L’as-tu lu ou le liras-tu? – Sorj Chalandon « Le jour d’avant »

Merci aux éditions Grasset et à netGalley pour cette lecture.

Suite de cette rentrée littéraire 2017.

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

 

 

L’auteur , Sorj Chalandon résume son roman ainsi:

 » Michel Flavent, petit frère d’un mineur du Nord, passe son enfance à espérer le rejoindre au fond. Comme lui, il veut faire partie de l’armée des gueules noires, partager leur bataille pour le charbon, leur courage.

Le 27 décembre 1974, Joseph, frère de Michel, est mortellement blessé dans la dernière grande catastrophe minière de France. Quarante-deux morts, à la fosse 3 bis de Liévin. Coup de grisou. Morts parce que toutes les précautions n’avaient pas été prises, parce que la sécurité de ces hommes n’avait pas été assurée. Morts pour des raisons d’économie. Morts parce que ce quartier de mine allait fermer et qu’il n’avait pas été dégrisouté, ni contrôlé. Alors Michel Flavent n’ira pas à la mine. »

 

Ma lecture:

Ce n’est pas une histoire de vengeance. C’est celle de la culpabilité d’un homme qui n’a jamais pu expier.
C’est celle d’une auto-punition, d’un suicide affectif, social et professionnel – d’un grand sabotage de vie. C’est l’humain qui ne peut faire face à l’injustice  (la catastrophe de Liévin) et à ses propres remords.

Le roman oscille entre drame, récit détaillé (le journaliste n’est pas loin), roman policier, et carcéral. Sorj Chalandon nous emmène dans un roman qui n’est ni un  documentaire, ni une biographie, ni un essai psychologique  sur les troubles psychologiques engendrés par le deuil, le déni ou les dégâts occasionnés par le sentiment de culpabilité – mais qui est tout cela à la fois. L’écriture est précise, vivace. Et la construction en trois parties est tout à fait bien adaptée. Je n’en dirais pas plus. Une bonne surprise de cette rentrée littéraire 2017 (la seconde pour moi).

« J’avais emprunté -Germinal- à la bibliothèque. Mon père m’en avait parlé, mon frère l’avait lu deux fois mais je ne l’avais jamais ouvert. (…)
J’avais mal. Chaque mot, chaque phrase me renvoyait au drame. Je pensais que Zola serait un secours, c’était ma mauvaise conscience. (…)
Il me traînait par le col au milieu des veuves et des orphelins. Et quand je levais les yeux de ma lecture, je me heurtais aux murs de ma cellule. Je n’allais pas suivre Etienne Lantier jusqu’au bout. (…) 
De jour en jour et de page en page, ce livre était devenu un barreau de plus. » (p. 223)

Mon avis: 3,5/5

Pour tous ceux qui veulent connaître la mine sans passer par Germinal

Et pour tous les autres (du nord ou du sud, peu importe).

Pour ceux qui souhaitent être touchés par une catastrophe humaine – d’une région 

 

Ici, vous pouvez lire des témoignages de rescapés de Liévin

« Le 27 décembre 1974, à 6h30 du matin, un bruit sourd retentit au fond d’une galerie de la fosse 3 dite Saint-Amé du Siège 19 du groupe de Lens-Liévin à Liévin (Pas-de-Calais). Très vite, les autorités, les mineurs et leurs familles prennent conscience de la gravité potentielle de l’événement : pour tout le monde et avant même que la chose soit confirmée, il s’agirait d’un « coup de poussière », c’est-à-dire l’inflammation du poussier (poussières de charbon en suspension) à la suite d’un coup de grisou, certes limité, mais qui joue le rôle de détonateur. Et immédiatement, la terrible catastrophe dite « de Courrières  » de mars 1906 qui avait entraîné le décès de 1 099 mineurs revient en mémoire de tous les présents.Le bilan de celle de Liévin est lourd. Avec ses 42 morts, c’est le plus meurtrier des coups de grisou de l’après guerre.
Et ce n’est pas la première fois que le grisou frappe Liévin. à la fosse 3 il y avait eu 9 morts en 1945, puis 10 dans un coup de grisou en 1957, et encore 21 à la fosse 7 en 1965. Le lendemain du drame, la CGT lance un appel à la grève, par la voix  d’Achille Blondeau, le secrétaire général de la fédération du sous-sol. Ce mouvement social de 24 heures, en hommage aux victimes sera suivi dans toutes les Houillères de France. Les grévistes réclament un renforcement des conditions d’hygiène et de sécurité. »

 

Merci aux éditions Grasset pour cette lecture.

Sorj Chalandon est né à Tunis le 16 mai 1952. Journaliste, il travaille à « Libération » de 1974 à 2007. Grand reporter, il reçoit le Prix Albert-Londres en 1988 pour ses reportages sur le procès Klaus Barbie. Depuis 2009, Sorj Chalandon est journaliste au « Canard enchaîné », ainsi que critique cinéma. En 2005 il publie son premier roman, « Le Petit Bonzi », puis l’année suivante « Une promesse », couronné par le Prix Médicis. Suivent « Mon traître » en 2008 (Prix Joseph Kessel), « Retour à Killybegs » en 2011, Grand Prix du roman de l’Académie Française. En 2013, « Le quatrième mur » reçoit le Goncourt des lycéens. En 2015, il publie « Profession du père » son roman le plus autobiographique. 

Parution :
16/08/2017
Pages :
336
Format :
145 x 205 mm
Prix :
20.90 €
Prix du livre numérique:
14.99 €
EAN :
9782246813804

 

 

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