La brume des secrets : une belle aventure artistique

Je prends un peu de temps aujourd’hui pour parler d’un projet auquel j’ai contribué pour la partie visuelle (et peut-être, dans les encouragements).

En effet, aujourd’hui sort le deuxième livre en auto édition d’une autrice qui est tout simplement ma mère. Pour ce qui est son premier vrai roman de fiction, elle a choisi le début du vingtième siècle, sur fond de brumes écossaises.
Il s’agit d’une romance historique avec un zeste de fantastique…

Je connais le projet depuis quelques années et les petites difficultés qu’il a pu rencontrer ; le manuscrit avait été accepté dans une petite maison d’édition sérieuse mais le Covid étant passé par là, il y a eu faillite et fermeture, hélas.
Finalement, l’idée de l’auto édition a fait son chemin et le voilà :

Pour la parution, j’ai fait des petites vidéos et autres reels pour les réseaux :

Sinon, le roman est disponible ici (en version papier) et dans les jours qui viennent en EBook.
C’est une belle aventure et je suis très fière d’y avoir un peu participé.

Ou ce que vous voudrez – Jo Walton

Ou ce que vous voudrez par Walton

Résumé : À soixante-treize ans, Sylvia Harrison est une autrice à succès ayant déjà publié plus d’une trentaine de romans. Le prochain se déroulera à Thalia, une cité qui ressemble beaucoup à Florence et qu’elle a imaginée pour la trilogie qui a lancé sa carrière. Afin de nourrir son inspiration, elle se rend en Italie et va, une nouvelle fois, faire appel à lui. Lui ? Il apparaît dans presque tous ses romans. Il a été dragon, voleur, guerrier et même dieu. Il est celui grâce à qui Sylvia a créé ses personnages les plus marquants. Celui à qui elle parle en son for intérieur depuis des décennies. Celui qui l’a sauvée, qu’elle a chassé, qu’elle a accueilli de nouveau. Celui qui s’éteindra avec elle, lorsqu’elle décédera. S’éteindre ? Ça, il ne peut l’accepter..

 

Il est temps pour moi de m’attaquer à cette chronique que je remets à plus tard depuis, facilement, plus d’une semaine, après une lecture qui n’a pas été, et je l’annonce tout de suite,  satisfaisante. Et pourtant je dois bien admettre que j’aime beaucoup Jo Walton, la personne rencontrée aux Utos de 2019 (où je n’étais pas malade, comme cette année), et surtout l’autrice, admirable, Mes vrais enfants (splendide), Morwenna, Les griffes et les crocs (oh, ces dragons victoriens!) et Pierre de vie. J’ai également commencé le cycle du Subtil changement. J’étais donc ravie d’avoir ce nouveau Jo Walton pour le dernier Masse critique Babelio, je me suis précipitée dessus et… j’ai été douchée.
Car Ou ce que vous voulez n’est pas un « vrai » roman. Bon, ce n’est pas grave. Cela pourrait être un essai littéraire ou des considérations sur l’Art et la ville de Florence, par exemple, peu importe.
En fait, non. Ce n’est pas ça non plus.
C’est un genre un peu hybride, mi-essai, mi-fiction, qui oscille entre les deux, donne dans la meta fiction. J’ai pensé à un moment à Possession d’AS Byatt, qui joue avec ces codes mais en fait, je me rends compte que Possession reste construit, même si labyrinthique, par rapport à Ou ce que vous voudrez.
Ici, Jo Walton se plaît à faire des allers-retours entre l’histoire qui se passe à Thalia racontée par le narrateur (l’ami imaginaire de l’autrice fictive, Sylvia qui n’est pas Jo Walton mais qui lui emprunte des ressemblances) et l’histoire de Sylvia, tout ceci entrecoupé par les réflexions du fameux narrateur. Si la construction était impeccable, cela ne serait pas gênant, au contraire. Mais ce n’est pas le cas.
Tout est assez confus, parfois un peu long…
Le souci, c’est qu’il y a des passages formidables, que les références littéraires sont formidables, que l’histoire se déroulant à Thalia pourrait être captivante mais que jamais on n’arrive à entrer dedans complètement.
Bref, c’est un exercice casse-gueule qu’a fait Jo Walton et… je dois bien dire que ce n’est pas très réussi.
J’ai noté des passages, des bribes, des phrases mais je dois être honnête : si l’exercice intellectuel me plaît, j’ai trouvé la construction assez maladroite et je me suis quand même ennuyée,  finissant le livre en lecture rapide (en diagonale — c’est toujours mauvais signe quand j’en arrive là).
Bien sûr,  y a de beaux moments, sur la processus de création, les relations fiction/réalité mais j’aurais aimé les lire dans un essai.
Bref, je ne le déconseille pas mais ce n’est peut-être pas une priorité. Autre chose : mieux vaut avoir des bases littéraires un brin solide ou se documenter en cours de route pour les personnes qui n’ont pas lu Shakespeare par exemple. D’ailleurs, je recommande vivement d’aller jeter un coup d’oeil du côté de « La Tempête » et de « La nuit des rois »  dont est tiré le titre  «  Or What You Will » (on retrouve un bon nombre de personnages des pièces).

 

 

 

Le bonheur d’écrire – Elise Valmorbida

 « Résumé : Découvrez comment l’écriture créative peut embellir votre vie. Cet ouvrage, imaginé par une autrice primée et professeure d’écriture créative, vous propose 100 amorces, réflexions et exercices. Ils vous feront découvrir comment l’écriture créative – être expressif, explorer des idées, fabriquer des mots, façonner des histoires – peut aussi vous rendre heureux. »

Le bonheur d'écrire par Valmorbida

Avec ce livre, j’ai la chance de pouvoir parler d’un sujet agréable — non négligeable par les temps qui courent– et qui me tient à coeur : l’écriture.
Car Elise Valmorbida enseigne l’écriture créative (creative writing )et a rassemblé ici le fruit de ses 20 années d’expérience. Si l’écriture créative existe depuis longtemps dans le monde anglophone avec des cursus universitaires, elle est beaucoup plus récente pour nous en France et à l’université, elle ne fait qu’une percée timide pour le moment.

Dans ce livre, l’autrice ne propose pas des recettes-miracles, ni des leçons « comment écrire un roman en… », et heureusement. Elle offre des pistes de réflexion, ouvre des voies pour, en premier, libérer toute personne qui a envie d’écrire (et peu importe le genre d’écrits). Puis, elle continue avec des exercices plus ciblés (dont certains que je vais garder pour les utiliser). Entre-temps, elle encourage, donne des idées, des pistes de réflexion, des axes de pensée. C’est à la fois intéressant, pas naïf, ni compliqué mais toujours bien fait. On peut y piocher comme on veut, au fil des pages, dans les chapitres (100 en tout) ce que l’on souhaite ou tout lire à la suite. Je me suis laissée prendre au jeu et, vraiment, je vais retenir et noter plusieurs phrases/exercices quand je suis dans le doute ou quand je galère.

 

 

 

Exercice tout simple pour les dialogues : les lire à haute voix (ça fonctionne)

 

 

Bref, une lecture pour toutes les personnes qui écrivent ou qui veulent écrire (et pas seulement des romans).

« si vous voulez être écrivain, alors écrivez » 

Merci à Babelio Masse Critique et aux éditions Pyramyd 

Ho Ho Ho !

Cette année, j’ai joué plusieurs fois  à la Mère Noël (avant l’heure). Incroyable.
J’ai donc distribué un premier lot hier pour mon concours et je vais envoyer l’autre par la Poste. Youpi, lot remis en mains propres. Car, malgré les ennuis que nous causent le dernier variant, la vie sociale reste encore un minimum possible. Je ne sors pas énormément non plus mais je suis triplement vaccinée depuis le début décembre donc j’ai pu voir quelques personnes et j’ai un peu moins l’impression de vivre en ermite.

Il reste que j’ai bossé pas mal sur mes peintures cette année, ce qui m’a permis aussi de faire quelques envois pour les fêtes de fin d’année. La Mère Noël, toujours.
Je ne peux pas dire que je déborde de confiance en moi, ça serait nouveau… J’espère arriver peu à peu à me sentir un peu plus « sûre » de moi (i.e moins négative ou moins anxieuse) vis à vis de ce que je crée au fil du temps. Difficile de se changer soi-même en claquant des doigts. Mais je ne désespère pas !
Sinon, sur Wattpad, j’ai eu un peu de temps pour dépoussiérer 3 mini contes situés dans l’univers de Harry Potter pour la fin d’année :

Déjà, en 2017 et 2018, j’avais écrit deux contes fan fics autour de Noël : L’apprenti gourmet  et Annulez les fêtes de Noël!


J’ai envie de dire que c’est un peu la récré — ou l’expérimentation, c’est selon — pour moi, la fan fic ; ça me permet de réfléchir, de souffler avant de me replonger dans ce que j’écris, dans mes propres univers. Et de ce côté-là, ça avance.
Mais ce n’est pas sur Wattpad, à part une nouvelle que j’ai corrigée et finalement mise en ligne : Quand les chats ne miaulaient pas. On apprend ainsi comment les chats ont finalement appris à miauler. Avec un corbeau, une magicienne, des tas d’animaux qui parlent et de la magie aussi.

Voilà une fin d’année bien occupée. J’ai encore plusieurs chroniques de livres à écrire qui sont entassées. Et d’ici là, je pense que 2022 pointera son nez !

Passez de bonnes fêtes ! Bonnes lectures aussi ! Prenez soin de vous.
A.

Retour de pause londonienne

Comme vous avez pu le voir, je n’ai pas publié de Premières lignes cette semaine, par manque de temps et surtout, parce que je reviens de Londres où ma petite famille et moi avons passé quelques jours.

 

J’en ai rapporté beaucoup de photos que je mettrai bientôt en ligne sur mon autre blog LeyArts, et aussi, des livres !

La folie Game of Thrones est aussi à Londres

Nous avons fait une halte dans une grande librairie londonienne, Waterstones,  un paradis pour lecteurs, l’une des plus grandes librairies en Europe. 

Je suis revenue avec le roman de Madeline Miller, Circé
(« An amazing book ! «  d’après le libraire qui nous a félicités de nos choix ^^)

J’en parlerais ici dès que j’aurais fini la lecture, bien sûr.
Côté lectures, je termine pour l’instant La maison de poupée, un thriller  qui fait suite à Am Stram Gram et Il court, il court le furet :

 

J’ai aussi presque fini Tous les oiseaux du ciel, presque un coup de coeur mais j’en reparle rapidement:

Je vous dis donc à très bientôt sur le blog, pour parler livres et sur mon autre blog, pour visiter Londres en photos.

 

Note : j’ai mis à jour, avant de partir pour Londres, mes histoires sur Wattpad  et je suis ravie de voir que certaines attirent toujours plus de lecteurs.

NaNo, et visual kei

 

NaNo ? C’est ce mois où il s’agit d’écrire  50 000 mots d’un roman.
Nous sommes de nombreux nanoteurs en France, à présent. Même si le principe a des inconvénients (la tendance à bâcler l’écriture pour faire son quota quotidien).

Blogs et médias anglo-saxons publient en effet régulièrement des articles de conseils. Sur les réseaux, les « nanoteurs », ou « wrimos » en anglais, s’encouragent dans le marathon, discutent de leurs idées, partagent des articles sur l’écriture, échangent des anecdotes. (source)
C’est très simple de s’inscrire (site Nano), simple d’y participer. Moins facile pour tenir le rythme.
On peut lire de nombreux conseils en écriture, on peut se retrouver entre nanoteurs (si on en a envie ou le temps).
Et au bout du compte, on gagne quoi ?
Rien, sinon: un texte de 50 000 mots mini. et la satisfaction d’avoir mené à bien le challenge.
Il y aura beaucoup de travail de corrections et de relecture à faire par la suite car écrire à cette cadence ne permet pas de s’appesantir. Mais cela reste un exercice intéressant.
J’en profite pour me faire des playlists sur YouTube ou Spotify, ne sachant pas écrire sans musique.
Cela m’a permis de me caler quelques morceaux de rock et metal  visual kei.
Même si je connais X Japan depuis de nombreuses années (ce groupe!une légende!), je n’ai jamais été spécialement fan. Je préfère the Gazette :
Ils sont connus l’OP de Kuroshitsuji- Black Butler. 
Mais pour revenir à mon J rock, un autre groupe qui me fait sourire à cause de leur concept (Versailles!) et de leur fascination pour la France : Versailles, justement.
Je ne peux m’empêcher de penser que pas mal de groupes de metal japonais ont appris à accélérer le rythme – et leurs guitaristes à caler leurs solos façon Yngwie Malmsteen;  ce qui est normal puisque le virtuose a eu (a encore ? ) beaucoup de succès au Japon:
Malmsteen au top de sa forme :

Thème : Spring, printemps, renouveau, belle saison

 

 

C’est jeudi, c’est le TBTL:

Chaque semaine nous partageons une lecture correspondant à un thème paru chez Bettie Rose Books. Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont on n’a plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à ses lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

Le thème? 

 

Je n’avais aucune idée pour ce thème, vraiment aucune. J’ai regardé sur mes étagères mais le printemps n’avait pas l’air de faire fleurir mes livres…

Et puis…
Je me suis souvenue que cette saison était aussi celle du Printemps des Poètes.
Comme j’aime aussi la poésie, on peut dire que ça tombe bien

Le Printemps des poètes s ‘est déroulé du 4 au 19 mars 2017. Cette manifestation nationale et internationale a pour vocation de sensibiliser à la poésie sous toutes ses formes. Pour sa 19e édition, le Printemps des poètes invitait à explorer le continent de la poésie africaine francophone.

Entre autres, j’ai choisi de citer le recueil  de Léopold Sédar SENGHOR: « Poèmes Perdus » (« Oeuvre poétique « ) dans lequel se trouve ce poème:

« Des nuages s’étirent, s’étirent irréels,
Entre les branches noires enlacés.
Tout l’hiver devant ma fenêtre, qui s’en va
Et la danse de lumière sur les crêtes lointaines.

Cet oiseau jamais aperçu !
Et le printemps et mon amour.
Mes yeux qui s’éclairent, mes lèvres qui éclosent,
Mon corps …

Il fait très doux et très clair.
Le monde est calme autour, en tendresse.
Oh ! un moment, rien qu’un moment de calme pour
toute souffrance.
Car Dossie pleure les cris matinaux de ses enfants.

Du monde je ne vois qu’un rectangle bleu
Strié de noir luisant.
Les branches tendent leurs bourgeons au soleil,
Lèvres ouvertes, lèvres offertes.

Je n’entends que le chant de l’ami inconnu,
Le pas monotone d’un pion
Et mon amour qui pousse dans le silence
Du printemps. »

Pour en savoir plus sur Léopold Sédar Senghor.

 

Bonnes lectures!

Le Conte des 3 Frères

Si vous connaissez Harry Potter, vous connaissez  » Le Conte des 3 frères ».

Il est  illustré dans le film  de cette façon :

En faisant du rangement sur mon autre blog, je suis retombée sur un passage d’une ancienne fan fiction que j’avais écrite il y a 8 ou 9 ans.
A un moment, le personnage principal chante une ballade qui reprend le Conte des Trois Frères. je me souviens avoir été inspirée par une autre auteur (autrice), Marion Zimmer Bradley dans le Cycle de Ténébreuse (« Reine des Orages », par exemple) qui cite une ballade qui porte malheur lorsqu’elle est chantée devant son frère.

J’avais à l’époque entendu des jeunes femmes chanter dans la rue en s’accompagnant à la harpe celtique et troubadour; de ce mélange est né ce qui suit:

A l’aube sur un chemin
Trois frères magiciens
Devisaient mais soudain
Ils virent un torrent malin.

« O frères, n’allons pas traverser
Au risque de nous noyer
Faisons un pont enchanté
Car nous sommes bons sorciers »    

 La Mort sur la berge opposée
Rageuse de se voir trompée
Et ses victimes lui échapper,
Tricheuse, se mit à parler.

« Messires, ce fut bien belle magie
Ma foi, elle mérite un prix
Parlez et vous obtiendrez
Le présent que vous désirez »

L’Aîné des frères dit « je vous crois, La Mort »
« Pour moi, vous parlez d’or »
« Je suis un homme vaillant
« Et je voudrais un Bâton puissant »

La Mort au bord du ruisseau
S’en fut quérir la branche d’un sureau
La transforma, l’enchanta
Et lui donna la baguette terrible
d’un sorcier invincible.

Le second frère avait le dessein
D’humilier la mort et obtint
D’elle, une pierre pour rappeler
A lui tous les trépassés.

Quant au dernier, le plus gentil,
Il se méfiait de la Mort et de sa perfidie
Il demanda l’objet qui le cacherait
Aux yeux de la Faucheuse à Jamais.

Réticente, elle était par pacte liée
Et lui tendit une Cape d’Invisibilité
Puis les trois frères laissa aller
Chacun d’eux leurs destinées.

Une semaine, voyagea le premier
Dans un hameau rencontra un sorcier
Il se querella, et avec la Baguette le tua
Puis à la taverne but et se vanta.

La nuit venue, il fut assassiné
Sa baguette puissante dérobée
Ainsi La Mort eut sa vengeance
Et eut le premier frère en récompense.

Le second frère rentra chez lui
Seul, il appela vite à lui
Celle qu’il avait aimée
Et qui s’en était trop tôt allée.

Hélas, il était trop tard pour sa belle
Les séparait un voile éternel
Le second déchiré de douleur cruelle
Préféra le repos éternel.

Ainsi la Mort eut sa seconde vengeance
et eut le second frère en récompense.

Puis la Mort chercha et fouilla
La terre entière et au-delà
Le troisième frère, point ne le trouva
Car caché à sa vue, il demeura.


Il vécut longue vie
A ses enfants la Cape transmit
Puis alla rejoindre la Mort
A son heure seulement
Et la Mort ne lui en voulut
nullement.

Ainsi finit l’histoire des frères
Antioch, Cadmus et Ignotus
Qui ne furent point sages, sauf l’un des trois. »

365 jours d’écriture : A la 2ème personne

essais2

Narration à la 2nde personne du singulier

On est d’accord, employer la 2ème personne du singulier n’est pas forcément ce qui semble le plus évident quand on écrit.

Michel Butor le résume ainsi  dans son article sur « l’emploi des pronoms personnels dans le roman » :

« À l’intérieur de l’univers romanesque, la troisième personne “représente” cet univers en tant qu’il est différent de l’auteur et du lecteur, la première représente l’auteur, la seconde le lecteur… »

Quelques exemples de romans dont le récit est narré en grande partie ou en totalité à la deuxième personne:

La Modification (Michel Butor, 1957),
Un homme qui dort (Georges Perec, 1967),
Si par une nuit d’hiver un voyageur (Italo Calvino, 1979),
Journal d’un oiseau de nuit (Jay McInerney, 1984),
Lambeaux (Charles Juliet, 1995).

Inconsolable, Anne Godard

Il y a quelque chose d’intéressant dans cet exercice de narration: adopter un statut interne (du même type que l’emploi du  « je » ) mais avec une mise à distance (qui est-ce « tu »? ). Avec l’emploi du « tu », le lecteur n’a pas un accès direct aux pensées, réflexions du narrateur. Il est juste à côté.  De même, le lecteur en vient à se demander : « Mais ce « tu » qui est-ce? Est-ce moi? Ou bien…? »

Ce qui suit est une réécriture d’un texte que j’avais au brouillon – et c’est de la fan-fiction (mais je ne dirais pas de quoi, pour l’instant).

 

 

Le froid. Un froid intense.

Tu es engourdi.
Puis tu sens que tu peux à nouveau bouger. Tu ouvres les yeux.
Lentement.
Ta vision un instant obscurcie redevient nette.
Tu sens l’énergie couler en toi.
La vie. Dans tes veines. .Tu renifles. Tu écoutes. Le monde est glacé au tour de toi.
Mais où es-tu ?
Tu prends conscience de ce qui t’entoure.
La neige. Ce froid. Le sol sous toi. Tu es allongé.  Tu dois te lever. C’est une question de survie.

Tu t‘ébroues….
De la neige tombe de ta fourrure.
De tes poils blancs.
Par les dieux, tu veux comprendre! Qui es-tu?
Tu bondis. Tu t’affoles.
Mais l’instinct est plus fort.
Tu dois fuir. Ici, l’odeur de l’homme est trop présente, obsédante, malsaine. Tout pue l’humain
Plus loin, des cris s’élèvent. Des bruits de fer et de colère. L’odeur métallique du sang. Tu ne comprends plus rien.
Ton esprit s’emballe. La peur se mêle à la rage. Non. Tu dois partir.
Tu fais un autre saut en avant. Tu as toutes tes forces.Un pas. Encore un.
Pourtant, tu ne sais plus rien.
Une voix lointaine te parvient, moqueuse, une voix du temps d’avant. Avant? Avant quoi? 
Un instant, la panique menace de te submerger.
L’animal en toi. Toi, l’animal.
Tu grognes. Tu montres les crocs.
Et tu détales, des quatre pattes. Loin.
Tu repars en direction des terres sauvages. Là où d’autres frères de meute chassent.
Tes muscles du loup géant réagissent promptement.

Tu veux ignorer ce que tu laisses derrière toi.
La silhouette des hommes en noir. Les meurtriers. La femme en rouge. Rouge, ton sang sur le sol.Les blessures, la mort.
Toi sur le sol. Toi, l’humain.

Et dans ta tête de loup, encore, cette voix du passé:
« Tu connais rien, Jon Snow ».
Toi, Fantôme/Jon, tu cours dans les bois, enivré de senteurs de pins et de feuilles pourries
« La liberté, enfin. » penses-tu.

 

Note: Merci à George R.R Martin pour avoir créé Jon Snow et Ghost (Fantôme). Je ne suis pas sûre du tout que la théorie faisant survivre Jon en lui permettant de se transférer dans le corps de Fantôme (change-peau)soit la bonne, même si elle est séduisante (et peut-être plausible vu les antécédents familiaux).

 

 

 

 

365 jours d’écriture – Racontez une légende….

Une légende

(Racontez une légende que vous aimez bien)

essais2

 

« Très cher ami et assistant, je dois te confier mon histoire. Je la trace d’une plume tremblante, ne prend pas ombrage de mes erreurs dues à mon grand âge. Je ne prétends pas être fort habile dans l’art des mots mais j’ai appris humblement à copier et à tracer les lettres dans le scriptorium. Aussi ai-je acquis un certain savoir-faire.
Comme tu le sais, je suis au service de Notre Seigneur depuis moults années.
Le temps est venu pour moi de relater la véritable histoire de celui que je fus lors de mon insouciante jeunesse, il y a bien longtemps, à présent. Tu as eu la bienveillance de me conter tes errances en Terre Sainte.
Je suis né sur l’Ile d’Eté, dans le sud de notre royaume d’Angleterre. Ma mère était l’une des prêtresses de la Déesse, cette divinité que nous autres, qui étions païens, adorions à la façon de la Sainte Vierge Marie.
Le pays était alors la proie d’invasions constantes. Les rois et leurs chefs de guerre ne pouvaient y mettre un terme. Dès qu’ils repoussaient une armée, une autre mettait le pied sur notre belle contrée pour s’en emparer. Le pays était à feu et à sang mais tu connais les horreurs de la guerre, mon ami.
Ma mère et ses sœurs décidèrent de fuir vers le nord. Elles avaient entendu dire que là-bas, une résistance sans faille, brave et courageuse se levait contre les ennemis. Elle s’en fut avec moi, encore tout enfançon.
Je grandis sur les chemins, j’appris auprès des femmes guérisseuses, des hommes au vieux savoir. Puis nous parvînmes jusque dans le Nord.
Ce pays était farouche. De même, l’étaient les guerriers.
Mais surtout, il flottait une atmosphère que je ne connaissais pas :celle de la magie d’Ailleurs. Sans le savoir, j’avais franchi les frontières d’un Autre Pays. Je crains d’avoir frotté mon âme au démon alors, car je vis et je pris part à des démonstrations impensables pour des chrétiens.
L’assemblée qui s’était réunie pour tenir tête aux envahisseurs n’avait rien d’humain. Mais le plus effroyable, le plus extraordinaire, le plus fantastique des personnages de ce temps était celui qui se tenait à leur tête: le Roi Sombre, le Roi du Nord. On l’appelle communément le Roi Corbeau, comme tu en as eu connaissance.
Quand nous devînmes amis, le Roi Corbeau et moi-même étions de jeunes hommes. Il avait été élevé par des sidhe (« shee » : le peuple-fée) mais était d’une ascendance noble et humaine. Pauvre enfant abandonné et destiné à mourir dans les bois, le futur Roi Sombre avait été pris en affection par l’Autre Peuple.
Je le connus à son retour, commandant une grande armée lorsqu’il conquit tout le Nord. Sa magie était puissante. Il pouvait faire disparaître les astres, affoler les gens et les puissants du monde.
Je dois avouer que je me tins à ses côtés quand il reprit le contrôle de Newcastle, qu’il y fit sa capitale et y tint sa cour.
J’étais alors un jeune guerrier, avide de connaissance aussi. J’appris auprès du Roi du Nord. J’arborai sur mon bouclier les armoiries du Corbeau Volant avec fierté.
Le temps passa. Les pouvoirs du Roi Sombre devinrent de plus en plus grands. Rien ne l’arrêtait. Le meurtre, la torture, il s’adonnait à toutes les exactions sans aucun sens moral.
Alors je me souvins… Vois-tu, mon ami, ma défunte mère m’avait instruit dans la lumière de la Déesse que personne ne révérait plus, désormais. Mes ancêtres païens croyaient au Bien.
Quant à moi, j’avais versé dans les Arts Sombres depuis bien longtemps. Je n’avais pas vu les années passer. Ma propre longévité n’était même plus humaine. Allais-je aussi me changer en servant-fée, en homme-démon? Honte, honte sur moi!
Ma conscience m’envoya des rêves de plus en plus limpides. Alors que le règne du Roi Corbeau s’effaçait lentement, je quittai le Nord, chassai de moi la magie impie et ne trouvant plus de repos parmi les hommes, me convertis à la religion de Notre Seigneur.
Je trouvai la paix ici où je passai le temps à copier, usant mes années interminables dont le Roi Corbeau et sa terrible magie m’ont doté, à transmettre le savoir. Parfois, je sens encore une ombre me frôler et j’en appelle à ma raison et à ma foi afin de ne point basculer dans la folie.

Le frère prieur, béni soit-il, m’a accordé une certaine liberté. Tu connais notre jardin des simples et je serais heureux de t’instruire. Tu connais la vérité, mon futur frère: la légende du Roi Corbeau.

Abbaye de Shrewsbury, Frère Patrick pour Cadfael ap Meilyr ap Dafydd. »

 

 

NOTE:
La légende du Roi Corbeau (The Raven King) a été inventée par Susanna Clarke pour son roman « Jonathan Strange & Mr.Norrell ». Je l’ai reliée aux Dames du Lac (M.Z Bradley) – et donc à Avalon (l’île d’été) – tout en faisant un petit clin d’oeil à Frère Cadfael (la série de livres d’Ellis Peters).
J’avais simplement cette idée du Roi Corbeau dans la tête parce que je suis complètement immergée dans le roman de Susanna Clarke (enfin! après un 1er essai infructueux il y a quelques années).