Premières lignes – 10 janvier

Mais oui, ce sont les premières lignes de 2021 !

« Parvenu au sommet de la pente herbeuse, le cerf géant brama. Puis il inclina la tête vers le sol pour permettre à sa cavalière, alourdie par la maternité, de glisser de son dos en s’accrochant aux bois de sa ramure immense.
Kerridwen esquissa quelques pas, ses mains soutenant sa cambrure. Sous le drapé de lin tissé, ses pauvres reins la lançaient. Qu’importait la monture : chevaucher si près du terme s’avérait source de douleur. « 

C’est dans la mythologie celte que ce roman nous plonge avec Kerridwen (l’un des aspects de la déesse-mère, pour résumer). Cette femme, une grande sorcière, nous dit le mythe, habite une île avec son époux (une résurgence de l’ancien dieu cornu Cernunnos) et a plusieurs enfants  (deux ou trois selon les versions ) :  une fille très belle, Creirwy  qui veut dire « le joyau », un fils, très laid, Morvran « le corbeau de mer ». 
Et enfin, un troisième, enfant,  un autre garçon, plus horrible encore que Morvran nommé Affang Du (« le castor noir » ou le « monstre noir »), aussi bête et méchant que laid.  Kerridwen décide alors de préparer pour Affang Du une potion magique qui devrait lui donner  la beauté de l’esprit à défaut de celle du corps, une potion pleine de connaissance. Comme elle est sorcière, elle  rassemble les herbes appropriées, les jette dans son chaudron,  saison après saison. Mais le  chaudron doit bouillir sans interruption durant un an et un jour  pour que la potion fonctionne et Kerridwenn ne peut pas  le surveiller jour et nuit. Elle en confie donc  la garde à deux personnages mystérieux : l’aveugle Morda et l’enfant Gwyon.  Tout se passe bien. Mais quelques jours avant la fin du délai de un an et un jour, trois gouttes de la mixture viennent  brûler le doigt de Gwyon. Pour apaiser la douleur, celui-ci porte le doigt à sa bouche.  Le voilà investi de toute la magie du chaudron ! Il a absorbé la connaissance destinée à Affang Du.
Or,  à part ces  trois gouttes, le chaudron ne contient rien d’autre que du poison (ah, oui, c’est dommage).
Une fois que ces trois gouttes sont bues, l’action du poison fait exploser le chaudron qui est brisé.  A présent, Gwyon est clairvoyant. Kerridwen, furieuse de la perte de son travail et du tort fait à Affang Du, va le poursuivre de sa rancune. Gwyon décampe au plus vite. Elle le suit.
La légende décrit alors une succession de quatre couples de métamorphoses, comme souvent,  chaque couple évoquant une saison. Gwyon devient lièvre, elle se change en lévrier. Il se transforme en poisson, elle prend la forme d’une loutre. Alors, Gwyon devient oiseau, et Kerridwenn se transforme en un faucon. Finalement, Gwyon se change en grain de blé,  caché dans un tas de grains de blé ordinaires. Kerridwenn, elle, prend  l’apparence d’une poule puis picore tout le grain, avalant Gwyon en même temps. Alors, le grain-Gwyon la féconde. Neuf mois plus tard, Kerridwen met au monde un enfant.
C’est un enfant sans père et elle ne peut se résoudre à le tuer, comme elle aurait dû car il est très beau : elle l’abandonne à l’océan. L’enfant est recueilli par un roi qui s’émerveille de sa beauté, le baptise Taliésin (Front Brillant) et l’élève à sa cour. Taliésin devient l’un des bardes sacrés du Pays de Galles.

On retrouve ce conte dans  Les Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois, (traduit, présenté et annoté par Pierre-Yves Lambert, Gallimard l’aube des peuples, Paris, 1993), un ouvrage que je conseille à toutes les personnes qui apprécient les légendes celtes. C’est aussi cette mythologie qui a inspiré le roman de Nathalie Dau, Le chaudron brisé. On y suit à la fois l’histoire des divinités, Kerridwenn et Kernunnnos, dans un temps hors du temps et, en parallèle, on découvre ce qui arrive à la lignée du couple, dans une série de chapitres assez courts (peut-être un peu trop, d’ailleurs). Les deux pans de la l’histoire (le couple de divinités et les « descendants ») vont finir par se rejoindre de manière plutôt habile. La construction est bien faite, la narration est agréable. C’est un roman court, bien écrit, agréable à lire, sans doute un peu bref. Mais, après, je ne pense pas qu’il y avait non plus matière, sur cette intrigue à développer énormément…. Un roman plaisant, avec une poésie certaine par moments.
A lire, donc, si vous aimez les légendes.

Le chaudron brisé par Dau

Nathalie Dau

100 pages
Éditeur : LES MOUTONS ELECTRIQUES (01/02/2018)

Et ce sera mon premier roman pour le challenge de l’Imaginaire 2021.

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6 réflexions sur “Premières lignes – 10 janvier

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