Premières lignes – 27 juin

Comme aujourd’hui je ne parle pas d’un roman — et que la qualité littéraire n’est vraiment pas au rendez-vous — ces Premières lignes sont un peu différentes. J’ai choisi les premières lignes d’un chapitre, mieux adaptées, qui retranscrivent tout à fait le ton de l’essai :

« 26 mai 2020

Aurélien C. est arrêté à Limoges par la DGSI qui le soupçonne de vouloir commettre un attentat contre la communauté juive. Une information judiciaire est ouverte pour « entreprise individuelle terroriste ». La qualification est rare, elle est destinée aux « loups solitaires », les radicalisés qui agissent seuls.

Le contenu de ses réseaux sociaux et du matériel informatique saisi chez lui est sans surprise : littérature antisémite ou sur le grand remplacement, traduction française du manifeste de Brenton Tarrant (l’auteur des attentats de Christchurch en Nouvelle-Zélande), soleil nazi et textes guerriers… Tout le magma de la pensée ultra est là.

Mis en examen et incarcéré, le jeune homme, ancien militaire et Gilet jaune, n’est pas une pomme pourrie mais bien le fruit de notre époque. »
(pour rappel, il s’agit de ceci)

J’ai donc lu « La Poudrière », une enquête sur l’ultra-droite française, une nébuleuse plus extrême que l’extrême-droite du parti de Marine Le Pen et consorts, compliquée à déterminer car composée de multiples groupuscules et individus issus d’horizons divers, de milieux divers.

Les journalistes qui ont bouclé ce livre n’ont pas réussi à brosser un portrait unique et cela semble logique car les profils sont pluriels. Ils se tirent de la difficulté en établissant une chronologie, en allant interviewer des personnes diverses qui ont répondu et parlé de leurs opinons. On y retrouve autant des anciens Gilets Jaunes que des survivalistes, des complotistes, des négationnistes, autant d’individus isolés et retranchés dans les campagnes que des personnes organisées — par ex, appartenant à l’Action Française comme François Bel-Ker.

Lire le paquet de déclarations antisémites, islamophobes, racistes, homophobes, sexistes, haineuses que prônent ces personnes amène à un dégoût certain. La nausée, pour copier Sartre.
Mais j’ai réussi à terminer le livre car je voulais vraiment en savoir plus même si je connaissais les positions des Renaud Camus, Alain Soral, Dieudonné, Eric Zemmour, et autres Yvan Benedetti…

La haine, toujours, la haine. Et le rejet de l’autre qui ne serait pas un humain. Je dois dire que cela me dépasse…

Le livre est intéressant à lire, pas forcément anxiogène ; il est même souvent assez factuel. On apprend beaucoup d’éléments. Bien sûr, on n’a pas de réponses car il n’y en a pas.

Par contre, le style est déplorable : on cherche la ponctuation et il faut s’accrocher tout au long de phrases à rallonge. Cela mériterait d’être un peu mieux écrit, cela faciliterait la lecture.
Pour tous ceux et toutes celles qui ont envie d’en savoir plus sur cette mouvance.


Résumé : « On croyait la menace venue de l’ultra-droite disparue depuis les années 1980 mais avec la Manif pour tous, elle a repris du poil de la bête. Active parmi les gilets jaunes (on voit le Sanglier, une figure du mouvement, participer au saccage de l’Arc de Triomphe, ou Yvan Benedetti, négationniste fervent, faire le coup de poing contre des antifas), elle est multiforme et radicale. Opération d’Action Française à l’occasion du colloque de François Hollande à la Sorbonne (le thème : la crise de la démocratie) ; manifestation contre l’islamisme (bras tendus, les participants crient « Kebab mosquée, on en a assez ! ») ; survivalistes armés dans les Ardennes ; jeunes loups formés dans l’école de Marion Maréchal ou au centre de formation Iliade à Paris ; enfants perdus et aspirants militaires participant à des colonies d’été ; gros bras des clubs de boxe des « maisons de l’identité » ; attentats préparés contre les musulmans (empoisonnement de viande hallal)…
La DGSI a relevé avec inquiétude l’apparition d’une frange de militants identitaires inconnus des services de renseignement et certains y redoutent un affrontement armé entre ultra-droite et musulmans dans les années à venir… L’ultra-droite est revenue sur le devant de la scène, polymorphe et menaçante, obsédée par la fin de la République. Les idées des ultras se propagent et se démocratisent. De Renaud Camus jusqu’à Alain Soral (qui cartographie « les gauchistes » sur son site à succès Egalité & Réconciliation), de certains Youtubeurs célèbres à des maisons d’éditions « dissidentes » (Ring), des libraires engagés (La Nouvelle librairie dans le quartier latin) aux fermes à trolls : c’est à une plongée inquiétante que nous invitent ici les auteurs de Mimi.
Portraits, réseaux, histoire intellectuelle, généalogie du combat, modes d’influence et de communication, entrée dans la clandestinité : le feu couve. »

La poudrière par Décugis