Premières lignes — 17 janvier

 » Le prince Tzsayn contemplait Rossarbe du haut des remparts du château.
La ville s’étendait dans la pénombre en une nappe de toits d’ardoise et de cheminées, bordée par les contours flous du mur d’enceinte sur lequel étaient postés quelques centaines de ses meilleurs soldats. Au-delà de la cité, au sud, la campagne était illuminée par les milliers de torches des forces brégantines.  » (suite)

Les Premières lignes de cette semaine sont celles d’une suite, le deuxième tome des Voleurs de fumée .

Si le premier tome prenait un peu son temps afin d’introduire les différents personnages — chaque chapitre, assez court,  donnant la parole à l’un d’entre eux — cette suite, intitulée Le monde des démons démarre très vite et ne faiblit pas un instant dans le rythme. Attaques, poursuites, amours, trahisons, amitiés, rencontres, voyages, trahisons à nouveau, les rebondissements sont nombreux et toujours judicieux. On en apprend également bien plus sur les fameux démons qui produisent la fumée (considérée comme un drogue, et pour cause…). Cette fois, on a un aperçu du monde dans lequel ils vivent et une idée de leur origine (ce qui confirme mon hypothèse, d’ailleurs, mais chut…).
Les personnages sont de plus en plus développés. Les interactions entre les uns et les autres n’en sont que meilleures.
Décidément, cela se confirme : Les voleurs de fumée de Sally Green est une très bonne série fantasy YA.
Le tome 3 vient de paraître en France… (A feu et à sang)

Les voleurs de fumée - Tome 2 - Le monde des démons

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Premières lignes — 11 janvier

Premières lignes 

 » Peu après la mort d’Hippolito dont il était l’élève, Vishbume sollicita un poste similaire d’apprenti auprès du sorcier Tamurello mais essuya un refus. Il offit alors de vendre un coffret contenant des objets qu’il avait emportés de chez Hippolito. Tamurello y jeta un coup d’oeil et ce qu’il vit éveilla suffisamment son intérêt pour qu’il paie le prix de Vishbume. « 

La perle verte est le second tome de la trilogie Lyonesse, débutée avec Le jardin de Suldrun . Une fois encore, Jack Vance entame le roman par un flash-back qui nous relate les origines de la vapeur verte, issue des machinations des sorciers (Tamurello, Desmeï, Vishbume) ainsi que la façon dont celle-ci se transformera en une perle bien ennuyante…
Puis, nous retrouverons à nouveau Aillas, plongé dans les complexités de la politique. Il doit faire face aux attaques des Skas, sur lesquels il a une revanche à prendre puisqu’il a été leur esclave dans le premier tome. De même, le roi Casmir, père de l’infortunée Suldrun, continue ses manigances afin d’exercer son autorité sur toutes les Isles Anciennes. Lui aussi, Aillas aimerait bien le confondre…voire prendre une légère revanche.
Mais, au cours de ce tome, Aillas apprend aussi peu à peu à connaître son fils Dhrun qui a grandi auprès des fées et pour qui le temps ne s’est pas écoulé de la même façon que les humains. Ainsi, le père et le fils n’ont que peu de différence d’âge, ce qui trouble bon nombre de gens.
Quant à Casmir, il ne comprend plus le sens de la prophétie qui prétend que le fils de Surldrun règnera sur les Isles Anciennes. Il ne connaît à sa fille défunte que la jeune princesse Madouc, une étrange fillette. Lorsqu’il apprend qu’elle est en fait une enfant fée, il préfère garder le secret et envoyer des espions afin de découvrir la vérité… trouvera-t’il ? Le roi Casmir est retors et son réseau d’espionnage paraît bien rôdé.
Tout se complique. Les intrigues se resserrent.
Et pourtant..
Pourtant, j’ai trouvé à la relecture, que ce roman n’était  pas forcément le plus passionnant des trois, malgré les péripéties qui se succèdent. Il me semble que j’avais déjà eu la même remarque lors de ma première lecture.
Aillas lancé à la poursuite de la jeune noble ska, Tatzel, est peu crédible. On se demande pourquoi il semble aussi obsédé par la fille de son ancien geôlier. D’ailleurs, il a quand même très vite oublié son grand amour, Suldrun. A ce sujet, la pauvre Suldrun reste le personnage le plus maltraité de cette saga puisque Vance se débarrasse vite d’elle et que personne ne semble la pleurer.
Tatzel ne fait pas long feu non plus — c’est à se demander à quoi elle sert, en fin de compte. Servir de love interest à Aillas ? On a du mal à le croire.
Quant à Shimrod, le magicien, et à ses démêlés avec Mélancthe, l’avatar de la sorcière Desmeï, ce n’est guère plus passionnant mais plus plausible, car la sorcellerie est en oeuvre. Même si Shimrod est un peu amoureux de Mélancthe,  il est surtout sous l’effet d’un charme, plus que sous l’effet de ses charmes.
Il reste que les personnages féminins de type Mélancthe (même si elle n’est pas « réellement humaine »), ou de type princesse Suldrun ou même Tatzel, restent des figures particulièrement passives — et fades. On aimerait qu’elles agissent, non qu’elles se laissent porter par les événements ou se laissent contrôler par autrui (i.e : des hommes).
(– à noter : je passe sur les phrases paternalistes, à la limite misogynes et bien datées, que j’avais déjà notées il y a fort, fort longtemps lors de ma première lecture, du type : « je vous aime, vous ne m’aimez pas,  dois-je vous prendre par la force ? »… — ).
Là résident donc pour moi les points faibles, notables surtout dans La perle verte. Pour le reste, le monde des fées, les artefacts magiques, l’aspect conte, les trames entrecroisées toujours bien menées, les incursions dans les  univers extra-dimensionnels comme Tanjecterly, tout cela est délectable. Et pour nuancer ce que je disais ci-dessus, le personnage de Glyneth qu’on a appris à connaître dans le premier tome, est loin d’être une petite chose passive…
Un tome un peu plus  en demi-teinte qui ne s’essouffle pas, pour autant.
pp5221-1986

Merci aux éditions Le Livre de Poche Imaginaire 

Le Cycle de LyonesseLa Perle verte (Lyonesse, Tome 2)

Résumé : Il régnait alors, sur les terres des Isles Anciennes, chaos et infortune. Aillas de Troicinet, désormais roi de l’Ulfland du Sud, devait guerroyer contre les Skas, qui jadis l’avaient réduit en esclavage, et contre l’ambition du roi Casmir, qui rêvait toujours d’étendre son empire au-delà de Lyonesse. Mais, selon une ancienne prophétie, seul le fils de Suldrun parviendrait à unifier l’ensemble des Isles Anciennes ; Suldrun qui, avant de disparaître, n’avait enfanté qu’une fille… Cependant, le monde de la magie menaçait de peser sur l’issue des conflits : la malice de la sorcière Desmëi s’était concentrée sous la forme d’une perle verte, semant luxure, envie et mort.

 

Première lignes — 3 janvier 2022

Et voilà les premières premières lignes de cette année

 » Tout commence pour Lyra dans une aube incertaine. Avant même  l’aurore, au coeur d’un tout petit village, quelque part sur une île en Egée que l’on nomme Psili. Nuit s’est alanguie la veille dans le murmure des chênes et la respiration pierreuse de l’écume sur la plage de galets. Dans les odeurs fécondes du soir descendant des collines portées par les trilles calmes et têtus des grillons. « 

Nous voici en Grèce, plusieurs années après la guerre de Troie et nous allons suivre le parcours de trois amies, trois jeunes filles devenant des femmes, qui ont grandi ensemble : Lyra, chasseresse qui déteste l’idée de se retrouver mariée bientôt à un balourd du village ; Agamê, grande, puissante, forte, emplie de colère et prête à en découdre : et enfin Ényô, une orpheline qui a grandi un peu en dehors du bourg, en semi-sauvage, et qui parle aux esprits. Les trois adolescentes décident une nuit de célébrer Dionysos au coeur de la forêt, en ménades, donc.  Au matin, revenant au village, elles découvrent qu’il a été pillé et incendié. Pire :  certains habitants ont été sauvagement assassinés. Le  reste de la population a  été enlevée, en esclavage. Les trois amies font le nécessaire pour les défunts puis décident de partir à la poursuite des ravisseurs et de délivrer leurs proches. S’ensuit une quête digne de celle d’Ulysse. Les trois amies vont même marcher sur ses traces puisque leur voyage (initiatique, évidemment) les mènera par exemple près du cyclope Polyphème (toujours furieux contre Ulysse). Nous les suivons avec sympathie dans ce parcours ponctué de créatures mythologiques (le Minotaure est là) qui leur permettra de dépasser leurs frayeurs et de se découvrir elles-mêmes, voire de se dépasser.
C’est un beau récit, empli d’imaginaire, donnant la parole aux jeunes femmes (de vrais personnages bien construits).
J’aurais pu adorer mais le style poétique devient souvent trop lourd et ampoulé. Cela donne un résultat parfois indigeste (trop, pour ma part, mais ce n’est que mon avis ; d’autres le trouveront peut-être que c’est une écriture magnifique). Au bout d’un moment, j’ai eu du mal, je dois le dire et même si j’avais très envie d’adhérer à ce voyage, je me suis lassée. Peut-être pas la bonne lecture au bon moment.
En tout cas, si vous aimez l’Antiquité, la mythologie et les personnages féminins captivants, c’est à lire.
Ce n’est pas aussi puissant que… » Circé « , , mais c’est un roman à envisager. (ah et la couverture est superbe).

Les Ménades par Texier

Résumé : Mer Egée, une génération après la chute de Troie. Parties se livrer à des rites dionysiaques, trois jeunes filles marginales échappent au raid des pirates venus enlever tous leurs proches. Les apprenties ménades décident alors de tout quitter dans l’espoir de pouvoir libérer les leurs lorsque les pirates les auront vendues comme esclaves. Or, ces guerriers originaires de Thèbes s’avèrent avoir un but : poursuivre l’étrange mage échoué sur l’île des trois jeunes filles et qui les a initiées au délire.
De la prison du minotaure jusqu’aux terres des cyclopes et aux palais marins des naïades, cette quête entreprise par les ménades aux confins de la Méditerranée les mènera à découvrir la véritable nature du mage et la raison de la haine que lui vouent les Thébains, mais surtout à se découvrir elles-mêmes à travers les épreuves, jusqu’à atteindre liberté et connaissance de soi.

 

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Premières lignes — 27 décembre

Les dernières premières lignes de 2021 

 » Les filles n’étaient jamais là pour les entretiens d’admission. Seulement leurs parents, tuteurs, frères et soeurs déconcertés qui désiraient tant  les aider sans savoir comment s’y prendre. il aurait été trop difficile pour les élèves potentiels de rester assis à écouter  les personnes qu’ils aimaient le plus au monde — dans ce monde, en tout cas — taxer leurs souvenirs d’illusions, leurs expériences de fantasmes, leur vie de quelque maladie incurable.  »

Ce très court roman (cette novella) tient un peu du genre de l’isekaï sauf qu’il est question du retour du personnage qui a voyagé dans un monde parallèle et de ce qui se passe ensuite. On pense parfois à Alice aux pays des Merveilles (isekaï occidental) ou à Narnia (qui est cité), avec un ton bien plus … cruel et terrible lorsque des meurtres apparaissent.
L’intrigue prend place dans l’école d’Eleanor West, un lieu inclusif qui  accueille uniquement des enfants/adolescents qui ont une particularité : ils ont un jour trouvé une porte, ont passé du temps dans un univers parallèle/magique mais pour diverses raisons, en sont revenus. Leur désir ? Y retourner.
Malheureusement, les portes ne semblent pas s’ouvrir si facilement une deuxième fois. Pire : ceux et celles (surtout : celles car il y a une majorité de filles) qui ont passé des portes risquent fort de ne jamais pouvoir le refaire. En effet, quand une porte est perdue, elle a peu de chances de réapparaître.
Leurs familles pensent que leurs enfants ont de sérieux problèmes et qu’ils doivent être « réadaptés » à ce qui est le monde réel, les autres mondes n’existant pas.
Eleanor West, la directrice, elle sait qu’ils n’inventent rien : elle a connu la même expérience.
Nancy arrive dans cette étrange école, d’un monde souterrain ressemblant à celui d’Hadès et de Perséphone (il y a un clin d’oeil  à la grenade, le fruit que mange Perséphone aux Enfers). Elle apprend peu à peu à se lier, à se faire des amis.
Et tout à coup, d’atroces meurtres commencent…
Même si le format est court (trop, on aimerait en lire plus), toute l’histoire est passionnante. Les personnages sont vraiment excellents, autant les principaux que ceux qui apparaissent au fur et à mesure.
Il y a un côté inquiétant et un peu dégoûtant/gore — quand on sait que l’autrice qui a écrit Les portes perdues est celle qui a signé Feed, avec les zombies (sous le pseudo Mira Grant).
Ce roman est donc un  tome 1 du cycle Les Enfants Indociles (donc, chic, on en aura d’autres ! ). Il est  intéressant aussi pour sa dimension inclusive qui n’est pas là pour faire semblant ( ou artificielle comme dans certains romans ) . On trouve par exemple, de vrais personnages féminins mis en avant ;  un personnage transgenre tout en nuances ; ou une asexuelle.
Tous les personnages trouvent leur place.
Une vraie belle découverte — et j’ai hâte de lire d’autres tomes.

Les portes perdues par McGuire

Résumé : Dans l’obscurité de leur chambre, sous leur lit, même derrière une armoire, les enfants descendent le terrier du lapin blanc et réapparaissent… ailleurs. Mais les pays imaginaires n’ont que faire de prodiges fatigués.
Nancy y a fait un tour, puis elle en est revenue. Les choses qu’elle y a vécues l’ont changée à jamais. Les élèves qu’Eleanor West accueille au sein de son école le savent d’ailleurs très bien. Chacun d’entre eux doit se réadapter à ce monde et finit souvent par chercher un moyen de rejoindre le lieu de ses rêveries.
Pourtant, dans cette institution qui existe pour les protéger, une ombre se cache derrière chaque pan de mur. Très vite, les meurtres s’enchaînent. Alors, pour survivre, Nancy et ses nouveaux camarades doivent trouver le coupable.

 

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Premières lignes — 20 décembre

Premières lignes 

 » Par un triste jour d’hiver, où la pluie tombait à verse sur la ville de Lyonesse, la reine Sollace ressentit les premières douleurs de l’enfantement. Elle fut conduite à la salle de travail et prise en charge par deux sages-femmes, quatre servantes, le médecin Balhamel et la vieille toute ridée nommée Dyldra, qui possédait une grande science des herbes et que d’aucuns tenaient pour sorcière. Dyldra était là par la volonté de la reine Sollace, qui trouvait plus de réconfort dans la foi que dans la logique.
Le roi Casmir fit son apparition. Les soupirs de Sollace devinrent des gémissements et elle planta ses doigts crispés dans son épaisse chevelure blonde. Casmir regardait depuis l’autre bout de la pièce. (…) Il s’adressa à Blahamel :
 » Quels sont les signes ?
— Sire, il n’y en a pas encore.
— Il n’existe pas de moyen de deviner le sexe ?
— A ma connaissance, aucun. « 

Ainsi s’ouvre la trilogie de Lyonesse, avec ce premier tome qui paraît  de prime abord consacrée à une princesse nommée Suldrun, fille du sévère roi Casmir et de la reine Sollace, souverains d’un royaume des Isles Anciennes.  Les Isles Anciennes ? Il s’agit d’un ensemble de terres situées quelque part entre l’Irlande, la Bretagne, l’Aquitaine et la Galice. Elles auraient disparu, à la manière de  l’Atlantide. En début de volume, on trouve un arbre généalogique qui rattache les familles des Isles Anciennes au roi Arthur, dont il serait donc un lointain descendant.  La référence à Avalon est présente et la magie aussi ainsi que diverses créatures des légendes et de la mythologie celtiques. Comme dans tout conte de fées, c’est avec la naissance de la princesse que tout débute ; Jack Vance y place même une sorte de sorcière, la vieille Dyldra,  qui est censée porter malheur au bébé à naître.
En grandissant, Suldrun ne trouve l’épanouissement que dans la solitude de son jardin (d’où le titre : Le Jardin de Suldrun). Autour d’elle, les complots et les manigances politiques vont bon train. Son père Casmir cherche à la marier afin d’agrandir sa puissance et de créer des alliances. Il se met en guerre contre plusieurs royaumes dont celui du Troicinet.
De même, au Troicinet, le prince Aillas connaît malgré lui bien des déboires et au cours d’un voyage en mer, son cousin le flanque par-dessus bord, croyant se débarrasser de lui. Aillas dérive, ne se noie pas. Il est recueilli et sauvé par Suldrun. Les deux jeunes gens se connaissent de vue (les Isles Anciennes sont un tout petit monde). Mais ils ont bien grandi depuis le jour où ils se sont croisés, enfants.
Arrive ce qui doit arriver dans tout conte : les deux jeunes gens tombent amoureux, se marient en secret,  connaissent des dangers (le roi Casmir découvre le pot aux roses, emprisonne Aillas). Suldrun tombe enceinte et refuse d’avouer à son père qu’elle a eu un enfant !
Beaucoup de misères, beaucoup de rebondissements.
Finalement, l’histoire d’Aillas et Suldrun n’occupe qu’une petite partie du roman. Car Jack Vance nous permet également de suivre les manigances des magiciens/sorciers qui font la pluie et le beau temps. On suit aussi des fées dans leur royaume, des histoires de changelins, ces enfants échangés contre des enfants-fées à la naissance. Le livre fourmille de personnages et de rebondissements, d’aventures et de magie, de machinations, de créatures souvent très cruelles (ex: l’ogre ne se contente pas de manger les enfants, il viole les jeunes filles pubères). Mais on ne reste jamais dans le drame.  Car l’humour ne manque pas. La féerie est présente partout.
Une chose est certaine : on ne peut pas s’y ennuyer.
C’est du Jack Vance inventif, créativité, truculent.
Un premier tome ébouriffant qui donne envie de lire les suivants.

Le Jardin de Suldrun (Lyonesse, Tome 1)
Pour moi,  ce n’est pas une découverte  mais une relecture que j’ai faite grâce au Livre de  Poche Imaginaire. 
Je ne dirais jamais assez combien  il faut lire Jack Vance 😉 C’est fascinant.

Résumé : Autrefois, sur des îles aujourd’hui englouties sous les flots de l’océan Atlantique, s’étendait une contrée où le royaume de Faërie vivait en harmonie avec celui de la chevalerie, un monde de magnificence, d’aventure et de sombre magie. De ces Isles Anciennes, jadis, les ancêtres d’Arthur Pendragon s’étaient élancés pour atteindre les côtes de l’Angleterre. Là vivait Suldrun, une princesse dont la beauté mélancolique déchaînait toutes les convoitises et pourrait servir l’ambition sans limite de son puissant et malfaisant géniteur, le roi Casmir de Lyonesse. Et, un beau jour, elle vit surgir des eaux déchaînées le corps presque sans vie du prince Aillas de Troicinet…

 

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Premières lignes — 6 décembre

Premières lignes 

 » Ma vie s’est réduite à des fragments flottants en noir et blanc, mais je me rappelle en couleurs les instants avec Jack, dans une brume de rouge, jaune et bleu vif. Des détails sensoriels. Le son de sa voix. Son odeur, comme un forêt en hiver. Je le vois couché près de moi, son visage éclairé par la lune. Sa main tient la mienne, et tout mon corps est chaud, malgré le froid. Je sens son souffle sur ma peau. 
Je n’oublie pas tout cela. 
J’avais dit à Jack de garder ses distances. Il te fera souffrir, lui avais-je dit. Il prendra ce à quoi tu tiens le plus. Il le fera avec un sourire, et puis il fumera une cigarette. 
Jack ne m’a pas écoutée. 
Mais je brûle les étapes. Je vais directement à la fin, alors que pour comprendre la vérité, il faut commencer par le début. »

En effet, pour comprendre la fin de ce roman, il m’a fallu relire le texte placé en exergue  et écrit en italique. Car  ce sont ces épigraphes, exprimant le point de vue de l’un des personnages (Ava) qui donnent la clé de ce thriller haletant (la fin étant le début, pour ne pas en dire plus).
Revenons donc au début.
Le Fracas et le Silence (Where Beauty There Is ), premier opus de Cory Anderson, est sorti à la fois en collection adulte chez Fleuve et en YA chez PKJ (l’édition que j’ai reçue).

Le fracas et le silence par Anderson

D’entrée, le ton est donné : la mère de Jack, l’aîné et de son jeune frère, Matty, se suicide. Les frères sont seuls, leur père purgeant une peine de prison. Jack va tout faire pour éviter de se trouver séparé de Matty par les services sociaux. Mais il manque de tout : d’argent, pour commencer. Et vu la réputation de ses parents, personne ne veut lui confier un petit boulot après les cours. Matty se fourre dans les ennuis, les gros. Il va finir par accepter l’aide d’Ava (la voix des épigraphes, le fil rouge du roman), sans savoir qu’elle est la fille de celui qui autrefois a trahi son père. A partir de là,  ce ne sont plus de gros ennuis qui attendent Ava, Jack et Matty, c’est une succession de catastrophes.
Cory Anderson a signé un roman noir aussi sublime que terrifiant, sans concession, qui fait penser à certains films  : « No country for old men »au hasard – le fait qu’elle ait appelé le père d’Ava, le psychopathe, Bardem doit jouer un rôle dans mon choix, je pense.
La nature glacée joue un rôle fondamentale dans son livre. C’est un personnage à part entière.
De même, elle a su construire habilement une narration ingénieuse avec la boucle dont je parlais au début. Les chapitres sont numérotés dans l’ordre croissant jusqu’à un certain point, suivant le point de vue du jeune Jack puis, tel un pivot, on trouve le poème qu’évoque Ava : Invictus  de Henley. Bien sûr, ce poème n’est pas cité par hasard, ni pour faire joli. Il est cité à un moment-clé  en lien avec le crescendo dramatique (que je ne vais pas révéler sans dévoiler toute l’intrigue du thriller).
Puis, le roman bascule sans qu’on y prête attention à première vue, tant on est pris par les péripéties. Pourtant, les chapitres sont à présent numérotés dans l’ordre décroissant. Et c’est le point de vue de Jack que nous lisons. Le point de vue d’Ava restera toujours jusqu’à la fin visible grâce aux épigraphes. Jusqu’à la fin ? Mais est-ce bien la fin ? Ou doit-on rembobiner le tout ?
Ce livre est intelligent, vraiment. Malgré quelques petites incohérences dans le réalisme des situations (ex:  Jack réussit à tromper le surveillant pour voir son père en prison  en mentant sur son âge alors qu’il montre son permis de conduire… où se trouve sa date de naissance ? Hum… ), tout est bien admirablement bien ficelé, avec une écriture rapide et parfois poétique, surtout dans l’évocation de la nature. Les thèmes peuvent paraître durs (suicide, pauvreté, traîtrise, maltraitance d’enfants, drogue, etc…) et c’est la raison pour laquelle il s’agit bien de YA, voire de roman pour adultes et pas d’un livre « jeunesse » (13 ans et + pour PKJ éditions).
Mais je dois dire que si Cory Anderson continue sur cette voie, elle va être une autrice à surveiller …
Pour les amateurs et amatrices de romans noirs, thrillers, livres palpitants. Je le conseille vivement. C’est une réussite.
Merci encore à Babelio et aux éditions PKJ 

Résumé : C’est l’hiver, quelque part dans l’Idaho. Le ciel est noir et il fait un froid à fendre les os.
Jack, dix-sept ans, n’a plus d’espoir, plus d’avenir, personne sur qui compter. Hormis son petit frère Matty, pour lequel il serait prêt à se sacrifier. Depuis la mort de leur mère, leurs ressources sont de plus en plus réduites. Jack n’a plus le choix : pour éviter de devoir confier son frère à un orphelinat, il doit trouver l’argent sale qui a envoyé son père en prison.
Ava a le même âge. Sa vie n’est que solitude, secret, silence. Son père, qui lui a appris à n’aimer personne, à ne faire confiance à personne, est sur les traces du même butin que Jack. Quand le chemin des deux familles se croise, Ava doit faire face à un dilemme : garder les secrets de son père ou aider les deux frères à survivre…

Premières lignes — 29 novembre

Premières lignes 

« Arcadia Darell déclama d’une voix ferme dans le micro de son transcripteur :
« L’avenir du plan Seldon, par A. Darell. »
Puis elle songea non sans amertume qu’un jour, lorsqu’elle serait devenue une grande écrivaine, elle pourrait enfin se permettre de signer tous ses chefs-d’oeuvre du pseudonyme d’Arkady. Arkady tout court. Juste le prénom. « 

Dans la série « Je relis mes classiques », Fondation, la suite, ép.3. A ce sujet, j’ai aussi Dune en réserve ;   il faut que j’écrive la/les chroniques (après avoir vu le film de Villeneuve,  j’ai relu jusqu’au Messie mais je fais un break, il y a pas mal de nouveautés dont j’aimerais parler).

Ce troisième tome intitulé Seconde fondation rassemble deux longues nouvelles qui viennent clore ce premier triptyque, La Quête du Mulet et La Quête de la Fondation.
Dans la première quête, le Mulet qui est désormais tout puissant recherche la Seconde Fondation. Rappelons que selon le Plan Seldon,  la  Première Fondation  (celle que l’on connaît comme la Fondation) doit ignorer l’existence de la Seconde Fondation, cachée et  très différente  de la Première, qui elle,  doit tout faire pour fonder un nouvel empire.
Mais, avec l’apparition du Mulet, la Seconde Fondation a dû intervenir. Tout au long de la nouvelle, on assiste aux manigances du Mulet et aux manipulations de la Seconde Fondation. Qui va réussir à duper qui ?
C’est un peu embrouillé au final puisqu’on reste sur sa faim. (« Ah, c’est tout ? »)
Quelques années plus tard, le Mulet meurt. Passent encore des années.  C’est à cette période, sur Terminus, que commence la nouvelle suivante qui apporte une touche de fraîcheur bienvenue,  introduisant un jeune personnage Arcadia Darell, la petite-fille de Bayta (LE personnage féminin du tome 2 et pour l’instant, le seul). Grâce à Arcadia, on vit véritablement cette aventure en immersion,  on voyage, et donc, on se fait aussi duper par moments. Qui cherche la Seconde Fondation ? Qui espionne qui ? Asimov est au sommet de son art.
C’est une nouvelle habile, vivante, touchante et bien menée, l’une des meilleures à mon sens.
Quant à savoir où se trouve la Seconde Fondation, ce n’est pas moi qui irait le révéler…

Fondation 3

Résumé : Conçue par le psychohistorien Hari Seldon pour restreindre l’ère de chaos résultant de la décadence de l’Empire galactique, la Fondation est désormais aux mains du Mulet, un mutant imprévisible capable de manipuler les esprits et d’imposer sa volonté à quiconque. Avec ses pouvoirs et les immenses ressources que lui procure la Fondation, il s’est donné pour objectif d’étendre sa domination aux ultimes vestiges de l’Empire défunt.
Mais déjà une nouvelle légende prend forme : il existerait une Seconde Fondation, consacrée aux sciences mentales, œuvrant de façon occulte pour garantir l’accomplissement des desseins du légendaire Hari Seldon…

 

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Premières lignes — 22 novembre

Premières lignes 

 » Le premier aperçu que Bayta eut d’Oasis fut tout sauf spectaculaire. Son mari dut la lui montrer du doigt ; une étoile terne, perdue dans le désert de la frange galactique.   Elle luisait faiblement par-delà les ultimes amas clairsemés d’étoiles, en compagnie de quelques points lumineux qui, ici et là, parsemaient chichement l’immensité vide du ciel. En dépit de ce modeste voisinage, on peinait tout de même à distinguer sa lueur falote, frêle. « 

Je continue ma relecture de Fondation. (1)

Un petit rappel en ce qui concerne Fondation : les nouvelles qui composent les trois premiers tomes  ont été publiées entre 1942 et 1950 dans  la revue  Astounding Sciences Fiction. C’est une maison d’édition indépendante (Gnome Presse) qui  publie les différentes nouvelles, composant Fondation en trois tomes : FondationFondation et Empire et Seconde Fondation. Lorsque Doubleday rachète les droits à Gnome Presse en 1961 et édite à nouveau Le Cycle de Fondation en un seul volume cette fois. Asimov ne croit plus à sa série (« Ça ne m’intéresse pas, Tim. Je n’ai jamais rien touché sur ces bouquins » dit-il au directeur littéraire de Doubleday).
Mais Fondation est enfin reconnu,  et 1966, à la grande surprise d’Asimov,  le prestigieux prix littéraire Hugo de la Meilleure Série de Sciences Fiction de tous les temps est décerné à Fondation. A la suite de ce succès, Asimov écrira les deux derniers volumes de la séries.

Fondation 2
Fondation et EmpireFoundation and Empire ) est le deuxième tome du cycle. Il est constitué de trois nouvelles. L’Empire est en plein déclin et la Fondation, quant à elle, est devenue une puissance redoutée. On en vient même à penser qu’elle abrite des magiciens. Car Seldon avait raison (Hari Seldon a toujours raison, pourrait-on penser à ce stade), et la psychohistoire est une réussite.
La première nouvelle se concentre sur l’histoire de Bel Riose (que j’ai j’ai toujours eu tendance à orthographier : « Bielle Rose », le pauvre), un général qui veut le pouvoir avant tout.
Ce n’est pas ma nouvelle préférée, je l’avoue. Il m’a toujours semblé qu’elle était assez facile, pas suffisamment complexe. Asimov tente de tisser des liens entre certains personnages et d’anciens marchands légendaires que nous avons croisés mais tout cela reste un peu artificiel.
Le reste du livre, lui, est passionnant car il introduit à la fois le premier personnage féminin important, Bayta Darell. Même si elle n’est que l’épouse de…. et si elle se conforme aux codes de l’époque (la nouvelle date quand même des années 1940), elle présente des facettes très intéressantes. Car c’est elle qui s’oppose au grand méchant de l’histoire, à celui que Seldon n’avait pas vraiment prévu : le Mulet.
Le Mulet est un mutant aux capacités psychiques étonnamment puissantes qui va mettre en péril la Fondation. Pire : personne sur Terminus, la planète des Fondateurs, ne prend au sérieux cette menace.
Les nouvelles Le Mulet et Le Clown font partie des grandes réussites d’Asimov. L’auteur nous mène en bateau comme rarement (la première lecture est souvent bluffante). Un vrai tour de passe-passe — mais je n’en dis pas plus.
Avec Fondation et Empire, on sent que le ton est plus mature, que tout se complexifie. Et cela se vérifiera dans le tome suivant. 

Résumé : Tandis que les crises qui secouent l’Empire redoublent de violence et annoncent son effondrement définitif, la Fondation créée par le psychohistorien Hari Seldon pour sauvegarder la civilisation devient de plus en plus puissante, suscitant naturellement convoitises et visées annexionnistes. En tout premier lieu, celles de Bel Riose, jeune général qui voit dans les secrets détenus par la Fondation le moyen de monter sur le trône.
C’est alors qu’apparaît un mystérieux et invincible conquérant, surnommé le Mulet, que le plan de Seldon n’avait pas prévu…

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Premières lignes — 15 novembre

Premières lignes 

 » J’écris ces mots assise dans l’évier de la cuisine. Ou plutôt, les pieds dans l’évier ; car le reste de mon corps est sur l’égouttoir où j’ai posé la couverture du chien et le couvre-théière. je ne peux pas dire que ce soit très confortable, surtout avec cette odeur déprimante de savon au phénol, mais c’est le seul endroit de la cuisine qui bénéficie d’un peu de lumière naturelle. Et puis je  me suis aperçue qu’écrire dans un lieu inhabituel peut se révéler fort productif : j’ai écrit mon meilleur poème perchée sur le toit du poulailler. « 

Ce roman est signé Dodie Smith.  Si le nom ne vous dit pas grand chose, je dois dire que, d’emblée, « Le château de Cassandra »  (I Capture The Castle )par Dodie Smith ne m’inspirait rien de plus. Sauf que l’autrice a bouclé un autre très grand classique : Les 101 Dalmatiens.
Il était donc grand temps que je rattrape mon retard avec ce poche de 500 pages paru chez Gallimard Jeunesse.
Nous voilà donc dans l’Angleterre des années 30.  La famille Mortmain vit sans le sous dans un vieux château acheté sur un coup de coeur lors d’une période d’aisance. Mais voilà : les Mortmain n’ont plus un sou. Le  père, auteur d’un unique roman à succès parmi la critique littéraire, n’écrit plus. Il vit replié sur lui-même. Certaines personnes pensent qu’il perd la raison ou qu’il boit en secret. Remarié à Topaz, après le décès de la mère de de Rose, Cassandra et Thomas, il ne communique quasiment plus avec elle. La belle-mère est une femme indépendante, modèle pour des peintres et artiste elle-même. Un peu fantasque, elle entretient de bonnes relations avec ses deux belles-filles et son beau-fils et tente de tout faire pour joindre les deux bouts. Elle a vendu presque tous les meubles de la maison et elle fait du mieux qu’elle peut pour améliorer l’ordinaire, avec l’aide du fils de l’ancienne domestique, Stephen.  Les deux filles partagent la même chambre et leurs secrets, à l’image des héroïnes de Jane Austen ou Charlotte Brönte, qu’elles admirent profondément. Cassandra est d’ailleurs le prénom de la soeur de Jane Austen, gardienne de l’oeuvre de sa soeur. Ce n’est pas un hasard.
Alors que la jeune Cassandra du livre écrit dans ses cahiers, le quotidien des Mortmain  est soudain bouleversé par la venue de la famille héritière américaine du manoir voisin et accessoirement, nouveaux  propriétaires. Simon Cotton, l’aîné des deux frères, fait particulièrement forte impression à Rose…
Comme dans les romans dont elle est friande, Rose va tout tenter pour se faire épouser, même si elle n’éprouve pas de sentiments amoureux. Son frère, Neil, va vite voir clair dans son jeu…

On pourrait en rester là et penser que le roman va tourner à la mièvrerie pour terminer sur un « happy end » mais non. Car Cassandra va se révéler un personnage bien plus complexe et que prévu, surtout pour l’époque (1949). Au travers de ses divers journaux intimes qui suivent l’évolution de la jeune femme, ses interrogations, ses descriptions du monde qui l’entoure, parfois ses réflexions piquantes ou naïves (elle est encore très jeune), on découvre une femme qui se cherche mais qui ne se laisse pas non plus marcher sur les pieds. Les personnages secondaires prennent ainsi toute leur dimension (et c’est un bel hommage à Jane Austen, parfois).
Il y a de nombreuses références littéraires (Jane Austen, les soeurs Brontë, mais pas que…)

Finalement, même si l’intrigue n’est pas très élaborée, le livre se lit très, très bien et est bien plus fin et complexe que ce qu’il paraît (surtout si on veut bien éviter le premier degré). J’ai beaucoup apprécié la palette des différents personnages, un peu moins les réflexions au sujet de la religion (qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, en l’occurrence, vu que ça ne sert pas l’intrigue ni l’évolution du personnage de Cassandra). L’idée de la construction du roman du père vers la fin est maligne… Bref, j’ai passé un bon moment.
A noter qu’il existe une adaptation en film (2003)


Résumé : Cassandra ! un prénom romanesque, à l’image du château perdu au fin fond de l’Angleterre on vit la jeune fille et toute sa famille pour le moins excentrique.
Un père écrivain qui se refuse à écrire, la merveilleuse Topaz, belle-mère fantasque, Rose, la soeur aînée rêvant au grand amour, sans parler du jeune jardinier qui n’a d’yeux que pour Cassandra. Au fil de ses cahiers, elle relate les événements qui jalonnent leur existence, avec autant de sensibilité que d’ironie. Surgissent deux beaux et riches Américains venus s’installer dans le manoir voisin.
La vie au château en sera bouleversée. Le journal, émouvant et drôle, d’une jeune fille pleine d’esprit et de talent. Dès sa parution en 1949, ce récit savoureux a rencontré un immense succès. Il est temps de découvrir en France un grand classique de la littérature anglo-saxonne qui se dévore, à tous les âges, avec délectation.

Premières lignes — 8 novembre

Changement de genre pour les premières lignes, cette semaine (donc, je quitte la SF)

 » Le Viking que mon frère m’a offert pour mon anniversaire, il était grand et musclé. Même sans être expert en Vikings et sans avoir lu le Grand Livre des Vikings du docteur Kepple, n’importe qui aurait pu dire : lui, c’est un Viking. « 

Il s’agit d’un premier roman, signé par un auteur canadien, Andrew David MacDonald. 
On le trouve ici chez Nil éditions, sous le titre « Je suis une Viking » (When We Were Vikings »). Ecrit à la première personne, le roman nous permet d’entrer dans le quotidien de Zelda, 21 ans, une jeune femme neuro-atypique, décrite dans le livre comme étant atteinte de SAF, le syndrome d’alcoolisation foetale (à ce sujet, il y a ce très bon reportage sur Arte).
Zelda habite avec son frère aîné, Gert, qui, apparemment, n’est pas atteint par le même syndrome même si, au fil des pages, on peut vraiment en douter vu ce qui lui arrive.
De même, on peut aussi s’interroger si Zelda n’est pas plutôt une personne à haut potentiel (peut-être avec un léger autisme Asperger) que victime de SAF. Mais ça n’est pas très grave puisque le personnage de Zelda reste parfaitement cohérent, ainsi que ses relations avec les autres, son frère, son amoureux et ses amis traités comme elle « d’attardé.e.s » (la société est formidable envers les handicaps invisibles — je sais de quoi je parle…. )

J’ouvre ici une parenthèse rapide un peu plus perso, en lien avec le handicap en général  (vous êtes libre de lire ou non 😉 ).  Le handicap invisible et la santé mentale en France sont deux sujets dont il est encore très difficile de parler sans être stigmatisé (travail, vie personnelle, vie sentimentale, j’en passe) et hélas, parfois, rejeté. D’ailleurs, j’ai tenu un blog il y a env. 15 ans sur le sujet, que j’ai  fermé au vu de plusieurs commentaires et messages privés parfois très offensants — et encore, c’était avant les réseaux sociaux ! .Dans ce premier blog, donc, il y était question de ce que je vivais, de mon quotidien, et donc, aussi de santé mentale et de handicap invisible. Mentionner cela a constitué une étape importante pour moi et n’a pas été toujours facile. Rendre visible un aspect avec lequel je devais vivre depuis des années et qui, à cette époque, me faisait terriblement souffrir m’a permis à ce moment-là de souffler un peu, de m’exprimer et même d’échanger avec d’autres. Mais « santé mentale » , « handicap » (reconnu pourtant comme tel pour exercer un emploi dans mon cas) sont encore souvent des mots qui font peur. Et même si les documentaires, les émissions et les campagnes d’informations sont de plus en plus nombreuses, les vieux réflexes persistent (recul, peur, parfois harcèlement au sein de certains groupes, moqueries, assimilation avec « la folie » et ce qui va avec,  j’en passe). Parenthèse perso refermée.

Un roman comme « Je suis une Viking » est donc  important. Il est plein d’humour aussi. De tendresse. Et il évoque des thèmes de la vie quotidienne sans fard.  De plus, il reste sobre sur la question du handicap ; c’est réellement un soulagement de ne pas lire des platitudes de bons sentiments ou des bêtises mal agencées, sans parler des romans qui collent de manière totalement artificielle un personnage handicapé dans l’histoire pour donner bonne conscience à l’auteur (ce que je vois trop souvent ces dernières années et qui a pour effet de me faire refermer le livre).

Une bonne surprise pour un premier roman même si l’intrigue reste assez simple. Et les informations sur les vikings sont tout à fait bien documentées, au fait. L’auteur a dit qu’il n’y connaissait rien (mais ce n’est pas mon cas !).

Je suis une Viking par MacDonald

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