L’as-tu lu ou le liras-tu? – « La colère de Kurathi Amman » – Meena Kandasamy

 

 

La colère de Kurathi Amman – rentrée littéraire 2017

Résumé:

« Tu veux que je comprime la tragédie au format Twitter ? Comment peut-on se glisser ainsi au coeur des ténèbres ? »

Comment transformer un drame en fiction ? Pourquoi écrire sur une tuerie qui a eu lieu il y a plus de quarante ans en Inde et sur ses quarante-quatre victimes oubliées par l’histoire ?

À travers les voix aussi diverses que celles des intouchables ou des propriétaires terriens, l’auteur décrit ce massacre, se plaçant sous le patronage de l’irascible déesse Kurathi Amman. Au-delà de l’émotion et de la colère provoquées par ces faits, l’auteur pose la question de la fiction et de ses limites en n’hésitant pas à malmener son lecteur.

Ce roman tendu, entre rage contenue, lyrisme et humour grinçant, nous donne un aperçu des forces qui ont contribué à la création de l’Inde moderne.

Ce n’est pas un roman facile à lire. Il n’y a pas ici vocation à amuser, à distraire. C’est bien le roman qui évoque l’impossibilité d’écrire au sujet d’un massacre.  Meena Kandasamy écrit ici une fiction publiée en 2014 sous le titre « The Gypsy Goddess » (en anglais, sa version originale) d’après un fait réel.

En 1968, dans le village de Kilvenmani, dans le district de Tamil Nandu les plus pauvres et les plus faibles (dalits/intouchables), avec le soutien du Parti Communiste,  se mirent en grève pour demander de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Mais la tâche fut ardue:  44 personnes, dont les  femmes et enfants,  familles des Dalit (intouchables) en grève furent assassinés par un groupe mené par les propriétaires terriens.

« According to eye witness accounts, on 25 December 1968, at around 10 p.m., the landlords and their henchmen came in Police lorries and surrounded the hutments, cutting off all routes of escape. The attackers shot at the labourers, mortally wounding two of them. Labourers and their families could only throw stones to protect themselves or flee from the spot. Many of the women and children, and some old men, took refuge in a hut that was 8 ft x 9 ft. But the attackers surrounded it and set fire to it, burning them to death. The fire was systematically stoked with hay and dry wood.  Two children thrown out from the burning hut in the hope that they would survive were thrown back into the flame by the arsonists. Of six people who managed to come out of the burning hut, two of whom were caught, hacked to death and thrown back into the flame. Post this heinous crime, attackers went straight to the police station, demanded protection against reprisals and got it. The massacre resulted in death of 44, including 5 aged men, 16 women and 23 children. »

Village landlords rule over a feudal system that forces peasants to break their backs in the fields or suffer beatings as punishment. In the misery of their daily lives it is little wonder that the Communist Party begins to gain traction, a small spark of defiance spreading from villager to villager. As communities across the region begin to take a stand against the landlords, the landlords vow to break them; Party organizers suffer grisly deaths and the flow of food into the market-places dries up. But it only serves to make the villagers’ resistance burn more fiercely. Finally, the landlords descend on one village, Kilvenmani, to set an example to the others. . .

Ce massacre s’est produit lors des prémices de la « Révolution Verte » qui a débuté au début des années 1960 en Inde.

Il en résulte un roman déconcertant dans lequel le lecteur est directement interpellé, pris à parti (Meena Kandasamy  s’adresse de nombreuses fois au lecteur notamment en début et en fin d’ouvrage et lui explique son refus de lui offrir un roman linéaire).

On ne peut mieux le résumer que par ces mots: « brillant, féroce, rageur, ironique ».

« Brilliantly original, ferociously angry and, at times, laugh-out-loud funny, « THE GYPSY GODDESS » is both a novel about a true-life massacre and a novel about the impossibility of writing a novel about a true-life massacre. » (source)

 

Ma note:
4/5

 

 

La colère de Kurathi Amman –Meena Kandasamy

Titre original : The Gypsy Goddess
Traduit de l’anglais (Inde) par Carine Chichereau
Date de parution : 24 août 2017
Éditions Plon – Collection Feux Croisés –
ISBN : 9782259249720 – 223 pages – Prix éditeur : 20,90 €

 

Merci aux éditions Plon et à NetGalley.

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