Lazare – Lars Kepler

Lazare est  donc le septième tome de la série policière Joona Linna, commencée avec L’hypnotiseur. Le couple « Lars Kepler » signe une fois de plus un thriller haletant, plus noir que jamais, tout ce qui a fait leur succès.

Lazare par Kepler

Résumé : 

Un appartement d’Oslo, donc l’occupant a été trouvé mort, dans un état de décomposition avancée. Quand la police investit les lieux, elle fait une autre découverte macabre : la victime était visiblement un profanateur de tombes qui collectionnait des « trophées ». Au nombre desquels le crâne de l’épouse de Joona Linna. Quelques jours plus tard, une inspectrice allemande prend contact avec Joona pour solliciter son aide sur une troublante affaire de meurtre dans un camping aux abords de Rostock. Rien n’aurait pu le préparer au choc qui l’attend, car ce qui n’était d’abord qu’un pressentiment absurde va basculer irrémédiablement vers une certitude terrifiante : le redoutable tueur série Jurek Walter est de retour. L’inspecteur sait qu’il ne lui reste qu’une chose à faire : mettre sa fille à l’abri. Et il ne peut compter sur l’aide de personne, car ses collègues le jugent en plein délire paranoïaque. Qui d’autre qu’un fou tremblerait devant un fantôme ? Mais tout le monde ne vit pas dans la même réalité. Si quelqu’un revenait d’entre les mort, certains criaient au miracle, d’autres évoqueraient un cauchemar. Plus noir que jamais, Lars Kepler, maître incontesté du thriller scandinave, est de retour avec la septième enquête de l’inspecteur Joona Linna.

C’est difficile de juger un roman de Lars Kepler : on se dit à chaque fois qu’on ne va pas se laisser reprendre au jeu, qu’il y a trop d’imperfections, que la recette est toujours la même, sans surprise mais sans génie non plus (ou alors, peut-être est-ce cette solution efficace qui tiendrait du génie, justement…). On se le dit, on se le répète et on se retombe dans le piège dès qu’un nouvel opus sort. Démoniaque…

Pourtant, depuis quelques romans, je trouve que le couple Ahndoril (le véritable nom des deux auteurs ) s’essouffle vraiment. J’avais survolé plus que lu Le Chasseur de lapins ; j’avais trouvé que l’ensemble manquait de subtilité (la fin était un grand n’importe quoi, en particulier).

J’espérais un peu mieux de ce Lazare qui voit le retour de la Nemesis de Joona Linna, à savoir le tueur en série qu’on croyait mort, Jurek Walter. Personnage terrifiant, Jurek Walter tient plutôt du roman d’horreur que du thriller, même si les deux genres peuvent facilement se confondre.
Jurek énonce des prédictions comme un oracle, froidement. Il pousse ses victimes au suicide, entrant dans leurs têtes. Le manipulateur ultime, en quelque sorte.

Jurek Walter se tourna vers Joona. Son visage était sillonné de fines rides et ses yeux clairs vinrent croiser les siens.
— Bientôt les deux fils de Samuel Mendel vont disparaître, dit Jurek d’une voix mesurée. Et Rebecka, la femme de Samuel, va disparaître. Mais… Non, écoutez-moi, Joona Linna. La police va enquêter et quand elle abandonnera, Samuel va poursuivre les recherches, mais il finira par comprendre qu’il ne reverra jamais sa famille et il se donnera la mort.

(Le marchand de sable)

Je dois dire que je n’ai pas trouvé très habile de la part des auteurs d’avoir encore une fois recours à ce grand ennemi ; Jurek Walter est comme Sauron ou Voldemort, il revient toujours… et il recrute des disciples qu’il endoctrine ! C’est un peu éculé comme concept, non ? Bien sûr, cela fonctionne.

Cette fois encore, personne ne croit Joona Linna : on pense qu’il est devenu paranoïaque, il sort de prison, il a sûrement une case en moins !  Cela devient un running gag, à ce stade, mais passons… Et malgré l’évidence qui se profile, personne au sein de la police ne prend les bonnes décisions, multipliant les erreurs qui vont permettre au tueur….de tuer, donc.

Les détails sont toujours aussi sordides, avec Jurek Walter qui enterrent les gens en les maintenant vivants. Il a maintenant un acolyte nommé Beaver qui pourrait être intéressant – et dont on va évidemment entendre parler dans le prochain livre – mais qui n’est guère développé. Pourquoi est-il si instable ? Pourquoi s’est-il laissé recruter par Walter ? On ne sait pas. Il y a très peu d’indices. On nous flanque cela comme une évidence (Jurek le recrute, point).  C’est un peu maladroit et à la limite de l’incohérence.

Pour les points positifs parce que j’ai l’air de tout démonter mine de rien :
on retrouve un très bon découpage de chapitres, des scènes courtes, bien documentées, un rythme qui se maintient tout du long.

Les personnages  (Joona Linna, sa fille Lummi, Saga Bauer, sa soeur… et même des personnages secondaires) sont toujours très bien décrits, avec suffisamment d’épaisseur pour être crédibles.

Pour le plus négatif :
une tendance au porno qui se s’accentue avec une scène  lors du tournage d’un film X du point de vue d’ une actrice dont on se demande encore l’utilité. Je n’en vois aucune sinon la complaisance pour les scènes de sexe décrites par le détail (et dont on se passerait, surtout avec des remarques dignes d’un porno lourdingue dont je vous passe les citations mais qui m’ont bien agacées à la lecture). Je n’ai rien contre les scènes de sexe mais quand elles sont utiles pour l’intrigue ! Et aussi quand on peut éviter les phrases sorties de 50 nuances de Grey … 

Une lecture finalement mitigée puisque j’ai été tenue en haleine (je voulais vraiment savoir où tout cela nous menait) mais qui ne m’a pas rassurée sur le chemin que prend la série. Dommage parce que j’avais plutôt de la sympathie et de l’indulgence pour les enquêtes de Joona Linna….

 

 

Lu à l’occasion de l’opération Masse Critique – merci à Babelio et aux éditions Actes Sud  » Actes Noirs » 

Transbordeur : photographie, histoire, société

Transbordeur photographie, histoire, société est une très belle revue consacrée à la photographie dotée d’une iconographie très bien mise en valeur et d’articles techniques richement documentés.

« Les images existent par l’effet cumulé des dispositifs d’enregistrement et de visionnage, d’exposition en petit et grand format, de stockage, de flux et de masse, d’encodage et de surcodage, des mécanismes économiques et juridiques de leur valorisation, des agences, des archives, des institutions patrimoniales ou pédagogiques qui leur donnent leur utilité en tant que technique culturelle » (p. 5).

 

Au fil de plus de 230 pages, cette revue, dont le titre s’inspire du pont transbordeur, présente au lecteur un éventail choisi  des études photographiques de notre époque tout en axant ses articles sur le côté technique, faisant le lien entre passé et présent.
Il s’agit non seulement d’un très bel objet mais aussi d’une mine de renseignements et d’études.

« Les éditions Macula ont conçu un objet de haute qualité esthétique et magnifiquement illustré grâce au soutien de plusieurs institutions et mécènes. Cette première livraison a pour objet les Musées de photographies documentaires. Elle est issue d’un colloque organisé par les universités de Lausanne et de Genève. En une quinzaine de textes, elle propose un panorama des principaux projets et institutions européennes consacrés à l’archivage photographique depuis le XIXe siècle, ainsi que quelques essais sur des thèmes particuliers comme « Fasciner l’attention. Le chromatrope et le pouvoir suggestif de la couleur en France au XIXe siècle » (p. 134-149) d’Alessandra Ronetti, ou « Frank Bunker Gilbreth : La normalisation comme art de vivre » (p. 150-165) de Bernd Stiegler. »

(source)

 

 

Revue Transbordeur. Photographie, histoire, société, éditions Macula, 2017, numéro 1, 236p  

Site des éditions Macula

Merci à Babelio Masse critique 

 

Maintenant – Mamadou Mahmoud N’Dongo

C’est une écriture que j’ai découverte avec cette trilogie théâtrale: celle de Mamadou Mahmoud N’DongoUne écriture, courte, aux phrases morcelées, en forme de coup de poing ou de coeur, qui donnent un rythme formidable.
Au fil de ces trois pièces, les thématiques (cause des femmes,  l’exil, les origines, les relations hommes-femmes, et bien d’autres )  se répondent, les trajectoires de vie, les dialogues, les bruits de la ville, des fragments comme les morceaux d’un puzzle qui se reconstitue peu à peu. Il y a une véritable musique, une scansion dans l’écriture de N’Dongo.
Dans Bruits blancs, une fiction radiophonique,  il met en perspective les attentats du 13 novembre et le Dialogue des Carmélites de Bernanos (l’auteur en parle dans l’interview ci-dessous). Le résultat est brillant.
Different maps est le texte du premier film tourné par l’auteur

 

Cela a été un bonheur de découvrir  cet auteur et je remercie au passage Babelio/ Masse critique et les éditions de la Cheminante (Sylvie Darreau). 

«J’aime tout simplement changer de thèmes, j’ai envie de m’intéresser à tout», explique Mamadou Mahmoud N’Dongo. »

 

Résumé : Mamadou Mahmoud N’Dongo aborde dans cette trilogie théâtrale Maintenant éditée à La Cheminante les événements de ses dernières années, donnant à entendre dans Bruits blancs le chœur des passagers d’un taxi, un jour de novembre, avant, pendant et après les attentats de Paris.

Dans Maintenant que je me suis habituée à ta présence– en collaboration avec l’artiste suisse Nina Willimann -, l’identité féminine est explorée en relation avec les notions de nation, histoire, culture et genre.

Et Different Maps offre une lecture contemporaine de l’amour d’Orphée pour Eurydice…

Les bruits, fureurs et silences du présent sont au rendez-vous de cette dramaturgie où la profondeur du regard de l’auteur rend palpable la nécessité d’être au monde en conscience.

Pour finir, je vous propose de découvrir Different Maps:

Nouveaux contes du Limousin – Baranger/ Phelipon

 

C’est dans le cadre du dernier Masse critiques Babelio que j’ai reçu ce bel album de contes paru aux Ardents Editeurs.

 

Les légendes, dit-on, ont toujours un fond de vérité. Pour pénétrer les mystères cachés, oubliés entre les bois, les rochers et les eaux, il vous faut écouter les secrets enfouis que murmurent la terre, le vent ou la pluie. 
Telle une partition à quatre mains, le texte et l’illustration s’enlacent et invitent le lecteur à rejoindre l’univers du conte en un hymne à un « pays » propice aux légendes réinventées.

 

Etant friande de contes et de légendes, je me suis penchée avec joie sur cet album jeunesse. Si les contes sont un peu courts, je pense qu’ils conviendront aux plus jeunes…
Les illustrations colorées sont pleines de fraîcheur et de magie. Un moment agréable !

 

 

 

 

 

Laure Phelipon : FB

Blog

Pierre-Jean Baranger : site

Caïn – Dario Alcide

 

 

Résumé : Le centre 27-A abrite en permanence une dizaine d’enfants. Les règles y sont simples et permettent aux pensionnaires de s’épanouir malgré leurs handicaps. Tous profitent de leur séjour, sans poser de questions et dans une relative tranquillité, grâce à la bienveillance des animateurs.
Pourtant, l’arrivée d’un nouvel enfant, Caïn, va bien vite perturber la routine de l’établissement. Malgré son jeune âge, le garçon veut apprendre à lire et pose bien plus de questions que tous ses prédécesseurs réunis. Pourquoi tous les autres enfants sont-ils malades et pas lui ? Pourquoi aucun d’eux n’a de souvenirs de leur vie avant leur arrivée dans le centre ? Les animateurs sont-ils vraiment gentils ? Qu’est-ce que ce centre exactement ?
À mesure que son enquête avance, une certitude s’impose à l’esprit du jeune garçon : il va devoir fuir le centre…

C’est toujours une aventure spéciale que de lire et chroniquer un roman en auto-édition. On sent la motivation de l’auteur.e, on a envie de prendre part à cet élan, de donner toutes ses chances au livre – et parfois, comme pour n’importe quel autre livre, auto-édité ou non, on peut être déçu.
Cette fois, avec Caïn, j’ai trouvé la lecture agréable. Le style est fluide, le début avec le parti pris du point de vue de l’enfant (Caïn) est bien trouvé. Les autres points de vue sont bien choisis mais peut-être moins touchants que celui du petit garçon.
Je ne vais pas mentir : si j’ai aimé cette lecture, je n’ai pas été surprise. Il me faut des intrigues un poil plus retorses pour que je me casse la tête à me demander : » mais de quoi parle-t’on ? « . Très vite, j’avais compris le sujet du roman, les indices étant bien placés pour mettre le lecteur sur la voie (ex: les prénoms des enfants). Je ne me suis donc pas posée beaucoup de questions, le dénouement me paraissant logique.

Il reste que le livre se lit bien, que le thème est intéressant et pose des questions essentielles.
J’ai particulièrement apprécié cette fin ouverte qui laisse le lecteur dans l’expectative (et qui appellerait presque à une suite).
J’aurais juste un bémol au sujet des personnages, qui manquent un peu d’âme, de matière pour que le lecteur s’attache réellement à eux. On ressent une certaine mise à distance qui, si elle n’est pas forcément gênante à la lecture, a tendance à limiter l’émotionnel (à dessein ? ).
Une lecture convaincante que je conseille.

À propos du livre: 

Caïn
Auteur : Dario Alcide
Sortie : le 22 novembre 2018
ISBN papier : 978-2-9565405-0-2
219 pages
Prix broché : 12€
Prix E-book : 2.99€

 

Merci à l’auteur de m’avoir laissé lire Caïn en avant-première.

Liens presse
Site

Sur le même thème (j’essaie de ne pas trop spoiler)

Les Livres de Jakób – Olga Tokarczuk

 

Le livre est dense. C’est même plus une fresque qu’un roman. Olga Tokarczuk nous emmène dans un vaste voyage tout en lançant un véritable défi littéraire au fil des 1000 et quelques pages numérotées à rebours . On se laisse embarquer lentement car il faut être patient pour venir à bout de cette odyssée inspirée. Mais le jeu en vaut largement la chandelle ! Passionnant !

 

Olga Tokarczuk à propos de son roman :

« Comment vous est venue l’idée d’écrire sur le faux messie Jakob Frank ?

O.T :C’est le contexte historique dans lequel Jakob Frank a vécu qui m’a d’abord fascinée. Une époque où les Lumières prennent leur élan et engendrent de nouvelles visions de la société. Le système de croyances frankiste constitue un condensé assez chaotique, extrêmement fluide, voire explosif, de divers types d’hérésies. Il pousse ses racines dans un passé plus ou moins lointain, au-delà des marges du christianisme ou du judaïsme. Son origine première se situe dans le gnosticisme [mouvement religieux des premiers siècles du christianisme, persuadé de l’imminence de la fin du monde]. Or, il y a longtemps que je m’intéresse à ce thème. Un autre aspect, qui n’a rien de secondaire, tient au fait que Frank représente une figure complexe d’un immense intérêt psychologique » (source)

 

Résumé : Hérétique, schismatique, Juif converti à l’islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi, magicien, tour à tour misérable et richissime, Jakób Frank a traversé l’Europe des Lumières comme la mèche allumée d’un baril de poudre. De là à se prendre pour le Messie, il n’y avait qu’un pas – et il le franchit allègrement. Le dessein de cet homme était pourtant très simple : il voulait que ceux de son peuple puissent, eux aussi, connaître la sécurité et le respect de tous.

 

La vie de ce personnage historique est tellement stupéfiante qu’elle semble imaginaire. Un critique polonais dit qu’il a fallu à Olga Tokarczuk une « folie méthodique » pour l’écrire. On y retrouve les tragédies du temps, mais on y goûte aussi les merveilles de la vie quotidienne : les marchés, les petits métiers, les routes incertaines et les champs où l’on peine, l’étude des mystères et des textes sacrés, les histoires qu’on raconte aux petits enfants, les mariages où l’on danse, les rires et les premiers baisers.

 

Cette épopée universelle sur l’émancipation, la culture et le désir est une réussite absolue : elle illustre la lutte contre l’oppression, en particulier des femmes et des étrangers, mais aussi contre la pensée figée, qu’elle soit religieuse ou philosophique.

 

Ainsi que le dit le père Chmielowski, l’autre grand personnage de ce roman, auteur naïf et admirable de la première encyclopédie polonaise, la littérature est une forme de savoir, elle est « la perfection des formes imprécises ».

Les Livres de Jakób, par Olga Tokarczuk,
traduit du polonais par Maryla Laurent,
Noir sur Blanc, 1040 p., 29 euros.

Prix Nike 2015 (Pologne)

Prix Transfuge 2018 du Meilleur roman européen

Finaliste Prix Femina étranger 2018

 

Merci à Net Galley et aux éditions Noir et Blanc pour cette lecture. 

Comment t’écrire adieu – Juliette Arnaud

 

 

Premier roman adultes de la chroniqueuse-comédienne Juliette Arnaud, « Comment t’écrire adieu »  retrace le deuil d’une histoire d’amour, ponctué par des morceaux de musique qui ont marqué l’auteure.

« Et vous, quelles chansons vous ont sauvé la vie ?

À 45 ans, Juliette se retrouve face à elle-même, avec le cœur déchiré et l’envie de rire de tout. Elle se repasse alors les 14 titres de sa bande originale, d’Étienne Daho à Dolly Parton, sans oublier Bruce Springsteen, 14 pop songs qu’elle a écoutées religieusement et dont elle connaît les paroles par coeur. Pourquoi sa vie chante-t-elle tout à coup si faux ? Qu’est-ce qui a mal tourné ? Elle a pourtant suivi à la lettre ce que les refrains suggéraient. Elle a scrupuleusement appliqué les adages de chacun des couplets.

À défaut de réponse, puisque R. est parti sans un mot, Juliette va s’y coller, à écrire adieu. Elle essaiera d’être drôle et elle sera sincère, pour comprendre, peut-être, que tout ce qui mène à la fin d’une histoire d’amour, on le porte en soi. « 

Que dire ? Il s’agit d’un récit plus que d’un roman. C’est truffé de souvenirs, de références et d’anecdotes. Le ton est proche de celui de la conversation.  On a l’impression d’entrer dans un journal de bord, dans un carnet où les souvenirs sont posés là, sur le papier, sans tentative de cohérence. Bref, c’est vite lassant. Dommage, l’idée était intéressante, le ton aurait pu rendre le récit vivant. Bien sûr, cela convient bien à une chronique . Ici, au fil des pages, on s’ennuie vite des propos décousus, sans fluidité (je passe sur cette manie d’ajouter le code postal au lieu évoqué par l’auteure…).
La nostalgie fonctionne assez bien avec les nombreux titres évoqués. Mais la nostalgie quand elle est récurrente, sonne assez comme un « c’était mieux avant » dont on se passerait bien.

 

Comment t’écrire adieu – Juliette Arnaud

Éditions Belfond – Collection Pointillés

ISBN:9782714479938

6 Septembre 2018

17€ / 144 pages

(merci à NetGalley et aux éditions Belfond )

Camilla et compagnie – Christina Hesselholdt

 

 

« Camilla, Charles, Alma, Edward, Alwilda et Kristian forment un groupe d’amis entre quarantaine et cinquantaine rugissante – et surtout bouleversante – au cœur de l’œuvre de Christina Hesselholdt depuis plus de dix ans. Car Camilla et compagnie regroupe quatre petits livres publiés de 2008 à 2014, irrésistibles de drôlerie et de justesse, célébrés au Danemark comme une exceptionnelle performance littéraire.

 

Sous forme de monologues intérieurs alternés, comme si le lecteur sautait d’une conscience à l’autre, Christina Hesselholdt nous invite à un voyage au pays des angoisses et des ambitions ordinaires, des amours et des rencontres, comme un portrait intime, éclaté, de la vie quotidienne – de la vie tout court – en ce début de XXIe siècle.

 

De Berlin à Lisbonne, de Belgrade au Mozambique via New York, le Danemark, la poésie de Wordsworth, les romans de Virginia Woolf ou de Samuel Beckett, les personnages de Camilla et compagnie sont tour à tour nous-mêmes et les autres : inoubliables. »

Camilla et compagnie  fait partie des livres exigeants, des récits déroutants, qui, à juste titre, demandent un effort de la part du lecteur – et c’est tant mieux. Le livre est découpé en tranches de pensée, plus que de vie ; celles des six différents personnages.
Et on y voit alors une inspiration évidente : celle de Virginia Woolf avec « Les Vagues ».
Au sujet des « Vagues« , Virginia Woolf écrivait dans son Journal que ces six  parties n’étaient pas  destinées à représenter des  personnages séparés, mais plutôt des facettes de conscience.
Ici, on explore plutôt les liens et les connexions entre les êtres ainsi que l’impossibilité de la permanence (la relation de couple d’Alma et Kristian; la maladie de Charles ).
Si on ajoute à ceci les différentes références à la littérature (Woodworth, Coleridge, Emily Brontë, Woolf…), on aboutit à un livre brillant, parfois grave, parfois léger, parfois un peu absurde qui se démarque nettement de la production actuelle.
Déroutant, oui, mais inventif !

  • Littérature étrangère
  • Date de parution : 06/09/2018
  • Format : 14 x 20,5 cm, 464 p., 24,00 EUR €
  • ISBN 978-2-7529-1101-8

 

Merci pour cette lecture à Masse Critique Babelio et aux éditions Phébus. 

Sept larmes au creux de la mer – C.B Lee

 

 

Résumé : La mer cache bien des secrets… Kevin Luong a le coeur brisé le jour où, marchant au bord de l’océan, il se souvient de l’ancienne légende que sa mère lui avait racontée. Il laisse alors tomber sept larmes dans l’eau tout en formulant son souhait : « Je veux être heureux et amoureux… Juste un été… » C’est ainsi qu’il se retrouve à sauver un mystérieux garçon du Pacifique, un garçon qui plus tard apparaît sur le pas de sa porte en lui déclamant son amour. Ce qu’il ne sait pas, c’est que Morgan est un selkie et qu’il est là pour exaucer son souhait. À mesure qu’ils se rapprochent, Morgan est tiraillé entre les dangers du monde humain et son héritage au sein de la communauté selkie vers laquelle il doit revenir à la fin de l’été..

 

C’est une jolie romance  dont je vais parler aujourd’hui.
Tout est très soft dans ce roman de C.B Lee qui sait tisser une belle histoire, sur fond de légendes gaéliques (les selkies !).  Cette histoire d’amour entre deux adolescents est écrite avec une légèreté et une finesse qui sont à souligner. C.B Lee aborde, en plus de la question de l’orientation sexuelle (ou, du moins, romantique), les thèmes de la tolérance, de l’acceptation de l’autre.
J’aime beaucoup les histoires de selkies (très bien illustrées dans Le Chant de la Mer, par ex.). Ici, l’autrice a su tirer parti de ce mythe et peut-être fait découvrir des légendes moins connues.

Finalement, c’est une lecture agréable qui vaut le détour.

 

Merci aux éditions  MXM BOOKMARK    et à Net Galley pour cette lecture.

La dernière mouche avant la fin du monde – Fred Marty & Rachel Cade

C’est à quelques jours de la rentrée scolaire que je m’aperçois à quel point je suis en retard sur mes chroniques de livres. Trop de choses se bousculent en ce moment… Je sais bien que je vais finir par surmonter ces difficultés mais parfois, il faut un peu de temps.

Du temps, j’en ai trouvé pour lire « La dernière mouche avant la fin du monde » , gentiment envoyé par Fred Marty dont j’avais apprécié le Sherona .
Cette fois, il s’agit d’un récit écrit à quatre mains avec Rachel Cade, qui se rapproche de la novella (72 pages).

 

Résumé : Que se passe-t-il lorsqu’un expert en informatique et une manager du service client d’une boîte internationale de téléphonie se retrouvent en possession d’une machine capable d’arrêter le temps ?
Entre deux morceaux de tarte aux pommes, nos improbables héros devront affronter le pire du pire pour rattraper le coup.

Néo et L.A échangent par mail, pour le travail, à l’origine, puis pour le fun quand soudain, le monde se fige. Le monde entier sauf… eux deux. On assiste alors à une course étonnante et improbable truffée d’énigmes et de références à la culture pop.
Je n’en dis pas plus afin de vous laisser le suspense.
Autant dire que ça se lit bien et que ça se lit vite.

Format court et fin du monde

Le format court ne me dérange pas dans un récit, en général mais je dois avouer que je suis restée sur ma faim. J’ai rapidement accroché à cette situation à la Twilight Zone (la fameuse quatrième dimension) et j’ai apprécié les clins d’oeil, jusqu’à un certain point.
Car, soyons honnêtes, si la novella se lit facilement, elle laisse un sentiment d’inachevé, au point que le lecteur en vient  à se demander si un format plus long, avec plus de développements et de travail sur les personnages (par ex) ne serait pas plus approprié. C’est une question que je me suis posée tout au long de ma lecture et, si je ne détiens pas la réponse, j’ai tendance à penser que la novella, retravaillée, affinée et débarrassée de certains tics (voir au paragraphe ci-dessous) gagnerait à passer au format «roman». Il y a vraiment du potentiel mais on a l’impression que celui-ci n’est pas exploité. (D’où l’importance de travailler avec un éditeur ou une éditrice qui pointerait ce genre de points faibles, peut-être ?)

Humour et références

Si les échanges et l’humour sont présents, tout se précipité rapidement. Certes, on parle ici d’une situation décalée et improbable (enfin, sans doute improbable ). Mais il ne suffit pas de farcir un récit de multiples références ( Buffy, Kaamelott, Naheulbeuk, j’en passe) agrémenté de détails techniques pour boucler une histoire qui se tient. Les personnages sont peut-être dépassés par les événements, ils sont quand même assez light en consistance (le personnage féminin qui s’agite en tous sens est rapidement fatigant).
Quant aux références, je suis la première à les apprécier, quand elles sont dosées. Dans La dernière Mouche…., il y en a à la pelle.
Je peux dire qu’une fois arrivée à A la volette, j’avais atteint mes limites. Décidément, trop de références tuent le principe. Et cela rejoint ma réflexion du paragraphe précédent.

Une lecture divertissante

Je suis assez ennuyée de ne pas être plus enthousiaste parce que les deux auteurs ont fourni un bon travail; l’écriture à quatre mains est loin d’être facile et ici, elle fonctionne bien.
Je me faisais la réflexion en relisant les premières pages que quelqu’un qui ne travaille pas dans le milieu du digital aura bien du mal à appréhender  ce genre de détails (je cite):

 » Je l’avais rencontrée en ligne, au détour d’une question technique anodine sur l’interopérabilité des différents CRM du marché avec le protocole SIP. « 

J’ai souri en lisant cette phrase mais je doute que cela soit le cas de tout le monde.

Par contre, j’ai réellement aimé le passage des énigmes à résoudre, en particulier parce que cela concerne la musique.

Finalement, si je devais conclure par une formule digne d’un bulletin scolaire, ce serait: « sympa, peut mieux faire, du travail, encore du travail.» 💪


Je  vous laisse découvrir cette courte lecture et vous faire votre avis en commandant « La dernière mouche avant la fin du monde ».

A conseiller aux : 

  • geeks et amateurs de pop culture
  • lecteurs de SF à la recherche d’une narration courte
  • si vous aimez Doctor Who, Buffy et Twilight Zone
  • lecteurs curieux

Note – Je ne préfère pas développer mes idées sur la couverture au risque de devenir un brin désagréable. Ce genre d’illustrations ne donne pas envie d’ouvrir le livre, au contraire… Tant qu »il s’agit d’un e-book, cela ne pose aucun problème. En version papier, c’est une autre histoire car c’est peu attractif – et donc peu vendeur. 🙄
(j’ai testé sur plusieurs personnes de mon entourage pour connaître leurs avis mais il n’en ressort pas plus de positif).