Les Livres de Jakób – Olga Tokarczuk

 

Le livre est dense. C’est même plus une fresque qu’un roman. Olga Tokarczuk nous emmène dans un vaste voyage tout en lançant un véritable défi littéraire au fil des 1000 et quelques pages numérotées à rebours . On se laisse embarquer lentement car il faut être patient pour venir à bout de cette odyssée inspirée. Mais le jeu en vaut largement la chandelle ! Passionnant !

 

Olga Tokarczuk à propos de son roman :

« Comment vous est venue l’idée d’écrire sur le faux messie Jakob Frank ?

O.T :C’est le contexte historique dans lequel Jakob Frank a vécu qui m’a d’abord fascinée. Une époque où les Lumières prennent leur élan et engendrent de nouvelles visions de la société. Le système de croyances frankiste constitue un condensé assez chaotique, extrêmement fluide, voire explosif, de divers types d’hérésies. Il pousse ses racines dans un passé plus ou moins lointain, au-delà des marges du christianisme ou du judaïsme. Son origine première se situe dans le gnosticisme [mouvement religieux des premiers siècles du christianisme, persuadé de l’imminence de la fin du monde]. Or, il y a longtemps que je m’intéresse à ce thème. Un autre aspect, qui n’a rien de secondaire, tient au fait que Frank représente une figure complexe d’un immense intérêt psychologique » (source)

 

Résumé : Hérétique, schismatique, Juif converti à l’islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi, magicien, tour à tour misérable et richissime, Jakób Frank a traversé l’Europe des Lumières comme la mèche allumée d’un baril de poudre. De là à se prendre pour le Messie, il n’y avait qu’un pas – et il le franchit allègrement. Le dessein de cet homme était pourtant très simple : il voulait que ceux de son peuple puissent, eux aussi, connaître la sécurité et le respect de tous.

 

La vie de ce personnage historique est tellement stupéfiante qu’elle semble imaginaire. Un critique polonais dit qu’il a fallu à Olga Tokarczuk une « folie méthodique » pour l’écrire. On y retrouve les tragédies du temps, mais on y goûte aussi les merveilles de la vie quotidienne : les marchés, les petits métiers, les routes incertaines et les champs où l’on peine, l’étude des mystères et des textes sacrés, les histoires qu’on raconte aux petits enfants, les mariages où l’on danse, les rires et les premiers baisers.

 

Cette épopée universelle sur l’émancipation, la culture et le désir est une réussite absolue : elle illustre la lutte contre l’oppression, en particulier des femmes et des étrangers, mais aussi contre la pensée figée, qu’elle soit religieuse ou philosophique.

 

Ainsi que le dit le père Chmielowski, l’autre grand personnage de ce roman, auteur naïf et admirable de la première encyclopédie polonaise, la littérature est une forme de savoir, elle est « la perfection des formes imprécises ».

Les Livres de Jakób, par Olga Tokarczuk,
traduit du polonais par Maryla Laurent,
Noir sur Blanc, 1040 p., 29 euros.

Prix Nike 2015 (Pologne)

Prix Transfuge 2018 du Meilleur roman européen

Finaliste Prix Femina étranger 2018

 

Merci à Net Galley et aux éditions Noir et Blanc pour cette lecture.