T’as pas vu ma pop: les origines #2 Comics

 

Dans cette deuxième partie des origines de la pop culture, je vais m’intéresser aux comics. Je ne tenais pas en rédigeant cet article à faire un énième historique des comics  mais plutôt à continuer à répondre à cette question:

« Pop culture, pop art, pop music: tout ce qui fait émerge (en anglais : « to pop up », émerger, pousser, surgir) est-il soluble dans la culture? »

 

Les comic strips sont nés aux USA à la fin du XIXème siècle. Ces bandes (strips) composées en général de 3 cases racontent des histoires ou reposent sur des gags avant de se diriger vers la satire et l’humour: « comic strips ». On considère « The Yellow kid » comme la première BD américaine :

Très vite, les héros sont à l’honneur, avec, par exemple, Mandrake le Magicien:

Ou Buck Rogers le pilote:

Descendant direct de Tarzan, de Zorro ou Buck Rogers, Superman est inventé en 1933. Au début, il s’agit d’un méchant, doté de pouvoirs psychiques. Mais les histoires de vilain ne se vendent pas. Fu Manchu, par exemple, le « méchant asiatique », a eu du mal à trouver son public.

Il faudra encore quelques années aux deux créateurs de Superman pour peaufiner le héros et en arriver à ce résultat en 1938:

 

Action comics a réussi son coup. Peu après, c’est DC    qui réussit un second coup de maître  avec Detective Comics #27 et la première apparition de Batman, créé comme un opposé de Superman, la star:

Les éditeurs concurrents ne sont pas en reste, comme Timely Comics  (le futur Marvel) avec  Captain America (merci Jack Kirby). De plus, des scénaristes et des dessinateurs se multiplient. On voit un certain Stanley Leiber (Stan Lee) chez Timely Comics.

Après la seconde guerre mondiale, un autre éditeur  EC comics fait parler de lui car il publie des histoires plus adultes, violentes ou tournées vers l’horreur.

Vault of Horror (1950 E.C. Comics) 15

 

Mais cette période qu’on peut qualifier d’âge d’or  va connaître un revers. Frederic Wertham, un psychiatre publie en 1954 « Seduction Of The Innocents »,  dans lequel il se montre très  virulent envers les comics, responsables selon lui,de la délinquance des jeunes (c’est un refrain qu’on n’a pas fini d’entendre…. ex:  les jeux vidéos, la télé, la musique pop, tout et n’importe quoi) , de l’homosexualité et du communisme .  On craint la censure chez les éditeurs de comics . De là, naît une forme d’auto-censure: le Comics Code

Dans sa forme d’origine, le code impose entre autres les règles suivantes :

  • Toute représentation de violence excessive et de sexualité est interdite.
  • Les figures d’autorité ne doivent pas être ridiculisées ni présentées avec un manque de respect.
  • Le bien doit toujours triompher du mal.
  • Les personnages traditionnels de la littérature d’horreur (vampires, loup-garous, goules et zombies) sont interdits.
  • Les publicités pour le tabac, l’alcool, les armes, les posters et cartes postales de pin-ups dénudées sont interdites dans les comic books.
  • La moquerie ou les attaques envers tout groupe racial ou religieux sont interdits.

Face à ces interdictions, les comics underground vont peu à peu naître dans les années 60 en même temps que les mouvements contestataires. Ils reprennent des thèmes liés à la contre-cultures (amour et sexualité libres, usage des drogues) et offrent une critique de la société. En anglais, on les nomme les « underground comix », le X représentant ….le même X que pour nous. C’est en réaction au Comics Code que se propagent les comix (de 68 à 75, particulièrement).

On peut parler de :Zap Comix (auquel Robert Crumb participe)

Zap Comix 4, cover by Victor Moscoso

Art Spiegelman qu’on connaît bien en France (Maus) de même que Crumb, d’ailleurs:

Sans oublier le magazine MAD:

Si on peut dire que le mouvement s’essouffle dès 1975,   les comixs continuent jusque dans les années 1980. L’underground est une notion de contre-culture, une contestation de l’ordre établi, sa diffusion se fait sur des circuits parallèles. (bande-dessinée alternative, chez nous en France).

On  y aborde ce dont on ne parle pas ailleurs : féminisme, crimes commis par les grandes sociétés, l’homosexualité… Par exemple, WonderWoman (créée dans les années 40 par William Marston, un monsieur très féministe )   est nommée « symbole de la révolte féministe ». Un exemple de son évolution en images:

Marston disait en 1943:
« Même les filles ne voudront pas être des filles tant que nos archétypes féminins manqueront de force, de vigueur et de puissance. Comme elles ne veulent pas être des filles, elles ne veulent pas être tendres, soumises, pacifiques comme le sont les femmes bonnes. Les grandes qualités des femmes ont été méprisées à cause de leur faiblesse. Le remède logique est de créer un personnage féminin avec toute la force de Superman plus l’allure d’une femme bonne et belle. « 

Les comics mûrissent et deviennent plus adultes au fil des années 70/80.

En 1975, ce sont les Uncanny X-Men repris par Chris Claremont:

Mais les années 80 marquent aussi une période d’interminables cross-over, de morts de personnages (qu’on fera revivre par la suite).

« En 1992, sept artistes superstars décident de claquer la porte de Marvel pour fonder leur propre maison d’édition. Les meneurs de cette fronde sont Rob LiefeldTodd McFarlaneJim Lee et Marc Silvestri. La raison de leurs départs : ils en ont assez de voir Marvel gagner des millions grâce à leur travail et de ne toucher que des miettes. Alors ils lancent Image Comics pour y créer leurs personnages creator-owned, c’est-à-dire dont les droits appartiendront en intégralité à leurs créateurs.  »

Le site comicsblog 

Image comics, c’est The Walking Dead, les tortues Ninja, Saga, The Wicked + The Divine

 Le début des années 1990 semblent voir un regain d’intérêt pour la bande-dessinée mais cela est dû à une phénomène de collection: les collectionneurs se mettent à  acheter des comics, parfois en plusieurs exemplaires, en pensant que leur valeur va s’envoler. Ce n’est pas le cas et  les ventes s’effondrent. Les conséquences? des maisons d’éditions et des magasins de comics disparaissent.

Suite à cela, des scénaristes de cinéma ou de  télé,  des romanciers parfois sont appelés  à collaborer aux scénarios qui en  deviennent plus réalistes   – et la psychologie des personnages est mieux développée.

Il n’est plus question de Comics Code. Et grâce aux adaptations au cinéma et en séries, les comics envahissent aussi la culture « grand public ». Pop, pop, pop culture….

 

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T’as pas vu ma pop: les origines #1 – pulps

Après un second volet de « T’as pas vu ma pop » basé principalement sur Star Wars et le voyage du héros, je vous invite à remonter le temps dans ce nouveau volet en nous intéressant aux origines de la pop culture.

Culture pop et pulps magazine

 

Mauvais papier, bonnes histoires, faible coût, voilà ce qui pourrait définir le pulp magazine qui naît au début du XXème siècle.

 

 

 

Magazine généraliste, The Golden Argosy (Le Vaisseau d’or) devient   The Argosy . Il devient mensuel  et bientôt, ne publie plus que de la fiction. Nous sommes en 1896 le premier « pulp magazine » est né. The Argosy publie de nombreux textes de proto-SF  . Edgar Rice Burroughs y est publié:

Consacré à la fiction policière, Detective story magazine voit le jour en 1915. Les couvertures illustrent le fait divers qui donne le frisson:

 

Un autre pulp, Black Mask naît en 1920 publiant des histoires de toutes sortes avant de se tourner vers un genre particulier du policier, moins tourné vers la résolution d’une énigme, plus réaliste, plus dur: le « hardboiled« .

On y retrouve les premiers pas d’un ancien détective privé, Dashiell Hammett (Le faucon maltais, Moisson Rouge) – et là, tous les lecteurs de polars sourient…

Action et dialogues, voilà ce qui caractérise ce nouveau genre de roman policier. Le roman noir prend souvent le point de vue non pas de l ‘enquêteur ( typique du roman à énigme) , mais de celui qui transgresse la loi ou en souffre. Il s’intéresse déjà au « côté obscur » des personnages. Hammett et Chandler en sont les chefs de file et bientôt, écrivent des scénarios pour Hollywood.

Un autre genre monte également en puissance: la science-fiction. On doit sans doute la paternité de ce terme à  un Luxembourgeois émigré aux Etats-Unis, Hugo Gernsback.   Il décide de publier un magazine consacré entièrement à ce que l’on nommait alors la « scientifiction ».  Et ‘Amazing Stories vit le jour en avril 1926.
Pour qui aime la SF, le prix Hugo signifie forcément quelque chose…. Il rend hommage à Hugo Gernsback.

Avec la crise de 1929 et la Grande Dépression, beaucoup de pulps connaissent des difficultés mais le genre ne disparaît pas. Les magazines ont su attirer ou souvent même révéler des auteurs et des illustrateurs. Le genre se tourne de plus en plus vers la science fiction.

Ce sera « Astounding stories of Super science »  en 1930, qui devient « Astounding Stories« . Asimov y publie ce qui sera par la suite le cycle de Fondation. Mais y seront aussi publiés: Heinlein, Van Vogt, Arthur C.Clarke – ou pour résumer les futurs maîtres de la SF.

Peu à peu, les pulps changent de format, adoptant celui du « digest » (format de poche).

 

D’autres pulps magazines naissent, connaissent un bref succès et font découvrir des illustrateurs qui deviennent à leur tour les leviers d’une autre nouveauté, un point essentiel pour la pop culture: les comics. 

sources: les pulps (detective etc)

Pulps américains SF ( de très belles couvertures sur ce site)

Let’s play! Animal Crossing Pocket camp

 

C’est fait: je n’ai pas pu attendre et j’ai téléchargé Animal Crossing : pocket camp sur mon téléphone. Le jeu est disponible sur Google Play australien (et chez nous, avec quelques astuces .

Non, mais pourquoi, Animal crossing, me direz-vous? (ou pas)

Ah, c’est compliqué….Mais si vous n’êtes jamais allés rembourser le prêt de votre maison chez Tom Nook ( ce Nook, à l’origine un tanuki = Nook, devenu raton-laveur ici), si vous n’avez jamais secoué les arbres pour trouver des clochettes (la monnaie de l’univers d’AC) mais trouvé des abeilles à la place, si vous n’avez pas écouté les chansons de Keke, si vous n’êtes pas partis à la chasse aux insectes l’été afin de capturer le scorpion pour le musée, bref, si vous n’avez pas joué à AC (=Animal Crossing) sur la DS, voilà un peu de rattrapage…

 

Let’s play!

« AC est un jeu vidéo de simulation de vie développé par Nintendo EAD. Il est édité au Japon par Nintendo en avril 2001 pour la console Nintendo 64. Sur la petite console Nintendo DS Animal Crossing sort à la fin d’année 2005 au Japon puis en Occident.

Dans ce jeu, le joueur emménage dans un village de campagne habité par des animaux aux caractères bien distincts. Il introduit un nouveau type de jeu dérivé du collect them up : le but est de rendre tous les habitants heureux, de créer des vêtements et des décorations et de collectionner des objets (meubles, tapis, vêtements, fossiles…). Le jeu se déroule en temps réel, les minutes et les heures étant synchronisées avec la vie réelle (heure de la console), ainsi que les jours, les mois et les saisons. Il est également possible de fêter Noël et tous les autres événements (américains) avec les villageois. » (wiki source)

 

C’est le jeu tranquille par excellence, celui qui a réuni des parents et des enfants autour de la console. Je ne connais pas d’enfants nés au début des années 2000 qui ne connaît pas AC, au moins de nom (comme Dofus ou Minecraft, tant que j’y suis).

. Dans la série des jeux Animal Crossing, la faune et la flore varient en fonction des mois et des saisons, c’est-à-dire qu’il neige en hiver, qu’il y a des cigales en été et que les arbres ont un teint ocre en automne. Mais, le joueur peut moduler son environnement en plantant des cèdres et szqsapins achetés chez Tom Nook, ainsi que des arbres fruitiers et en plantant des fleurs (achetables elles aussi chez Tom Nook)

Après avoir planté des fleurs d’une même espèce, il est possible qu’elles produisent une hybride introuvable sur le marché,

À l’inverse, le joueur peut aussi polluer son environnement en coupant des arbres, en laissant pousser les mauvaises herbes

Son arrivée en version mobile était depuis longtemps attendue (AC est aussi populaire que Pokemon ou Mario).

Non, pas d'abeilles dans AC: pocket camp...

 

Après avoir créé son personnage, nous voilà prêts à emménager non pas dans un petit village mais dans un terrain de camping! On arrive à bord d’un charmant minibus vintage. L’accueil est toujours cordial.

Allez, hop, on peut pêcher avec un filet!

Le but sera de faire prospérer le camp, avec les mêmes actions que dans les jeux précédents ou à peu près:  interactions avec les habitants (toujours les bestioles sympas/grognons),  quêtes (pêche, cueillette, chasse aux insectes, ramassage de coquillage) avec le plus de cette version: on peut aller crafter (faire crafter plutôt) ses meubles.
Les vendeuses hérissons (les soeurs Able) ainsi que Tom Nook sont toujours présents en tant que vendeurs itinérants.
Et donc, pas de prêt à rembourser? Mais si: notre minivan peut être customisé… Pour cela il faut s’endetter auprès du garage Ok Motors(après le raton-laveur usurier, voilà les frères Giovanni, Beppe et Carlo, trois oiseaux qui proposent leurs services contre des clochettes!)

Question gameplay, on ne change pas les bonnes recettes. La clé, c’est toujours la socialisation avec, cette fois, une jauge d’amitié (bloquée à 7, d’après ce que j’ai testé).
Plus on remplit de missions auprès des habitants, plus on obtient de coeurs (indice de l’amitié) et plus on a de chance de les inviter dans son camping.

Le camping est donc facile à meubler. Et si on respecte les désirs des habitants (« je veux bien être ton pote et venir te voir, mais as-tu la chaise trucmuche, le canapé machin, etc…?« ), les habitants viennent squatter dans notre camping.

C'est peuplé, chez moi

De même, on peut visiter les campings d’amis en ligne: on rencontre d’autres joueurs de façon aléatoire) mais  on peut aussi inviter de vrais potes IRL en les ajoutant manuellement.

http://vignette.wikia.nocookie.net/animalcrossing/images/4/40/Images_%2810%29.jpeg/

Ce qui change?

Pas d’abeilles dans les arbres jusqu’à maintenant. (pour le clin d’oeil)
On ne peut pas creuser le sol et déterrer des fossiles mais uniquement dans un lieu dédié;  pas de fronde non plus pour percer des ballons dans le ciel (et récupérer des cadeaux).
Moins de diversité dans les espèces aussi : poissons, insectes…

C’est toujours aussi mignon, frais. Les graphismes sont agréables et marqués dans la tradition AC.
Les vêtements peuvent être achetés et revendus.
Un marché personnel permet de vendre aux autres joueurs (contre clochettes, bien sûr) les poissons, fruits, coquillages.

Le van peut être meublé comme on veut ainsi que le terrain de camping.
Quant à la tente, elle peut aussi changer si on le souhaite.

Pour un jeu gratuit, c’est plutôt bien fait même si on attend des mises à jour avec les événements (Halloween, Noël etc..).

Ce qui me manque?

Je trouve que les interactions avec les habitants sont limités: par ex, dans AC Wild world, on pouvait  pousser à bout certains habitants  et les voir se mettre en colère (certains m’ont fait hurler de rire) 

Le terrain est aussi beaucoup plus réduit. Pas de mauvaises herbes non plus si on n’entretient pas les alentours. (un tantinet moins écolo, donc).

 

 

Fan d’AC? alors, pourquoi se priver…Les crossien-enne-s jouent déjà:

Crossien: Le terme « crossien » (ou « crosseur ») est utilisé pour décrire une personne fan des jeuxAnimal Crossing et plutôt bien connaisseuse dans ce domaine. Ce mot est surtout utilisé sur la toile, notamment dans les forums de jeux vidéo.

 

 

Minute, papillon! #6

 

– Hey, minute, papillon! gronda l’Ours.
Un instant, Dame Papillon s’arrêta de voler pour lui narrer sa semaine.
– Mieux que ça, Lady B.! Allez, je vous écoute! ajouta l’Ours en se tartinant une autre tranche pain avec le miel qu’il avait devant lui. Humpf, z’en voulez? fit-il après un instant de réflexion.
– Non, merci quand même. Tant de miel., j’aurais le vol lourd….
L’Ours haussa ses épaules de fourrure. Est-ce qu’il se préoccupait de ses bourrelets, lui?
-Le miel, c’est la vie! finit-il par grommeler dans barbiche.
-Vous disiez?
-Non, rien…
-Minute, papillon! Vous ne pouvez pas commencer à parler et puis, vous taire, ainsi, voyons, l’Ours…

L’Ours, les patounes autour de son pot de miel, n’en crut pas ses oreilles duveteuses. Comment? cette Dame Papillon avait un sacré toupet! (On ne parlait pas comme ça à sieur l’Ours! Enfin, out le monde sait qu’un Ours, ça a sa fierté, oui, ou miel!

Semaine bien remplie (pro, hobby, expos, amitiés).

 

Du côté des lectures:

Après avoir fini le très bon/beau livre de Ned Vizzini, je suis restée un peu K.O (parce que touchée par le thème, parce que…). Les éditions La Belle Colère publient vraiment des trésors.

Comme beaucoup d’adolescents, Craig est bien décidé à réussir sa vie. Il intègre l’une des plus prestigieuses prépas de New York, de celles qui font de vous un homme et assurent votre avenir. Seulement, au bout d’un an, il ne mange plus, ne dort plus, n’arrive plus à se lever, pense sans arrêt à ses devoirs, ses exams et à la jolie copine de son meilleur ami. Pour faire front à tout ça, il ne trouve d’autre solution que de fumer de l’herbe en glandant pendant des heures. Craig est pris dans une spirale d’anxiété, d’inquiétudes, de peurs qui l’acculent et le paralysent. Comment en est-il arrivé là ?

Dans ce roman tendre et émouvant, inspiré d’un séjour qu’il a effectué en hôpital psychiatrique, Ned Vizzini aborde ses propres démons, son long combat contre cette maladie qui l’accable depuis des années. D’un sujet aussi délicat et tabou que la dépression adolescente, Vizzini crée un livre tout à la fois drôle et empreint d’espoir.

Je me suis ensuite aventurée sur un terrain qui, d’habitude, ne me fait pas peur (tout en y étant sensible): la Shoah.


Elle avait les yeux verts, d’Arnošt Lustig, aborde le sujet sans sombrer dans l’horreur, qui pose cette question: jusqu’on où peut-on aller pour survivre?

Les cheveux rouges et les yeux verts, elle se trouve sur la rampe de tri à Auschwitz. Elle survit. Une fois, deux fois, juste parce qu’elle sait saisir l’occasion, juste parce qu’elle n’a pas le choix. Hanka se fait prostituée dans un bordel militaire. D’une écriture limpide, sur le fil du rasoir, Arnošt Lustig imagine le destin peu ordinaire d’une jeune fille qui, face à l’inattendu, choisit coûte que coûte la vie et l’espoi

Pour finir la semaine, 2 romans chez Zulma:

Et pour continuer mon exploration de la littérature coréenne: Shim Chong, fille vendue, du romancier Hwang Sok-yong.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle. En ces temps de disette et de corruption, la traite des enfants est un commerce qui alimente un immense trafic mafieux dans toute l’Asie du sud-est. Shim Chong n’échappe pas à la règle: vendue adolescente, elle va connaître tous les aléas d’un négoce sexuel florissant, des rives du fleuve Jaune aux ports de Shanghai, Taiwan pu Singapour, de la prostitution la plus sordide à la haute courtisanerie des geishas.

Le parcours initiatique de la jeune Shim Chong s’inscrit de façon magistrale dans une impressionnante saga de la prostitution et des métiers de la séduction à une période charnière où l’Asie, sur fond de guerre de l’opium et de trafic d’armes, s’ouvre aux impérialismes occidentaux.

Je suis captivée pour l’instant par ce roman.

Autre culture, direction l’Islande avec Auður Ava Olafsdottir et Le rouge vif de la rhubarbe. 

La petite Ágústína, à son habitude, est descendue seule sur la plage à l’aide de ses béquilles et la force de ses bras pour méditer sur l’inconstance de la vie. Il y a longtemps que sa mère, universitaire émérite partie explorer les espèces migratoires aux antipodes, l’a confiée à la bonne Nína, experte en confitures de rhubarbe, boudins au sang de mouton et autres délices. Avec pour père de substitution épisodique Vermandur le bricoleur au grand cœur, celui-là même qui vit accoucher en catastrophe la mère célibataire d’Ágústína sur la banquette arrière de sa vieille automobile.

Mes aventures sur Duolingo deviennent amusantes – avec des phrases un peu improbables:

 

Photos:

Micr'home

Un tour dans Nantes, sous la chaleur à nouveau, mardi.

Nous avons fini par …succomber à l’appel du thé (glacé) chez Chapitre T

Suite de mon exploration du VAN (le Voyage à Nantes) 2017, avec l’expo HR Giger au Lieu Unique. (je fais le post-traitement pour un article sur LeyArts).
Bémol pour les photographes: c’est très peu éclairé.

Cette semaine, c’était aussi:

Oui, il y a 33 ans sortait un  (très bon) album: Ride the Lightning. L’un de mes préférés de Metallica.

La saison 7 de Game of Thrones avance… doucement. J’ai l’impression que nous aurons fini cette saison sans que l’histoire nous réserve beaucoup de surprises.

Musique

Un gros coup de coeur pour le (gros) son de Shaka Ponk:

J’ai passé quelques minutes avec ça (en échangeant avec d’autres pour savoir s’ils chantaient…heu…grognaient…en anglais). La musique est bien, je trouve, mais je suis imperméable au chant:

Très différente, cette reprise de Soundgarden par Norah Jones:

Ma tête... par ma fille Aly.

Bonne fin de week-end et bonne semaine!

Minute papillon! #5

– Hey, minute, papillon! gronda l’Ours.
Un instant, Dame Papillon s’arrêta de voler pour lui narrer sa semaine.
– Mieux que ça, Lady B.! Allez, je vous écoute! ajouta l’Ours en se tartinant une autre tranche pain avec le miel qu’il avait devant lui. Humpf, z’en voulez? fit-il après un instant de réflexion.
– Non, merci quand même. Tant de miel., j’aurais le vol lourd….
L’Ours haussa ses épaules de fourrure. Est-ce qu’il se préoccupait de ses bourrelets, lui?
-Le miel, c’est la vie! finit-il par grommeler dans barbiche.
-Vous disiez?
-Non, rien…
-Minute, papillon! Vous ne pouvez pas commencer à parler et puis, vous taire, ainsi, voyons, l’Ours…

L’Ours, les patounes autour de son pot de miel, n’en crut pas ses oreilles duveteuses. Comment? cette Dame Papillon avait un sacré toupet! (On ne parlait pas comme ça à sieur l’Ours! (tout le monde sait qu’un Ours, ça a sa fierté).

Semaine bien chargée en sorties/expos malgré le temps instable.

Du côté des lectures:

Fini deux bons livres, très différents (et c’est ce que j’aime^^):

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

La vie parfaite est un parfait mensonge. Adolescente, TifAni FaNelli a connu, à la prestigieuse Bradley School, une terrible humiliation publique qui l’a contrainte à se réinventer totalement. Aujourd’hui, elle a un boulot glamour, une garde-robe hors de prix et un fiancé beau et riche. Elle
est à deux doigts de cette vie parfaite qu’elle a tant travaillé à obtenir. Mais TifAni a un secret. Son passé, qui n’a cessé de la hanter, menace de resurgir et de tout détruire sur son passage. Premier roman de Jessica Knoll, American Girl est un page-turner implacable.
J’ai poursuivi -sans assiduité, je dois le dire – mes aventures sur Duolingo. Jolis progrès en allemand. Pour l’espagnol, je trouve ça trop simple. (je pensais avoir vraiment oublié alors que…ben, non ).
Je sens que savoir dire "Les mouches boivent de l'eau" va m'être très utile quand je retournerai en Allemagne

Photos, photos et encore photos!
Lundi dernier,: caniculaire…visite de l’expo « Entrez libre! » (photos ici sur mon autre blog)

Mercredi, sous la bruine nantaise: expo « Les esprits, l’Or et le chaman » au Château des Ducs. 

 

 

Enfin, jeudi, à la médiathèque Hermeland, expo Victor Hussenot

Très belles aquarelles

Sieur Chours et moi avons retrouvé avec plaisir Game of Thrones. (et j’ai appris que le prochain tome ne sera pas forcément pour 2018...Je commence à réellement détester GRR.Martin)
J’ai été comblée en suivant à distance la  San Diego Comic Con (j’adorerais y aller). toutes ces bandes-annonces! Toutes ces séries!

Negan au début ! (TWD s.8)

Gotham s.4

Tom Ellis! Lucifer S.3

Stranger Things s.2

Defenders

Voilà, cela fait 10 ans que « Les reliques de la mort » sont sorties

Pour moi, cela fait 10 ans que je me suis lancée dans la fan fiction…

Pour finir, un tour au cinéma:

J’avais gagné des places pour aller voir Spiderman: Homecoming. Nous en avons profité hier!

Musique!

Triste nouvelle: le suicide de Chester Benington (Linkin Park) après celui de Chris Cornell.

Découvertes musicales de la semaine: Lina Sleibi, chanteuse palestinienne:

Juan Carlos Cano:

Et côté Kpop:
Sortie du nouvel album d’EXO

Avec un visuel …sympa:

En général, vous pouvez suivre tout ça sur mon Instagram (dans la story principalement) 

Bonne fin de week-end et bonne semaine

 

« Winter is here » en juillet

L’hiver est arrivé en plein été!
Je veux dire: la saison 7 de Game of Thrones est là.
Lors de ce premier épisode, « Dragonstone » (Peyredragon), tout s’installe en (presque) douceur.
On retrouve Arya Stark dans sa quête de vengeance tandis que Jon Snow apprend son métier de « roi du Nord » en compagnie/malgré sa  soeur, Sansa. Celle-ci lui dira qu’elle a beaucoup appris de …Cersei!
Bran Stak a atteint le Mur, les Marcheurs Blancs aux trousses, ou presque; ce plan où l’on devine leurs silhouettes dans la tourmente hivernale avant de les découvrir en marche….quelle beauté!
Cersei et Jaime sont les derniers Lannister à faire front,Tyrion étant du côté de Daenerys. Non sans mal…

Et Daenerys revient à son lieu de naissance. (Peyredragon – Dragonstone)

Tout est en place. Le  « Shall we begin? » de Daenerys est un parfait résumé de l’ambiance de ce premier épisode.

 

T’as pas vu ma pop #7

Comme nous avons pu le voir la semaine dernière,  les héros pop s’engagent dans des aventures très différentes les unes des autres. Il semblerait pourtant que ces héros soient  reliés entre eux par un fil conducteur, un ou des éléments communs. Tous se définissent quasiment par leur grand point faible – ou, du moins, leur faiblesse relative. De plus, quasiment tous choisissent  de refuser la puissance/le pouvoir à la fin de leurs aventures.
C’est le cas de Frodon qui jette l’anneau dans la Montagne du Destin -plutôt que de devenir un nouveau Sauron, ce qui était quand même sacrément badass. Idem pour Luke Skywalker qui ne se laisse pas tenter par le côté obscur, préférant abandonner le combat contre Dark Sidious/Palpatine. On sait ce qui arrive: Vador, ne pouvant supporter de voir son fils souffrir devant ses yeux, s’empare alors de Palpatine, rendu vulnérable  et le jette dans le générateur de l’Etoile Noire et youpi!  triomphe de l’amour!Quant à  Harry Potter refuse la Baguette de Sureau et l’immense pouvoir qu’elle confère.

Le héros pop est donc un exemple – malgré lui, dirait-on. « Il ne veut pas le pouvoir pour lui-même », se disent ceux qui sont autour de lui. « Aidons-le. »  De là, naissent les communautés héroïques (La Communauté de l’Anneau, l’Ordre du Phénix, etc..). Car on touche ici à l’élément fédérateur. Ce qui est une faiblesse devient alors LE point fort du héros pop.

On voit que dans le récit pop, on a commencé par « croire à » (=une prophétie, un mythe, une légende) pour « croire en » (accorder sa confiance; former une communauté). Le héros doit à présent faire croire (en lui).

Récemment, les récits de héros pop mettent en avant un personnage  que tout le monde pourrait devenir. Le héros pop reflète la croyance des autres plus qu’il n’est marqué comme un être unique en son genre. En cela, beaucoup de récits ressemblent étrangement aux romans d’apprentissage (ou d’éducation), ceux qu’on appelle  le Bildungsroman.

Le héros pop est alors confronté à différents schémas qui vont définir son récit:

  • Il souffre. C’est Frodon, tout en abnégation, en figure doloriste (sauf lorsqu’il s’en prend au malheureux Sam en se comportant comme un vrai tyran – ou en diva pop – il fait sa rockstar -; là, c’est Sam qui lui vole la vedette et devient le  héros à temps partiel)
  • Il est courageux. Modeste, issu de nulle part, voilà notre héros qui se découvre des ressources insoupçonnées! C’est Bilbo version Peter Jackson qui affronte l’affreux Azog dans Le Hobbit au cinéma. Bien sûr, ce n’est pas nouveau…
  • Il a un pouvoir mais le connaît mal/ou ne sait pas le maîtriser. Jack Frost sait refroidir l’air, pas assez pour figer Pitch, le Croquemitaine.

Autre cas de figure: il n’est héroïque que par défaut. C’est un héros accidentel.
C’est suite au décès de son frère (jumeau, c’est plus pratique!) que Jack Sully est amené à remplacer celui-ci – et à devenir le sauveur de Pandora, dans Avatar.
Mais, à la base, Sully n’est que l’avatar – celui de son frère.
De même, Shrek est un remplaçant. Il doit sauver une princesse à la place de Lord Farquaad.

Dernière piste: il voyage dans le temps. Et, oui le voyage temporel! On sait dès le début que le héros a accompli sa mission, reste à trouver le bon orage magnétique, la bonne machine temporelle pour que ledit héros réalise son destin.
C’est Terminator où l’on vient du futur (qui n’est pas folichon, entre nous).
Ce schéma a été largement pillé par les auteurs de SF (je ne citerais pas toutes les références, vu le grand nombre), accompagné de son leitmotiv: le paradoxe temporel.

Le paradoxe temporel le plus connu est le paradoxe du grand-père selon lequel l’intervention tue l’aïeul de l’intervenant empêchant ainsi sa naissance… et donc son intervention. Ici, nous nous trouvons en face du paradoxe du premier type, mais l’auteur avance l’hypothèse d’une autocorrection du temps. En effet, le voyageur est voisin d’un architecte; malencontreusement, il empêche la naissance de ce voisin, mais les maisons réalisées par ce voisin, n’en sont pas moins dessinées par un autre architecte.

On pense à Barjavel (Le Voyageur imprudent); à Bradbury (Un coup de tonnerre),  à Vous les zombies All You Zombiesde Robert A. Heinlein, à  La Patrouille du temps de Poul Anderson, mais aussi à La Spirale du Temps (Yoko Tsuno) de Roger Leloup, à Valérian et Laureline qui sont des agents spatio-temporels,  à Thorgal (dans Le Maître des Montagnes). Je passe sur le nombre d’allusion dans Doctor Who.  Dernièrement, dans la saison 10 – épisode 3 « Thin Ice » dont voici un aperçu  ci-dessous, Bill,  qui accompagne le Docteur, pose à nouveau cette question « Et si…. » – et se fait gentiment tourner en dérision.

Londres, 1814. La ville entière s’est révélée pour la plus grande foire de givre depuis des décennies. Mais sous la Tamise glacée, les fêtards disparaissent, s’embrassent dans la glace et pénètrent dans les profondeurs où se cache un monstre terrifiant. Le docteur et Bill arrêteront-ils le massacre avant qu’ils ne soient entraînés dans les eaux glacées

Yoko Tsuno : La spirale du temps

Le héros ne change pas l’univers.Très souvent, il contribue à en maintenir sa cohésion. Cette idée en induit une autre: la préexistence du futur.
Nous faisons un tour sur nous-mêmes et nous projetons dans un avenir qui, s’il n’est pas une certitude, est susceptible de déjà exister.
Voilà qui a le mérite d’en séduire plus d’un….

Héros fédérateur, héros fort de sa faiblesse, la pop culture nous invite à nous pencher sur nous-mêmes, à nous réapproprier des codes, des histoires. Elle nous renvoie à notre propre humanité, et en cela, à nos différences, à nos singularités.
Elle nous réunit quand nous devenons fans (merci, les fandoms!);  elle nous montre que c’est en faisant un  atout de notre différence que nous en devenons héroïques. Pour conclure ce premier volet en 7 parties sur la pop culture, je  citerais R. Mèmeteau dont l’ouvrage m’a servi de guide-fil: « Une société de plus en plus normée finit donc fatalement par devenir une véritable machine à créer les stars ».

Je vous retrouve bientôt pour un autre volet et en attendant, je  vous souhaite une bonne semaine.

T’as pas vu ma pop est une série d’articles en plusieurs volets (1 complet à ce jour, le second en publication, le troisième en réflexion) qui cherche à explorer et à analyser simplement la culture pop, dans toutes ses dimensions (société, philo, artistique, psycho, etc..). J’en ai eu l’idée après avoir lu plusieurs essais passionnants sur la pop culture, en écoutant des chansons, en rédigeant d’autres articles. Je n’invente rien, je me base sur des publications existantes – mais, parfois j’y ajoute mon grain de sel.

Pour m’en parler, échanger, en savoir plus:

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Ou plus facilement: via la page FB

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T’as pas vu ma pop? 1er volet

Introduction – part.1

La pop et le camp part.2

Come on, vogue! -icône pop –part.3

Pop culture: le monomythe- part.4

Prophéties part.5

Prophéties: Matrix, Harry Potter – part.6

Héros pop: croire ou ne pas croire part.7

T’as pas vu ma pop #6

Continuons notre exploration de la pop culture avec, cette semaine, l’importance des prophéties.

Dans Matrix, nous avons un Elu (Néo) qui, pour répondre aux critères pop, n’a pas conscience de ce qu’il est; en gros, Néo n’est pas Oedipe.
L’Oracle, dans Matrix, ne prédit pas. Elle pousse les personnages – et non pas, un seul personnage (Trinity: « tomber amoureuse de l’Elu »; Morpheus: « trouver l’Elu »).

Chez Harry Potter, on retrouve le même schéma narratif que dans Matrix:

il y a une prophétie autoréalisatrice/autodestructrice (« et l’un devra mourir de la main de l’autre car aucun d’eux ne peut vivre tant que l’autre survit… « ).

puis, une phase de coopération (« je me repose sur les autres même si je comprends pas tout » : c’est ce que fait Harry Potter)

pour enfin aboutir au grand triomphe de l’amour, comme dans Matrix.

Pour tous les lecteurs assidus de Harry Potter, il est évident que c’est cette magie, une magie inconnue du monde sorcier, nous suggère Rowling (parce qu’elle est très maligne) qui protège Harry et ceci, depuis le début.

Pour résumer, Ms. Rowling nous balade pendant sept tomes en nous sortant de son chapeau pointu une nouvelle loi magique à chaque fois que Harry se tire sain et sauf d’une rencontre avec le Seigneur des Ténèbres (vous croyiez que j’allais écrire son nom, en plus? en fait, …pourquoi pas…).

Allez, elle se joue bien de nous: un coup, c’est « 2 baguettes avec un élément commun qui les constituent, disons…une plume de phénix? ça sera un Priori Incantatum et hop, dans les choux, Voldy! » Puis, lorsque  la baguette de Harry se souvient de sa magie et lance un sort toute seule? Très fort! Une baguette qui se souvient de la magie. Oui. quand même.

Il reste que c’est la prophétie initiale dont Harry doit se débarrasser. Souvenez-vous: dans le tome 3, quand Remus Lupin enseigne à ses élèves comment neutraliser un Épouvantard une créature qui ne possède ni existence ni forme propre mais qui se nourrit exclusivement des peurs les plus profondes dont il revêt l’apparence dans les moindres détails. Le professeur Lupin craint que l’Epouvantard ne prenne la forme du Grand Vilain (Vous-Savez-Qui). Or, non.
C’est donc avec justesse que Rowling place ses mots dans la bouche de Lupin (l’un de ses personnages préférés, au passage) : « Voilà qui voudrait dire que ce dont vous avez le plus peur, c’est… la peur elle-même. »
Ce que  sous-entend l’auteure, c’est : « ce dont tu as le plus peur, c’est l’Epée de Damoclès suspendue au -dessus de toi (=prophétie), Harry; apprends à canaliser tes peurs, à sortir du monde de l’enfance (= du monde magique) et ensuite…. »
Je vais insister mais c’est malin. Et ce n’est pas pour rien que Harry Potter reste l’une des sagas les plus abouties, l’une des mieux ficelées de la pop culture.

Mais, revenons à cette fameuse prophétie énoncée par une voyante catastrophique.
Harry n’est pas désigné comme étant l’Elu. Jusqu’à la fin, rien ne prouve qu’il l’était. Neville ne l’est pas plus. Ni Harry ni Neville ne sont l’Elu. Ou bien , ils le sont tous les deux. Mais Voldemort comme Dumbledore ont fait un choix: celui d’y croire.

Ils interprètent de manière forcée cette prédiction, tous deux par soif de magie, de puissance, de drames ( à croire que leur vie était bien triste sans toute cette mise en scène). C’est Voldy comme Dumby qui recherche des artefacts magiques, pas Harry.

Voldemort croit qu’il est menacé – par un enfant! et un enfant sorcier même pas doué, qui plus est… Il croit qu’il doit affronter Harry Potter à la fin. Il rend possible la prophétie.

Dumbledore sait que le seigneur des Ténèbres et Harry ne peuvent pas s’entretuer, mais au lieu de calmer tout le monde, il fait croire que Harry doit être sacrifié, comme il le dira très froidement à Severus Rogue – qui en sera dégoûté

« You have used me. [¦] I have spied for you and lied for you, put myself in mortal danger for you. Everything was supposed to be to keep Lily Potter’s son safe. Now you tell me that you have been raising him like a pig for slaughter” »

Mais, au final, les prophéties se dissolvent. Harry s’est fait manipuler. Il n’y a qu’une voie: c’est l’amour. Et tant pis si l’épilogue est, tout de même, un peu cucul (papa/maman/enfants – 17 ans plus tard).

Harry Potter ne prend pas le chemin messianique à la Néo: il se marie, il a trois enfants, etc…D’ailleurs, c’est tout le mal qu’on lui souhaitait après une enfance et adolescence aussi dingues. Quoique…cette partie de sa vie ne nous fait plus rêver (cet épilogue a déçu bien des fans, si j’ai bonne mémoire). La preuve? Quand on retrouve un Harry devenu père de famille, en proie à une crise de la quarantaine sévère, il nous ennuie un peu quand même. Prenez « L’enfant maudit« .

Héros de la pop culture, ai-je écrit. Mais qui sont ces héros?

Je vais réussir à mettre en ligne la suite – sans bug informatique, cette fois – dès la semaine prochaine si tout va bien.

 

T’as pas vu ma pop #5

La semaine passée dans T’as pas vu ma pop, je me suis intéressée à la recette campbellienne – ou comment faire une bonne soupe au monomythe- avec la structure du Voyage du Héros (Ulysse nous aura bien aidés longtemps avant Bilbo et Luke Skywalker).

Aujourd’hui, entre les bagages et un rhume des foins carabiné, je vais continuer mon propre voyage – et le vôtre – en direction du mythe, de la croyance et de la prophétie. Ce sera un peu plus court pour les raisons évoquées sur ce blog.

Crois-en moi, crois-en toi: croyance et prophéties auto-réalisatrices

On entend souvent que la pop culture est un pillage continuel sans foi ni loi (si possible). Et aussitôt, certains se mettent à pousser de grands cris, tentant, en quelque sorte,  de comprendre la pop culture en dehors d’elle-même, et non pas en interne. Renvoyer la pop à ce qui ne peut pas être saisi, le moment, l’époque, l’instant, c’est vraiment chercher à s’arracher les cheveux – ou à enrager.

La pop culture pille la culture populaire, tranquillement, et fournit son propre mythe. En fait, elle opère un retour sur soi, une réflexivité plus qu’une révolution: une forme d’autoprophétie.
On observe le même scepticisme chez le chef d’orchestre  Leonard Bernstein (qui aimait le rock et la pop) en 1967 dans le documentaire« Inside pop » qui ne croit pas à la rébellion mais loue la créativité.

Prophétie, mais de quelle prophétie parle-t’on?

En premier lieu, de ce que Robert K.Merton nomme la prophétie autoréalisatrice.
Je rappelle ce qu’est une prophétie autoréalisatrice – selon Merton, il s’agit de:

 La prophétie auto-réalisatrice est une définition d’abord fausse d’une situation, mais cette définition erronée suscite un nouveau comportement, qui la rend vraie »

Si je reviens à notre Héros de la semaine dernière, je peux alors dire: « Bon, je ne vais pas me casser la tête pour inventer un quelconque motif à son aventure, il y a beaucoup plus simple »  Il y a longtemps, une prophétie raconte qu’il devait y avoir un Elu (tout se transpose au féminin, j’ai oublié de préciser). Comme par hasard, l’Elu est le héros de mon histoire mais voilà, il ne le sait pas encore – et c’est parti…
Tiens, ça ne vous rappelle pas un/des films? Un/des romans? Des jeux vidéo?

 

Star Wars? Un enfant destiné à rééquilibrer la Force. Matrix? Un homme élu… Harry Potter? Un jeune garçon dont on a prédit qu’il devait tuer ….etc…

 

Star Wars: Prophétie de l’Elu

 

Prophéties chez Harry Potter

J’en reparle la semaine prochaine….

Pour aller plus loin:

 

T’as pas vu ma pop #4

 

Cette semaine, il y sera question de mythe (avec le « yth », bien sûr).
Plus précisément, je vais vous parler du monomythe, qui a considérablement influencé les scénarios hollywoodiens, ces grands pourvoyeurs de pop culture.

Monomythe et pop culture

Monomythe?

Si je dis: « Star Wars »? Vous voyez à peu près de quoi je veux parler – oui, ce tout petit film, un truc obscur…

Maintenant, si je dis: Joseph Campbell?
Pour nous autres, européens, le monsieur est moins connu et moins étudié que Claude Lévi-Strauss ou Mircéa Eliade, par exemple. Depuis « Star Wars », nous sommes un peu plus familiers de ses théories, et pour cause.

Joseph Campbell:

Joseph Campbell, né le 26 mars 1904 à White Plains (New York)et mort le 30 octobre 1987 à Honolulu, est un mythologueaméricain, professeur, écrivain et conférencier, connu pour ses ouvrages portant sur la mythologie comparée et la religion comparée. Son apport principal est sa théorie du monomythe qui postule que les mythes, légendes et contes du monde entier, à de nombreuses époques, sont des expressions d’un schéma narratif unique, lui-même lié aux structures de la psyché humaine. Les théories de Campbell s’inscrivent en partie dans la lignée de celles du psychologue analytique Carl Gustav Jung. Peu influent et souvent critiqué dans le domaine des études mythologiques lui-même, Campbell devient cependant populaire grâce à ses ouvrages, conférences et émissions, et ses ouvrages sont employés par la suite comme guides d’écriture par les scénaristes

C’est avec  « The hero with a thousand faces » (Le héros aux mille visages)  – 1949 que Campbell se fait connaître hors des universités et enchante Hollywood.  Dans l’introduction du « Héros… » désormais célèbre, Campbell définit ainsi  le monomythe:

« Un héros s’aventure à quitter le monde du quotidien pour un territoire aux prodiges surnaturels : il y rencontre des forces fabuleuses et y remporte une victoire décisive. Le héros revient de cette mystérieuse aventure avec la faculté de conférer des pouvoirs à ses proches. »

Il s’agit donc d’une histoire simple, partagée par toutes les cultures qui peut être résumée de cette façon : le Voyage du héros.
On peut découper ce voyage en plusieurs étapes (17 dans la version originale de Campbell) mais les principales sont les suivantes:

  • 1 – Le Départ: le Héros connaît l’appel vers l’Aventure
  • 2 – l’Initiation: Il est transformé par ce qu’il vit
  • 3- Le Retour: Le Héros revient dans le monde, changé, et voulant partager ce qu’il a connu/gagné avec la communauté.

 

En images, les 17 étapes détaillées selon Campbell:

 

 

Et version Star Wars:

 

Quelques exemples d’étapes:

 

On peut constater qu’avec le modèle campbellien, on voit se dessiner un héros bien connu: celui qui se voue à la communauté (le type mort/renaissance) tandis que son antagoniste (l’Ennemi ultime!) est celui qui refuse  ce destin (je pense à Voldemort, soudainement) ou bien qui accapare le bien commun (Saroumane ).

« Le talent de Campbell est de dire tout ça avec une histoire de mythe bien juteuse par page avec en plus de nombreuses références à Nietzsche … » R.Mèmeteau – Pop culture p.94

Et Star Wars dans tout ça?
Il se trouve que George Lucas avait lu Campbell quand il était à la fac puis relu quand il finissait le script du 4 (1er volet de la trilogie originelle – 1977). Il en parle très bien dans le documentaire « The mythology of Star Wars » durant l’entretien avec Bill Moyers:

Lucas rencontre Campbell une fois la première trilogie terminée. Tout ce petit monde se retrouve dans le ranch de George et visionne les trois premiers épisodes (nous sommes en 1983 – heureusement, il n’existe que cette trilogie – oups, ai-je dit « heureusement »? ). Joseph Campbell est enchanté. Il devient fan. Il dit alors qu’il y a vu  » sa matière ».

A partir de cet instant, Campbell est littéralement découvert par le grand public américain.
Christopher Vogler, story consultant (consultant en histoires – je sais, ça fait étrange) chez Disney  connaît les livres de Campbell. Il écrit un mémo et le diffuse à ses collègues. Le mémo est lu et devient une référence en la matière. Très vite, Vogler est chargé de l’écriture du Roi-Lion (même si on voit plutôt l’inspiration du Roi-Lion chez Shakespeare, »Hamlet » mais bon…) et tant d’autres. En 1992, il publie le « Guide du scénariste ». Une recette du scénario à succès est née…

 

Depuis, Shrek effectue bon nombre de voyages avant de retourner dans son marais. Avant lui Bilbo (et Frodon) auront participé à des aventures, Néo a reçu l’appel via une pilule rouge, Harry Potter via une lettre portée par un hibou et j’en passe…Les mentors se nomment Gandalf, Dumbledore, Prof.Xavier, Yoda, Obiwan Kenobi, (toujours prêts à corrompre la jeunesse, ces pervers ^^).
Monomythe et pop culture, mythe et pop, croyances et pop?
Je continue avec vous cette exploration de la pop culture la semaine prochaine!