Premières lignes #19février

Et je vais même parler d’autre chose que de SF ou de fantasy ! Si ! Premières lignes un peu en retard (toujours la même rengaine, gnégnégné, connexion en panne, SFR se fiche de nous, ça devient une histoire de fous) : 

 

« Dee le repéra avant tout le monde. Elle en fut très heureuse et fit durer l’instant. Elle se sentait spéciale, de l’avoir pour elle seule pendant quelques secondes, avant que le monde autour d’eux ne s’arrête et que personne ne s’en remette jusqu’à la fin de la journée. « 

Le nouveau est un roman de Tracy Chevalier et c’est bien en voyant le nom de l’autrice que j’ai choisi d’emprunter le livre, contente de me plonger dans l’un de ses récits dont elle a le secret. C’est un peu l’effet que fait Tracy Chevalier : on prend le livre les yeux fermés, sans même lire la quatrième de couverture. Parce qu’il y a eu La jeune fille à la perle, Prodigieuses créatures, La dernière fugitive ou A l’orée du verger. Et ce sont toutes de formidables histoires captivantes, bien écrites, dont on garde d’excellents souvenirs. Alors je suis partie confiante – hum… j’ai assez vite déchanté.

Celui-ci se déroule dans les années 70 dans une école américaine de Washington DC. On comprend vite que l’arrivée d’un élève noir en classe de CM2 alors qu’il n’y a que des blancs va poser certains problèmes.

Le nouveau est en fait une version adaptée d’ Othello de Shakespeare. On y retrouve les personnages principaux, les unités de lieux et de temps. Jusque là, l’originalité est plutôt intéressante. Là où le bât blesse, c’est que T. Chevalier a choisi comme protagonistes des enfants (des élèves de CM2 dont des 10/11 ans) pour mettre en scène non seulement l’amour passionnel mais aussi le désir. Et là, disons-le, ça passe moyen. Bien sûr, il pourrait être question d’amour et de jalousie mais à ce point…
Les pensées ainsi que les propos tenus par les gosses sont assez en décalage avec leur âge : cela fonctionnerait vraiment mieux s’ils étaient au collège, par exemple. Parce que des CM2 qui pensent à coucher ensemble, je ne dis pas que ça n’existe pas du tout mais ça n’est pas vraiment la majorité des gamins et des gamines….

C’est le premier gros défaut du roman.
Le second se situe au niveau du racisme vécu par l’élève africain. J’ai eu beaucoup de mal à le croire plausible, là aussi. Tout ce que j’ai lu, c’est un racisme vu par une femme blanche qui n’a jamais été confrontée à cela et qui essaie tant bien que mal à transposer sa culpabilité (de blanc) sur le papier. Il y a des remarques qui ne ressemblent à rien, vraiment à rien… Je regrette de ne pas avoir pris le temps de tout noter mais  il y a une phrase bien lourde  sur le malaise engendré par l’omniprésence des yeux bleus (?!) que j’ai gardée   :

 » Quand Dee.-quel merveilleux hasard qu’elle aussi, on l’appela par la première lettre de son prénom– releva les yeux, Osei sentit son corps s’embraser. Elle avait les yeux marron : le brun clair et liquide du sirop d’érable. Pas le bleu qu’il avait vu dans tant de cours d’école, le bleu des ancêtres anglais, écossais, irlandais, le bleu de l’Allemagne et de la Scandinavie. Le bleu des Européens du Nord venus s’installer en Amérique, qui avaient conquis les yeux bruns des Indiens et importés des yeux noirs d’Afrique pour faire leur travail à leur place.« 

J’ai trouvé l’utilisation du « bleu qui génère de la gêne » (cité ailleurs encore dans le roman) terriblement maladroite — et peu sinon, absolument pas, crédible. C’est pataud,  et le pire, c’est que toutes les réflexions liées au racisme sont du même cru.

Je vais m’arrêter là. Ce n’est donc pas une réussite, c’est même assez mauvais. Et c’est dommage car l’idée de base était vraiment intéressante. Ce n’est pas grave, ça sera meilleur au prochain livre !
– je crois que je vais retourner à la SF et à la fantasy avec tout ça ^^ – 

 

Le nouveau par Chevalier

 

Washington D.C., dans les années 1970. En six ans, c’est la quatrième fois qu’Osei, fils d’un diplomate ghanéen, découvre une nouvelle école. Tout heureux de rencontrer Dee, la fille la plus populaire de sa classe, il ne s’inquiète pas des manigances et de la jalousie de ceux qui voient d’un mauvais œil l’amitié entre un garçon noir et une jolie blonde.

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