Les gants du magicien

Il y a plusieurs semaines, Lord Chours est revenu avec des théories enfantines sur la magie et, en particulier, un (presque) début d’histoire de gants de magicien. L’idée a fait son nid…
Voilà ce que ça donne: 

 

                  Il était une fois dans la ville d’Hermeland un magicien qui se servait de son don en cachette. En effet, à cette époque, la Magie était officiellement prohibée sur tout le territoire. Le gouvernement avait même promulgué une Grande Loi afin de contrôler tous les individus pratiquant leur Art. Aussi incroyable que cela puisse paraître de nos jours, on pensait que l’Art de la Magie pouvait être dangereux. On disait que la Magie était la source de maux terribles, de guerres, de conflits, de meurtres, l’origine des haines et des violences. Bref, la Magie – et les magiciens, par extension – était la cause de tous les problèmes – et il fallait que cela cesse. Alors, on emprisonnait et on interdisait.

Donc, dans la bourgade d’Hermeland, Huguet Lelong officiait en tant que brodeur et couturier occasionnel. Ce n’était pas une profession rare car le travail manuel concernait les hommes tandis que ce qui touchait à l’intellect était réservé aux femmes.

C’est ainsi que l’Honorable Malou Belette, scribe de son état, vint le voir ce matin-là. Elle avait grand besoin d’une nouvelle paire de gants car la sienne était trouée. L’Honorable Malou Belette malgré sa position sociale élevée au Bourg d’Hermeland, se faisait fort d’être économe et de ne point gaspiller ses habits et ses souliers. Pour dire vrai, elle les usait jusqu’à la corde.

Accompagnée de sa fille cadette qui lui succéderait au conseil des Scribes lorsqu’elle serait en âge de le faire, Malou Belette frappa à la porte du couturier.Il se dépêcha d’aller répondre – on ne faisait pas attendre l’Honorable Belette – mais avant cela, il vérifia qu’il avait bien remonté ses longs gants de soie jusque sur ses avant-bras. C’était important.

Maître Huguet Lelong était un homme grand et fin, aux cheveux d’un brun mêlé de blanc, frisés, qu’il ramassait sous la toque brodée traditionnelle. Son visage paraissait sans âge. Ses yeux légèrement en amande étaient d’un marron profond, éclairés par des touches d’or. Quand il souriait, cela lui donnait un air malicieux à la façon d’un renard qui se serait moqué de vous ou qui viendrait de jouer un bon tour .

Il s’inclina devant la Scribe avant de lui souhaiter le bonjour. Celle-ci passa devant lui en relevant le menton, avec cette façon un peu insolente qu’elle avait gardée de ses jeunes années. Ses cheveux roux et gris étaient coupés assez courts et retombaient en ondulations sur ses pommettes hautes.
-Maître Huguet, fit-elle, en balayant du regard la pièce où était rangé le matériel de couture.

SUITE ICI 

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365 jours d’écriture – Nain monstrueux

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Nain monstrueux! Voilà un thème pour lequel j’ai déjà un personnage: oui, le fameux Biafin  que j’avais allègrement mis en scène (et en délire) ici .
Je dois dire que je n’avais pas grand chose de plus dans mes brouilons. Mais Lord Chours, mon très cher, après avoir lu la…chose, m’a dit : «  Tu vas écrire la suite? ».
Voilà une suite des aventures du Nain Biafin.

 

Où l’on retrouve le nain Biafin, et quelques monstruosités:(attention jeux de mots non testés avant usage)

Une forêt, visiblement enchantée, plantée de très beaux arbres ; ça étincelle, ça verdoie, en gros: ça sent l’elfe.

Biafin: (chevauchant son lapin géant, Pluche et tentant de s‘orienter):

Mouais, j’suis toujours pas convaincu par l’idée de Train d’Huile, sur ce coup-là… Balancer des lutins bleus en renfort, quand même, c’était…(il s’arrête. Pluche a freiné des quatre fers, des quatre pattes, plus exactement, et un lapin qui freine brutalement, c’est un nain qui, après cabriole avant, se retrouve par terre. Et rageur, qui plus est, et commotionné. Bref).

Grognements, insultes (en langage nain impossible à retranscrire ici, le blog n’admettant pas les runes)

Mais par ma barbe, et celle de mes ancêtres, Pluche! (Biafin se frotte le fondement).

Une voix s’élève ( assez mélodieuse)

N’est-ce pas hilarant, mon bon?  Un gnome qui grommelle le derrière dans l’herbe fraîche!

Biafin (après un coup d’œil assassin):

Z’êtes qui, vous? Oui, le grand dadais sur le dada!

Un chevalier paré d’une armure brillante car astiquée récemment fait volter son destrier. Il s’adresse à son compagnon, un petit être des forêts, vêtu de brun et de vert, aux oreilles fort pointues si on regarde bien.

Le Chevalier Luisant:

Oh, le gnome sait parler! Je te l’avais dit, Elphonce, c’est positivement désopilant!

L’elfe ne répond pas. Il se contente de hocher la tête du haut de son âne.

Bien, bien. Je vais contenter le rustre.

Biafin ( entre ses dents ou dans sa barbe, c’est au choix)
Gnome et rustre, quel mal embouché, ce cavalier à deux balles! Je vais lui faire avaler ma pioche et le manche avec! (à l’adresse du chevalier): Je suis un Nain, Môssieur le philistin! Mon nom est Biafin, fils de (nous connaissons la suite et elle n’est guère à l’avantage de notre nain).

Le Chevalier Luisant (s’étouffant presque de rire):
Mais…c’est….(entre deux hoquets)….écoute donc, Elphonce!  Vraiment as-tu entendu chose plus ….terrifiante, ridicule, ….que dis-je…monstrueuse!(calmé soudainement, le chevalier se redresse) Oui, c’est le mot! Vous êtes un nain monstrueux, Biafain!

 Elphonce: (approuvant avec moult hochements de tête)
Coin! Coin!

Biafin (ébahi et énervé)
C’est Bia-fi-nn, crétin, c’est pas anodin pourtant! Et il a quoi, votre elfe, là? Un canard dans le gosier?

Le Chevalier luisant: (un peu embarrassé du coup)
Hum… C’est que… Nous étions en quête… Et malheureusement n’avons point abouti, une malédiction avons pris..

Biafin:
Pouvez pas jacter comme tout le monde? Et puis, c’est bien beau mais c’est quoi, votre petit nom?

Le Chevalier Luisant:(digne)
Prosper. Je suis le chevalier Luisant. Comme le ver.

Biafin (se massant les tempes)
La migraine me guette, là. Prosper Le Luisant Ver? Chevalier de la Table Illuminée ou bien?

Le Chevalier Luisant:
Que nenni. Je veux dire : non. Prosper Mais Rimé.

Biafin (avec un cri de rage et de désespoir – oui, comme dans Corneille):
Que les dieux me foudroient! Je sais pas, n’importe lequel, celui en charge des éclairs et des jeux de mots capillotractés! Rahhh! Bon, et la créature aux oreilles pointues à dos d’âne, c’est Elphonce sur son baudet?

Elphonce (approuvant):

Coin!

Biafin:
Mais quel est le sorcier à la sauce d’andouille qui vous refilé une telle malédiction? Celui des sortilèges littéraires? Le Nec-Roman?

Le Chevalier Luisant: (un peu honteux, ou du moins, pas très fier)
Ma foi…Lui-même.

Biafin (d’un geste):
Non, pas de « coin »! Et pourquoi il cancane, celui-ci?

Le chevalier Luisant:
Disons que… le Nec-Roman en a eu assez de nous.

Biafin:
Pas étonnant! Il a dû vous virer de la Librairie En-T manu-militari, allez, zou, droit dans….(comprenant soudain). Ohhhh, non….(désespéré)

Le Chevalier Luisant:(intéressé)
Ah, vous connaissez les lieux?

Biafin:
Bien sûr. Tout le monde fuit l’affreux Nec-Roman comme la peste, lui et son étang maudit!

Le Chevalier Luisant:
Certes. Il en a eu marre…

Biafin:
La mare des Jeux de Mots-Dits. (se tournant vers son Pluche, le lapin géant): Et il a osé me traiter de monstre… Parfois, je me sens las, dans cette histoire, mais las….

Fin

Le « Coin, coin » est un clin d’oeil à un texte écrit à quatre mains avec Lord Chours où il était question d’elfe paumé, de fée délurée et de …canard.

365 jours d’écriture – Incipit

essais2Comme j’ai commencé joyeusement à parler de l’incipit (mécékoissa?) chez Girlkissedbyfire qui a eu la bonne idée de lancer ce défi écriture, je reprends.

Un incipit (dites : « in-ki-pi-te » ou « inssipite », c’est comme vous le voulez)  désigne les premiers mots voire les paragraphes d’une oeuvre littéraire, de tout texte, en fait. Donc, il s’agit du début, bingo!

On trouve des phrases célèbres  comme :

« Longtemps je me suis couché de bonne heure » (incipit de « Du côté de chez Swann  » Proust) . Celui-ci me vient systématiquement à l’esprit quand on parle d’incipit. (mes études littéraires ont finalement de beaux restes et ma mémoire aussi un peu – oui- quand même – mais quand je dors –  oui, j’ai décidé de me flatter un peu, visiblement, c’est clair! )

Il y  a aussi (je le cite en entier même si ce sont probablement les 2 premières phrases qui marquent):
« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. » ( « L ‘Etranger  » – Camus –) La suite donne ceci : « L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.
J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. » Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.
J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler. »

 

« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers » (La Gloire de mon père , Marcel Pagnol)
Mais l’incipit peut être de la taille d’un paragraphe comme d’un 1er chapitre. Tant que j’y suis, voici d’autres incipits célèbres:

En anglais:
In a hole in the ground there lived a hobbit. Not a nasty, dirty, wet hole, filled with the ends of worms and an oozy smell, nor yet a dry, bare, sandy hole with nothing in it to sit down on or to eat: it was a hobbit-hole, and that means comfort.” The Hobbit – JRR. Tolkien
Pour Le Hobbit, il existe à présent 2 traductions en français (1969 et 2012)

« I had a farm in Africa at the foot of the Ngong Hills. The Equator runs across these highlands, a hundred miles to the north, and the farm lay at an altitude of over six thousand feet. In the day-time you felt that you had got high up; near to the sun, but the early mornings and evenings were limpid and restful, and the nights were cold. »
Karen Blixen Out of Africa (Une ferme africaine) traduction française

« Call me Ishmael. » (Moby Dick  H.Melville)

En allemand:

« Als Gregor Samsa eines Morgens aus unruhigen Träumen erwachte, fand er sich in seinem Bett zu einem ungeheueren Ungeziefer verwandelt. »
(« Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire Samsa s’éveilla transformé dans son lit en véritable vermine« ) La Métamorphose – F.Kafka

En italien:

« Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura,
ché la diritta via era smarrita.
Ahi quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura! »

Divine comédie – L’enfer – chant I –
Dante Alighieri

(« Au milieu de la course de notre vie, je perdis le véritable chemin, et je m’égarai dans une forêt obscure : ah ! il serait trop pénible de dire combien cette forêt, dont le souvenir renouvelle ma crainte, était âpre, touffue et sauvage.« )

En espagnol:

« Muchos años después, frente al pelotón de fusilamiento, el coronel Aureliano Buendía había de recordar aquella tarde remota en que su padre lo llevó a conocer el hielo. »

(« Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace. ») Cien años de soledad – G.G Marquez (Cent ans de solitude)

Et après tout ça, ai-je un incipit?
Bonne question. Oui, plusieurs.
En voilà un: je suis allée le rechercher dans une mini fan-fiction sur mon autre blog.

« C’était une nuit de feu, hors-limites, hors contrôle.

C’était une nuit où l’imminence était palpable, l’imminence de ce qui pourrait ou allait arriver – et cette sensation en était si délicieusement dangereuse que rien n’aurait pu l’arrêter.

Il fallait vivre cet instant, ces minutes, ces heures pour enfin se sentir vivre – vivre oui ! cesser de se sentir prisonnière  d’un destin à chaque détour tracé –  vivre hors du carcan de ce monde qui n’en finissait plus de tracer des bornes, de placer des haltes.

Oui, c’était une nuit pour avoir l’illusion d’être  libre, de se sentir en dehors des barrières corporelles, d’un esprit si raisonnable. Il était là, à portée de main ce moment où tout était permis ou presque.  »

(et la suite est ici )

365 jours d’écriture – Mini scène de théâtre

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Un nain : Biafin
Un ours-garou: Grogn’h
Deux gobelins bandits: Oulôtre et Trossec

La scène se déroule dans la clairière d’une vaste forêt. On entend des bruits de bataille, des cris, des vociférations, des insultes, des armes de combat frappées les unes contre les autres.

Le Nain – Biafin (fils de Térébentin fils de Trod’cocahaine fils…)
(brandissant une pioche, 1,40m de fureur et de barbe en bataille)

-Tadah, tu es fait comme un rat, mon gars! Tu l’avais pas vue venir, celle-là!

1er Gobelin – Oulôtre (non, mais, Oulôtre est son prénom ; il n’y peut rien, le pauvre)

J’l’avais pas vue, tu peux parler! (il crache de façon malpropre) Sacrée foutue dent! M’en reste encore une p’tite dizaine pour croquer des p’tits nains bien tendres! Bah, ouais, ça s’bouffe aussi, pas vrai, Trossec?

2ème Gobelin – Trossec (s’esclaffant)
– Bien parlé, compère! Faut dire qu’on en a vu d’autres, nous autres! Le Gouffre de Helm, c’était d’la rigolade à côté de c’qu’on a fait….Ah, t’es mal tombé, mon pote! Tu vas goûter de ma rapière…

Biafin (Nain – en même temps, je ne vais pas vous le répéter à chaque fois)
-(murmurant) Bien, appelons à l’aide sinon je serais jamais à l’heure pour le goûter…(appelant d’une voix très puissante): Ô ami Ours, viens à la rescousse, montre-toi, ô change-peau des bois et à coup de pelle, assomme mes ennemis de ce pas!

Oulôtre (ricanant):
– Non? Il est sérieux, là? Il utilise cette vieille incantation des Magichiens? Cette formule toute moisie dont le père Merlaf lui-même n’ose plus se servir?

Trossec (sentencieux):

– Dumbeuldain, pas Merlaf!

Oulôtre:
– De quoi?

Trossec (insistant):

– Le Magichien, c’est Dumbeuldain, pas Merlaf.

Oulôtre (menaçant)
– Et ma main dans ta …

Bruits venant de la forêt derrière eux. Entre une créature immense, fort velue tenant dans son énorme main ce qui ressemble à s’y méprendre à une pelle à tarte (mais géante).

Trossec (interloqué)
– Tu vois ce que je vois? Mais c’est quoi, ce bestiau-là, le nain?

Biafin (tranquille)

– C’est mon ami Grogn’h.C’est  un ours-garou. Enfin, ça saute aux yeux, messieurs.
Bon, reprenons-nous?

Oulôtre: (à son comparse Trossec)
– Non, mais, t’as vu le …truc? Il manque plus qu’un dragon et on serait dans une sacrée daube, m’est avis.

Trossec:
– Ferme ton bec, toi. Des dragons, des dragons ! on en rajoute pas mal à leur sujet mais on n’en voit jamais la queue d’un, façon de causer, j’entends. Alors, la ramène pas à cause que tu sais tout passque  ton langage est une plaie pour la grammaire!

Oulôtre:
– C’est la caverne qui se fout de la cavité, là! Tu t’es entendu? Même un orque sait mieux sa syntaxe que toi, ignorant!

Les deux gobelins se font face. Mais un grognement mêlé d’un feulement les arrête.

Oulôtre (tremblant)
C’est le dragon, ça y est!

Trossec:
– Triple buse d’abruti de gobelin! C’est le grand machin, là! L’ours-grogneur!

L’ours -garou (vers Biafin)
– Grogne, grogne….! Grrrrr!Groummmpf!

Biafin:
– Par ma barbe, j’ai oublié le manuel de décryptage de l’oursique version garou…. (il agite les mains, tentant de communiquer). Taper? Non. Boire? …Non….
Trossec (impatient):
– Bon, on y va? On attend quoi, là? L’hiver?

Biafin (continuant ses gestes ):
– Il vient. Non, on fait un temps mort. Une pause quoi.
Ours-garou:
-Groummmmpfffff! Grrrrrouuuuu!

Oulôtre (s’asseyant par terrre):
– Temps mort, on a dit, le Velu!

Trossec soupire et s’assied aussi. L’Ours-Garou fait de même sur une souche, sort un pot de miel de l’une de ses poches cachées dans sa fourrure et se met à manger.

Biafin (ravi):
– Voilà! Il avait besoin de se nourrir! J’ai trouvé!

Trossec (grognon):
– T’as trouvé walou! Ton poilu, il sait pas quoi faire et toi, tu sais pas lui causer. Bon, et pendant ce temps-là, y a pas de goûter pour nous.

Oulôtre (rêveur):
– On aurait dû faire « hobbit », non, parce que ça mange bien, le hobbit, ça festoie, ça petit-déjeune, tout ça, tout ça. Mais « gobelin », « bandit« , c’est le comble du naze. Tu crèves la dalle. A la limite, change-peau, comme çui-là, c’est pas mal aussi. Tu te tapes du miel mais c’est mieux que « elfe » où t’as droit à la verdure jusqu’à te rendre herbivore…

Trossec (pince-sans-rire):
– Genre « licorne » aussi.

Oulôtre :
– Je vois pas le rapport, là.
Biafin (depuis 5mn, essayant de passer un appel téléphonique sur son portable):
– Au lieu de partir dans des blagues tellement vaseuses qu’il va bientôt falloir des bottes pour avancer, vous pourriez pas vous rendre utiles? Pour une fois? Vous savez pas pourquoi y a si peu de réseau?

Oulôtre:
– Ah, mais là, tu vas galérer. Faut que tu chopes le réseau de Poudlard, direct, mon pote. C’est une question d’ondes et de co-existence des mondes magiques….

Trossec (qui se lève et l’interrompt):
– N’importe quoi! Faut pas écouter ce béotien! Le relais le plus proche est à Minas…

Oulôtre:
– Turlututu! J’en reviens pas, quel boulet! J’suis au bout d’ma vie, là! Depuis quand tu sais ça? Hein?

Trossec:
Môssieur sait mieux que moi, mais bien sûr, t’as raison, mec. Je tiens mes infos de Pikachu lui-même alors ….pouêt, pouêt

Biafin:

Silence! Je capte! (au téléphone): Oui? Votre Elfinesse? Votre Hautaine Elfique? Monsieur Train d’Huile? Oui, bien, merci, vous de même, votre Hauteur. Dites-moi, vous pourriez m’envoyer un traducteur d’oursique version garou à la Forêt interdite? Par magiréseau ou portail, c’est vous qui voyez. Non, pas tous…non….pas eux, s’il  vous….Oh. Il a raccroché.

Presque aussitôt, on voit apparaître un vieux bus à double étage peint en jaune dans lequel des voix s’élèvent des voix pointues :«  Lala, la schtroumpf la la, c’est le schtroumpf…. ». Le conducteur a des oreilles pointues d’elfe et un sourire brillant.

Trossec:
– Par le pouvoir du troll sidéral…Des lutins bleus? Et quoi d’autre? Un conducteur elfe?
Oulôtre:

– Sidéré je suis. Manquerait plus que le dragon, m’est avis.

Biafin (dépité):
– M’est avis aussi.

Fin de la scène

Note: Biafin et les autres sont nés de ma énième lecture du « Hobbit » (merci professeur Tolkien) et de mon imagination.

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365 jours d’écriture – Drame

essais2

 

Un roi raconte un drame:

Aujourd’hui, je suis mort
Ou bien, était-ce hier?

Je ne sais pas. J’erre parmi les âmes, pâle ombre grise. Dans les Enfers du dieu Hadès et de sa si belle épouse Perséphone,

Moi qui fus roi, chef, vaillant conquérant, respecté de tous, craint de mes ennemis , moi, fils d’Atrée, égorgé tel un animal. O Hadès, entends ma plainte !
Je ne suis pas le héros accédant aux Champs Élyséens, comme les bienheureux.
Je n’ai pas subi une mort honorable, moi qui pensais périr au combat, l’épée et la lance à la main!

Non, non, hélas, mon destin était tracé. Issu d’une lignée maudite, je paie les fautes de mes ancêtres, et les miennes aussi.

Oui, je suis Agamemnon, d’Argos, le puissant roi de Mycènes.

Savez-vous mon histoire? Connaissez-vous mon drame?
Je ne suis point conteur, ni rhapsode qui narre les épopées.

Avec mon frère Ménélas, nous avions épousé les deux plus belles femmes après les déesses.
Mon épouse, Clytemnestre – qu’elle soit mille fois maudite ! –  avait le teint lumineux et l’esprit le plus vif. Digne d’un roi, j’en fis ma reine. Elle me donna quatre enfants.

Sa sœur Hélène était d’une si grande beauté qu’on dit qu’elle la tenait de la déesse Aphrodite elle-même. Je ne le sus jamais. Je ne faisais pas de sacrifices à Aphrodite mais à Arès pour la guerre, et à Poséidon, le dieu de la mer et l’Ebranleur du Sol. Les déesses ne m’importaient guère. Quel sot je fus.

Que disais-je? Je ne sais plus.

Je ne peux plus penser comme un vivant. Mon âme flotte et mes pensées s’éparpillent.

C’était avant. Avant que tout commence… J’avais un frère,  le faible Ménélas. J’ai bien essayé de le rendre dur et inflexible mais il n’a jamais eu ma poigne. Il fut choisi par Hélène pour devenir son époux.

Les prétendants s’étaient bousculés auprès de la belle reine de Sparte.

Ulysse aux mille ruses conseilla avec habileté que les célibataires fassent un pacte: protéger la vie et soutenir les droits de celui qui obtiendrait Hélène comme épouse.

O rusé Ulysse! Il n’était pas marié, alors, et pensait que les yeux de la belle se tourneraient vers lui. Ce ne fut pas le cas.

Mais nous étions tous liés. A la vie, à l’amour, à la guerre, à la mort.
Le jour où mon frère serait en danger, à l’instant même où l’on bafouerait son honneur,  les rois et leurs armées s’engageraient à ses côtés.

Mon frère gouvernait Sparte. J’étais roi de Mycènes. Nous étions puissants, mais une cité nous narguait, riche et prospère sur les rives orientales.
Cette cité s’appelait Troie. Son roi était un puissant monarque.

Et bientôt, le destin tissa ses liens. Le drame se nouait dans l’ombre.
Nous allions tous nous y précipiter.

Mais j’en perds le fil.

L’histoire se déroule encore et encore. Sans fin.
Tant de guerriers sont ici, à errer.

Sommes-nous devenus des héros? Personne ne sait. Nous sommes oubliés.

C’était une époque, de fureur et de guerre.

Mais à quoi bon…..

Je suis chez Hadès, tué par l’amant de ma femme.

 

 

365 jours d’écriture – « saveur framboise d’un solstice sans fin » F.Cheng

Le 12 Mars 2016 : « saveur framboise d’un solstice sans fin » François Cheng

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Sous la lune d’encre
glissent les enfants de l’Equinoxe
Les héritiers du paradoxe

Descendants du ventre
Fertile de l’été
En finitude exquise
Vers l’automne
Saison indécise
D’état d’adolescence

Ils usent leur lassitude latente
Dans la lumière dorée
Négligeant leur paresse forcenée
Les larmes au creux des yeux
Et les paupières marbrées de bleu
En perpétuels amoureux
De l’ailleurs éventuel

Au pli des reins, un grain de sel.

Enfants nés du Solstice,
A la terre, mêlés à jamais

reliés,
Finalement à la réalité
Vivez, vivez!
Ressentez , goûtez,
écoutez, agissez!

Et sachez apprécier.

Dans l’incertitude du monde, la vie garde cette saveur éternelle de framboise
de noisettes et d’amandes, de menthe froissée.

A portée.

 

NIess (2010- revu 2016)

365 jours d’écriture – Journal intime

essais2

 

 

Je ne tiens ni journal, ni carnet de bord. Et même si je le faisais, je ne le partagerais pas ( le « intime » du « journal intime »)
Par contre, je vous propose de lire des fragments de journaux/carnets de bord de 3 personnages de fiction (donc, fan-fiction dans un autre genre). A mon avis, ils peuvent se lire sans connaître forcément l’histoire. Nous allons remonter le temps. Nous allons plonger dans un univers magique.

 

1- Ariana (journal)

Mon cher journal,

Voilà longtemps que je te délaisse et j’en suis navrée. Tu ne le sais pas, cher journal, mais j’ai été obligée de détruire ton prédécesseur même si je l’aimais de tout mon cœur. Lors du changement de maison, Mère avait failli le découvrir. Mais c’est mon secret…
j’ai commencé un journal quand j’étais une petite fille. Père m’avait appris à bien écrire. Il disait en souriant que je me débrouillais mieux que mon  frère, Ab. Je sais, ce n’est pas très gentil pour Ab. Mais il est vrai qu’il a du mal avec les mots, la lecture. Il préfère être au grand air, dehors. Tout le contraire de mon frère aîné, Al: lui est un vrai rat de bibliothèque, comme disait Père.

Parfois, nous ne le voyons plus de la journée: il reste enfermé dans sa chambre. Il dit qu’il lit, qu’il écrit à plein de gens. Mais maintenant, Al ne revient que pour les vacances, m’a-t’on dit. Et oui, il est grand. Il est en pension.
Ah, quelle chance il a… Il peut apprendre plein de nouvelles choses. Il fréquente d’autres amis comme nous.
Mais je sais bien que ce n’est pas pour moi. D’ailleurs, je ne me plains pas, cher journal. Je ne crois pas que j’aimerais avoir des tas de gens autour de moi.
Mère dit que ce serait dangereux, que je pourrais avoir « l’une de mes crises » et que personne ne voudrait de moi.
Je ne sais pas si c’est vrai mais Ab, qui est mon frère préféré, chut, trouve que je dois faire attention. Pourtant, lui et Mère ne sont pas d’accord. Je crois qu’il aimerait m’emmener avec lui, dehors. Mais il est trop jeune encore.
Voilà, mon journal. Donc, je reste dans la maison, toute la journée.
C’est pour cela que je vais bien te cacher. Ce sera notre secret, n’est-ce pas?

 

1 – Ab’ (notes)

Ecris, qu’elle me dit! Ecrire c’est une punition. Je vais faire des tas de fôtes fautes et si mon cher frère me lit, alors il va se fou moquer de moi. Oh non il va pas faire ça. Il va juste prendre son air hautain et avoir ce sourire.
J’aime mieux aller dehors quand je suis en vacances. Déjà que toute la fichue l’année je dois rester en classe et écouter ces vieux crétins de profs, apprendre les leçons et faire les fichus devoirs. Pendant ce temps je dois écouter les autres chanter les louanges de mon grand frère qui est si doué. Alors quand j’en ai marre je me bats et je suis puni alors je vais en retenue évidemment. Je m’en fous.
Notre mère a dit « tu dois faire des efforts, Ab’, alors essaye d’écrire tous les jours » .
Oui, que j’ai répondu et pour pas passer pour un crétin, je prends ma plume et voilà, j’écris. Hein, c’est mauvais, non?

 

1- Al’ (carnet)

Il est bien difficile de tenir un carnet de bord quand je suis à Poudlard. Les cours me prennent du temps ainsi que ma correspondance. Mais quand je suis de retour dans notre demeure familiale, j’ai tout mon loisir pour consigner mes découvertes.
Liste des choses à effectuer durant mes vacances:
– Relire les notes sur l’alchimie française
– Répondre à la missive de Nicolas
– Ranger mes chaussettes
– Aller voir notre voisine
– Continuer à m’entraîner à pratiquer le mermédien (le langage du peuple de l’eau)
– Aider Mère (si j’ai le temps).

2- Ariana – Journal (suite )

Très cher journal,
A nouveau, je t’ai abandonné. Vois-tu j’ai été très malade…
J’ai oublié ce qui s’est passé mais depuis, Mère n’est plus là.
On m’a raconté qu’elle n’était plus de ce monde. Je suis horriblement triste. Même si Mère n’a pas toujours été très gentille envers moi. J’ai bien compris que je ne lui convenais pas depuis ce qui s’est passé quand j’étais enfant (mais dont je ne garde pas  souvenir).
Papa est allé en prison à cause de moi, je crois. Et puis, il est mort. Mon cher papa …Ce devait être une chose horrible. Voilà, maintenant, c’est Maman qui est morte. Et je crois que j’y suis pour quelque chose, cher journal, mais je n’arrive plus à me rappeler…
Ma tête me fait mal. Ab’ dit que je dois arrêter d’y penser, qu’il va prendre soin de moi, même s’il est encore jeune. Il dit qu’il s’en fout et je sais que c’est un gros mot.
Et Al’ est à la maison, aussi.

 

2- Ab (notes -suite)

Il exagère. Il croit qu’il peut revenir et que tout va s’arranger.
Mon cher frère. Il pense qu’après ce qui s’est passé il a la situation en main, monsieur « j’ai la tête dans les livres ».
J’écris ça mais je sais que ça sert à rien. C’est juste pour avoir quelque chose à faire.
Mais ma sœur a besoin de moi, je l’entends.

 

2- Albus (carnet – suite)

Godric’s Hollow, 1899

Notes:
– Ranger et trier les affaires de Mère
– Envoyer des hiboux pour remercier (condoléances)
– Finir de mettre en ordre papiers et parchemins officiels
– Etablir un emploi du temps pour Ariana
Mercredi: thé chez Bathilde (rencontre avec son petit-neveu)

 

3- Ariana (journal, suite et fin)
Mon cher journal,

Rien n’est plus pareil depuis que Mère est partie. Al’ est revenu mais je ne le vois presque jamais. Il a ce nouvel ami, Gellert. Je l’ai vu une fois et il est beau garçon.
J’aimerais bien qu’Al’ m’emmène avec lui. Mais il fait comme Mère: il me garde ici, à la maison, pendant qu’il passe des journées entières avec son ami. Ils ont des conversations passionnantes. Ils sont très doués en magie.
Peut-être pourraient-ils m’apprendre…. Pour que je ne fasse plus de bêtises…
Mais Ab’ dit qu’ils sont trop snobs. Mon frérot préféré veut bien que je nourrisse les chèvres, avec lui. Tout se passe bien.
Je n’ai pas de crises dans ces moments-là. Ab’ dit que plus tard, il m’emmènera vivre ailleurs, là où les gens ne font pas autant de chichis. Mais Al’ n’est pas d’accord. Ils parlent fort et j’ai peur qu’ils soient tous très fâchés, encore à cause de moi…
Voilà, je les entends encore. Ils crient. Je vais voir ce qui se passe…ça recommence….

3- Aberforth (notes/gribouillis)

Je vais lui dire ma manière de penser….Ces deux andouilles

3-Albus (carnet -suite)

C’est extraordinaire! Ce qui m’arrive est la plus belle chose au monde…J’ai rencontré un égal, mon double, mon complément.
J’ai presque honte de m’emballer autant.
Notes:
– rédiger une charte Moldus/Sorciers « pour le plus Grand Bien »
– répondre à la missive d’Elphias

 

Note trouvée ( Aberforth ou Albus?)

J’ai trouvé le journal d’Ariana. J’ai le cœur brisé.
14 ans… et elle n’est plus là

 

 

Complément:
Durant l’été 1899, Ariana Dumbledore dont la magie était instable depuis qu’elle avait été agressée par de jeunes Moldus pendant son enfance, tenta de s’interposer entre ses frères et Gellert Grindewald.
Tous les trois se battaient en duel. Nul ne sait qui lança le sort mortel qui atteignit l’adolescente.
Gellert s’enfuit afin de fuir les autorités magiques.
Albus et Aberforth vécurent avec ce poids et cette culpabilité. Jusqu’à la fin de sa vie, Albus Dumbledore éprouva de vifs remords ( c.f « Le Prince de Sang-Mêlé »).

J’ai gardé le prénom originel : « Aberforth » : et non la version francisée hasardeuse (« Abelforth ») utilisée étrangement dans les livres.
Le prénom « Aberforth » a un sens  (qu’il n’a plus si on le change en » abel »): « Aberforth » (angl.) = « vieux nom pour un village dans le Yorkshire (nom actuel: Aberford) ». « Aberforth » – « aber » (gaélique) = « marécageux, le confluent des eaux » + « ford » (vieil angl.) = « gué » (endroit peu profond d’une rivière où l’on peut traverser à pied), mais aussi « patauger ».

Pour le reste, j’ai vérifié la chronologie (dates de naissance probables – et dates de décès).

Merci à JK.Rowling pour les personnages et l’histoire.

365 jours d’écriture – Libellule

essais2

 

Où comment débuter avec une libellule, continuer avec une libellule et un papillon et finir avec des lucioles

 

 

Dame Libellule
Alentie dans son vol
Huma les corolles
Les pétales
Et laissa,
La limpidité de l’air
L’envahir.
– Ô Papillon, écoute-moi!

Bientôt ou déjà
le bal des lucioles
Résonnera en sourdine
Pas encore

Chhhut

-Papillon,
Où sont mes vertes ailes
Mes libres membranes
Ma belle légèreté?
Du matin, je suis née
A midi, j’étais jeune
Qui suis-je, vieille, déjà?

Il n’y a pas de vieille libellule!
D’un vert émeraude
Tu resplendissais
Tu étais la beauté colorée
D’un printemps à faire.
Mais, nous autre éphémères,
Notre tour dans l’air
Est si vite achevé.

Il me paraît si loin, ce matin
Où j’étais vive et vigoureuse
Agile, gracieuse.
Je voletais, je vibrais
Je vrombissais!
Et tout me paraissait facile.

Il fait presque noir à présent
Et je sens mes forces se tarir
Mes ailes se flétrir
J’ai volé, j’ai vu tant de choses,
Entendu tant de bruits,
Virevolté autour de tant de fleurs et de nectars
Il est tard
Mon énergie se fait rare.

 

Il est l’heure des lucioles
Et la chevêche hulule.
Il est temps de partir
Dame Libellule.

 

 

Niess – 2016

la photo de la libellule est ici

 

365 jours d’écriture – Masques, mascarade

essais2

 

Dans la pénombre
Comme des navires échoués
Les lueurs sombres
Retombent en drapés
sur le luxe du velours.
L’encens de l’amour
Diffusent
leurs vapeurs moirées.

 

Un éclat de pirate à l’oeil,
il est temps.
Il est l’heure de

La Galante.

Elle pose un pied sur une barque en dentelle
Une galère sans chandelles
Le sitar résonne
La guitare frissonne.

 

La Galante danse
sur des cordes poivrées
Les épices lancent
des éclairs parfumés.
Une fausse reine
tient la tiare précieuse
La Galante enchaîne
les turquoises défectueuses.

La Galante sensualise
la nuit de mascarade
La Galante
agite la nuit qui s’enlise.

 

derrière son loup 
la tête lourde,
elle disparaît.

Il est temps, avant l’aurore
Il est l’heure – « elle est prête »-
de la Coquette.

 

Parée de chiffons
De soie et de splendeur,
elle avance à tâtons
au bord de l’humeur

Tendre est la gondole
Qui la berce
sur l’eau traîtresse

Du canal s ‘envolent
les rires des jeunes gens
Insolents.

 

Sous leurs masques,
les traits durcis
Sous leurs masques,
l »amertume aguerrie

 

La fête n’est pas finie

 

La Galante
se décline en alexandrins.
Elle est Hator, Néfertiti
Hatchepsout, la reine Tiyi,
Quelque impératrice lointaine
Une byzantine aérienne
Une femme-parfums.

 

La Coquette emménage
dans un tableau
de Watteau
Un nuage de Gainsborough
Deux gouttes d’Agrippine,
Une courtisane chagrine
Une Scarlet à facettes,
Une femme-images.

 

Les félons et les poisons

sautillent au carnaval

La liesse triste s’encanaille

La fête se poursuit…

Un réverbère s’éteint
Une bougie est soufflée
Un accordéon claque
Et retombe

Les lampions, les flonflons
s’estompent.
Un gant troué
d’un geste, le masque
est jeté.

Le masque tournoie sur l’eau noire

 La fête est finie

Note : illustrations et texte original (ou presque…) ici 

365 jours d’écriture : A la 2ème personne

essais2

Narration à la 2nde personne du singulier

On est d’accord, employer la 2ème personne du singulier n’est pas forcément ce qui semble le plus évident quand on écrit.

Michel Butor le résume ainsi  dans son article sur « l’emploi des pronoms personnels dans le roman » :

« À l’intérieur de l’univers romanesque, la troisième personne “représente” cet univers en tant qu’il est différent de l’auteur et du lecteur, la première représente l’auteur, la seconde le lecteur… »

Quelques exemples de romans dont le récit est narré en grande partie ou en totalité à la deuxième personne:

La Modification (Michel Butor, 1957),
Un homme qui dort (Georges Perec, 1967),
Si par une nuit d’hiver un voyageur (Italo Calvino, 1979),
Journal d’un oiseau de nuit (Jay McInerney, 1984),
Lambeaux (Charles Juliet, 1995).

Inconsolable, Anne Godard

Il y a quelque chose d’intéressant dans cet exercice de narration: adopter un statut interne (du même type que l’emploi du  « je » ) mais avec une mise à distance (qui est-ce « tu »? ). Avec l’emploi du « tu », le lecteur n’a pas un accès direct aux pensées, réflexions du narrateur. Il est juste à côté.  De même, le lecteur en vient à se demander : « Mais ce « tu » qui est-ce? Est-ce moi? Ou bien…? »

Ce qui suit est une réécriture d’un texte que j’avais au brouillon – et c’est de la fan-fiction (mais je ne dirais pas de quoi, pour l’instant).

 

 

Le froid. Un froid intense.

Tu es engourdi.
Puis tu sens que tu peux à nouveau bouger. Tu ouvres les yeux.
Lentement.
Ta vision un instant obscurcie redevient nette.
Tu sens l’énergie couler en toi.
La vie. Dans tes veines. .Tu renifles. Tu écoutes. Le monde est glacé au tour de toi.
Mais où es-tu ?
Tu prends conscience de ce qui t’entoure.
La neige. Ce froid. Le sol sous toi. Tu es allongé.  Tu dois te lever. C’est une question de survie.

Tu t‘ébroues….
De la neige tombe de ta fourrure.
De tes poils blancs.
Par les dieux, tu veux comprendre! Qui es-tu?
Tu bondis. Tu t’affoles.
Mais l’instinct est plus fort.
Tu dois fuir. Ici, l’odeur de l’homme est trop présente, obsédante, malsaine. Tout pue l’humain
Plus loin, des cris s’élèvent. Des bruits de fer et de colère. L’odeur métallique du sang. Tu ne comprends plus rien.
Ton esprit s’emballe. La peur se mêle à la rage. Non. Tu dois partir.
Tu fais un autre saut en avant. Tu as toutes tes forces.Un pas. Encore un.
Pourtant, tu ne sais plus rien.
Une voix lointaine te parvient, moqueuse, une voix du temps d’avant. Avant? Avant quoi? 
Un instant, la panique menace de te submerger.
L’animal en toi. Toi, l’animal.
Tu grognes. Tu montres les crocs.
Et tu détales, des quatre pattes. Loin.
Tu repars en direction des terres sauvages. Là où d’autres frères de meute chassent.
Tes muscles du loup géant réagissent promptement.

Tu veux ignorer ce que tu laisses derrière toi.
La silhouette des hommes en noir. Les meurtriers. La femme en rouge. Rouge, ton sang sur le sol.Les blessures, la mort.
Toi sur le sol. Toi, l’humain.

Et dans ta tête de loup, encore, cette voix du passé:
« Tu connais rien, Jon Snow ».
Toi, Fantôme/Jon, tu cours dans les bois, enivré de senteurs de pins et de feuilles pourries
« La liberté, enfin. » penses-tu.

 

Note: Merci à George R.R Martin pour avoir créé Jon Snow et Ghost (Fantôme). Je ne suis pas sûre du tout que la théorie faisant survivre Jon en lui permettant de se transférer dans le corps de Fantôme (change-peau)soit la bonne, même si elle est séduisante (et peut-être plausible vu les antécédents familiaux).