, sur un parcours nommé Compétences Clés. Céquoissa?
« Le cadre de référence européen a été adopté par les États membres pour définir leurs politiques en éducation et formation. Il définit les 8 domaines de compétences clés qui doivent faire de l’Europe une économie de la connaissance, et que doivent maîtriser les individus au terme de leur scolarité et tout au long de la vie. »

Notez que c’est un programme européen ^^

Voilà les compétences clés:

Les 8 domaines de compétences clés sont présentés dans l’ordre suivant qui ne reflète pas des degrés d’importance:
  1. La communication dans la langue maternelle
  2. La communication en langues étrangères
  3. La compétence mathématique et les compétences de base en sciences et technologies
  4. La compétence numérique
  5. Apprendre à apprendre
  6. Les compétences sociales et civiques
  7. Esprit d’initiative et d’entreprise
  8. La sensibilité et l’expression culturelles
 J’ai souligné  les C.C où j’interviens (certaines C.C sont des compétences transverses i.e : elles sont utilisées dans les ateliers/exercices parmi d’autres thématiques).

En abordant l’apprentissage de la langue (communication dans la langue maternelle signifiant: en français), je suis amenée à identifier les difficultés de chacun. Cela va de l’alphabétisation, de l’apprentissage de la lecture, de l’amélioration de l’écrit, de la compréhension ou bien de la prononciation, de révisions de notions oubliées ( grammaire, conjugaison), de l’enrichissement du vocabulaire, de la rédaction à la préparation à certains concours. Je peux dire que mon cerveau fait de la gym.

Quand je prépare un atelier, j’ai repéré les freins à lever pour l’apprentissage, les différents niveaux (oral maîtrisé, à consolider, etc…) et ….je me lance! (enfin, non, je prépare tout avant)
Je prends en compte le fait que les apprenants ont parfois le français pour langue maternelle mais ont vraiment oublié, qu’ils ont des bases en français, qu’ils ont des langues maternelles différentes, etc, etc…

Ainsi, la semaine passée, j’avais mis en place (avec les supports d’une formatrice que je remercie), un atelier de français ludique.
Les apprenants étaient 9, dont 3 de langue portugaise, 1 de langue arabe , 1 de langue turque, 2 de langue mahoraise (Mayotte), 2 de créole de Guinée Bissau. Tout le monde parle français, bien sûr, mais chacun a ses propres références et sa propre culture. Et chacun, son propre style d’apprentissage.

Tout en communiquant en français, en respectant les difficultés de l’autre, par une série de jeux, nous avons mis en place des échanges tellement enrichissants que certains ont appris non seulement du vocabulaire français mais ont partagé le vocabulaire dans leur propre langue. Nous avons tous appris comment se nommait la chauve-souris dans les diverses langues après que je leur ai fait deviner avec une série de gestes assez imagés jusqu’à ce que l’un d’entre eux s’écrie: « Batman! »

De même, Maria ne comprenait pas le mot « aboyer ». Ibrahim, d’ordinaire très timide, lui a exprimé une série de » wao, wao » que tout le monde a compris. (Je précise que le groupe est constitué d’adultes, non d’ados). Finalement, Emina , une femme turque d’une quarantaine d’années, a pris l’exemple du chat qui miaule et l’a fort bien imité: « miao… ». Alberto, un monsieur portugais d’une cinquantaine d’années, s’est exclamé très surpris: – Comment? Les chats turcs, eux aussi, « miao, miao »?
Et Emina en est presque tombée de sa chaise en lui répliquant: – Mais voyons, TOUS les chats font « miao, miao, les turcs et les autres!
Cette dernière réflexion a provoqué un immense fou-rire.
Alberto, un peu pincé, a quand même tenté d’expliquer que, parfois, dans une langue, le cri des animaux ne se prononce pas de le même façon même si les animaux font le même.  L’échange a été fructueux. Je pense que cette anecdote restera dans leur mémoire le jour où ils voudront employer le verbe « aboyer » ….mieux que si je leur avais donné un exercice avec des mots et des verbes à remplir…..

Nos différences et nos ressemblances, n’est-ce pas? Tous les chats font « miao », au final.
Apprendre ensemble. Apprendre des autres.

Voilà ce qui importe.

 

 

Note: Et non, « l’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne »

P.S: Les prénoms ont été changés, bien sûr.