Premières lignes – 19 octobre

Premières lignes 

« Alors, finalement c’était bien la vérité de Dieu que Hasma niquait avec le
Kabyle du deuxième, notre palier à nous autres. Depuis trois nuits déjà,
Inna se tenait l’œil en planque à travers une fente de la porte… Inna a
brutalement ouvert la porte. Sur le palier, Hasma bégayait des
explications confuses, une lampe de poche serrée entre les doigts… »

 

Méchamment berbère par Sif

Résumé : Dans le vieux Marseille des années 1970, la chronique d’une famille d’immigrés marocains.
La mère qui assume le quotidien, le père qui abandonne le domicile conjugal, le frère qui devient fou, une culture où se mêlent pauvreté, tendresse, violence et sorcellerie… Un destin familial qui devient, sous le regard lucide et plein d’humour de la narratrice, une truculente leçon d’humanité.

 

Premier roman de Minna Sif, Méchamment berbère a été publié en 1997. Il est ici repris dans Les poches du  Diable ( Au Diable Vauvert). Le récit, narré par l’une des trois soeurs ( ce « nous » persistant ») est axé autour des femmes de la famille berbère : la mère, Inna (=maman en berbère) et les fameuses trois sœurs, « méchamment » surnommées le Chameau, le Tonneau et la Merguez par le père qui sait à peine les distinguer et les considère donc comme une entité. Tout l’immeuble dans lequel vit la famille de la narratrice repose sur une dynamique féminine puisque les pères et maris sont absents.    Fuyant devant les responsabilités, ils sont partis sans laisser d’adresse,  ils ont parfois une autre famille ailleurs et ne donneront plus ou si peu de nouvelles.   Ou bien,   ils sont décédés suite à des accidents de travail.   Les frères ne sont pas mieux. Ainsi, les deux frères aînés des narratrices : l’un a changé de vie, changé de nom, reniant sa culture berbère, dénigrant aussi sa famille,  l’autre souffre de troubles psychologiques et ne veut pas se faire soigner, restant un poids pour la mère.
Quant au père, le Vieux, il n’existe que par le souvenir de la narratrice  puisqu’il a
rapidement abandonné sa famille à Marseille pour s’en retourner au Maroc. Il symbolise l’ancrage dans la culture traditionnelle.
Les femmes, elles, se tournent vers l’extérieur, vers ce nouveau pays, cette nouvelle culture  — les enfants font le lien entre les deux cultures. Les femmes constituent l’ouverture.
L’immeuble peuplé de femmes et d’enfants est situé — et c’est amusant de le noter — au 15 bd des Dames à Marseille. Encore un élément féminin.
Inna (maman) est donc le pilier de la famille, celle qui intervient durant les bagarres. Elle jure, elle a une stature puissante, une force de caractère forgée par une vie qui ne fait pas rêver : « mariée à 13 ans à un homme de vingt ans son aîné, enceinte dès la première année, mère de cinq enfants, battue, abandonnée par son mari qui prend deux autres épouses encore plus jeunes qu’elle.  »
Pourtant, Inna, une fois seule avec ses enfants, va se débrouiller. Et plutôt bien.  Une fois le mari parti, une fois la violence disparue, elle va prendre les choses en mains, en femme indépendante, bataillant même avec la paperasse et l’administration française.
Il faut ajouter qu’elle ne sait pas lire, comme la plupart des femmes immigrées de cette époque, et que ce sont ses filles qui se chargent de toutes les traductions (dans la vidéo ci-dessous, Minna Sif relate ce que cette expérience lui a apportée). 

Le récit est riche et malicieux, parfois drôle. La langue est habile, maîtrisée et agile. J’ai adoré l’utilisation par petites touches des termes en arabe dialectal et en berbère (il y a un lexique pour les personnes qui ne comprennent pas — et surtout, le texte n’en abuse pas si cela fait peur).  

Note perso : 

Je vais ajouter ma touche personnelle en disant simplement que ce récit m’en a rappelé bien d’autres, réels aussi, non écrits mais oraux. Ceux de personnes que je connais ou que j’ai connues. Il m’a rappelé des moments passés avec des gens que j’ai côtoyés, une part de ma vie, de mes amitiés, de mes galères aussi. Et c’est sûrement ce qui fait que j’ai refermé le livre avec un mélange de nostalgie et de tendresse. Je comprends qu’il n’en sera sûrement pas de même pour une personne n’ayant pas la même expérience. Mais selon les parcours de vie, Méchamment berbère est un récit passionnant, souvent poignant.

 

Et je remercie Babelio-Masse Critique et les éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture, bien sûr.

 

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2 réflexions sur “Premières lignes – 19 octobre

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