L’as-tu lu ou le iras-tu? La nostalgie de l’honneur – Jean-René Van der Plaetsen

« C’est un fait : notre époque n’a plus le sens de l’honneur. Et c’est pourquoi, ayant perdu le goût de l’audace et du panache, elle est parfois si ennuyeuse. Alors que le cynisme et le scepticisme progressent chaque jour dans les esprits, il m’a semblé nécessaire d’évoquer les hautes figures de quelques hommes que j’ai eu la chance de connaître et de côtoyer. Comme Athos ou Cyrano, c’étaient de très grands seigneurs. Ils avaient sauve l’honneur de notre pays en 1940. Gaulliste de la première heure, mon grand-père maternel était l’un d’entre eux. Sa vie passée a guerroyer, en Afrique, en Europe ou en Extrême-Orient, pleine de fracas et de combats épiques dont on parle encore aujourd’hui, est l’illustration d’une certaine idée de l’honneur. Qu’aurait-il pensé de notre époque ? Je ne le sais que trop. C’est vers lui que je me tourne naturellement lorsqu’il m’apparaît que mes contemporains manquent par trop d’idéal. Ce héros d’hier pourrait-il, par son exemple, nous inspirer aujourd’hui ? C’est dans cet espoir, en tout cas, que j’ai eu envie, soudain, de revisiter sa grande vie. »

 

« La nostalgie de l’honneur est un mal étrange, une forme de neurasthénie, très peu répandue de nos jours, qui vous oppresse et vous étreint le cœur par intermittences. C’est une maladie rare, assez romantique, donc pas si grave, mais suffisamment ennuyeuse tout de même pour vous gâcher plusieurs journées par mois, une maladie dans laquelle il entre une bonne dose de dépit devant l’observation du monde tel qu’il est et tel qu’il tourne, un peu comme le fut la mélancolie, mal du XIXe siècle »

C’est par ces mots que débute ce récit littéraire qui évoque le général Jean Crépin, grand-père de l’auteur. Jean-René Van der Plaetsen est directeur de la rédaction au Figaro magazine.
Il y a de très beaux passages dans « La Nostalgie de l’honneur ». C’est un livre presque hors norme hors catégorie qui nous parle de panache, de liberté, de courage. Mais aussi d’une autre France…qui ne serait plus si l’on en croit l’auteur.
Je ne savais pas vraiment quoi en penser après la première lecture.  Ce n’est pas qu’il m’ait déplu mais la réflexion sur des valeurs françaises apparemment défuntes accompagnées des certitudes de l’auteur me laissent sceptique. Trop passéiste, trop ancré dans l’idée d’une certaine France, peut-être. Je vous laisse  donc en juger par vous-mêmes si vous en avez l’occasion.

Ma note : 2/5

« La force de ce livre », écrit l’académicien français Jean-Marie Rouart, « c’est qu’il n’évoque pas seulement l’aïeul de l’auteur, il nous parle de nous, de la France, d’un univers et d’une sensibilité militaire douloureuse. Car, à travers un personnage, il nous révèle une tragédie. Le calvaire d’officiers, dans la funeste période 1940-1965, à rarement été éclairé dans une aussi juste lumière. »

Jean-René Van der Plaetsen

ISBN : 224681393X
Éditeur : GRASSET (06/09/2017)
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TBTL : Une histoire d’amour

Chaque semaine nous partageons une lecture correspondant à un thème paru chez Bettie Rose Books. Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont on n’a plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à ses lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

Un amour qui finit mal:

 

C’étais en 1912, dans la vallée de la Chautauqua, au nord de l’état de New York.
La belle Calla aux longs cheveux roux vivait les jours sans les voir, prés d’un mari qu’elle n’aimait pas.
Cette année-là, pour Calla, la réalité existe comme un rêve. Un amour noir comme l’homme dont son corps épouse le corps, noir comme un rêve de nuit et de mort.

Un roman court nourri par l’écriture brillante de Joyce Carol Oates .
Passion, racisme (homme noir, femme blanche), mort. Superbe.

 

Amour tous genres confondus

avec Les Chroniques de San Francisco (il faut les lire, vraiment!). Maupin nous raconte les années 70, la communauté LGBT , les amours;  l’amour, simplement:

Mary Ann débarque à San Francisco pour fuir la vie ennuyeuse de sa ville natale. Elle emménage chez Anna Madrigal, qui tient un petit immeuble sur Barbary Lane et cultive de la marijuana. Elle y fait la connaissance des colocataires : Michael « Mouse » jeune homosexuel, Brian Hawkins le séducteur, et Mona jeune femme assez mystérieuse très amie avec madame Madrigal.

Mary Ann trouve un travail de secrétaire dans la société de publicité de monsieur Halcyon, dont la famille est aussi spéciale que les colocataires de Barbary Lane : sa femme vit une vie de société bourgeoise, sa fille couche avec le livreur asiatique car son mari la délaisse, mais elle ne sait pas que c’est pour son gynécologue.

(à notre que les derniers tomes sortis « Mary Ann en automne » et « Anna Madrigal » ont un ton beaucoup moins léger)

 

L’amour qui se termine

Une nouveauté, lue dans le cadre de la rentrée littéraire 2017. Je l’ai chroniqué ici. 

« Un garçon, une fille, une histoire universelle. Ils s’aiment, se déchirent, elle s’en va. Lui s’écroule. La jeunesse et l’innocence avec. Un roman qui frappe, âpre, enlevé, emporté, qui ne s’oublie pas. Une signature, une écriture, une voix, une époque, une génération.
« Pendant un temps, tout reste normal. On saute et on rebondit, on s’élance et on atterrit, pourtant la fin est proche, très proche. Lorsqu’on en prend conscience, qu’on réalise que l’on ne saute plus aussi haut qu’avant et qu’on peine à atteindre les sommets que l’on caressait du bout des doigts en se hissant sur la pointe des pieds, il est déjà trop tard. Le fil se détache, et il faudrait courir s’agripper là ou on le peut, mais on ne le fait pas, et on s’élance, certain que tout va rentrer dans l’ordre. La chute n’en est que plus douloureuse. Mort d’inquiétude à l’idée de heurter le sol qui, seconde après seconde, se rapproche, on hurle, on se débat, et plein d’espoir, on attrape le fil encore pendu à notre coeur, mais ce fil, ah ! ce fil, il n’est plus relié à rien. «

 

Un rapide survol aujourd’hui pour ce TBTL… le sujet est inépuisable.
J’aurais pu rajouter: une romance bien faite et historique: « Outlander », bien sûr!

 

Bonnes lectures!

L’as-tu lu ou le liras-tu? Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes

Résumé:

Vernon Subutex est un des disquaires les plus célèbres de Paris des années 1980, mais, à la suite de la crise du disque, il doit fermer son magasin. Dès lors, passif et mou, il vit durant un moment des aides sociales en évitant au maximum de sortir de chez lui, passant ses journées sur internet.

Un de ses amis, Alex Bleach, célèbre chanteur de rock, l’aide de temps en temps financièrement pour payer son loyer jusqu’à ce qu’il décède brutalement. Avant de mourir, le chanteur confie à Vernon un enregistrement sonore créé sous l’influence de la drogue. Ce qui lui vaut d’être activement recherché par plusieurs personnages. Vernon, sans aucune source de revenu, se fait expulser de son appartement. Il décide de solliciter l’aide de ses anciens amis qu’il n’a pour la plupart pas vu depuis plusieurs années, prétextant n’être à Paris que « de passage ».

 

Une petite halte dans cette rentrée littéraire 2017 – et retour en 2015 avec le premier Vernon Subutex (le 3ème est sorti cette année). Et heureuse de ce break  RL 2017 car j’ai été assez déçue de mes deux dernières lectures (je vais en reparler).

Flashback: je lis Virginie Despentes depuis la publication de « Baise-moi ». 

La polémique était grande quand son premier roman est sorti (quel bazar… )
Je pense, a posteriori, que le tapage serait moindre à l’heure actuelle.Sans être fan, je dois reconnaître que j’ai plusieurs choses en commun avec Virginie Despentes: (et c’est amusant, en fait)

  • nous sommes nées à 2 ans d’intervalle
  • j’ai été punk (à petite échelle
  • la musique est toujours aussi importante qu’à l’adolescence; j’aime Béatrice Dalle

Ceci pour la touche personnelle…

Alors, Vernon Subutex?

Ce n’est pas tant un récit sur les marginaux que sur les gens, en général. C’est un roman sur l’humanité. Avec le pouvoir, les riches, les pauvres, l’amour, la haine,  la perte, l’attachement, le deuil,  le buzz, le sexe…

Despentes nous raconte non pas son humanité mais la nôtre. C’est une histoire de  la métamorphose (l’âge, le corps, le sexe, la parentalité).

Quand nous vieillissons, quand nous connaissons la réussite sociale, quand nous perdons tout, quand nous cherchons l’apaisement (la drogue, le sexe, la famille, la religion…); la maladie, l’âge, les regrets, les petites victoires, les mesquineries…L’existence.

 

C’est une histoire de rythme, c’est une écriture profondément musicale. Je n’ai pas de mal à dire que c’est ce que je préfère chez Despentes: cette musicalité des phrases. j’ai envie d’y coller mes vieux vinyles en fond sonore.

Vernon Subutex parle de ma génération, celle qui a été ado dans les années 80, mais aussi de celle  des trentenaires, de la génération twitter, des meufs à l’ancienne, des beaufs hétéros, des jeunes filles non rebelles; ça parle de notre époque en ce qu’elle a de cruel, de rapide, de déprimant souvent. Cette époque est terriblement sérieuse – si on la compare aux années 80, par exemple. Elle fait le même constat que ses contemporains: à quel moment sommes-nous devenus si sérieux, si politiquement corrects, fermés à tout, en un mot, sectaires?

Vernon Subutex, c’est le désenchantement du monde.

 

 » Il y a des évolutions qu’on n’aurait pas pu prévoir il y a trente ans… J’avais l’idée d’un livre-patchwork qui traverserait toutes les classes sociales. « 
A 20 ans, ils étaient punks. Et à 50, à quoi ressemble leur vie ? Virginie Despentes voyage à travers les classes sociales et les évolutions de la société française. Premier volume d’un roman-fleuve, le plus ambitieux de son auteure, qui vient de recevoir le Prix Anaïs Nin.

Cette nouvelle année commence en exauçant l’un de nos vœux : on attendait depuis longtemps qu’un écrivain français signe un grand roman sur l’état de notre société, et Virginie Despentes l’a fait avec Vernon Subutex, son septième roman, une trilogie dont le prochain volume sortira en mars et le dernier en septembre. Une formidable cartographie de la société française contemporaine à travers l’itinéraire d’un disquaire (Subutex), obligé de fermer son magasin à cause de la dématérialisation de la musique, qui perdra vite son appartement et devra, avant de finir SDF, demander à chacun de ses amis de l’héberger un temps, devenant ainsi le parfait fil rouge pour nous faire pénétrer dans tous les milieux.

Il y a vingt ou trente ans, ils étaient fans de rock et participaient tous à des groupes punk. Que sont-ils devenus à la cinquantaine ? On passe de l’extrême droite à l’extrême gauche, de l’embourgeoisement à la déchéance, des nantis aux SDF, des hétéros aux gays, tous traités de la même façon par un auteur qui a atteint un niveau de maîtrise sidérant : avec autant de tendresse que d’ironie, car Despentes n’est jamais dupe, tout en restant profondément humaine.Punchlines, mots justes, humour au vitriol sont au rendez-vous d’un roman ultraserré, nerveux, dense, en forme de vrai-faux polar. Parce que Vernon Subutex se retrouve en possession des rushes de l’interview de l’un de ses amis, le seul du groupe à être devenu une star et retrouvé mort dans la baignoire de sa chambre d’hôtel dès le début, tous voudront le retrouver pour s’approprier ces bandes.De quoi nous donner envie de rencontrer celle qui pourrait bien passer, avec ce livre, du statut d’enfant terrible à celui d’auteur majeur de la littérature française. Virginie Despentes nous a reçus chez elle, dans le XIXe arrondissement de Paris. Tutoiement direct, extrême douceur et intelligence fulgurante. L’occasion aussi d’un bilan sur sa vie et la société, vingt ans après la parution de son premier roman-choc, Baise-moi (1994), de l’interdiction (la première en France depuis vingt-huit ans) de son film du même nom en 2000 et de son essai féministe, King Kong théorie (2006).

Comment as-tu commencé à écrire Vernon Subutex ?

Virginie Despentes – J’ai eu l’idée de Vernon en voyant des gens autour de moi se retrouver dans des situations compliquées à la cinquantaine. J’ai eu une expérience de disquaire quand j’étais gamine, et je faisais partie d’un groupe de rock. A l’époque, dans le rock, des gens se sont croisés qui n’avaient rien à voir ensemble. Ils ont changé au niveau social et politique. Il y a des évolutions qu’on n’aurait pas pu prévoir il y a trente ans… J’avais l’idée d’un livre-patchwork qui traverserait toutes les classes sociales. Je me suis rendu compte qu’il serait volumineux alors que j’étais déjà très avancée dans l’écriture. Il faisait 1 200 pages. C’est mon éditeur qui m’a suggéré de le découper en trois tomes.

L’une des questions qui traversent le livre, c’est l’idéalisme inhérent au rock et ce que chacun en a fait vingt ou trente ans plus tard…

La question c’était : “Après ce qu’on a fait à 20 ans, qu’est-ce qu’on est devenu à 45 ?” C’est un vrai truc de vieillir, on me l’avait dit mais je n’y croyais pas. Et le plus dur, ce n’est pas pour soi, mais c’est de voir les autres vieillir

 

Comment vois-tu la société aujourd’hui ?

Dans Paris, j’ai la sensation d’une dépression très forte. On me faisait récemment remarquer que dans mon livre, tout le monde est abattu. C’est vrai que, quand tu es en France, tu es tout le temps bombardé de trucs déprimants, les gens sont dans un état qui va au-delà même de la colère. Mais en Espagne, où j’ai vécu quelques années, alors qu’ils se sont pris la crise de plein fouet, ils ont plus de vitalité, de colère, ils analysent plus… Même si la France est aussi le pays de Mai 68 et des grèves, on est face à une dépression des élites. Ça reste une énigme de voir à quel point les médias se sont mis à pousser l’extrême droite alors que ça ne leur sert pas. Je ne dis pas que c’est le fait d’un complot, qu’ils se sont tous concertés un matin pour en arriver là, mais je crois que c’est dû à une crise des élites, qui pensent avoir perdu leur prestige, leurs privilèges. L’extrême droite, on nous la sert à longueur de temps parce que les médias en sont fascinés.

 

 

la suite de l’interview ici 

Despentes parle de son roman  ici

Difficile de noter un livre aussi réussi (mais ça sera 5/5). 

 

 

 

 

 

 

L’as-tu lu ou le liras-tu? Le complot du Trident – Tristan Koëgel

Tristan KOËGEL, Le complot du trident.
192 pages.
Editions Didier Jeunesse (4 octobre 2017).

Dans le port d’Ostie, le trafic maritime est bloqué par un navire inconnu.
Publius et son neveu Lucius enquêtent. Ils ne vont découvrir à son bord que des cadavres, morts de la peste. À leur cou, un pendentif en forme de trident. Rome est menacée et la peste n’est que le premier fléau infligé à la ville et à ses habitants.
Une enquête haletante débute pour le duo…

 

Rome est menacée par la peste. Refusant de croire à une malédiction, Publius et son neveu Lucius mènent l’enquête,

« Les dieux sont contre vous, Romains ! Vous êtes trop arrogants ! Vous ignorez la mer ! Vous la croyez soumise de bout en bout à vos légions ! La terre s’est ouverte à Pompéi et maintenant, la peste ! Qu’y aura-t-il d’autre demain pour vous punir ? Neptune aux cheveux bleus, le dieu qui fait trembler la terre, le souverain des flots, Neptune, oui ! C’est lui qui vous accable ! Personne ne peut soumettre cette mer, ni les terres qui la bordent, ni les hommes qui y vivent ! Neptune vous accable ! »

Situé après la mort de l’empereur Titus, « Le complot du trident » est un roman qui se lit très bien (personnages comme intrigues sont passionnants), au style vif. Une agréable lecture qui permet au lecteur de remonter le temps.  On ne s’y ennuie pas un moment. Le roman sort en librairie le 4 octobre 2017.

Titus:

Il meurt de la peste le 13 septembre 81, à peine deux ans après son intronisation. Ses énigmatiques derniers mots sont « Je n’ai commis qu’une seule erreur ». Ils font toujours aujourd’hui l’objet de spéculations de la part des historiens.

Un deuil unanime accueillit sa disparition, et le titre de « délices du genre humain » lui fut décerné et lui est resté attaché. Ce souvenir a définitivement effacé dans la mémoire collective le premier Titus, capable de débauches, de cruautés et d’arbitraire despotique. La postérité retiendra surtout le Titus mûri et métamorphosé par sa fonction.

 

Pour:

  • les jeunes et les moins jeunes (le public visé: 9/13 ans)
  • ceux qui aiment visiter l’Antiquité
  • et tous les autres…

Ma note : 4/5

Merci à NetGalley et aux éditions Didier Jeunesse pour cette lecture!

TBTL : Un livre qui n’est pas votre genre (mais que vous avez aimé)

 

C’est jeudi, c’est TBTL!

Chaque semaine nous partageons une lecture correspondant à un thème paru chez Bettie Rose Books. Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont on n’a plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à ses lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

Cette semaine:

T’es pas mon genre, mais je t’ai quand même aimé
( ou savoir sortir de sa zone de confort)

 

Ouh, que c’est difficile… – et ceci pour une simple raison: je n’ai pas de « genre » attitré. Certes, j’aime beaucoup la fantasy, la SF, mais si vous jetez un coup d’oeil dans ma bibliothèque, vous remarquerez que j’ai autant polars (plus même!) que de fantasy – et encore bien plus de littérature générale (française et étrangère en parts égales).
Idem pour la poésie, le théâtre, les contes, et la psycho, les arts, j’en passe….

Le genre qui m’attire le moins est…l’essai politique – ce qui ne veut pas dire que je n’en lis jamais.
Les essais, voilà sur quel terrain je vais vous emmener aujourd’hui.
Il y a quelques mois, je me suis plongée dans un essai écrit par un prof de philosophie, Richard Mèmeteau (aussi l’auteur de ce blog).

Et j’ai adoré ! Tellement aimé que j’en ai tiré une série d’articles sur ce blog (T’as pas vu ma pop? )

« Avant d’être un truc jeune et sexy, un graphismesimplifié à l’extrême ou un genre musical, la pop est une stratégie, un calcul industriel alimenté par une seule obsession : savoir ce que veulent les masses. Quels en sont les ressorts, mais aussi les implications existentielles ? Une approche philosophique originale et  » pétillante  » de la  » culture de masse « .

De Star Wars à Lady Gaga, du Seigneur des anneaux à
Game of Thrones, tubes, blockbusters et best-sellers forment aujourd’hui les facettes d’une culture de masse omniprésente. Un philosophe analyse le phénomène : qu’est-ce que la  » pop culture  » ? Quels en sont les ressorts, mais aussi les implications existentielles ? Avant d’être un truc jeune et sexy, un graphisme quadrichromique simplifié à l’extrême ou un genre musical qui présente en quantité anormalement élevée des sons de synthétiseur, la pop est une stratégie, un calcul industriel alimenté par une seule obsession : savoir ce que veulent les masses. La pop culture est un ogre qui ingère tout ce qu’il trouve. Mais cette logique de réappropriation l’ouvre paradoxalement aux déclassés, aux freaks et aux minorités en tout genre. Pour l’auteur, ce qui s’y joue est d’abord l’invention de nouvelles identités. Il conduit sa réflexion à partir d’analyses fines de chansons, de films, de comics, de romans et de séries, multipliant les digressions érudites en réponse à des questions aussi essentielles que : jusqu’à quel point peut-on détester un ancien groupe indé devenu commercial ? Comment Harry Potter peut-il survivre à l’Avada Kedavra de Voldemort dans la Forêt interdite ? La catégorie de mythe fonctionne-t-elle pour la pop culture ? Par ailleurs, si Obi-Wan Kenobi est si malin, pourquoi laisse-t-il Luke Skywalker faire tout le boulot ? »

Pari réussi, donc. Je recommence dès que possible….(en fait, j’ai plusieurs essais en vu dont celui-ci ).

 

Bonnes lectures!
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L’as-tu lu ou le liras-tu? La Fontaine: une école buissonnière – Erik Orsenna

 

Depuis l’enfance, il est notre ami. Et les animaux de ses Fables, notre famille. Agneau, corbeau, loup, mouche, grenouille, écrevisse ne nous ont plus jamais quittés. Malicieuse et sage compagnie !
Mais que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus grand poète de notre langue française ?
Voici une promenade au pays vrai d’un certain tout petit Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne.
Bientôt voici Paris, joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière, Racine.
Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque de l’ombre au Roi Soleil.
Voici un très cohérent mari : vite cocu et tranquille de l’être, pourvu qu’on le laisse courir à sa guise.
Voici la pauvreté, malgré l’immense succès des Fables.
Et, peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L’Éducation nationale, qui n’aime pas rougir, interdisait de nous les apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles de corsage ».
Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie : mi-fable, mi-conte.

 

 

Tout le monde connaît La Fontaine – ou presque. Tout le monde connaît ses Fables.
Mais l’homme? sa vie? ses autres écrits?

C’est sur cette base que Erik Orsenna a construit ce documentaire.
Alors, effectivement, c’est instructif, c’est parfois croustillant: on y trouve des Contes peu connus car jugés  trop « olé-olé » pour les scolaires, ces mêmes contes que La Fontaine a renié en vieillissant, la peur de l’enfer aidant.

Orsenna a une plume élégante et amusante, mais parfois, très datée. A force de vouloir LA tournure de style, on frôle la préciosité.
De plus, si les premières pages retraçant la jeunesse de La Fontaine sont légères et attractives, le lecteur peut se lasser de ce style d’écriture qui recherche l’érudition et le « beau mot » à longueur de phrases. Et cette biographie s’essouffle.

Certes, Orsenna a su replacer l’oeuvre du poète dans le contexte historique.
Pour autant, on  a tendance à s’ennuyer par un certain manque d’originalité.

 

A lire:

– pour connaître l’autre facette des Fables

– pour en apprendre plus sur la Fontaine

– pour le florilège de Fables en fin de volume

 

 

Ce sera une note  moyenne pour ma part:

2,5/5 

Une belle définition: « la lecture est une prémonition »

 

Ce que dit Erik Orsenna

 

Merci à NetGalley et aux éditions Stock 

TBTL : Un livre qu’on devrait étudier à l’école

C’est jeudi, c’est TBTL!

Chaque semaine nous partageons une lecture correspondant à un thème paru chez Bettie Rose Books. Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont on n’a plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à ses lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

De retour cette semaine avec le TBTL pour un sujet qui est (un peu; beaucoup) d’actualité. Un livre qu’on devrait lire à l’école….

 

En abordant ce thème, j’ai demandé l’avis de quelqu’un qui est encore très concerné par les cours (entrée en 1ère cette année pour ma fille).

Sa réponse m’a aidée à préciser mon choix puisque nous avons parlé d’un livre qu’elle a étudié l’an dernier et qui lui avait plu, en raison de son thème : « Qu’est-ce que l’être humain? Qui est humain? … »
Je veux parler de « Zoo ou l’Assassin philanthrope » pièce de Vercors (« Le silence de la mer ») qui avait adapté lui-même son roman pour le théâtre: « Les Animaux dénaturés ».

On ne naît pas homme, on le devient. Telle pourrait être la morale du procès de Douglas Templemore, impliqué dans « un scandale sans précédent dans toute l’histoire de la justice britannique ». Sous le procès hilarant de cet « assassin philanthrope » se cache, outre la satire du colonialisme, la question philosophique fondamentale : qu’est-ce qu’un homme ? Anthropologues, paléontologues, zoologistes et médecins sont appelés à la barre pour en débattre. Le retentissement du Silence de la Mer a quelque peu occulté les autres ouvres de Vercors, dont la redécouverte s’impose. Richesse du contenu, efficacité du style et humour ravageur l’inscrivent dans la lignée de Voltaire : l’intrigue de  » Zoo ou l’Assassin philanthrope  » est celle d’un conte philosophique drolatique alliant satire et réflexion morale. La confrontation de la version romanesque ( » Les Animaux dénaturés « , 1952) et de la forme théâtrale permet une étude précise du travail de réécriture et de la spécificité du genre dramatique. Quant à l’argument anthropologique servant de cadre à l’investigation philosophique, il permet, tout en s’amusant, d’acquérir les rudiments nécessaires à l’étude de toutes les sciences humaines.

 

 

« Tous nos malheurs proviennent de ce que les hommes ne savent pas ce qu’ils sont, et ne s’accordent pas sur ce qu’ils veulent être ». Cette citation met en lumière deux éléments sur la définition de l’homme pour Templemore. D’une part, les hommes n’ont pas l’intuition de ce qu’ils sont et d’autre part, c’est à eux de se définir mais ils n’y parviennent pas car chacun ou presque détient sa propre définition de l’homme.

Le roman comme la pièce mène à  ce questionnement: « Est-il possible de trouver un ou plusieurs critères qui permettent de définir l’homme ? Mais qui décide de ce que peuvent être ces critères ? »

Le conte philosophique de Vercors  évoque des thèmes repris par Didier Daeninckx dans « Cannibale » (merci Montaigne dans « Des Cannibales » quand il vient à  s’interroger :les cannibales  sont-ils plus barbares que nous ? Nos coutumes sont-elles civilisées comme nous le prétendons ? Et quelle conduite tenir à leur égard ? ).
J’ai aussi fait un parallèle avec le roman de Karen Joy Fowler    « Nos années sauvages »
dans lequel la narratrice évoque sa soeur – une soeur vraiment pas comme les autres…

Qui est l’humain?  Comment le définit-on? Qui est « l’Autre »? Où commence la tolérance? , etc… autant de questions importantes à aborder à l’école…

Cannibale: 

« Didier Daeninckx, ému par un séjour en Nouvelle-Calédonie, retrace un épisode historique longtemps méconnu. « Cannibale » est un texte écrit sur commande à l’occasion des 150 ans de l’abolition de l’esclavage en 1998. Daeninckx y rappelle l’existence des « zoos humains » de la IIIe République via l’histoire de ce groupe de Kanaks échangés contre des crocodiles pendant l’exposition coloniale de 1931. Selon Daeninckx, ces événements préfigurent la révolution en Nouvelle-Calédonie dans les années 1980 ; d’ailleurs, le narrateur de « Cannibale » est en train de vivre cette révolution lorsqu’il raconte son histoire. »

Finalement, ma réponse pour aujourd’hui tient en 3 livres (5  si je compte les deux de Vercors et l’essai de Montaigne).

A bientôt et bonnes lectures!

Ecrire, dit-elle.

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Dans la série « ça avance doucement« , j’ai mis en ligne la suite d’une histoire commencée  il y a…4 ans maintenant (je vais battre le record de GRR Martin si ça continue!).

Son nom? « Les soeurs fantômes » – et ça ne parle pas de revenants.

 

Vous pouvez les retrouver ici:

 



Chiara Bautista illustration

 

Bonne lecture !

L’as-tu lu ou le liras-tu? – « Demain il sera trop tard » – Jean-Christophe Tixier

Virgil vit dans l’insouciance. Le Terme diagnostiqué à sa naissance fait de lui un 81 (il va vivre 81 ans). Mais un jour, une Brigade tente de l’arrêter. Il s’enfuit. Débute alors sa descente aux enfers.
Enna, elle, est Court Terme et vit dans le ghetto. Elle graffe sa révolte sur les murs des beaux quartiers. Quand son amie est tuée par un groupuscule proche du pouvoir, elle jure de la venger…
Traqué, Virgil rencontre une jeune geek, Lou, analyste de données, qui lutte clandestinement contre le système.
Lui, Enna, Lou et d’autres sont décidés à se battre contre cette société totalitaire qui les a condamnés et à vivre intensément chaque jour, chaque minute, chaque seconde, qui restent !
Les maîtres prévisionnistes règnent sur la société. Tout le monde connaît sa durée de vie précise. Virgile est un Long Terme et a toujours bénéficié du meilleur. Enna, elle, est Court Terme et vit dans un bidonville. Un beau jour, Virgil apprend que ses informations sont erronées et qu’il doit mourir à 21 ans. Il rencontre Lou, qui s’oppose clandestinement au système.

J’ai été vraiment séduite par la 4ème de couverture et je me suis dit » Chic, une dystopie! ». J’aime assez le genre Y.A même si j’évite d’en lire trop sous peine de saturation rapide. Je l’ai lu grâce au site Netgalley (le roman sortira le 13/09)
La venue des éditions Rageot sur la plateforme est d’ailleurs une bonne surprise.
J’ai entamé ce roman sous les meilleurs auspices, mais, malheureusement, j’ai rapidement été découragée.
Ce qui m’a lassée? L’emploi du sigle ® trop fréquent. Exemple ci-dessous:

« – Il y a des brouilleurs partout, la rassure-t-il. Nos propres brouilleurs, annonce-t-il avec fierté, qui nous rendent invisibles aux yeux de leurs saloperies de Civic-LSS®.
– Les Butineurs®?
– Ouais, si tu préfères. Ici, on n’utilise aucun nom qui pourrait rendre sympa toute leur technologie®. Ils ont eu Internet, les moteurs de recherches puis les méta-données, les contenus, l’information, les satellites, les téléphones. Avec une putain de technologie déposée®, protégée®, fermée®, hégémonique®, obligatoire®, captive®, et surtout intrusive® et cafteuse®. Ils ont endormi la population, qui a plongé dans l’individualisme® et la soumission®. Partout. Et tout le monde s’est laissé faire. »

 

Bien sûr, cet emploi se justifie dans le contexte de l’histoire mais je l’ai trouvé envahissant (peut-être est-ce l’effet recherché?) et bloquant une certaine lisibilité du texte. Certes, il est intéressant d’être confrontés à des notions comme celles des  Butineurs® – mais trop de symboles dans la phrase tue le rythme.

Ceci, dit, l’histoire est menée tambour battant. La réflexion est intéressante et les personnages sont attachants ( avec en bonus des caractères féminins bien campés et présents!).  » Demain il sera trop tard » ouvre à la réflexion (temps qui reste à vivre; peur de la mort). La fin arrive un peu trop vite et pourra laisser des lecteurs sur leur faim, justement. J’ignore si une suite est prévue mais cela pourrait se faire. Un roman intéressant qui pêche par son omniprésence de termes techniques et de sigles(le lectorat visé est les 13 ans et +), par sa foison de personnages et par sa fin très ouverte mais qui amène à un questionnement actuel.

 

Pour:

– les amateurs de dystopie

– les jeunes et moins jeunes (attention aux termes et notions  techniques pour les plus jeunes).

– ceux qui ont aimé « Time out » au cinéma; « Divergente » de Veronica Roth  mais surtout « La déclaration » de Gemma Malley en Y.A.

 

« Tous les hommes meurent, mais seuls certains vivent.
Cette phrase bat dans sa tête, comme le ferait un coeur.
– ça veut dire quoi ? demande Diab alors qu’elles quittent le réduit.
Si ses questions déroutent parfois Enna, elles la font toujours sourire.
– ça veut dire qu’on est plus forts qu’eux, dit-elle en montrant d’un geste circulaire les habitations qui les entourent. »

 Ma note: 2,5/5

 

 

 

 

Demain, Il Sera Trop Tard

Date de sortie: 13/09/2017

Auteur(s)Jean-Christophe Tixier

ÉditeurRageotRayonRoman Jeunesse / Romans 9-13 Ans

ReliureBrochéNombre de pages448

ISBN / EAN978-2-7002-5316-0 – 978270

L’as-tu lu ou le liras-tu? – « La colère de Kurathi Amman » – Meena Kandasamy

 

 

La colère de Kurathi Amman – rentrée littéraire 2017

Résumé:

« Tu veux que je comprime la tragédie au format Twitter ? Comment peut-on se glisser ainsi au coeur des ténèbres ? »

Comment transformer un drame en fiction ? Pourquoi écrire sur une tuerie qui a eu lieu il y a plus de quarante ans en Inde et sur ses quarante-quatre victimes oubliées par l’histoire ?

À travers les voix aussi diverses que celles des intouchables ou des propriétaires terriens, l’auteur décrit ce massacre, se plaçant sous le patronage de l’irascible déesse Kurathi Amman. Au-delà de l’émotion et de la colère provoquées par ces faits, l’auteur pose la question de la fiction et de ses limites en n’hésitant pas à malmener son lecteur.

Ce roman tendu, entre rage contenue, lyrisme et humour grinçant, nous donne un aperçu des forces qui ont contribué à la création de l’Inde moderne.

Ce n’est pas un roman facile à lire. Il n’y a pas ici vocation à amuser, à distraire. C’est bien le roman qui évoque l’impossibilité d’écrire au sujet d’un massacre.  Meena Kandasamy écrit ici une fiction publiée en 2014 sous le titre « The Gypsy Goddess » (en anglais, sa version originale) d’après un fait réel.

En 1968, dans le village de Kilvenmani, dans le district de Tamil Nandu les plus pauvres et les plus faibles (dalits/intouchables), avec le soutien du Parti Communiste,  se mirent en grève pour demander de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Mais la tâche fut ardue:  44 personnes, dont les  femmes et enfants,  familles des Dalit (intouchables) en grève furent assassinés par un groupe mené par les propriétaires terriens.

« According to eye witness accounts, on 25 December 1968, at around 10 p.m., the landlords and their henchmen came in Police lorries and surrounded the hutments, cutting off all routes of escape. The attackers shot at the labourers, mortally wounding two of them. Labourers and their families could only throw stones to protect themselves or flee from the spot. Many of the women and children, and some old men, took refuge in a hut that was 8 ft x 9 ft. But the attackers surrounded it and set fire to it, burning them to death. The fire was systematically stoked with hay and dry wood.  Two children thrown out from the burning hut in the hope that they would survive were thrown back into the flame by the arsonists. Of six people who managed to come out of the burning hut, two of whom were caught, hacked to death and thrown back into the flame. Post this heinous crime, attackers went straight to the police station, demanded protection against reprisals and got it. The massacre resulted in death of 44, including 5 aged men, 16 women and 23 children. »

Village landlords rule over a feudal system that forces peasants to break their backs in the fields or suffer beatings as punishment. In the misery of their daily lives it is little wonder that the Communist Party begins to gain traction, a small spark of defiance spreading from villager to villager. As communities across the region begin to take a stand against the landlords, the landlords vow to break them; Party organizers suffer grisly deaths and the flow of food into the market-places dries up. But it only serves to make the villagers’ resistance burn more fiercely. Finally, the landlords descend on one village, Kilvenmani, to set an example to the others. . .

Ce massacre s’est produit lors des prémices de la « Révolution Verte » qui a débuté au début des années 1960 en Inde.

Il en résulte un roman déconcertant dans lequel le lecteur est directement interpellé, pris à parti (Meena Kandasamy  s’adresse de nombreuses fois au lecteur notamment en début et en fin d’ouvrage et lui explique son refus de lui offrir un roman linéaire).

On ne peut mieux le résumer que par ces mots: « brillant, féroce, rageur, ironique ».

« Brilliantly original, ferociously angry and, at times, laugh-out-loud funny, « THE GYPSY GODDESS » is both a novel about a true-life massacre and a novel about the impossibility of writing a novel about a true-life massacre. » (source)

 

Ma note:
4/5

 

 

La colère de Kurathi Amman –Meena Kandasamy

Titre original : The Gypsy Goddess
Traduit de l’anglais (Inde) par Carine Chichereau
Date de parution : 24 août 2017
Éditions Plon – Collection Feux Croisés –
ISBN : 9782259249720 – 223 pages – Prix éditeur : 20,90 €

 

Merci aux éditions Plon et à NetGalley.