T’as pas vu ma pop: les origines #2 Comics

 

Dans cette deuxième partie des origines de la pop culture, je vais m’intéresser aux comics. Je ne tenais pas en rédigeant cet article à faire un énième historique des comics  mais plutôt à continuer à répondre à cette question:

« Pop culture, pop art, pop music: tout ce qui fait émerge (en anglais : « to pop up », émerger, pousser, surgir) est-il soluble dans la culture? »

 

Les comic strips sont nés aux USA à la fin du XIXème siècle. Ces bandes (strips) composées en général de 3 cases racontent des histoires ou reposent sur des gags avant de se diriger vers la satire et l’humour: « comic strips ». On considère « The Yellow kid » comme la première BD américaine :

Très vite, les héros sont à l’honneur, avec, par exemple, Mandrake le Magicien:

Ou Buck Rogers le pilote:

Descendant direct de Tarzan, de Zorro ou Buck Rogers, Superman est inventé en 1933. Au début, il s’agit d’un méchant, doté de pouvoirs psychiques. Mais les histoires de vilain ne se vendent pas. Fu Manchu, par exemple, le « méchant asiatique », a eu du mal à trouver son public.

Il faudra encore quelques années aux deux créateurs de Superman pour peaufiner le héros et en arriver à ce résultat en 1938:

 

Action comics a réussi son coup. Peu après, c’est DC    qui réussit un second coup de maître  avec Detective Comics #27 et la première apparition de Batman, créé comme un opposé de Superman, la star:

Les éditeurs concurrents ne sont pas en reste, comme Timely Comics  (le futur Marvel) avec  Captain America (merci Jack Kirby). De plus, des scénaristes et des dessinateurs se multiplient. On voit un certain Stanley Leiber (Stan Lee) chez Timely Comics.

Après la seconde guerre mondiale, un autre éditeur  EC comics fait parler de lui car il publie des histoires plus adultes, violentes ou tournées vers l’horreur.

Vault of Horror (1950 E.C. Comics) 15

 

Mais cette période qu’on peut qualifier d’âge d’or  va connaître un revers. Frederic Wertham, un psychiatre publie en 1954 « Seduction Of The Innocents »,  dans lequel il se montre très  virulent envers les comics, responsables selon lui,de la délinquance des jeunes (c’est un refrain qu’on n’a pas fini d’entendre…. ex:  les jeux vidéos, la télé, la musique pop, tout et n’importe quoi) , de l’homosexualité et du communisme .  On craint la censure chez les éditeurs de comics . De là, naît une forme d’auto-censure: le Comics Code

Dans sa forme d’origine, le code impose entre autres les règles suivantes :

  • Toute représentation de violence excessive et de sexualité est interdite.
  • Les figures d’autorité ne doivent pas être ridiculisées ni présentées avec un manque de respect.
  • Le bien doit toujours triompher du mal.
  • Les personnages traditionnels de la littérature d’horreur (vampires, loup-garous, goules et zombies) sont interdits.
  • Les publicités pour le tabac, l’alcool, les armes, les posters et cartes postales de pin-ups dénudées sont interdites dans les comic books.
  • La moquerie ou les attaques envers tout groupe racial ou religieux sont interdits.

Face à ces interdictions, les comics underground vont peu à peu naître dans les années 60 en même temps que les mouvements contestataires. Ils reprennent des thèmes liés à la contre-cultures (amour et sexualité libres, usage des drogues) et offrent une critique de la société. En anglais, on les nomme les « underground comix », le X représentant ….le même X que pour nous. C’est en réaction au Comics Code que se propagent les comix (de 68 à 75, particulièrement).

On peut parler de :Zap Comix (auquel Robert Crumb participe)

Zap Comix 4, cover by Victor Moscoso

Art Spiegelman qu’on connaît bien en France (Maus) de même que Crumb, d’ailleurs:

Sans oublier le magazine MAD:

Si on peut dire que le mouvement s’essouffle dès 1975,   les comixs continuent jusque dans les années 1980. L’underground est une notion de contre-culture, une contestation de l’ordre établi, sa diffusion se fait sur des circuits parallèles. (bande-dessinée alternative, chez nous en France).

On  y aborde ce dont on ne parle pas ailleurs : féminisme, crimes commis par les grandes sociétés, l’homosexualité… Par exemple, WonderWoman (créée dans les années 40 par William Marston, un monsieur très féministe )   est nommée « symbole de la révolte féministe ». Un exemple de son évolution en images:

Marston disait en 1943:
« Même les filles ne voudront pas être des filles tant que nos archétypes féminins manqueront de force, de vigueur et de puissance. Comme elles ne veulent pas être des filles, elles ne veulent pas être tendres, soumises, pacifiques comme le sont les femmes bonnes. Les grandes qualités des femmes ont été méprisées à cause de leur faiblesse. Le remède logique est de créer un personnage féminin avec toute la force de Superman plus l’allure d’une femme bonne et belle. « 

Les comics mûrissent et deviennent plus adultes au fil des années 70/80.

En 1975, ce sont les Uncanny X-Men repris par Chris Claremont:

Mais les années 80 marquent aussi une période d’interminables cross-over, de morts de personnages (qu’on fera revivre par la suite).

« En 1992, sept artistes superstars décident de claquer la porte de Marvel pour fonder leur propre maison d’édition. Les meneurs de cette fronde sont Rob LiefeldTodd McFarlaneJim Lee et Marc Silvestri. La raison de leurs départs : ils en ont assez de voir Marvel gagner des millions grâce à leur travail et de ne toucher que des miettes. Alors ils lancent Image Comics pour y créer leurs personnages creator-owned, c’est-à-dire dont les droits appartiendront en intégralité à leurs créateurs.  »

Le site comicsblog 

Image comics, c’est The Walking Dead, les tortues Ninja, Saga, The Wicked + The Divine

 Le début des années 1990 semblent voir un regain d’intérêt pour la bande-dessinée mais cela est dû à une phénomène de collection: les collectionneurs se mettent à  acheter des comics, parfois en plusieurs exemplaires, en pensant que leur valeur va s’envoler. Ce n’est pas le cas et  les ventes s’effondrent. Les conséquences? des maisons d’éditions et des magasins de comics disparaissent.

Suite à cela, des scénaristes de cinéma ou de  télé,  des romanciers parfois sont appelés  à collaborer aux scénarios qui en  deviennent plus réalistes   – et la psychologie des personnages est mieux développée.

Il n’est plus question de Comics Code. Et grâce aux adaptations au cinéma et en séries, les comics envahissent aussi la culture « grand public ». Pop, pop, pop culture….

 

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