Throwback Thursday Livresque: Fête des pères (un père dans la littérature)

 

Le TBTL ? chaque semaine nous partageons une lecture correspondant à un thème paru chez Bettie Rose Books. Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont on n’a plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à ses lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

Un thème sur les pères, cette semaine – qui m’a laissée encore plus perplexe que celui sur les mères. Disons que je suis certainement plus marquée par les figures féminines, en général, que masculines….

En me posant la question du choix du livre, j’ai réalisé que je tenais ma réponse en trois parties (ça doit être l’effet « bac de …#bac2017 » qui me joue des tours) et en tiercé « littérature américaine ».

1 – Le père insensible: « Les ombres du passé » (Thomas H. Cook)

Vingt ans après avoir fui sa ville natale en Virginie, Roy revient au pays pour veiller son père, atteint d’un cancer incurable. Mais, en retournant au bercail, c’est tout le passé traumatique de sa famille qui lui remonte soudainement au visage : le suicide de son frère en prison après qu’il a tué les parents de sa petite amie, sa rupture avec Lila, son amour de jeunesse, qui ne s’est jamais remise du drame… La cohabitation avec ce père à l’agonie est loin d’être aisée. Le vieil homme ne l’a jamais aimé et lui a toujours préféré son frère. À présent, il lui reproche son départ, sa lâcheté. Comment expliquer une telle dureté envers son fils : Roy aurait-il des choses à se reprocher ? Pourquoi Lila ne semble toujours pas vouloir lui pardonner ? Et le pardonner de quoi au juste ? Sans parler du vieux shérif à la retraite qui le regarde étrangement… En rentrant au pays, ce sont tous les cadavres qui sortent du placard. Une fois la machine lancée, rien ne peut l’arrêter et Roy se retrouve pris dans l’engrenage du passé…

Dans ce très bon roman policier, Thomas H.Cook explore une fois de plus la nature des relations père/fils. Roy Slater, le père du protagoniste Jesse Slater, s’est détourné de son fils cadet: il lui a toujours implicitement reproché le suicide de son aîné. Ainsi se tissent des années de malntendus et de non-dits sur fond de double meutre.
Père insensible, absent d’une grande partie de la vie: ce lien nourrit la  noire fureur de Jesse Slater tandis que le ressentiment né de cet évènement gouvernera sa vie. C’est cette rancoeur, quasi-haineuse,  qui, pourtant, triomphera (puisque d’elle jailliront les retrouvailles avec le père, Roy).

 

2 – Le père prêt à tout : « La route » (Cormac Mc Carthy)

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.

On y voit un  père qui, malgré les circonstances (apocalypse, quand même!) , tente d’éduquer du mieux qu’il peut son fils, l’Enfant. (il ne sera jamais nommé).  Mais le père a ce courage nécessaire pour inculquer à son fils le prix de la vie, même au milieu des cadavres brûlés, sous un paysage recouvert de cendres. (la cendre comme la Route sont autant de personnages centraux).

L’univers de ce roman est dépouillé à l’extrême. Il n’y a rien ou presque ; simplement la route, un enfant et son père, un caddie, de la cendre et toujours cette route vers le sud entourée de corps en décomposition.

C’est d’abord une histoire d’amour – peut-être la plus déchirante jamais écrite –, celle d’un homme et de son fils, ou d’un enfant et de son père, « chacun tout l’univers de l’autre » (p. 11). Si la mère est absente, c’est qu’elle s’est suicidée, refusant cette vie de souffrances, de peur et d’errance. Et si l’enfant n’a que son père, ce dernier n’a que son fils entre lui et la mort. La survie de l’enfant mobilise toute son attention, toute son énergie, au point qu’il finit par abandonner, en la posant simplement sur le sol, la seule photographie de son épouse défunte en sa possession. Veiller sur son fils est une mission divine : « C’est mon enfant, dit-il. Je suis en train de lui laver les cheveux pour enlever les restes de la cervelle d’un mort. C’est mon rôle. » (p. 68) ; « Mon rôle c’est de prendre soin de toi. J’en ai été chargé par Dieu. » (p. 71).

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C’est avec une écriture concise, épurée que McCarthy boucle ce presque-classique de la littérature américaine. Le livre est dédié à son fils…

 

3 – Le père, héros ordinaire: « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » (Harper Lee)

Celui-ci est le premier titre que j’avais initialement choisi.

« To kill a mockingbird » est, à mon avis, un très beau et et très grand roman.  Je l’ai déjà dit mais j’ai encore du mal à comprendre qu’il soit si peu connu et peu lu ici, en France. (ça s’arrange petit à petit mais…)

Sud de l’Alabama:  dans la petite ville puritaine de Maycomb, où l’avocat Atticus Finch élève seul ses deux enfants : Jem (Jeremy), un garçon de dix ans, et Scout,(Jean Louise)  une fillette intrépide de 6 ans. Nous sommes dans les années 1930, années de crise où culminent la Prohibition et la Ségrégation. Les Noirs travaillent dans les champs de coton et les fermes. Atticus Finch, avocat et veuf, élève ses deux enfants , avec l’aide d’une gouvernante noire, Calpurnia, qui tient lieu de mère aux deux enfants. Scout est la narratrice. Jem et Scout se lient d’amitié avec Dill, un garçon qui séjourne chez sa tante pendant l’été. Les trois enfants sont terrifiés et fascinés par leur voisin Boo Radley qui vit reclus chez lui. Les enfants imaginent l’apparence de Boo et les raisons qui le poussent à rester chez lui, et essayent de le faire sortir de sa maison. Scout et Jem trouvent des petits cadeaux dans l’arbre situé devant la maison des Radley.

Atticus, le père, semble dépassé par ses deux garnements.
Récit d’enfance, roman d’apprentissage (- décidément, je les aime ! – ), « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » nous livre la vision d’une petite fille (POV : Jean Louise alias Scout) sur celui des adultes – un monde qu’elle ne comprend pas encore . De l’autre côté, son père, Atticus mène un combat qu’on pourrait qualifier de perdu d’avance, sans baisser les bras.

Il est intéressant de noter que, 50 ans plus tard, un autre manuscrit d’Harper Lee sera publié (« Va et poste une sentinelle ») qui présente un tout autre aspect de la figure paternelle héroïque…

 

Bonnes lectures et bonne fête à tous les papas qui le méritent- une pensée particulière pour le mien…

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9 réflexions sur “Throwback Thursday Livresque: Fête des pères (un père dans la littérature)

  1. Pingback: Throwback Thursday Livresque #36 : Super papa ! | BettieRose books

  2. Il semble y avoir une erreur dans les prénoms du père et du fils dans ton premier choix. En effet, dans le résumé, Roy est présenté comme le fils, et dans ton commentaire, tu dis que c’est le fils. 😉

    J’ai lu Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur et je l’ai apprécié, mais sans plus. Je n’ai pas trouvé que c’était un grand livre, comme beaucoup de monde. Je suis peut-être passée à côté de quelque chose…

    Merci pour ces 3 présentations ! 🙂

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