T’as pas vu ma pop #3

En évoquant le style camp la semaine dernière, j’ai parlé de l’une des icônes pop; j’ai nommé Lady Gaga.

  • Icône pop 

L’icône pop telle qu’incarnée par  Stefani Germanotta (Gaga) pose la question de l’authenticité dans la pop culture.
A une époque où copier/emprunter équivaut à se réapproprier voire à se réinventer une identité, on peut se demander: « Mais où passé l’authentique? La pop culture ne serait-elle qu’un fake?  »

Quand Gaga écrit « Born this way » (dont j’ai déjà parlé la semaine passée), elle déclare l’avoir fait en une dizaine de minutes. Et nous, pas complètement idiots, de nous exclamer: « Forcément…quand on copie…! »

En effet, on entend dans « Born this way » , le « Express yourself «  de Madonna (autre icône pop) mais aussi un peu de « Libertine » de Mylène Farmer (encore une icône pop!) et même quelque chose du « When love takes over » de David Guetta; les deux morceaux commençant de façon très similaire…

Lorsqu’on lui en fait la remarque, Gaga a préféré citer Pablo Picasso :« Les bons artistes copient, les grands artistes volent ». Une citation déjà utilisée par …Steve Jobs:

L’artiste pop est donc un voleur d’idées, un ré-inventeur. Aussi est-il logique qu’il utilise le travestissement ( et l’incarnation de personnages, merci Mr.Bowie) afin  de s’exprimer pleinement.
Ce n’est pas pour rien que je parlais de David Bowie, l’homme aux multiples avatars (Ziggy Stardust, Halloween Jack, The Thin White Duke,etc ….) et à l’androgynie revendiquée.

Sans oublier Iggy :

Ou les New York Dolls

  • Come on, vogue! 

Le travestissement emprunte ses codes aux drags. Il est intéressant de noter que l’influence de la communauté gay est majeure pour les artistes et icônes pop.

Dans les années 70 et 80, les gay balls (autrement dit: les bals gays) font émerger un mouvement qui sera repris par Madonna des années plus tard : le vogueing ou voguing. 

« Apparu dans les années 1970 parmi la communauté transgenre et gay des afro et latino-américains le voguing est caractérisé par la pose-mannequin, telle que pratiquée dans le magazine américain Vogue durant les années 60 et lors des défilés de mode, intégrée avec des mouvements angulaires, linéaires et rigides du corps, des bras et des jambes.

Les danseurs se regroupent en équipes appelées « house »1. Ces équipes se retrouvent, et s’affrontent en chorégraphie, lors d’événements, les « balls » ou « balls de voguing ». Les« houses » (maisons) portent le nom de maisons de couture ou marques de luxe. »

wiki

Je vous conseille ce documentaire (avec sous-titres en français) : Paris is burning qui parle de ces bals.

Je ne crois pas que nous avions conscience de tous ces éléments quand nous dansions  sur  « Vogue »(enfin, je sais que j’ai dansé dessus) :

Un aspect intéressant: le défilé de mannequins a déjà été utilisé dans « Funny face » – avec Audrey Hepburn (icône pop, sûrement!) en 1957!

Pourtant, ce que l’on juge dans le voguing, c’est la realness, ce qu’on traduirait par « authenticité ». Etre « real » n’est pas seulement être vrai, réel; c’est atteindre ce point d’authenticité afin de pouvoir devenir ce qu’on ne fait que faire semblant d’être (et ça y est, je vous ai perdus^^).

RuPaul, célèbre drag-queen américaine, a même sorti une chanson sur le sujet. Les paroles disent ceci:

« If real is what you feel
Feelings aren’t real
Put your money down
Place your bet and spin the wheel »

Etre real, c’est savoir s’imposer, sans devenir ce qu’on prétend être.
C’est à peu près ce que dit Gaga :

 » Lady Gaga est ce que les autres pensent qu’elle est. Ce n’est pas nécessaire ce que je suis réellement »

« Même si je me sens Gaga, c’est-à-dire cette individualité très forte que j’ai découverte quand j’étais jeune à New York, aimais la musique, rencontrais de jeunes talents, travaillais avec des musiciens, des auteurs, quand j’étudiais cette scène et que j’ai embrassé ce style de vie, j’ai commencé à m’appeler moi-même Gaga après que les autres m’ont appelé comme ça »

(interview ici)

Et la boucle est bouclée quand Gaga rend hommage à David Bowie aux Grammys 2016:

« You’re born naked and the rest is drag » (RuPaul)

« Tu es né nu, » dit l’un. « Tu es né comme ça« , fait Gaga.

My mama told me when I was young
Ma maman me disait quand j’étais jeune
We are all born superstars
Que nous sommes tous nés superstars
She rolled my hair and put my lipstick on
Elle brossait mes cheveux et me mettait mon rouge à lèvres
In the glass of her boudoir
Dans le miroir de son boudoir

Born this way

 

La persona (du latin : per-sonare = parler à travers; le masque que portaient les   comédiens au théâtre pour prendre la parole; rien d’anodin, en fin de compte) n’est qu’un prétexte pour devenir ce que l’on est, en gardant à l’esprit que la vie peut être parodie, jeu, trouble, mais qu’il est nécessaire de la vivre maintenant. Je ne peux m’empêcher de penser à une autre icône pop, Jim Morrison, en écrivant ces mots.
Dans « When the music is over », Morrison lance: »We want the world and we want it now« . Le roi Lézard (persona de Morrison, on y revient) avait déjà jeté bien des bases de la pop culture et, a fortiori, de l’icône pop.  Le mythe était en marche…

Je reviendrais sur cette notion de « mythe » la semaine prochaine. Merci de me suivre dans ce voyage dans le monde de la pop!

N.B  pour écrire ces articles, je me sers, entre autres, de:

  • Pop Culture – Réflexions sur les industries du rêve et l’invention des identités – Richard Mèmeteau – (Zones)
  • Life – Keith Richards & JamesFox -(Points)
  • Apathy for the devilLes Seventies. Voyage au coeur des ténèbres–  Nick Kent (Rivages rouges)
  • Et de mes propres notes

T’as pas vu ma pop? #2

Pop culture, pop art, pop music: tout ce qui fait émerge (en anglais : « to pop up », émerger, pousser, surgir) est-il soluble dans la culture?

La Pop culture ne se réduit pas à une vulgaire marchandise destinée aux masses consuméristes. Cette culture populaire demeure traversée par des contradictions et peut alimenter un imaginaire de révolte

Aujourd’hui, je vais m’intéresser à ce qui pourrait définir la pop en la comparant au style camp, une notion que nous n’employons pas ou peu en France. Il existe des similitudes entre les deux, même si l’un n’est pas synonyme de l’autre.

Le camp  englobe une esthétique et une attitude kitsch distanciées, pensées. Aux États-Unis, la culture camp est liée à la culture gay masculine et à l’art du travestissement.

Toutefois, un nombre important d’œuvres, d’artistes et de pratiques culturelles françaises exprime une sensibilité camp telle qu’elle a été décrite par les critiques culturels anglo-saxons.

Le camp repose sur le kitsch, le démodé, sur la création d’un personnage, sur l’absurdité de la morale et une vision comique du monde. Le camp semble incarné par des artistes homosexuels qui assument leur décalage avec les normes et le conformisme.

(wiki etc)

C’est Susan Sontag (romancière, écrivain, essayiste américaine; 1933-2004) qui en parle le mieux.En 1964, elle publie un article sur le « Camp » appelé à devenir le texte de référence. Alors,  Sontag elle-même faisait  cette distinction :

« Le « Pop Art » est plus sec et plus plat, plus sérieux, plus détaché de son objet, nihiliste en fin de compte. »

Notes on camp 

Il est intéressant avec le recul de pouvoir trouver plus de points de convergence que de différences, finalement. Car, depuis les années 60,  le camp a gagné en visibilité.  On peut citer de grands réalisateurs associés à cette sensibilité (John Waters, Pedro Almodóvar, par ex.) qui ont fait preuve d’une démarche délibérée dans ce sens.

Le pop art et le glam rock, avec Andy Warhol pour le 1er et David Bowie -pour le 2nd, ont élargi le champ d’investigation du camp.

 

 

1. Pour commencer par des généralités: « Camp » est un certain modèle d’esthétisme. C’est une façon de voir le monde comme un phénomène esthétique. Dans ce sens — celui du Camp — l’idéal ne sera pas la beauté; mais un certain degré d’artifice, de stylisation.

Camp? 

« Le « Camp » est fondamentalement ennemi du naturel, porté vers l’artifice et l’exagération. »
Susan Sontag, L’œuvre parle, p.307

 

On pense assez rapidement à Lady Gaga (avant elle, Madonna; dans une moindre mesure; Britney Spears). Mais Gaga fait plus fort, parodiant même Madonna (« Born this way » et « Express yourself » se ressemblent furieusement, quand même). Gaga serait-elle le summum de l’icône pop?  Même Britney et Mylène (chez nous) n’ont pas réuni autant de critères pop.

Lady Gaga affirme que sa seule ambition a toujours été de devenir une star. La musique et la dance ne sont que des moyens. Mais Lady Gaga s’adresse aux exclus et aux marginaux en leur proposant de devenir également des stars à travers elle. (Born this way)

 

La culture pop comme le style camp aime ce qui est populaire (et non ce qui est « élitiste », la culture dite « savante » qu’elle conteste). D’où les séries (Game of Thrones) , les comics, les blockbusters (Star Wars, en 1er).

« Camp », c’est un art qui se prend au sérieux, mais qui ne peut pas être pris tout à fait au sérieux car il en fait trop. On retrouve cette démesure, cette outrance dans la culture pop.

Gaga et ses tenues improbables car too much :

Bien vu aussi chez 2ne1 :

G-Dragon (Kwon Ji-yong), le Lady Gaga coréen ou presque, androgynie et confusion des genres à l’appui:

 

 

« L’élément essentiel du « Camp », naïf ou pur, c’est le sérieux, un sérieux

qui n’atteint pas son but. »

« En un sens il est tout à fait correct de dire: « C’est trop bon pour que ce soit « camp », ou « c’est trop important », c’est-à-dire pas assez en marge. »

 

Extravagance, décalage, quand je vois ceci: (les lits au milieu du pré, j’imagine)

je pense étrangement à cela:

 

Le mauvais, le raté devient  un canon camp. Et de là, le moche, le kitsch, à la limite du mauvais goût…

 » it’s good because it’s awful »

John Waters, réalisateur, dit ceci:

 »Whatever was camp has mutated into plain mainstream American humor . . . Kitsch, or camp, means something so bad it’s good. But what is so bad it’s good anymore? »

« Quoi qu’il ait été, le camp est maintenant totalement intégré à l’humour grand public américain»

Nous y sommes. John Waters… John Waters et Divine, « Pink Flamingos » en 1972 (je ne raconterais pas la fameuse scène de la crotte de chien) John Waters est l’illustration parfaite (ici, Hairspray-1988); Mauvais goût, outrance, et film-culte.

 

On se moque de la vérité, de la sincérité. Rien de plus insincère en musique que l’usage de l’auto-tune? Le son est uniforme, métallique et surtout, impersonnel.

Doit-on remercier Andy Hildebrand,  l‘inventeur? 
Les précurseurs tels que Cher en 1998:

T.Pain, peut-être (et depuis, on a de l’auto-tune ans tous les raps…):

Et pourtant, Kanye West remercie ici « Dieu et l’auto-tune »; signe des temps…

 

« On est séduit par le « Camp » quand on s’aperçoit que la sincérité ne suffit pas. La sincérité peut être ignorante, et prétentieuse, et d’esprit étroit. »
ibid, p.323

 

Ce qui compte, c’est la naïveté. « Le pur camp est toujours naïf ». La pop est naïve. Tellement 1er degré qu’on pense souvent que c’est du second!

Finalement, 2nd ou 1er, on s’aperçoit que la culture pop est surtout  efficace.
Ce qui compte, c’est l’intensité.

Se nourrir de kitsch, du has-been, du décalage qui s’impose.

Le camp ne jure que par le personnage. Merci, nous sommes à l’ère des télé-réalités, où il est si important de paraître, d’incarner un personnage et non pas d’être, d’évoluer (je ne suis pas sûre que cette réalité aurait pu s’imaginer dans les 60’s sinon sous forme de récit de SF).

Autrement dit, l’attitude, le style, le décalage -malgré lui, j’ai envie dire (la pop est naïve)– sont autant de points qu’on retrouve dans la pop culture.  (ou comment la culture punk est une culture pop…- la culture, hein, pas la musique!).
 Désormais, la star n’est plus la vedette au-dessus de tous,  mais la personnalité dans laquelle chacun doit s’identifier pour changer la culture, la pop, le monde.
« Une race dépourvue de préjugés, sans discrimination, mais dotée d’une liberté sans bornes », propose Lady Gaga.

 

Finalement, la pop culture est-elle celle de la masse? De l’uniformité? Ou bien a-t’elle une tendance  à intégrer les contre-culture? Les différences? N’a t’elle pas absorbé le style camp, entre autres?

Je vous invite à me suivre au pays de la pop la semaine prochaine…

J’ai un tableau consacré à la  pop culture sur pinterest.

 

 

T’as pas vu ma pop? #1

Pop culture – aussitôt a-t’on prononcé ces mots et, incroyable mais vrai,  voit-on surgir le pop-art, Warhol et la soupe Campbell. Tapez « pop culture » dans un moteur de recherches et vous serez certains de trouver ceci:


Pop culture ou culture populaire en français – un terme que nous laissons tomber bien volontiers parce qu’il sonne tellement franchouillard (donc, has-been).

La définition de la pop culture que l’on retrouve est la suivante

La culture populaire représente une forme de culture dont la principale caractéristique est d’être produite et appréciée par le plus grand nombre, à l’opposé d’une culture élitiste ou avant-gardiste qui ne toucherait qu’une partie aisée et/ou instruite de la population.

On ne doit pas confondre la culture populaire avec la culture de masse ou la culture médiatique . (wikipedia)

 

Ou bien:

Genre de culture qui a pour principale particularité d’être partagé par une grande partie de la population.

 

Si on devait définir la pop culture (ou culture populaire), nous pourrions dire que c’est avant tout une forme de culture regroupant des oeuvres : films, séries, jeux vidéos, peintures … Elle a pour caractéristique intrinsèque d’être connue de tous, et donc d’être notre héritage commun !

(source siecle digital)

 

Alors, culture de masse? Pop culture? 
Une chose est sûre: depuis quelques années, chacun y va de sa rubrique, voire de sa page « référence », mélangeant allègrement Star Wars, Game Of Thrones, Beyoncé, les jeux video, Disney, des gifs de chat (il est toujours bon de mettre un gif de chat de nos jours), Luc Besson, Attack On Titans… (un coup d’oeil ici par exemple ou ici).

 

Le résultat? Une belle salade de fruits surfant parfois/surtout/souvent sur un phénomène de mode où, au pif,  connaître les comics (Marvel ou DC, je suis pas jalouse) paraît  être la dernière attitude swag  (oups, tellement 2015, ce swag) du moment pour briller en société et non le reflet d’un réel goût personnel. Ou quand la pop culture devient réellement une référence de masse parce que vendeuse…

Je me moque gentiment mais je n’ai pas de réponses. Je me contente d’observer, d’écouter (beaucoup), de lire  et d’écrire. Car le problème n’est pas récent.
Goethe y faisait déjà allusion  déjà dans son Prologue Sur le Théâtre (Faust, prologue) en mettant en scène  un directeur de théâtre, un poète et le « personnage bouffon » . Ceux-ci s’affrontent pour savoir quel est le but (et la fonction) du théâtre. Pour le directeur, le théâtre est une entreprise de spectacles, le poète le voit de manière artistique, la bouffon comme un divertissement (ils se mettront finalement d’accord sur un compromis, la pièce universelle qu’est Faust ).

« C’est par la masse seulement que vous agirez sur la masse (dit le directeur). Chacun cherche après tout quelque chose qui lui convienne « . Donc, « il faut des moyens massifs pour s’adresser aux masses » (Die Masse könnt Ihr nur durch Masse zwingen – la formule est jolie). « Qui donne beaucoup donne pour tout le monde ».

Je me suis penchée sur la pop culture, (pas seulement parce que j’aime ça ), le jour où je me suis une fois de plus étonnée des réactions négatives face au « phénomène » (je ne suis pas fan du mot) k-pop (=pop coréenne, pour les non-initiés). Soudain, face à un courant musical aussi porteur, je voyais des gens sortir les vieux (non-)arguments qui suivent: « C’est préfabriqué!); « les paroles n’ont aucun sens même une fois traduites »; « c’est vide … »; « c’est toujours pareil ».

J’ai été assez surprise de lire les mêmes phrases autrefois attribuées à : la new-wave (années 80), et avant elle, la pop britannique (années 60), les boys bands et girls bands des années fin 80/90 et début 2000, Madonna, Britney (Spears), j’en passe.

Mais, dites-moi, depuis quand la pop music contient-elle un ….message?
Quand les Beatles chantaient « Love, love me do » , était-ce plus ..hum..sensé

Love, love me do
Aime, aime moi
You know I love you
Tu sais que je t’aime
I’ll always be true
Je serai toujours honnête
So please, love me do
S’il te plait, aime moi
Oh, love me do
Oh, aime moi

que lorsque Pharell Williams fait une chanson universelle en assénant « Tape dans tes mains si tu te sens comme une maison sans toit » (Happy) . Voyons, y- a t’il  une volonté de réflexion philosophique plus avancée quand Madonna nous invitait à « Dance into the groove »  que dans, au hasard, « Fantastic baby » de BigBang?

« Get into the groove
Boy you’ve got to prove
Your love to me, yeah
Get up on your feet, yeah
Step to the beat
Boy what will it be »

« Venez tous, que tout le monde se rassemble ici
Nous allons faire la fête comme lilili lalala
Ouvre ton coeur, vide ton esprit
Mets le feu lilili lalala
Wow, fantastic baby
Dance
I wanna dan-dan-dan-dan-dance »

(vidéo avec les sous-titres anglais)

Et quand nous, lisons ceci:

« Mon sang, ma sueur, mes larmes
Mon corps, mon coeur, mon âme
C’est déjà tout à toi, et tu le sais
Ce que je te demande, c’est de me châtier
Des pêches et de la crème
Plus douces que le sucre
Des joues en chocolat et des ailes en chocolat
Pourtant ces ailes sont celles du diable
Ta douceur, elle, frôle l’amertume
Embrasse moi, quitte à me faire mal
Viens, serre plus fort
Jusqu’à ce que je ne puisse plus pouvoir souffrir »  

(la vidéo étant  esthétiquement réussie, la voici – on peut activer les sous-titres en anglais pour les parties en coréen)

dans « Blood sweat and tears », immanquablement, je pense à notre Grande Idole française, l’Icône Pop, la Lady Gaga avant l’heure, Mylène Farmer (sarcastique, moi? ):

« Comme j’ai mal
je n’verrai plus comme j’ai mal
je n’saurai plus comme j’ai mal
je serai l’eau des nuages
je te laisse parce que je t’aime
je m’abîme d’être moi-même
avant que le vent nous sème
à tous vents, je prends un nouveau départ » (Comme j’ai mal)

Je pourrais continuer à jouer à ce jeu-là longtemps; c’est amusant et les exemples pullulent. Mais mon propos était (est, toujours) d’écrire sur la pop culture. Je vous invite donc à me suivre dans les semaines à venir…

A bientôt
Donc, à suivre…

LadyButterfly/Leyaniess

 

Throwback Thursday livresque: la plus belle couverture

Jeudi, bonjour TBTL!

Chaque semaine nous partageons une lecture correspondant à un thème paru chez Bettie Rose Books. Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont on n’a plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à ses lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

Cette semaine, c’est:

La plus belle couverture

 

 

 

 

Là encore, je vais avoir un mal fou à me limiter… Je suis en général, très sensible aux illustrations. Je dois dire qu’un livre avec une couverture qui ne me plaît pas ressemble aux manga dont le dessin me rebute (et , donc, que je ne lis pas).

Etant ado, je me rappelle m’être laissée tenter par des lectures encore inconnues, juste parce que j’étais attirée par le dessin, au risque d’être déçue.

J’ai adoré ce que faisaient les éditions  Points :

Celle-ci est l’éditions des années 80

 

Ou Presses Pocket en SF/fantasy:

 

Je n’oublie pas les magnifiques couvertures de la maison d’édition nantaise – ma voisine:L’Atalante

 

Et mes autres voisines proches, les éditions Gulf stream  (excellents  livres pour la jeunesse):

Récemment, voilà ce que j’ai retenu:

 

Confessions d

Toute cette collection est une merveille (Bragelonne – Le Mois du cuivre)

 

Je suis aussi assez fan des couvertures chez 10/18:

Puis, une sélection absolument pas exhaustive:

 

 

 

Et vous, quelles sont vos couvertures favorites?

 

Bonnes lectures!

Ramin l’enchanteur

Si vous suivez – ou pas – , si vous avez eu l’occasion de pencher une, voire deux, oreilles sur les musiques des séries « Game Of Thrones » (GoT) et Westworld, vous en êtes au même point que moi: Ramin Djawadi est un enchanteur!

Rien que le générique de GoT est une splendeur. Dois-je parler de Light of the Seven – finale de la saison 6 ?

Ramin – qui êtes-vous? 

Papa iranien, maman allemande, Ramin Djawadi est né en Allemagne en juillet 1974. Il a fait des études de musique au Berklee College of Music,dont il sort diplômé en 1998. (quand on regarde d’un peu plus près la liste des ex-élèves célèbres de cette école, excusez du peu !)

Une interview où Ramin en parle :

Il a ensuite attiré l’attention de Hans Zimmer (je le disais !) . Il a travaillé aux studios  Remote Control Productions, spécialisés dans mes musiques de films et créés par Hans Zimmer.

C’est une véritable fourmilière de talents – avec un magnifique décor, de surcroît!

Parmi les bandes sons sorties de RCP, on a : Pirates of the Caribbean   Shrek (tous), Iron Man, Gladiator, Kung Fu Panda, Mission: Impossible II, The Last Samurai, Batman Begins, Transformers, Hancock, Kingdom of Heaven, The Dark Knight, Madagascar, The Da Vinci Code, Inception, Sherlock Holmes les 2.  De même, les compositeurs de  Remote Control Productions ont travaillé sur les musiques de jeux vidéos comme :   The Sims 3, Gears of War 2, Call of Duty: Modern Warfare, Call of Duty: Modern Warfare 2, Crysis 2, Assassin’s Creed: Revelations, and Assassin’s Creed III…ouf!

Parmi les compositeurs qui  s’y trouvent, hormis Ramin Djawadi, on a  (on s’accroche à nouveau – y a du beau monde!): Henry Jackman (“Captain America: The Winter Soldier”), Heitor Pereira (“The Smurfs” Les Schtroumpfs), James Dooley (“Pushing Daisies”), James Levine (“Glee”), Geoff Zanelli (“The Pacific”), Atli Orvarsson (“Chicago Fire”), David Buckley (“The Good Wife”), Rupert Gregson-Williams (“Winter’s Tale”), Lorne Balfe (“Assassin’s Creed III”), Benjamin Wallfisch (“Summer in February”), Dominic Lewis (“Free Birds”), Matthew Margeson (“Kick-Ass 2”), Junkie XL (“Divergent”)and Michael Einziger of Incubus.

La carrière

Pour Ramin Djawdi, son mentor sera Klaus Badelt   , dont il a été l’assistant.
La 1ère bande-annonce composée seul est celle de Blade : Trinity. (2004)
Puis Ramin compose le thème célèbre de Prison Break. Le style de Djawadi est déjà très reconnaissable:

 

Dans les thèmes nés avant GoT, on note celui de The Strain, la série écrite (et tirée desromans de) Guillermo Del Toro :

En 2011, Ramin Djawadi est choisi pour composer la musique de Got -avec le succès que l’on sait. En 2016, il crée l’univers musical de Westworld, l’autre série de HBO .

Cette interview de Ramin Djawadi est un bon résumé (et il s’exprime sur sa façon de composer):

Les thèmes les plus connus actuellement

Game of thrones – générique ici version live( -début)

Westworld – générique

Les plus beaux thèmes dans GoT
(liste non-exhaustive):

 

King of the North – saison 1

Pay The Iron Price –  S 2

Valar Morghulis-s.3

Mhysa-saison 3

The Rains of Castamere – s.4 (avec les paroles de la chanson)

Let’s kill some crows – s.4

Dance of Dragons -saison 5

Blood of my blood – s.6

Light of the Seven  -saison 6

Winter has come –The winds of winter – saison 6:

En concert!

Ramin Djawadi et son orchestre sont en ce moment en tournée aux USA pour le  Game of Thrones live experience. 

Voilà ce que ça donne :

 

 

Bonne écoute!

Throwback Thursday Livresque: LGBT +

C’est jeudi, c’est TBT – ma 3ème participation

L’idée du TBT Livresque est ici chez BettieRose Books

Et auourd’hui, le thème en est: LGBT +
(Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres…)

J’ai choisi d’illustrer ce thème avec des photos d’Olivier Ciappa dont j’admire le travail (« Couples Imaginaires »).

 

Je vais être franche: tant les auteur(e)s LGBT que les romans qui traitent de personnages LGBT me touchent particulièrement. C’est donc un thème que j’aime et qui m’inspire. J’avais l’embarras du choix, cette fois encore.
Finalement, il se trouve que j’ai terminé il y a quelques jours (si vous me suivez sur Instagram, vous l’aurez vu dans ma story) un livre qui entre justement dans cette catégorie –  un très bon et beau livre, qui plus est.
fairyland

Ce dont il s’agit:

« En 1973, après la mort de sa femme, Steve Abbott, écrivain et militant homosexuel, déménage à San Francisco. Avec sa fille de deux ans, Alysia, il s’installe dans le quartier de Haight-Ashbury, le centre névralgique de la culture hippie. Là où Joan Baez a pris le micro dix ans plus tôt pour appeler à lutter contre la censure et en faveur de la liberté d’expression. Là où les représentants officiels de la Beat Generation – William Burroughs, Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti, Neal Cassidy – annoncèrent l’avènement de la révolution psychédélique. Steve Abbott découvre une ville en pleine effervescence dans laquelle la communauté gay se bat pour ses droits, il rejoint la scène littéraire de l’époque et fréquente cette génération de jeunes gens bien décidés à tout vivre, tout expérimenter. Commence pour le duo père-fille une vie de bohème, ponctuée de déménagements, de fêtes et de lectures de poésie a` l’arrière des librairies. Alysia Abbott revient sur les aventures de son enfance alors que le virus du sida ronge peu a` peu la ville. »

 

D’autres photos de la fille et du père, merveilleuses de complicité,illustrent le livre. La référence s’impose d’elle-même: on songe à Armistead Maupin et à ses Chroniques de San Francisco.

L’histoire est touchante, drôle, triste – à l’image de la vie. Alysia Abbott fait preuve d’une grande sincérité en revenant sur son enfance, son adolescence sans enjoliver le tableau. Je me suis arrêtée un moment sur cette citation de Steve Abbott dans son journal :(au sujet de sa fille ):“Espérons que lorsqu’elle sera adulte, nous vivrons dans une société où les dichotomies homo-hétéro et homme-femme ne seront pas si importantes. »
C’était en 1975…

« J’adore Fairyland. C’est une histoire d’amour à la fois unique et merveilleuse entre un père et sa fille qui ont grandi côte à côte dans le San Francisco des années 1970. Je pense que ce livre fera un film aussi touchant qu’engagé. » – Sofia Coppola (projet en développement)

Complicité: 
 photo datant de 1983 montrant Steve Abbott et sa fille Alysia

Fairyland, d’Alysia Abbott est publié aux éditions Globe. Il vient de paraître dans la collection de poche 10/18.

Vous pouvez en écouter  une chronique ici

Bonne lecture!

PS:

Je zappe l'idée de "minorités", 
la seule que je reconnaisse étant la "minorité active" 

 

A propos de : Harry Potter fan-fic #Severus 1

Il y a 10 ans, je me lançais dans la grand aventure de la fan-fiction (mieux vaut tard que…^^). Je n’avais presque jamais écrit dans ce genre de style – sauf une fois,  à l’adolescence, en commençant un texte inspiré par la série Galactica (Battlestar Galactica 1978), première du nom.
Il m’aura fallu Harry Potter, des échanges avec des personnes fans de Severus Rogue (et la fin de la série ) pour entreprendre d’écrire un 1er texte – puis un autre.
Le plus agréable de ma 1ère incursion au pays de la fan-fic Harry Potter reste encore (et toujours, puisque l’histoire est en ligne) les retours encourageants des lecteurs.
Dire que je me suis amusée est un vain mot.  Voici le début mis à jour :

Les personnages de Severus Rogue (Snape) et autres de Poudlard sont la propriété de JK.Rowling et non la mienne.

Les personnages de Melinda Lake, Alvin et Julia (tous de Serdaigle) sont mes créations.

 Thème : romance/ télépathie (version Legilimens) et Severus Rogue

Melinda, Julia et Alvin sont trois amis scolarisés en dernière année au collège de Poudlard à la maison de Serdaigle.

1989 (décembre) – Poudlard – Dernière année pour Melinda et ses amis. Ils passeront leurs examens en juin. Ils ont pris les Potions comme matière et doivent travailler dur. Surtout avec un professeur de Serpentard qui n’est jamais satisfait de ses élèves! Surtout quand l’un d ‘entre eux se découvre une aptitude imprévue et embarrassante !

 

   I- Tentation (tenter ou être tenté)

 

« – Le cours est terminé ! Rangez vos affaires et sortez en silence, si vous le pouvez ! »

La silhouette sombre s’éloigna, les pans de sa cape battant ses flancs.

–         Tout est sinistre dans ce bonhomme, je ne m’y ferais jamais, maugréa un jeune homme d’environ dix-sept ans.

–         J’ai toujours dit que ce prof, c’était une vieille chouette. Enfin, c’est notre dernière année avec lui, soupira une étudiante ses côtés.

–         Quoi, une vieille chouette ? Non, une chauve-souris, tu veux dire, gloussa une autre fille en lançant son sac par-dessus son épaule. Estimez-vous heureux, encore quelques mois et on en aura fini avec lui !

Les élèves de dernière année quittaient le cachot où se tenait le cours de Potions. A la traîne, trois étudiants de Serdaigle prenaient leur temps. Ils n’avaient plus qu’à se rendre à la Salle commune  de leur Maison afin de réviser.

–         Tu as vu, Mel, lança le jeune homme blond, il nous demande deux rouleaux de parchemin sur les particularités des différentes potions..de..je ne sais plus quoi, hum, et avons toutes ces révisions encore, il  va trop loin, vraiment !
–          Oh, Melly n’aura aucun problème avec ça, elle est excellente dans cette matière, glissa malicieusement une petite brune aux yeux noisette.
–         Je sais, Julie, mais moi? Pff, je vais patauger! Quel sale type, on devrait l’empailler dans un coin de sa classe! Un sort doit pouvoir faire ça!

La petite brune éclata de rire. Au milieu d’eux, une jeune fille élancée à la longue natte sombre se tenait étrangement silencieuse. Elle semblait absorbée dans ses pensées. Brusquement, elle leur lança, inquiète :

–         Julia, Al, vous devriez parler moins fort, je ne sais pas, on pourrait avoir des ennuis. Elle toucha ses tempes machinalement.
–         Melly, tu t’en fiches, d’habitude ! Qu’est-ce que tu as ?
–         Il t’a filé la migraine, ce sale épouvantail ?

Melinda s’était arrêtée au milieu du couloir et respirait de façon saccadée. Son regard semblait absent.

–         Vous ne devriez pas parler de lui ainsi?.
–         On ne va pas se gêner, Mel, coupa Julie. Et tu sais ce qu’on raconte à son sujet. Il a été  pire. Il aurait été au service de Tu-Sais-Qui quand nous étions enfants et il …
–         C’est bon, cria Melinda,comme prise d’un accès de colère.  J’ai déjà entendu tout ça ! Ne me répète pas ces rumeurs immondes !
–         Et si c’était vrai, Mel ? demanda Al, soucieux.
–         Je m’en fiche, voilà. Ne le traitez pas de Mange-Mort sans preuves ! Et quand bien même ça serait vrai, le directeur lui a fait confiance, non ? Il y a une raison à ça et c’est pas à nous de juger ! Vous ne croyez pas que chacun de nous a droit à une seconde chance ?

Elle avait perdu pour une fois le contrôle d’elle-même et se demandait ce qui lui arrivait. Elle reprit un ton plus bas :
–         Si vous n’êtes pas du genre à accorder une autre chance aux gens, je me demande pourquoi vous êtes amis avec moi, dans ce cas, laissa-t’elle tomber platement. Elle massa ses tempes une fois de plus.
–         C’est bon, Mel, reste calme, on ne le pense pas, tu le sais, dit Al d’un ton étonné.
–         Non, on est d’accord avec toi mais avoue que c’est pas un mec agréable, ajouta Julia, têtue. C’est un vieux…
–         Tais-toi ! gronda Mel sans savoir pourquoi elle criait.Adossée au pilier, elle continua dans un semi-vertige: Figurez-vous qu’il pense de nous que nous sommes de piètres étudiants, pour certains de fichus crétins!
–         On n’en doute pas, ricana Al avec un coup d’oeil complice vers la petite Julie. Des crétins..
–         Et puis.. il pense que nous n’avons pas la moitié d’une chance pour nos exams de fin d’année, enfin, pour la plupart d’entre nous. En fait, il se demande pourquoi il perd son temps avec…heu…de…Elle haletait et ne put continuer sa phrase.
–         Avec de tels idiots, en effet, termina pour elle une voix glaciale derrière eux. Ils sursautèrent.

A leur grand étonnement, le professeur Rogue se tenait juste derrière eux. Bien qu’élèves de dernière année et habitués aux manières de celui-ci, ils ne purent s’empêcher de frissonner.
L’ombre se profila entre leur petit groupe et le soleil d’hiver.
–         Vous aviez raison, mieux vaut ne pas parler trop fort, voire…médire, –il eut un petit rictus – ,quand un professeur est dans les parages, jeunes gens, vous ne l’avez toujours pas compris ?
Personne n’osa prononcer un mot. Il fit un large mouvement de la main et leur désigna le couloir vide :
–         Et alors, n’avez-vous pas des devoirs, des révisions ?
Al et Julie se poussèrent du coude, ramassant leurs sacs.
–         On y va, allez Julie, dépêche-toi !Mel,  prends ton sac!
Encore vacillante, Melinda s’apprêtait à leur emboîter le pas. Un mouvement arrêta son regard :
–         Oh, non, pas vous, Miss Lake. Il semblerait que vous soyez souffrante. Vous allez me suivre. Et vous autres, qu’attendez vous ? Filez ! »

Ses deux amis surpris lui firent des mimiques d’encouragement. Melinda décolla son dos du pilier et dans une sorte de brouillard, elle suivit le professeur le long des couloirs. Son coeur semblait pulser lourdement jusque dans le moindre recoin de son corps et de son cerveau.

Elle recevait des images qui la déconcertaient et se dirigeait au hasard, à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Au bord de la nausée, elle finit par comprendre qu’elle devait s’arrêter de marcher.
« Une simple migraine, oui. Une migraine »se répétait-elle pour se rassurer, tachant de coordonner ses mouvements. «  Bien sûr, un fort mal de tête. Une migraine, c’est ça.… »

–         Non, pas une simple migraine, entendit-elle clairement à ses côtés.
Elle eut un hoquet de surprise. Trébuchant, elle se rattrapa au mur du couloir. Elle ne reconnaissait plus les lieux.

–         Où sommes-nous, professeur ? Ce n’est pas l’infirmerie, ici.

Pour toute réponse, Rogue ouvrit avec précaution la porte de son propre bureau. Il y régnait une atmosphère lugubre. Glauque. Verdâtre.

–         Veuillez entrer, Miss Lake. J’ai quelques questions à vous poser

Melinda se demanda vaguement quelle bourde elle avait bien pu commettre. Mais elle se sentait plus mal qu’elle ne l’avait jamais été et obéit sans argumenter. Tandis que le professeur allumait au passage du bout de sa baguette diverses chandelles, elle resta debout, chancelante, n’osant prendre l’initiative de s’asseoir. Le bureau était recouvert d’étagères pleine de livres et de flacons renfermant des choses aussi bizarres qu’écoeurantes. Melinda détourna le regard.

–         Vous pensez rester plantée ici jusqu’au point de vous évanouir, Melinda ?

Tirant le siège qui faisait face au bureau, elle s’effondra à moitié, notant à peine l’usage de son prénom. Derrière elle, Rogue marchait de long en large sans s’arrêter, visiblement préoccupé.

–         Dites-moi, demanda-t’il en s’arrêtant abruptement, depuis quand êtes-vous une Legilimens ?
–         Pardon, balbutia Melinda en se retournant pour essayer de comprendre ce qu’il lui disait. Une Legilimens ?
Il continuait à faire les cent pas derrière son siège, ne tenant visiblement pas à lui faire face.
–         Oui, ajouta-t’il avec agacement. Je suppose que vous êtes suffisamment instruite pour savoir en quoi cela consiste, non ?
–         En effet, professeur, j’ai lu des ouvrages sur ce sujet mais, enfin, je ne pense pas l’être…Je ne suis pas une Legilimens, je le saurais, non? elle s’arrêta, troublée, la tête brûlante. Finalement, rassemblant son courage, elle finit par dire :-         S’il vous plaît si vous pouviez arrêter de bouger dans tous les sens, je pourrais peut-être me concentrer sur ce que je dis!
Il s’arrêta. Brusquement, il posa les deux mains sur le bureau et la regarda, menaçant :

–         Comment osez-vous me donner des ordres dans mon propre bureau ?

–         Excusez-moi, je n’ai pas voulu dire…, insinuer… – elle voulut continuer  mais sa voix se brisa.

Sous l’effet du vertige, elle préféra se taire et n’osa pas croiser son regard. Pourtant, un instant, malgré son air sombre, elle avait découvert un visage qu’elle ne connaissait pas réellement : il n’était pas « un vieil épouvantail », en fait, malgré ses traits creusés et l’étrange reflet de son teint pâle, il n’avait pas l’air très âgé, à peine la trentaine. Quant à ses cheveux noirs, source de moquerie collective dans toute l’école, ils ne semblaient ni sales, ni trempés dans de la graisse à frites. Etait-ce une légende alimentée par les plus rieurs ou un fait observé de temps en temps ? Melinda l’ignorait. Elle n’y avait pas fait vraiment attention. Elle se souvenait juste que cet homme avait une allure inquiétante. Elle se renfonça un peu plus au fond de son siège.

 

Rogue la dévisageait. Melinda Lake, Sedaigle , dernière année : une de ses meilleures élèves depuis le début de son enseignement. Posée, calme, intelligente apparemment. Mais il ne lui avait jamais semblé que cette jeune fille ait montré des prédispositions de Legilimens. Aujourd’hui, le doute n’était plus permis. Ce qu’il avait perçu dans le couloir était bien réel. Il ne l’avait jamais vue non plus dans un tel état d’effarement. Oh, Severus Rogue n’accordait pas vraiment d’attention à ses élèves et encore moins d’affection. Il savait apprécier, sans leur dire ouvertement, ceux qui manifestaient un certain talent et du goût pour l’étude. Melinda Lake faisait partie de ceux-ci. Il se souvenait de ses progrès en Potions.
« Une bonne élève, enfin, parmi  ce tas de petits cafards ! » avait-il déclaré aux autres professeurs indignés par de tels mots. Le professeur Flitwick de Serdaigle en était arrivé aux mêmes conclusions – en d’autres termes – et était très fier de sa Maison.

 

Rogue s’était gardé de louer cette réussite. Il traitait Melinda comme ses autres étudiants. Celle-ci restait impassible. Il ne l’avait jamais vue tenir des propos déplacés. Qu’avait-elle dit à son sujet ? Il en était resté étonné. Elle avait pris sa défense, alors qu’il savait bien qu’une partie de la famille de Melinda avait été tuée par les serviteurs du Seigneur des Ténèbres une dizaine d’années plus tôt.

Etait-elle comme Dumbledore, le genre de personne à accorder une seconde chance ? Elle était si jeune encore.
Ou bien – sa mémoire fit un arrêt – un souvenir le foudroya soudainement. Agacé,
il chassa cette pensée importune. Cette ressemblance.
Il se trompait.
Il ne pouvait  conserver de ce souvenir que la couleur des yeux : ce vert qui l’obsédait jusque dans ses rêves. Ce vert qu’il revoyait presque à la nuance exacte dans les iris de Melinda.
Impossible.

Une voix murmurante qui s’efforçait d’être ferme le tira de son passé :

–         Avez-vous d’autres questions à me poser, professeur, parce que j’avoue que je ne me sens pas très bien.

Les yeux humides, Melinda enrageait de perdre le contrôle d’elle-même. Ce brouillard qui s’infiltrait dans son esprit, entrecoupé d’images, s’estompait trop lentement à son goût. Elle aurait aimé se sauver de cette pièce pour enfin aller se reposer. La sensation était trop étrange.

–         Vous êtes une Legilimens, Melinda.
Elle vit ses lèvres se retrousser légèrement. Une sorte de sourire. Si c’est bien ainsi qu’on vous appelle, ou bien est-ce Mel ou Melly ? ajouta-t’il avec un rictus de dégoût.

–         Melinda, professeur, dit-elle sur un ton plus assuré. Elle ramena vers elle sa longue natte brune. Comment en êtes-vous sûr ?

Elle leva les yeux sur lui, essayant de chasser les pensées qui l’entouraient comme des fantômes obsédants et attendit. A son étonnement, il se cala face à elle sur le rebord de son bureau dans une posture assez décontractée. Ses yeux noirs scintillaient à la lueur des chandelles.

–     Je n’ai aucun doute. Votre esprit était grand ouvert, tout à l’heure.
–      C’était si bizarre, je veux dire, ce n’est pas comme de « lire » des pensées, c’est plutôt percevoir des émotions, des images..Mais finalement, je savais exactement ce que vous pensiez de nous à l’instant. Oh, je suis désolée, je veux dire, cela provenait de vous, fit-elle en rosissant. Ce n’était pas intentionnel…

–     Vous ne contrôlez rien, c’est de là que vient votre confusion. Quand vous parliez, vous aviez votre esprit, hum, tourné vers le mien, voilà pourquoi vous avez cru « m’entendre », ajouta t’il avec une sorte d’indifférence. De plus, l’esprit humain ne se « lit » pas.

–      Je ne sais pas comment c’est arrivé. Dites-moi, ça ne va pas recommencer ? C’est effrayant, je ne veux pas de ça! elle leva son visage vers le sien.

Il eut de nouveau ce pincement de lèvres :

–         Il est clair que cela n’arrivera plus avec moi, déclara t’il. Pour un Legilimens, la meilleure parade est d’apprendre à fermer son esprit, à apprendre l’Occlumancie.

–         Occlumens,, elle plissa les yeux et se concentra sur le mot, c’est-à-dire être capable de ne plus rien laisser filtrer de son esprit. Vous savez le faire, n’est-ce pas ? Oui, vous êtes un Occlumens. Et pour moi, y-a-t-il un moyen d’apprendre ?

–         Vous me voyez ravi de votre promptitude d’esprit.

Son air était assez satisfait. Elle s’attendait presque à ce qu’il lui distribuât une bonne note. Vous êtes assidue dans vos études ou dans vos lectures. Ou bien y a t’il d’autres cas de Legilimens dans votre famille ?

Il regretta ses paroles sitôt avoir parlé. Il était trop tard pour les retirer. Inutile de s’excuser. Melinda était trop fière pour entendre de plates expressions de compassion. La pièce fut envahie d’un air glacial.

Haussant les épaules et redressant la tête, elle dit :

–         Professeur, peut-être ne savez vous pas?mais ma proche famille?Je veux dire que je l’ai peu connue. Mes parents, ma tante et l’un de mes oncles ont été tués quand j’avais dix ans par …

–         Le Seigneur des Ténèbres, il acheva pour elle, la voix basse.

–         Comme vous dites. C’était peu avant sa chute. Quelques mois. Alors mes grands-parents m’ont recueillie et élevée. Je n’ai donc pas plus de précisions sur les aptitudes de mes parents, elle fit un geste évasif. Elle ne pleurait pas, comme si elle avait accepté cet état de fait.

 

Rogue commençait à comprendre.

Mais le poids de la culpabilité lui fit fléchir les épaules. Il y a huit ans, où était-il, lui ? Il le savait. Il avait tout perdu. Il était ici à se lamenter, à pleurer la disparition de Lily Evans, comme un misérable.

–         C’est ainsi, professeur.

Le contact de la main douce sur la sienne lui fit l’effet d’un choc puissant. Que devinait-elle ? Il voulut la remettre à sa place immédiatement. Mais il ne le put.

Dans la lumière diffuse, les deux silhouettes ne bougeaient pas, captivées par l’instant.

Entre ses dents, d’une voix contractée, Rogue hacha ses mots :

–         Savez-vous ce qu’est le remords, Melinda? Non, bien sûr, vous êtes trop jeune pour cela. Trop jeune pour ressentir le fardeau du passé – une ombre passa dans son regard – pour sentir la pesanteur des erreurs commises, le poids de vos propres trahisons et de vos propres mensonges. Se rendre compte qu’il est trop tard et que finalement vous en portez l’entière responsabilité.
C’est une souffrance qui vous poursuit à jamais. Rien ne sert plus alors de vous révolter contre cela. Vous ne pesez pas lourd. Le plus mauvais de vous-même est enfoui et vous en êtes conscient. Cela s’est produit. Cela ne peut être effacé. C’est comme….une brûlure à jamais inscrite dans votre chair.

–         Une brûlure dont le symbole lui-même pourrait être, enchaina-t’elle et son geste fut trop rapide, même pour lui. En un froissement de tissu, Melinda retroussa la manche gauche de Severus, découvrant son avant-bras sur lequel, pâlie, la Marque des Ténèbres demeurait.

Il bondit en arrière, choqué :

–         Je ne vous permets pas !

Elle sentit dans le mouvement violent qui la projetait loin sur le sol qu’il lui avait lancé un sort sans le prononcer. Un bouclier invisible la repoussait avec force. Elle avait été jetée à terre  et s’effondra lourdement, amortissant sa chute sur les coudes. Mais elle ne put empêcher sa tête de heurter l’étagère pleine de livres et de recevoir un lourd grimoire sur le visage.

Etourdie, elle perçut le liquide chaud glisser de sa lèvre inférieure avant de ressentir la douleur :

«C’est sûr, je saigne, je me suis blessée! Et ma baguette est dans mon sac! Oh, quelle abrutie, je fais ! Provoquer un professeur?…et un ex-Mange-mort, je ne suis pas maligne! Qu’est-c’qui m’a pris ? Je ne voulais pas …  Suis-je en train de délirer? Le choc à la tête?  Aïe,  j’ai horreur de ça et… ça fait mal! »

Le coeur battant, la panique commença à se mêler au tiraillement de souffrance. Elle commença à remuer pour se remettre debout. Les contours étaient flous. Le vertige persista un moment.

Elle entendit un bruit de pas suivi d’un bruissement de tissu.

–       Ce n’était pas un geste à faire,  fit une voix haletante. Je  devrais vous dire de filer mais vous ne pouvez pas sortir ainsi puis raconter ce que vous avez vu à vos camarades!

–         Attendez, monsieur, je dois arrêter ce sang, je vais me salir, bredouilla Melinda sans le regarder.

Elle ne vit pas ce qui arriva. Une ombre passa devant ses yeux. Deux mains la saisirent beaucoup plus délicatement qu’elle n’aurait pensé et elle se sentit remise debout.

–         Je vais arranger ça

 Fin partie 1 ici