Widjigo – Estelle Faye

 

 » Basse-Bretagne, mars 1793
A chaque pas, la vase accrochait les semelles cloutées des Bleus qui devaient libérer leurs pieds de son étreinte dans un concert de chuintements liquides évoquant des sanglots. Avec la marée descendante, la côte empestait l’algue et la pourriture, en accord avec ce printemps malade où la jeune Révolution s’enlisait dans la guerre civile et le sang. Au-delà des écueils laissés à découvert, l’océan moutonnait, fouetté par le noroît. le vent gerçait les lèvres des hommes et portait les embruns jusqu’à la colonne de soldats. A l’horizon, une barre de nuages d’encre tranchait entre le gris des vagues et celui du ciel. Une tempête approchait. « 

Le Wìdjigò est l’équivalent du Wendigo en algonquin .
 » Le windigo ou wendigo est un être surnaturel qui appartient à la tradition spirituelle des Premières nations de langue algonquienne en Amérique du Nord. On le décrit comme un monstre puissant animé du désir de tuer et de manger ses victimes. Dans la plupart des légendes, les humains se transforment en windigos à cause de leur cupidité ou d’une faiblesse. Différentes traditions autochtones considèrent les windigos comme dangereux en raison de leur soif de sang et de leur capacité à ensorceler des personnes ou des communautés autrement saines. La légende du windigo illustre principalement les dangers de l’isolement et de l’égoïsme, ainsi que l’importance de la communauté. » (source)

Estelle Faye nous entraîne donc dans un roman hanté par la figure du widjigo, dans les brumes glacées de Terre-Neuve, là où plusieurs personnages disparates se retrouvent, forcés de se serrer les coudes afin de ne pas perdre la vie ou ce qu’il leur reste de raison. L’autrice de fantasy entremêle deux histoires, présent et passé, liées entre elles par le personnage de Justinien de Salers, un nobliau breton retranché dans une tour biscornue battue par les vents. Quand en 1793, le jeune Jean Verdier, fraîchement promu lieutenant de l’armée républicaine nouvelle vient l’arrêter, il ne sait pas ce qui l’attend. Il va faire une rencontre d’une nuit plus qu’étonnante. Le vieux noble lui conte alors ce qui lui est arrivé en 1754, en Acadie, alors que, fuyant les dettes et des événements dont il n’est pas fier, sous l’emprise de l’alcool, déjà rincé et fini à 26 ans, il s’embarque pour une mystérieuse mission à Terre-Neuve. Il fera le voyage en compagnie d’une métisse, qu’il appelle souvent la Camarde, Marie (un très beau personnage féminin fort et inquiétant), du rescapé d’une ancienne exploration, le botaniste, Veneur, et d’un adolescent mutique, Gabriel. Après avoir fait naufrage, ils atteindront les côtes, mais ils ne sont plus que quelques survivants : leur petit groupe, incroyablement préservé, quelques autres personnages (coureur des bois, gabier, soldat anglais), un pasteur rigide, Ephraïm et sa fille adolescente, Pénitence. Alors qu’ils essaient de survivre, un prédateur inconnu s’en prend à eux, les tuant les uns après les autres.
On pourrait penser que l’histoire va tourner au récit d’horreur, cadavres déchiquetés, et bestiole se cachant dans les bois, attendant son heure jusqu’à la fin… Mais l’intrigue est bien plus maligne. Peu à peu, on découvre que le monstre en question n’est sans doute pas celui qu’on pense et que les personnages rassemblés sur cette terre désolée le sont peut-être à dessein. Que rien n’est dû au hasard. Qu’ils ont tous un lien.
La structure est habile, oscillant entre légendes ( à part le wendigo, les mythes liés aux Nations Premières, mais aussi la légende de la cité d’Ys), fantastique, quelques touches horrifiques et une vraie trame de thriller.
Quat aux personnages, ils sont tous finement dessinés, psychologiquement bien pensés (mention spéciale à Pénitence). La place de la nature, particulièrement le végétal, véritable force dans laquelle les enchantements semblent prendre vie, est un grand plus. Les thèmes varient entre la culpabilité, la rédemption, la justice, celui du monstre, bien sûr et tant d’autres encore…
Pour le reste, c’est une ambiance angoissante, brumeuse, mais captivante qui nous tient du début jusqu’à la fin du roman. Un récit hanté.

Note : j’ai été assez inspirée jusqu’à en faire une playlist  « bande son pour Widjigo » sur Y.T (avec des airs traditionnels de Terre Neuve, aussi mais pas que).

Merci aux éditions Albin-Michel Imaginaire pour cette lecture

Widjigo par Faye

 

résumé : En 1793, Jean Verdier, un jeune lieutenant de la République, est envoyé avec son régiment sur les côtes de la Basse-Bretagne pour capturer un noble, Justinien de Salers, qui se cache dans une vieille forteresse en bord de mer. Alors que la troupe tente de rejoindre le donjon en ruines ceint par les eaux, un coup de feu retentit et une voix intime à Jean d’entrer. À l’intérieur, le vieux noble passe un marché avec le jeune officier : il acceptera de le suivre quand il lui aura conté son histoire. Celle d’un naufrage sur l’île de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. Celle d’une lutte pour la survie dans une nature hostile et froide, où la solitude et la faim peuvent engendrer des monstres…

Autrice : Estelle Faye

Édition: Albin Michel Imaginaire

Publication : 29 septembre 2021

 

La lanterne de Nyx (T.1 et 2) — Kan Takahama

 

Cela fait plusieurs semaine que j’ai envie de parler de ce manga. C’est le moment !

La Lanterne de Nyx – Tome 01

Résumé : 1878, Nagasaki. Poussée par sa tante, Miyo franchit la porte d’un magasin d’importation pour y postuler. Très peu qualifiée, mais capable de deviner à qui appartenait ou sera destiné un objet, elle est recrutée contre toute attente par l’étonnant patron, Momotoshi. Sous la houlette de ce dernier et de Ganji, son homme à tout faire, la jeune fille apprend l’alphabet et découvre les merveilleuses marchandises venues d’Occident que les notables s’arrachent. Un monde inconnu et combien fascinant s’ouvre à elle.

Lanterne de nyx visual 1

La Lanterne de Nyx est un manga au style très doux, très BD occidentale, en fait.
Miyo, le personnage principal, est une très jeune femme qui va peu à peu prendre ses marques et s’affirmer.
Les deux autres personnages, Momo, propriétaire de la boutique où Miyo va travailler et Gandji, sont aussi des excentriques. Ils ont des secrets que nous allons peu à peu découvrir. La rencontre du Japon et de l’Occident (la France en particulier) est plutôt intéressante et bien menée. D’autres personnages secondaires vont intervenir, avec des histoires qui ne sont jamais négligées.
La dimension fantastique tient surtout au don extraordinaire de Miyo qui peut « lire » les objets et deviner qui sera leur destinataire ( ou d’autres détails). Bonjour la Passe-Miroir ! 😉
De nombreuses références à Alice au Pays des Merveilles émaillent le manga et sont tout à fait bien trouvées. En quelque sorte, Miyo passe par le trou du lapin d’Alice quand elle entre dans la boutique de Momo. Elle y découvre un autre monde, très différent de celui auquel elle était habitué jusqu’alors.
Les objets et les oeuvres d’art, tout est très documenté. Il y a là un travail de recherche excellent.
C’est un beau voyage dans le passé et une belle histoire, aussi.
Vraiment, j’ai fait une belle découverte avec ce manga. Et j’ai hâte de lire les autres tomes.

Lanterne de nyx visual 2

 

Lanterne de Nyx (la) Vol.1

Lanterne de Nyx (la) Vol.2

 

Takahama, Kan

03/2019 (Parution le 06/03/2019)

Glénat

En raison de son aspect merveilleux, du « pouvoir » de Miyo, je le classe dans le challenge de l’Imaginaire.

On ne coupe pas les pieds d’une jeune fille — Taï-Marc Le Thanh

On ne coupe pas les pieds d'une jeune fille par Le Thanh

 

Résumé : À quoi ça tient l’existence ? À une bulle d’air. Une note de musique. Aux amis et aux compagnons d’infortune. À l’imagination. Au combat de chaque jour. Ce combat, Nola le mène depuis qu’à la suite d’une opération à l’hôpital ses jambes ne répondent plus correctement. Mais elle n’est pas seule : dans sa tête, il y a un clown, un avion avec un pilote, et un Soldat. Ensemble, à l’assaut de la vie !

C’est le titre qui m’avait attirée. Puis la photo de couverture, c’est vrai ( une vraie réussite). En lisant le résumé, je m’étais dit que l’histoire avait l’air vraiment intrigante. Du même auteur, j’ai dû lire un roman ou deux, pas plus.

J’ai donc profité du Masse Critique (merci les éditions de l’Ecole des Loisirs) pour faire cette lecture qui est un joli voyage.

Tout commence en 1977 à l’hôpital Broussais : le  pavillon des enfants malades n’est certainement pas un lieu de réjouissances. Et pourtant, la première scène s’accompagne d’une fanfare !
Mais pour le personnage principal, Nola, 11 ans au début, rien ne va : obligée de subir une opération au coeur, elle ressort de l’intervention guérie mais…. non, en fait. Car quelque chose est allé de travers et Nola ne sent plus ses jambes ! Elle ne peut plus s’ne servir.
De là, commence  un récit touchant, émouvant et souvent loufoque, découpé en scènes à la façon d’une pièce de théâtre. Une histoire sensible pleine d’humour et de résilience.
Je ne le savais pas mais le roman s’est inspiré  librement des jeunes années de Natalie Tual, autrice nantaise et compositrice.

 

A partir de 12 ans

317 pages

Paru le 14 octobre 2020

Editions ECOLE DES LOISIRS

L’atelier des sorciers – Kamome Shirahama

L’Atelier des Sorciers, tome 1, Kamome Shirahama

 

Tongari Boshi No Atelier est un manga magique. Déjà, il s’agit d’une histoire de sorciers et de sorcières. On vole, on dessine des sorts ( bonjour Ewylan !), on apprend à maîtriser des sorts dans un atelier avec l’aide de professeurs ( pas trop de Harry Potter même si on y pense toujours un peu ).
Magique aussi est le dessin de Kamome SHIRAHAMAqui avait déjà commis le superbe Divines. 

 

Divines, tome 1 par Shirahama

Kamome Shirahama ne se contente pas de dessiner divinement bien, elle brosse le portrait de personnages attachants dont l’héroïne, Coco. Quant Kieffrey, le professeur,  c’est un maître bienveillant et mystérieux à la fois ( j’ai lu aussi ici et là : « et quel beau gosse ! » )

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Kieffrey 

Atelier des sorciers visual 4

Mais il y a aussi des personnages secondaires très bien caractérisés, des  élèves atypiques. On les cerne aisément et on a envie  de s’intéresser à l’évolution de leurs personnalités. Pas seulement à l’apprentissage de la magie, et des péripéties, donc,  mais aussi à leurs expériences personnelles. Un peu comme dans un roman d’apprentissage.

Par exemple : Tetia, est  elle qui aide Coco à s’intégrer à la vie dans l’atelier. Pour elle, la magie existe pour rendre heureux les gens et son rêve est de réaliser une magie utile pour tout le monde.


Trice, elle,  ne veut pas se voir obligée de dessiner des sorts dont elle n’a pas envie.  Si c’est cela, être adulte,  autant  qu’elle reste une enfant ! De plus, Trice n’a aucune envie d’utiliser la magie d’autrui : cela ressemble à souiller sa propre magie. Mais on verra qu’elle va évoluer au fil du temps.

 Agathe Achrome, incarne la persévérance, la rigueur et la recherche de l’excellence et une certaine idée de la compétition !  Elle est le pendant de  Coco ( toutes les deux  veulent  tout connaître de la magie). Mais Agathe est plus rationnelle. Elle se met aussi une pression   terrible car elle veut devenir bibliothécaire à la Tour Bibliothèque ( là où sont toutes les connaissances du monde). Agathe veut également (et surtout) prouver à sa terrible et puissante famille qu’elle est digne  d’elle.

Comme dans le monde de Harry Potter ( on y revient ), le monde est divisé : d’une part, il y a la majeure partie de la population, qui ne peut utiliser la magie ( des sortes de Moldus) et de l’autre, celle des sorciers. Mais le monde magique n’est pas uni pour autant.
La Milice Magique tente de faire respecter les lois sur l’utilisation de la magie mais surtout,  lutte contre les actes terroristes de la Confrérie du Capuchon.  Cette Confrérie présente un aspect très mystérieux. On la voit apparaître  et s’intéresser beaucoup ( beaucoup trop et de trop près ) à Coco….
Voilà le fil rouge de l’intrigue qui se déroule sur plusieurs tomes ( 7 à ce jour en France chez Pika – 8 bientôt au Japon ).
Un manga pour qui aime la magie, les histoires de  sorts, les dessins fignolés avec chaque détail magnifiquement réalisé, notamment à l’aide des jeux d’ombre et de lumière, un style qui fait penser parfois l’Art Nouveau  ( ces lignes  dans les vêtements des personnages !), le merveilleux mais aussi les histoires d’apprentissage et  les paysages somptueux.

A lire chez Pika éditions.

L'atelier des sorciers © Kamome Shirahama / Kodansha Ltd.

 

L'Atelier Des Sorciers: Chapter 2 - Page 2

 

Kamome Shirahama
diplôm ée de l’école des Beaux-Arts de Tokyo, elle commence sa carrière de dessinatrice dans le milieu des jeux vidéo mais aussi des romans en tant qu’illustratrice. Elle est attirée depuis son enfance par les Comics, tout en ayant grandi avec les œuvres d’Osamu TEZUKA et Moto HAGIO avec notamment Le Cœur de Thomas. Se sentant plus attirée par la bande dessinée, elle décide d’acquérir de l’expérience en travaillant à l’international, et tente sa chance du côté des Etats-Unis en illustrant des Comics pour les éditions Marvel, en réalisent notamment les couvertures des Stars Wars, le dernier en date étant Le dernier Jedi

 

Star wars le dernier jedi© / Marvel LTD

 

Ces six tomes m’ont fait rêver et je les glisse dans le Challenge de l’Imaginaire.

La Belgariade – T. 1 – David et Leigh Eddings

J’avais déjà lu des romans de David Eddings il y a bien longtemps ; sans me tromper, je suis quasiment sûre qu’il s’agissait de la trilogie des joyaux. Je n’en garde pas de souvenir particulier ( ni en bien, ni en mal ). Par contre, je n’avais jamais lu ce classique de la fantasy qu’est la Belgariade. L’opération Masse Critique m’a permis de remédier à cela. Me voilà donc avec  « Le pion blanc des présages« , le premier des cinq tomes. Je ne peux pas dire que je me suis ennuyée : il y a de l’aventure, de l’humour, des péripéties, une prophétie, des dieux, un artefact magique, des sorciers, un élu, des personnages à la longévité exceptionnelle, une guerre en perspective. Tiens, tiens, cela me rappelle assez le Seigneur des Anneaux. Le début, particulièrement, avec une création du monde très tolkienesque.
Par la suite, l’histoire reste assez classique ( mais ce n’est pas un reproche, les formules éprouvées sont souvent les plus efficaces ) . On se déplace pas mal (vive les cartes), on rencontre d’autres personnages et peu à peu, on voit que le jeune homme promis à un destin prestigieux, Garion, est, pour l’instant, un benêt. Il continue à ne rien comprendre alors qu’il a tous les éléments en main. C’est sympa mais à la longue, cela peut être un peu lassant (ce running gag, il court, il court). 

Les dialogues sont bien fichus et plutôt amusants (je ne me suis pas non plus écroulée de rire, j’ai vu mieux, quand même). Les personnages sont également bien définis et leurs caractères se dessinent très vite. On en a besoin car ils sont assez nombreux mais on ne s’y perd pas pour autant. Le rythme est soutenu. C’est difficile de s’endormir sur le livre. J’ai très vite eu envie de savoir ce qui se passait ensuite.
Pourtant, peut-être parce que la Belgariade reste de la fantasy terriblement convenue, classique, qu’il y a eu tellement de romans plus originaux depuis sa création (les années 80), je n’ai pas non plus été emballée. Peut-être l’aurais-je été beaucoup plus si j’avais lu la série à sa sortie, c’est certain. En refermant le livre, je me suis dit que cela me plairait d’aller emprunter un jour les autres tomes à la bibliothèque, un jour, mais je ne suis pas pressée. Et je ne vois pas l’intérêt d’avoir la série chez moi non plus. C’est sympa, ça se lit bien. Mais on on touche les limites de la high fantasy, à mon sens. Malgré l’humour, ça reste manichéen. Et surtout, j’ai eu cette impression de déjà-lu sans ce petit quelque chose en plus (après, pour être franche, je préfère lire 10 fois la Belgariade que le Sorceleur/Witcher, particulièrement indigeste, à mon goût, mais ça c’est une autre histoire😉).
En gros, si vous aimez le Seigneur des Anneaux, ou La Roue du Temps  ça devrait passer, à mon avis.

 

La Belgariade, tome 1 : Le pion blanc des présages par Eddings

Résumé : Et les dieux créèrent l’homme, et chaque dieu choisit son peuple. Mais Torak, le dieu jaloux, vola l’Orbe d’Aldur, le joyau vivant; façonné par l’aîné des dieux, et ce fut la guerre. Le félon fut châtié; à Cthol Mishrak, la Cité de la Nuit, il dort toujours d’un long sommeil hanté par la souffrance. Le fleuve des siècles a passé sur les royaumes du Ponant. Les livres des présages sont formels : Torak va s’éveiller. Et justement l’Orbe disparaît pour la seconde fois. Que le maudit la trouve à son réveil et il établira son empire sur toutes choses. Belgarath le sorcier parviendra-t-il à conjurer le sort ? Dans cette partie d’échecs cosmique, il a réussi à préserver une pièce maîtresse : le dernier descendant des Gardiens de l’Orbe, désigné par les présages, mais qui n’est encore qu’un petit garçon. Un simple pion, et si vulnérable…

Premières lignes — L’espace d’un an

Premières lignes de la semaine :

« En s’éveillant dans le module, elle se souvint de trois choses. La première : elle voyageait dans l’espace large. La deuxième : elle allait prendre un nouveau poste. La troisième : elle avait corrompu un fonctionnaire pour obtenir un fichier d’identité falsifié. Même si aucune de ses informations ne constituait une nouveauté, elles n’assuraient pas un réveil agréable. « 

Depuis que j’ai lu Semiosis de Sue Burke, je me suis dit que j’étais réconciliée avec la SF. Ou presque. Pas tout à fait, quand même.
Je le suis avec les livres, mais pas forcément avec le milieu, en généra. Exemple :  lorsque j’entends ou quand je lis, très effarée des phrases peu subtiles du type   » la SF c’est bon, la fantasy c’est de la m…. » ou encore  « il faut avoir forcément  une formation scientifique pour apprécier la SF », j’ai l’impression de tomber des nues (ou sur le cul, et ça fait mal). Cela me rappelle une époque que je croyais révolue où le milieu de la SF était presque exclusivement masculin, blanc, peuplé de matheux – des gens qui vous rejetaient avec un paquet de moqueries quand vous ne correspondiez pas aux critères. (je veux parler de souvenirs des années 80, avant cela j’étais bien trop petite). 
Oh, wait… Serait-ce encore un peu le cas ? Aurais-je mal compris ? 

En outre, les personnes qui ont à la bouche de telles….assertions ( âneries?)  ne font aucun bien au(x) genre(s). Les littératures de l’imaginaire, les fameux « mauvais genres« , sont multiples, complexes et s’adressent à un ensemble de personnes, complexes, aussi. En écarter certaines pour une ou plusieurs raisons, il me semble que cela ressemble à une forme d’élitisme, exactement ce que certain.e.s reprochent aux  gens appartenant au milieu de la littérature dite « blanche » (comprenez : non-imaginaire même si parfois, les frontières deviennent floue).
Bref. Je digresse. Revenons à mes premières lignes et à cette excellente lecture :

Je vais donc parler d’un autre roman de SF qui m’a à peu près autant plu que Semiosis bien que différent. Un roman de SF, donc. Un space opera qui défie les codes : L’espace d’un an, de Becky Chambers (L’ Atalante).  Nous sommes invités à suivre Rosemary, une jeune femme qui commence une nouvelle vie à bord  la vie du Voyageur,  un vaisseau chargé de creuser des tunnels dans l’espace (d’où le terme ‘tunnelier »). Très vite, nous faisons connaissance avec les différents membres de l’équipage, tous d’espèces différentes : Sissix , une Aandriske, sorte de reptile  à plumes ; le Dr. Miam  un Grum amphibien doté de plusieurs mains/pieds ;  Ohan, paire Sianate à qui il faut s’adresser au pluriel puisque  son cerveau est l’hôte d’un neurovirus formant la deuxième partie du duo ; sans parler de Lovey, l’Intelligence Artificielle. Il y a aussi quelques humains assez remarquables : Jenks, le tech de petite taille amoureux de l’I.A, Kizzy, l’autre tech aux réactions plus que spontanées et parfois enfantines, Corbin, un ronchon aux préjugés spécistes, et le capitaine Ashby, amoureux d’une extra-terrestre. Tout le monde cohabite tant bien que mal, s’aime, se chamaille, souvent dans un joyeux bazar. C’est un peu Galactica, un peu Babylon 5, un peu Star Trek parfois, mais en plus déjanté, en plus optimiste aussi, malgré les conflits et l’extinction de certaines espèces. On fait le voyage avec eux et quel voyage ! Car il ne s’agit pas seulement un voyage dans l’espace mais surtout un parcours de plusieurs êtres ensemble…
Becky Chambers a le chic pour écrire des personnages attachants, aux histoires mouvementées. On a envie d’en savoir plus — et tant mieux, il y a deux autres livres situés dans le même univers que celui-ci. Le tout est regroupé  dans la trilogie : Voyageurs, à l’Atalante, bien sûr. C’est fin, bien fait, rafraîchissant, marrant, émouvant et tendre (et pas neuneu du tout, contrairement à ce que j’ai pu lire). Oui, c’est à lire. Oui, c’est un grand roman de SF.

L'espace d'un an par Chambers

Résumé : Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains. La pilote, couverte d’écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l’IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang… Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d’un an jusqu’à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d’une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l’amour sous toutes ses formes. Loin de nous offrir un space opera d’action et de batailles rangées.

J’ajoute cette lecture au thème du mois de mars du HMSFFF challenge : les autrices et au Challenge de l’Imaginaire 

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Lazare – Lars Kepler

Lazare est  donc le septième tome de la série policière Joona Linna, commencée avec L’hypnotiseur. Le couple « Lars Kepler » signe une fois de plus un thriller haletant, plus noir que jamais, tout ce qui a fait leur succès.

Lazare par Kepler

Résumé : 

Un appartement d’Oslo, donc l’occupant a été trouvé mort, dans un état de décomposition avancée. Quand la police investit les lieux, elle fait une autre découverte macabre : la victime était visiblement un profanateur de tombes qui collectionnait des « trophées ». Au nombre desquels le crâne de l’épouse de Joona Linna. Quelques jours plus tard, une inspectrice allemande prend contact avec Joona pour solliciter son aide sur une troublante affaire de meurtre dans un camping aux abords de Rostock. Rien n’aurait pu le préparer au choc qui l’attend, car ce qui n’était d’abord qu’un pressentiment absurde va basculer irrémédiablement vers une certitude terrifiante : le redoutable tueur série Jurek Walter est de retour. L’inspecteur sait qu’il ne lui reste qu’une chose à faire : mettre sa fille à l’abri. Et il ne peut compter sur l’aide de personne, car ses collègues le jugent en plein délire paranoïaque. Qui d’autre qu’un fou tremblerait devant un fantôme ? Mais tout le monde ne vit pas dans la même réalité. Si quelqu’un revenait d’entre les mort, certains criaient au miracle, d’autres évoqueraient un cauchemar. Plus noir que jamais, Lars Kepler, maître incontesté du thriller scandinave, est de retour avec la septième enquête de l’inspecteur Joona Linna.

C’est difficile de juger un roman de Lars Kepler : on se dit à chaque fois qu’on ne va pas se laisser reprendre au jeu, qu’il y a trop d’imperfections, que la recette est toujours la même, sans surprise mais sans génie non plus (ou alors, peut-être est-ce cette solution efficace qui tiendrait du génie, justement…). On se le dit, on se le répète et on se retombe dans le piège dès qu’un nouvel opus sort. Démoniaque…

Pourtant, depuis quelques romans, je trouve que le couple Ahndoril (le véritable nom des deux auteurs ) s’essouffle vraiment. J’avais survolé plus que lu Le Chasseur de lapins ; j’avais trouvé que l’ensemble manquait de subtilité (la fin était un grand n’importe quoi, en particulier).

J’espérais un peu mieux de ce Lazare qui voit le retour de la Nemesis de Joona Linna, à savoir le tueur en série qu’on croyait mort, Jurek Walter. Personnage terrifiant, Jurek Walter tient plutôt du roman d’horreur que du thriller, même si les deux genres peuvent facilement se confondre.
Jurek énonce des prédictions comme un oracle, froidement. Il pousse ses victimes au suicide, entrant dans leurs têtes. Le manipulateur ultime, en quelque sorte.

Jurek Walter se tourna vers Joona. Son visage était sillonné de fines rides et ses yeux clairs vinrent croiser les siens.
— Bientôt les deux fils de Samuel Mendel vont disparaître, dit Jurek d’une voix mesurée. Et Rebecka, la femme de Samuel, va disparaître. Mais… Non, écoutez-moi, Joona Linna. La police va enquêter et quand elle abandonnera, Samuel va poursuivre les recherches, mais il finira par comprendre qu’il ne reverra jamais sa famille et il se donnera la mort.

(Le marchand de sable)

Je dois dire que je n’ai pas trouvé très habile de la part des auteurs d’avoir encore une fois recours à ce grand ennemi ; Jurek Walter est comme Sauron ou Voldemort, il revient toujours… et il recrute des disciples qu’il endoctrine ! C’est un peu éculé comme concept, non ? Bien sûr, cela fonctionne.

Cette fois encore, personne ne croit Joona Linna : on pense qu’il est devenu paranoïaque, il sort de prison, il a sûrement une case en moins !  Cela devient un running gag, à ce stade, mais passons… Et malgré l’évidence qui se profile, personne au sein de la police ne prend les bonnes décisions, multipliant les erreurs qui vont permettre au tueur….de tuer, donc.

Les détails sont toujours aussi sordides, avec Jurek Walter qui enterrent les gens en les maintenant vivants. Il a maintenant un acolyte nommé Beaver qui pourrait être intéressant – et dont on va évidemment entendre parler dans le prochain livre – mais qui n’est guère développé. Pourquoi est-il si instable ? Pourquoi s’est-il laissé recruter par Walter ? On ne sait pas. Il y a très peu d’indices. On nous flanque cela comme une évidence (Jurek le recrute, point).  C’est un peu maladroit et à la limite de l’incohérence.

Pour les points positifs parce que j’ai l’air de tout démonter mine de rien :
on retrouve un très bon découpage de chapitres, des scènes courtes, bien documentées, un rythme qui se maintient tout du long.

Les personnages  (Joona Linna, sa fille Lummi, Saga Bauer, sa soeur… et même des personnages secondaires) sont toujours très bien décrits, avec suffisamment d’épaisseur pour être crédibles.

Pour le plus négatif :
une tendance au porno qui se s’accentue avec une scène  lors du tournage d’un film X du point de vue d’ une actrice dont on se demande encore l’utilité. Je n’en vois aucune sinon la complaisance pour les scènes de sexe décrites par le détail (et dont on se passerait, surtout avec des remarques dignes d’un porno lourdingue dont je vous passe les citations mais qui m’ont bien agacées à la lecture). Je n’ai rien contre les scènes de sexe mais quand elles sont utiles pour l’intrigue ! Et aussi quand on peut éviter les phrases sorties de 50 nuances de Grey … 

Une lecture finalement mitigée puisque j’ai été tenue en haleine (je voulais vraiment savoir où tout cela nous menait) mais qui ne m’a pas rassurée sur le chemin que prend la série. Dommage parce que j’avais plutôt de la sympathie et de l’indulgence pour les enquêtes de Joona Linna….

 

 

Lu à l’occasion de l’opération Masse Critique – merci à Babelio et aux éditions Actes Sud  » Actes Noirs » 

Transbordeur : photographie, histoire, société

Transbordeur photographie, histoire, société est une très belle revue consacrée à la photographie dotée d’une iconographie très bien mise en valeur et d’articles techniques richement documentés.

« Les images existent par l’effet cumulé des dispositifs d’enregistrement et de visionnage, d’exposition en petit et grand format, de stockage, de flux et de masse, d’encodage et de surcodage, des mécanismes économiques et juridiques de leur valorisation, des agences, des archives, des institutions patrimoniales ou pédagogiques qui leur donnent leur utilité en tant que technique culturelle » (p. 5).

 

Au fil de plus de 230 pages, cette revue, dont le titre s’inspire du pont transbordeur, présente au lecteur un éventail choisi  des études photographiques de notre époque tout en axant ses articles sur le côté technique, faisant le lien entre passé et présent.
Il s’agit non seulement d’un très bel objet mais aussi d’une mine de renseignements et d’études.

« Les éditions Macula ont conçu un objet de haute qualité esthétique et magnifiquement illustré grâce au soutien de plusieurs institutions et mécènes. Cette première livraison a pour objet les Musées de photographies documentaires. Elle est issue d’un colloque organisé par les universités de Lausanne et de Genève. En une quinzaine de textes, elle propose un panorama des principaux projets et institutions européennes consacrés à l’archivage photographique depuis le XIXe siècle, ainsi que quelques essais sur des thèmes particuliers comme « Fasciner l’attention. Le chromatrope et le pouvoir suggestif de la couleur en France au XIXe siècle » (p. 134-149) d’Alessandra Ronetti, ou « Frank Bunker Gilbreth : La normalisation comme art de vivre » (p. 150-165) de Bernd Stiegler. »

(source)

 

 

Revue Transbordeur. Photographie, histoire, société, éditions Macula, 2017, numéro 1, 236p  

Site des éditions Macula

Merci à Babelio Masse critique 

 

Maintenant – Mamadou Mahmoud N’Dongo

C’est une écriture que j’ai découverte avec cette trilogie théâtrale: celle de Mamadou Mahmoud N’DongoUne écriture, courte, aux phrases morcelées, en forme de coup de poing ou de coeur, qui donnent un rythme formidable.
Au fil de ces trois pièces, les thématiques (cause des femmes,  l’exil, les origines, les relations hommes-femmes, et bien d’autres )  se répondent, les trajectoires de vie, les dialogues, les bruits de la ville, des fragments comme les morceaux d’un puzzle qui se reconstitue peu à peu. Il y a une véritable musique, une scansion dans l’écriture de N’Dongo.
Dans Bruits blancs, une fiction radiophonique,  il met en perspective les attentats du 13 novembre et le Dialogue des Carmélites de Bernanos (l’auteur en parle dans l’interview ci-dessous). Le résultat est brillant.
Different maps est le texte du premier film tourné par l’auteur

 

Cela a été un bonheur de découvrir  cet auteur et je remercie au passage Babelio/ Masse critique et les éditions de la Cheminante (Sylvie Darreau). 

«J’aime tout simplement changer de thèmes, j’ai envie de m’intéresser à tout», explique Mamadou Mahmoud N’Dongo. »

 

Résumé : Mamadou Mahmoud N’Dongo aborde dans cette trilogie théâtrale Maintenant éditée à La Cheminante les événements de ses dernières années, donnant à entendre dans Bruits blancs le chœur des passagers d’un taxi, un jour de novembre, avant, pendant et après les attentats de Paris.

Dans Maintenant que je me suis habituée à ta présence– en collaboration avec l’artiste suisse Nina Willimann -, l’identité féminine est explorée en relation avec les notions de nation, histoire, culture et genre.

Et Different Maps offre une lecture contemporaine de l’amour d’Orphée pour Eurydice…

Les bruits, fureurs et silences du présent sont au rendez-vous de cette dramaturgie où la profondeur du regard de l’auteur rend palpable la nécessité d’être au monde en conscience.

Pour finir, je vous propose de découvrir Different Maps:

Nouveaux contes du Limousin – Baranger/ Phelipon

 

C’est dans le cadre du dernier Masse critiques Babelio que j’ai reçu ce bel album de contes paru aux Ardents Editeurs.

 

Les légendes, dit-on, ont toujours un fond de vérité. Pour pénétrer les mystères cachés, oubliés entre les bois, les rochers et les eaux, il vous faut écouter les secrets enfouis que murmurent la terre, le vent ou la pluie. 
Telle une partition à quatre mains, le texte et l’illustration s’enlacent et invitent le lecteur à rejoindre l’univers du conte en un hymne à un « pays » propice aux légendes réinventées.

 

Etant friande de contes et de légendes, je me suis penchée avec joie sur cet album jeunesse. Si les contes sont un peu courts, je pense qu’ils conviendront aux plus jeunes…
Les illustrations colorées sont pleines de fraîcheur et de magie. Un moment agréable !

 

 

 

 

 

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