L’as-tu lu ou le liras-tu? Le sympathisant – Viet Thanh Nguyen

 

 

Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double.

Ainsi commence l’hallucinante confession de cet homme qui ne dit jamais son nom. Un homme sans racines, bâtard né en Indochine coloniale d’un père français et d’une mère vietnamienne, élevé à Saigon mais parti faire ses études aux États-Unis. Un capitaine au service d’un général de l’armée du Sud Vietnam, un aide de camp précieux et réputé d’une loyauté à toute épreuve.
Et, en secret, un agent double au service des communistes. Un homme déchiré, en lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Un homme en exil dans un petit Vietnam reconstitué sous le soleil de L.A., qui transmet des informations brûlantes dans des lettres codées à ses camarades restés au pays. Un homme seul, que même l’amour d’une femme ne saurait détourner de son idéal politique…

SYMPATHISANT n. m. : personne qui approuve les idées et les actions d’un parti sans y adhérer.

Enfin publié en France, le prix Pulitzer 2016 (mais aussi Edgar Award, Andrew Carnegie Medal, Dayton Literary Peace Prize) est un roman que l’auteur dit « avoir écrit pour moi ».
Né en 1971, Viet Thanh Nguyen, boat-people à 4 ans est  devenu  la sensation des lettres américaines à 45. Fils de tailleurs vietnamiens.  l’auteur grandit à  Buôn Ma Thuô. En 1975, ce sera la  première ville à tomber aux mains des communistes.

 « Mes parents venaient du Nord. C’étaient des catholiques qui, comme tant d’autres, ont été persuadés par les prêtres de leurs paroisses que, s’ils restaient là, les communistes les massacreraient tous. »
 Nguyen suggère que cette rumeur était peut-être amplifiée par la CIA, notamment par un certain colonel Lansdale, que Graham Greene prendrait plus tard comme modèle pour le personnage d’Alden Pyle dans Un Américain bien tranquille.

Hormis ses origines plurielles et sa vie aux USA, l’élément autobiographique s’arrête là.
Viet Thanh Nguyen signe ici un livre puissant, complexe, une satire bien vue de l’Amérique, aussi.

C’est une réussite!

Ma note : 4/5

Extraits:

« Oh, le nuoc-mâm ! Comme il nous manquait, chère tante, comme plus rien n’avait de goût sans lui, comme nous regrettions ce « grand cru » de l’île de Phu Quoc, avec ses cuves remplies des meilleures anchois pressés ! Les étrangers aimaient dénigrer ce condiment liquide et âcre, à la couleur sépia très foncée, pour son odeur supposément atroce, ce qui donnait un autre sens à l’expression : «  Ça ne sent pas bon ici », car c’est nous qui ne sentions pas bon. de même que les paysans de Transylvanie arboraient des gousses d’ail pour repousser les vampires, nous nous servions du nuoc-mâm pour tracer une frontière avec ces Occidentaux incapables de comprendre que ce qui ne sentait vraiment pas bon, c’était l’odeur nauséabonde du fromage. Qu’était le poisson fermenté comparé au lait caillé ? »

« Je peux comprendre votre situation, monsieur. À force de sourire, mes fossettes me faisaient mal, et j’avais hâte d’en arriver à la dernière et inévitable manche. Mais je devais encore disputer la deuxième, histoire de profiter de la même couverture morale bouffée aux mites que celle qu’il avait déjà remontée sur son menton. Vous êtes de toute évidence quelqu’un de respectable, un homme de goût et de valeurs. Tournant la tête à droite et à gauche, je montrai la maison proprette qu’il lui fallait payer.. Sur les murs en plâtre, il y avait, outre deux ou trois geckos, quelques objets décoratifs : une horloge, un calendrier, un manuscrit chinois et une photo colorisée de Ngo Dinh Diem à une époque plus fastueuse, quand il n’avait pas encore été assassiné pour s’être considéré comme un président et non une marionnette américaine. Aujourd’hui, les catholiques vietnamiens vénéraient le petit homme au costume blanc comme un saint, mort évidemment en martyr, les mains ligotées, le visage maculé de sang, un Rorschach de sa cervelle tapissant l’intérieur d’un véhicule blindé américain. Son humiliation, saisie par une photo qui avait fait le tour du monde, comportait un sous-texte aussi subtil qu’Al Capone : On ne déconne pas avec les États-Unis d’Amérique. »

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette lecture.

 

PRIX DU MEILLEUR LIVRE ETRANGER 2017

MacArthur Foundation Fellowship, “Genius Grant », 2017
Lauréat de l’Association for Asian American Studies Award for Best Book in Creative Writing (Prose) 2017
Prix Pulitzer 2016
Prix Edgar 2016
Andrew Carnegie Medal for Excellence in Fiction 2016
Prix Dayton Literary Peace for Fiction 2016
Asian/Pacific American Award for Literature (Adult Fiction) 2015-2016
California Book Award for First Fiction 2016
Prix Center for Fiction First Novel 2015

 

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