Premières lignes — 3 août

Premières lignes 

« Sir Walter Elliot, of Kellynch Hall, in Somersetshire, was a man who,
for his own amusement, never took up any book but the Baronetage;
there he found occupation for an idle hour, and consolation in a
distressed one; there his faculties were roused into admiration and
respect, by contemplating the limited remnant of the earliest patents;
there any unwelcome sensations, arising from domestic affairs
changed naturally into pity and contempt as he turned over
the almost endless creations of the last century; and there,
if every other leaf were powerless, he could read his own history
with an interest which never failed.  This was the page at which
the favorite volume always opened :   « ELLIOT OF KELLYNCH HALL.
« Walter Elliot, born March 1, 1760, married, July 15, 1784, Elizabeth,
daughter of James Stevenson, Esq. of South Park, in the county of
Gloucester, by which lady (who died 1800) he has issue Elizabeth,
born June 1, 1785; Anne, born August 9, 1787; a still-born son,
November 5, 1789; Mary, born November 20, 1791. »

Je dois avouer que c’était la première fois que je lisais en entier un roman de Jane Austen — en anglais. J’avais lu assez rapidement (et en traduction française, je crois) « Raisons et sentiments » (Sense & sensibility) il y a quelques (de nombreuses) années, après avoir vu le film (non : LE film).
Cette fois, c’est Persuasion qui a retenu mon attention. Car, même si j’ai déjà vu une adaptation (des ?), je dois dire que l’intrigue restait flou dans ma mémoire. Et, comme beaucoup de gens, j’ai eu la curiosité (le courage ? la folie ? du temps à perdre car ce sont les vacances ? ) de regarder l’adaptation très…hum…libre de Netflix. Passons sur ce film qui est gentiment loupé, même pour l’imitation Fleabag (l’original reste bien meilleur). Le côté positif est que, peut-être, les romans de Jane Austen gagneront encore de nouveaux et nouvelles lecteurices.
Quant à moi, ma lecture s’est faite lentement. Lire jane Austen en anglais, ce n’est pas non plus la chose la plus facile du monde pour une non-anglophone. Mais peu à peu, on se fait aux tournures anciennes et aux expressions surannées. La langue de Jane Austen est toujours incroyablement concise, dans la retenue mais piquante. L’autrice reste une observatrice hors pair des gens et des moeurs de son temps, on ne le dira jamais assez.

Résumé : À vingt-sept ans, Anne Elliot, la deuxième fille d’un baronnet désargenté du Dorset, mène une vie triste et solitaire. Huit ans plus tôt, sous l’influence d’une amie chère, elle a refusé la demande en mariage de Frederick Wentworth, un jeune officier de marine qu’elle aimait profondément, mais que son entourage n’a pas alors jugé digne d’elle. Vivant désormais dans le regret de cet amour perdu, Anne est négligée par son père, un homme peu aimant et obsédé par son image et son rang, et sous-estimée par des sœurs égoïstes et vaines. Lorsque Frederick Wentworth, à présent capitaine et fortuné, revient dans la région avec le désir de se marier, Anne est partagée entre la crainte et l’espoir. Leur amour va-t-il avoir une chance de renaître ?

Anne Elliot est cette jeune femme un peu en retrait mais d’une grande générosité ; le symbole d’une force tranquille. Elle ne fait pas d’éclats, ne tient pas tête (elle n’est ni Emma ni Lizzie Bennet). Jane Austen disait de son personnage dans une lettre : «  Peut-être en aimeras-tu l’héroïne, car elle est presque trop bien à mon goût » (« You may perhaps like the heroine, as she is almost too good for me »). Car Anne est bonne, attentive aux autres. Elle fait passer les besoins de ses soeurs, sa ssouer aînée Elisabeth, l’orgueil de son père et surtout ceux de Mary, sa jeune soeur, hypocondriaque, avant les siens.
Plus jeune, Anne s’est laissée persuadée par une amie proche, Lady Russell, que celui qu’elle aimait ne pouvait pas constituer un parti honorable. Car les Elliot font partie de l’ancienne noblesse terrienne, certes ruinée, et le jeune homme dont Anne était amoureuse n’était qu’un marin. Sans le sou, qui plus est.
Le roman évoque beaucoup la Marine, les nouveaux riches en comparaison aux plus anciens, aux nobles de plus longue date. Des petites phrases font sourire car elles piquent exactement comme il faut, d’ailleurs.
Anne pourrait paraître faible mais ce n’est pas le cas. Elle doute, a du mal à s’affirmer.
C »est d’ailleurs sur ce point que le film, la dernière adaptation j’entends, se trompe le plus :  Anne n’est pas une personne qui s’apitoie sur son sort, qui chouine (avec une bouteille de vin rouge, pour l’anecdote Netflix. Au contraire : elle sait saisir sa chance. Et même quand elle paraît mélancolique, solitaire, elle sait  trouver sa voie à sa manière tranquille au sein d’une famille qui ne l’apprécie pas à sa juste valeur (ses soeurs et son père).
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le s lieux familiers que l’on retrouve (Bath…).
Persuasion se déguste à petites doses pour mieux en savourer chaque paragraphe.

Persuasion

 

 

 

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Premières lignes – 5 juillet

Premières lignes 

— Plus vite, mademoiselle Anja, plus vite ! Vous savez bien qu’en aucun cas il n’est souhaitable que nous manquions notre train !
Le ton employé par Miss Nightingale ne laissait place à aucun doute : sous la politesse apparente, sa voix aigrelette annonçait clairement qu’elle était agacée. Car tout comme il existe des gens qui chantent faux, la gouvernante, dès qu’elle était contrariée, parlait faux.

J’avoue que j’ai un faible pour les romans jeunesse, surtout lorsqu’ils contiennent une part de mystère/fantastique et qu’ils mettent en scène des jeunes partant dans des périples incroyables. C’était déjà ce qui me plaisait, étant enfant,  quand je cherchais des romans à lire à la bibliothèque de mon quartier (qui existe toujours dans les mêmes bâtiments, je l’ai appris l’autre jour). A présent, les romans se sont diversifiés et la fantasy devient plus présente, même pour les plus jeunes (quelle chance ils ont, j’aurais adoré ça !). Je pioche donc régulièrement dans les rayons YA et jeunesse de la médiathèque.  Celui-ci , je l’avais repéré en librairie. Il a une couverture stylisée très attractive et un titre évocateur pour qui a, un jour, ouvert l’étrange texte d‘Isidore Ducasse (Lautréamont). Maldoror, donc, est le premier tome d’une série intitulée Les Enfants de la Légende.
Maldoror, tome 1 : Les enfants de la légende par Lechermeier

 

Anja Blumbaum, fille  d’une riche famille viennoise et jeune prodige au violon, rate son train en gare de Kiev.  Son précieux instrument  attire d’ailleurs  de curieux voleurs  et la voilà en cavale !
Piotr est un garçon pauvre qui vit avec un  père violent et une grand-mère malade à la campagne. Il   se sauve de la maison pour se rendre au marché de Kiev afin d’y acheter des plantes pour guérir la vieille dame. En poche, il a une liste : de l’armoise, de l’angélique, du millepertuis, de la mandragore et une autre ;  Maldoror. Mais, une fois en ville les ennuis se précipitent sur lui et il n’est sauvé de la prison in extrémis que pour tomber entre les griffes de  la baronne von Stumpf et sa fondation des Compagnons de la vraie foi.  Mais, très vite, Piotr se trouve  menacé par la bande de Pharaon, celle des Effaceurs. Aidé par son araignée apprivoisée (j’ai frémi, en grande arachnophobe), Piotr prend la fuite et …rencontre Anja. C’est à deux que le voyage commence, à travers  l’empire d’Autriche-Hongrie de François-Joseph et l’empire russe de Nicolas II. La révolte gronde…
Le duo va bientôt comprendre qu’il a besoin d’alliés. Car Maldoror n’est pas un simple mot. Et le violon d’Anja, pas un simple instrument, aussi précieux soit-il.
Philippe Lechermeier entremêle les intrigue, parfois un peu trop les points de vue mais sans conséquences, et tisse une très belle aventure, riche,  passionnante.
Le mystère plane de bout en bout et, à la fin de ce premier tome, on se demande vraiment ce qui va advenir des personnages principaux, l’araignée comprise !
Il y a de la musique, des roulottes, des trains qui foncent à toute allure, des références à Jules Verne (Michel Strogoff – le supplice cosaque)…
Une lecture riche qui fourmille de détails et de rebondissements. Vivement la suite !

 

Résumé : Peu avant la 1ère guerre mondiale, cinq enfants qu’à priori tout sépare sont réunis par une étrange menace. Dans un périple qui les mène de Vienne à Odessa, de Kiev aux plaines de la Sibérie, il faudra échapper à de nombreux ennemis à la solde d’un chef tyrannique qui rêve de rétablir un royaume disparu… Maldoror.

 

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Carnets de style rock — Irina Lazareanu

Dans ce livre, la top model Irina Lazareanu présente son cercle d’intimes dans les univers de la mode et de la musique au début des années 2000.
Publiés chez Flammarion, 𝚁𝚞𝚗𝚠𝚊𝚢 𝙱𝚒𝚛𝚍, en français, Carnets de style rock (on appréciera l’adaptation), les souvenirs d’Irina se présentent sous la forme de courts textes racontant des moments de sa vie, parfois agitée, ponctuée de rencontres, Kate Moss, Karl Lagerfeld, Amy Winehouse, Yoko Ono et bien d’autres…

Les photos témoignent d’une époque pas très lointaine même si Irina (Rini) a déjà 20 ans de carrière.

On trouve donc de jolies photos, des anecdotes amusantes (j’avoue avoir bien ri par moments), des « conseils » pas forcément utiles mais là n’est pas le propos du livre à mon avis, bref, ce « Carnet de style rock » reste un bel album assez épais qui est plaisant à feuilleter.  On passe un moment agréable, ce qui fait du bien par ces temps troublés.

Résumé :

« Pendant mes vingt années dans le milieu de la mode, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes magiques, qui ont eu sur moi une influence déterminante. Je partage ici ce qu’elles m’ont enseigné en matière de style et d’attitude rock. Car si, sur le chemin de la vérité, la beauté peut séduire, faire le voyage avec style n’a jamais fait de mal à personne. »

 

  • Paru le 09/03/2022
    264 pages – 181 x 229 mm
    Broché

 

Carnets de style rock par Lazareanu

 

Merci à Babelio Masse critique et aux éditions Flammarion. 

 

Le bonheur d’écrire – Elise Valmorbida

 « Résumé : Découvrez comment l’écriture créative peut embellir votre vie. Cet ouvrage, imaginé par une autrice primée et professeure d’écriture créative, vous propose 100 amorces, réflexions et exercices. Ils vous feront découvrir comment l’écriture créative – être expressif, explorer des idées, fabriquer des mots, façonner des histoires – peut aussi vous rendre heureux. »

Le bonheur d'écrire par Valmorbida

Avec ce livre, j’ai la chance de pouvoir parler d’un sujet agréable — non négligeable par les temps qui courent– et qui me tient à coeur : l’écriture.
Car Elise Valmorbida enseigne l’écriture créative (creative writing )et a rassemblé ici le fruit de ses 20 années d’expérience. Si l’écriture créative existe depuis longtemps dans le monde anglophone avec des cursus universitaires, elle est beaucoup plus récente pour nous en France et à l’université, elle ne fait qu’une percée timide pour le moment.

Dans ce livre, l’autrice ne propose pas des recettes-miracles, ni des leçons « comment écrire un roman en… », et heureusement. Elle offre des pistes de réflexion, ouvre des voies pour, en premier, libérer toute personne qui a envie d’écrire (et peu importe le genre d’écrits). Puis, elle continue avec des exercices plus ciblés (dont certains que je vais garder pour les utiliser). Entre-temps, elle encourage, donne des idées, des pistes de réflexion, des axes de pensée. C’est à la fois intéressant, pas naïf, ni compliqué mais toujours bien fait. On peut y piocher comme on veut, au fil des pages, dans les chapitres (100 en tout) ce que l’on souhaite ou tout lire à la suite. Je me suis laissée prendre au jeu et, vraiment, je vais retenir et noter plusieurs phrases/exercices quand je suis dans le doute ou quand je galère.

 

 

 

Exercice tout simple pour les dialogues : les lire à haute voix (ça fonctionne)

 

 

Bref, une lecture pour toutes les personnes qui écrivent ou qui veulent écrire (et pas seulement des romans).

« si vous voulez être écrivain, alors écrivez » 

Merci à Babelio Masse Critique et aux éditions Pyramyd 

Premières lignes – 4 octobre

  » Quand c’est pas la femme qui va chercher la paye de son homme, tout ce qu’elle a pour la semaine, c’est zéro franc parce qu’il va boire un coup avec ses collègues pour fêter l’arrivée du week-end et on  sait ce que ça veut dire, hein ? Tournée générale pour les copains ! Ensuite, il rentre à la maison les poches vides mais alors, heureux ! Il raconte à sa femme des histoires qui tiennent pas debout, pour la faire rire, mais elle n’a pas envie de rire du tout. elle est furieuse et elle préférerait qu’il la ferme.
Il finit par aller se coucher. Le lendemain il se réveille avec la gueule de bois et déclare qu’il aimerait bien deux ou tranches de rôti froid et de la citronnade.
Et bien Materena est fiu de tout ça ! « 

Ces premières lignes retranscrivent à merveille l’ambiance des Chroniques de Tahiti, dont j’avais déjà chroniqué le premier tome, L’arbre à pain.

Avec ce deuxième tome, Frangipanier (et encore le nom d’un arbre qui tiendra une grande importance), Célestine Hitiura Vaite poursuit son tableau de la vie des gens ordinaires de Tahiti. ici, elle commence par un retour en arrière dans la vie de nos deux personnages principaux, Materena, cette femme que nous avons suivie lors du premier tome, et Pito, son homme (tané, en tahitien), devenu son mari après bien des aventures.
Mais nous n’en sommes pas encore là au début de Frangipanier : Pito et Materena sont encore un jeune couple avec un seul enfant et Pito a la fâcheuse habitude de passer ses soirées au bar.
Rapidement, on comprend où l’autrice veut en venir : cette deuxième partie va se focaliser sur la naissance de Leilani, la fille de Materena et de Pito, et deuxième enfant du couple. Puis, peu à peu, on plonge à nouveau dans la vie de la famille : les trois enfants grandissent mais on s’attache surtout à Leilani, son éducation, ses relations avec sa mère. Leilani est brillante, éduquée. Elle ne suivra pas la route de nombreuses femmes tahitiennes de son milieu  :se marier jeune, renoncer aux études,  avoir beaucoup d’enfants, supporter un conjoint parfois violent comme le racontent les petites anecdotes au fil de l’eau narrées par les multiples interlocuteurs.rices de Materena. Leilani se montre indépendante, féministe,  et Materena l’y encourage. De même qu’elle pousse son plus jeune fils à choisir sa voie professionnelle (cuisinier) alors que Pito et son fils aîné se moquent continuellement de lui.

Même si j’ai trouvé le début un peu plus faible que L’arbre à pain, sans doute à cause de l’aspect redondant (je n’aime pas les redites dans un roman, je n’y peux rien), Frangipanier  m’a ensuite, au fil des chapitres, totalement emportée. Les expressions en tahitien (avec le lexique) sont un plus (je suis absolument fan).
Et j’ai, bien sûr, emprunté le suivant dans la foulée. 

Une lecture que je recommande vraiment. Célestine Hitiura Vaite vivant en Australie, elle écrit en anglais. C’est la traduction qui est donc disponible aux éditions Au vent des îles puis 10/18 (en poche). 

Chroniques de Tahiti, tome 2 : Frangipanier par Hitiura Vaite

Widjigo – Estelle Faye

 

 » Basse-Bretagne, mars 1793
A chaque pas, la vase accrochait les semelles cloutées des Bleus qui devaient libérer leurs pieds de son étreinte dans un concert de chuintements liquides évoquant des sanglots. Avec la marée descendante, la côte empestait l’algue et la pourriture, en accord avec ce printemps malade où la jeune Révolution s’enlisait dans la guerre civile et le sang. Au-delà des écueils laissés à découvert, l’océan moutonnait, fouetté par le noroît. le vent gerçait les lèvres des hommes et portait les embruns jusqu’à la colonne de soldats. A l’horizon, une barre de nuages d’encre tranchait entre le gris des vagues et celui du ciel. Une tempête approchait. « 

Le Wìdjigò est l’équivalent du Wendigo en algonquin .
 » Le windigo ou wendigo est un être surnaturel qui appartient à la tradition spirituelle des Premières nations de langue algonquienne en Amérique du Nord. On le décrit comme un monstre puissant animé du désir de tuer et de manger ses victimes. Dans la plupart des légendes, les humains se transforment en windigos à cause de leur cupidité ou d’une faiblesse. Différentes traditions autochtones considèrent les windigos comme dangereux en raison de leur soif de sang et de leur capacité à ensorceler des personnes ou des communautés autrement saines. La légende du windigo illustre principalement les dangers de l’isolement et de l’égoïsme, ainsi que l’importance de la communauté. » (source)

Estelle Faye nous entraîne donc dans un roman hanté par la figure du widjigo, dans les brumes glacées de Terre-Neuve, là où plusieurs personnages disparates se retrouvent, forcés de se serrer les coudes afin de ne pas perdre la vie ou ce qu’il leur reste de raison. L’autrice de fantasy entremêle deux histoires, présent et passé, liées entre elles par le personnage de Justinien de Salers, un nobliau breton retranché dans une tour biscornue battue par les vents. Quand en 1793, le jeune Jean Verdier, fraîchement promu lieutenant de l’armée républicaine nouvelle vient l’arrêter, il ne sait pas ce qui l’attend. Il va faire une rencontre d’une nuit plus qu’étonnante. Le vieux noble lui conte alors ce qui lui est arrivé en 1754, en Acadie, alors que, fuyant les dettes et des événements dont il n’est pas fier, sous l’emprise de l’alcool, déjà rincé et fini à 26 ans, il s’embarque pour une mystérieuse mission à Terre-Neuve. Il fera le voyage en compagnie d’une métisse, qu’il appelle souvent la Camarde, Marie (un très beau personnage féminin fort et inquiétant), du rescapé d’une ancienne exploration, le botaniste, Veneur, et d’un adolescent mutique, Gabriel. Après avoir fait naufrage, ils atteindront les côtes, mais ils ne sont plus que quelques survivants : leur petit groupe, incroyablement préservé, quelques autres personnages (coureur des bois, gabier, soldat anglais), un pasteur rigide, Ephraïm et sa fille adolescente, Pénitence. Alors qu’ils essaient de survivre, un prédateur inconnu s’en prend à eux, les tuant les uns après les autres.
On pourrait penser que l’histoire va tourner au récit d’horreur, cadavres déchiquetés, et bestiole se cachant dans les bois, attendant son heure jusqu’à la fin… Mais l’intrigue est bien plus maligne. Peu à peu, on découvre que le monstre en question n’est sans doute pas celui qu’on pense et que les personnages rassemblés sur cette terre désolée le sont peut-être à dessein. Que rien n’est dû au hasard. Qu’ils ont tous un lien.
La structure est habile, oscillant entre légendes ( à part le wendigo, les mythes liés aux Nations Premières, mais aussi la légende de la cité d’Ys), fantastique, quelques touches horrifiques et une vraie trame de thriller.
Quat aux personnages, ils sont tous finement dessinés, psychologiquement bien pensés (mention spéciale à Pénitence). La place de la nature, particulièrement le végétal, véritable force dans laquelle les enchantements semblent prendre vie, est un grand plus. Les thèmes varient entre la culpabilité, la rédemption, la justice, celui du monstre, bien sûr et tant d’autres encore…
Pour le reste, c’est une ambiance angoissante, brumeuse, mais captivante qui nous tient du début jusqu’à la fin du roman. Un récit hanté.

Note : j’ai été assez inspirée jusqu’à en faire une playlist  « bande son pour Widjigo » sur Y.T (avec des airs traditionnels de Terre Neuve, aussi mais pas que).

Merci aux éditions Albin-Michel Imaginaire pour cette lecture

Widjigo par Faye

 

résumé : En 1793, Jean Verdier, un jeune lieutenant de la République, est envoyé avec son régiment sur les côtes de la Basse-Bretagne pour capturer un noble, Justinien de Salers, qui se cache dans une vieille forteresse en bord de mer. Alors que la troupe tente de rejoindre le donjon en ruines ceint par les eaux, un coup de feu retentit et une voix intime à Jean d’entrer. À l’intérieur, le vieux noble passe un marché avec le jeune officier : il acceptera de le suivre quand il lui aura conté son histoire. Celle d’un naufrage sur l’île de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. Celle d’une lutte pour la survie dans une nature hostile et froide, où la solitude et la faim peuvent engendrer des monstres…

Autrice : Estelle Faye

Édition: Albin Michel Imaginaire

Publication : 29 septembre 2021

 

Premières lignes – 4 mai

C’est le jour où je devrais plutôt dire « May the 4th be with you » mais je ne vais pas parler de Star Wars pour ces premières lignes :

« C’était le milieu de l’hiver.
Un vent froid soufflait dans la rue, fouettant les maisons et faisant branler les fenêtres. le ciel nocturne était couvert, la température proche de zéro. ‘était l’aube, et le brouhaha en provenance des bars et des boîtes de nuit s’était s’était peu à peu calmé pour n’être qu’un murmure lointain. le seul bruit parvenant jusqu’à nous était le gémissement puissant du vent.

Dans le salon, il faisait bon. Variam était assis sur le canapé. Anne s’occupait de ses blessures, Luna faisait les cent pas à côté de la table et j’étais adossé au mur près de la cheminée, bras croisés et tête baissée. « 

J’ai déjà parlé de la série Alex Verus et de mon coup de coeur pour cette fantasy urbaine qui se déroule à Londres, avec un perso principal devin ( Alex )qui se débat dans des intrigues bien pourries au sein d’un conseil de mages occupés à établir un ordre plus ou moins bancal entre la Lumière et l’Ombre. Mais les « bons » ne le sont jamais vraiment et il n’y est en aucun cas question d’opposition franche entre « méchants » et « gentils » sorciers ( ou « Lumière » contre « Ombre »), ce qui donne le sel de la série de livres qui en compte 6 traduits en français (bientôt 12, je crois, en anglais).

Voici donc le sixième, « Dissimulation » : l’intrigue reprend exactement après les événements du tome précédent (je ne dirais rien mais ce fut mouvementé !). Cette fois, Alex va se retrouver mêlé malgré lui à un imbroglio impliquant une organisation plus que sinistre, un artefact magique que tout le monde recherche ( mages de l’Ombre comme mages de la Lumière). Il y a de l’action, des scènes de combat magique bien écrites et bien sûr, de l’humour. Une fois de plus, Alex Verus s’est engouffré dans les ennuis jusqu’au cou… Quant au Conseil, il est plus corrompu que jamais.

Un plus : pour le développement de la mage de terre, Caldera et l’humour. Un petit moins : pour les autres amis de Verus, laissés en retrait cette fois (Luna, Anne, Variam) et le gros flou autour de son ancien mentor, le sinistre Richard Drakh ( on se demande vraiment comment un type aussi puissant peut rester aussi discret — mais que fait-il donc depuis si longtemps alors qu’on nous annonce son retour ?). Mais ce sont des détails.

Tellement bien qu’une fois la lecture entamée, on n’a plus envie de le lâcher… Et j’attends le 7 avec une certaine impatience. Une série dont on ne parle pas assez, décidément.

Alex Verus, tome 6 : Dissimulation par Jacka

résumé :

Alex Verus ne s’est jamais entendu avec le Conseil qui préside la communauté des magiciens. Mais alors que son ancien mentor est de retour en Angleterre, Alex a désespérément besoin d’alliés. Et il est prêt à tout pour en trouver, même si cela implique accepter une mission pour les Gardiens qui ont la tâche de faire appliquer la Loi magique.

Alex forme une alliance improbable avec Caldera, sa nouvelle partenaire. Mais sa tentative de rentrer dans le rang se révèle dangereuse quand il se retrouve en possession d’un artefact que tout le monde convoite.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

• Au baz’art des mots
• Light & Smell
• Lady Butterfly & Co
• Le monde enchanté de mes lectures
• Cœur d’encre
• Les tribulations de Coco
• Vie quotidienne de Flaure
• Ladiescolocblog
• Selene raconte
• La Pomme qui rougit
• Les lectures d’Emy
• Aliehobbies
• Ma petite médiathèque
• Pousse de ginkgo
• À vos crimes
• Le parfum des mots
• Chat’Pitre
• Les lectures de Laurine
• Eleberri
• Les lectures de Nae
• Claire Stories 1, 2, 3
• Tales of Something
• Read For Dreaming
• Ju lit les mots
• Illie’z Corner
• Voyages de K
• Prête-moi ta plume
• Les lectures de Val

Premières lignes – 28 février

Premières lignes après un léger break

 » Pantalaimon, le daemon de Lyra Belacqua, devenue Lyra Parle-d’Or, était alllongé sur le bord de la fenêtre de la petite chambre-bureau de Lyra au collège Sainte-Sophia, dans un état aussi éloigné que possible de la réflexion. Il avait conscience du courant d’air froid qui entrait par la fenêtre à guillotine mal ajustée, de la douce chaleur de la lampe à naphte posée sur le bureau, sous la fenêtre, du grattement du stylo de Lyra sur le papier, et de l’obscurité au-dehors. « 

Pas vraiment de suspense cette semaine : dès les premières lignes, nous savons que nous retrouvons le monde de Lyra, le personnage central de La croisée des mondes /His Darks materials. Dans ce deuxième tome de la Trilogie de la Poussière, commencé avec La Belle sauvage, une préquelle intéressante et bien menée, Lyra a vingt ans. Il s’agit donc d’évènements survenant après la première trilogie.  Il s’agit donc …d’une suite. ( et il vaut mieux avoir lu la première trilogie pour relier le tout).
Lyra est étudiante mais rien ne va comme : en effet, Pan et elle ne s’entendent plus, une chose rare entre un humain et son daemon, une chose quasiment impossible.
Mais on verra au fil du livre que cela peut arriver et que les daemons peuvent même quitter les personnes avec ils sont liés. Et là, rien ne va dans le monde de Pullman qui avait posé le fait que, dans ce monde, sans daemon, ou séparé de lui, tu meurs.
D’autres incohérences ou bizarreries, il y en a plus d’une dans ce tome.
Aura-t’on des éclaircissements avec le troisième ? J’ai envie d’espérer mais La Communauté des esprits ne m’a pas convaincue. Je l’aurais même abandonnée en cours de route si cela n’avait pas été l’histoire de Lyra, de Pan et de Malcolm aussi.
Le rythme est très inégal : il traîne sur une grande moitié du roman, se perdant en considérations qui n’apportent pas grand chose à l’histoire. Les thèmes sont abordés de façon peu subtils : la religion et le fanatisme avec une énorme caricature de l’Islam (encore ! c’est usant…) ; le manque de créativité avec l’arrivée de la rationalité surtout à l’âge adulte – comme si on ne pouvait pas concilier les deux ( c’est mal fait  et ça m’a fait bondir plus d’une fois). Ensuite, Pullman n’a pu s’empêcher d’aborder le problème des migrants : pourquoi pas ? Mais une fois de plus, c’est réalisé sans finesse aucune. Quant à la question des agressions sexuelles, on repassera : la scène de l’agression est particulièrement violente ( j’ai failli refermer le livre et pourtant… ). Tiens, je pensais que c’était un livre pour la jeunesse ? Gallimard jeunesse n’a pas trouvé judicieux de placer un petit avertissement quelque part ? . Mais le pire, c’est qu’elle est totalement gratuite ( sauf à dire : les méchants hommes orientaux, encore une fois). Le deuxième message que cela envoie, de façon étrange, n’est certainement pas désiré par l’auteur mais il est là :  quand on analyse la scène,  elle nous dit :  » pourquoi Lyra a-t’elle eu l’idée de rester dans un wagon plein de militaires alors qu’elle ne porte pas de voile ? « . Cela souligne sa stupidité et quelque part, la responsabilité  de la jeune femme  dans cette agression ( un refrain connu).  Très moyen, vraiment.
Je n’ai pas grand chose à dire après ça sauf que je n’ai pas passé un bon moment et que je trouve ce tome assez mal fait. Ce que j’ai préféré, ce sont les changements de points de vue ; particulièrement les passages avec Pan et Malcolm ( un très bon personnage, Malcolm, dont j’ai apprécié l’évolution). De nouveaux personnages rencontrés sont aussi très bien décrits et intéressants. Mais cela ne sauve pas le roman.
J’espère sincèrement que le troisième va rattraper le reste mais quand je vois la tournure que prend l’histoire, j’ai envie de dire : cette suite n’était vraiment pas utile.
Et je suis désolée d’avoir à le dire. Je suis une fan de La Croisée des Mondes (et je me régale avec la série, d’ailleurs).

La trilogie de la poussière, tome 2 : La communauté des esprits par Pullman

Résumé : Lyra a 20 ans. A Sainte-Sophia, où elle étudie, elle croise de nouveau le chemin de Malcolm, devenu enseignant. Animés par le mystère de la Poussière, ils s’aventurent au delà des frontières de l’Europe vers un désert hanté d’Asie centrale.

 

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Premières lignes – 7 février

 Premières lignes 

 » Il semblerait qu’il soit né le 4 février 1986.
Au Pays du Matin calme, l’enfant entre dans l’existence dès sa conception. Sans grande considération pour les lois de la science, il sera déclaré — non pas à l’état civil, mais à la famille — âgé d’un an le jour de sa naissance. Il gardera cet âge tout au long de l’année lunaire qui s’en suivra. Ainsi l’enfant comptera deux au nouvel an de l’année suivante — au Nouvel An lunaire appelé Seollal — qu’il soit né en décembre ou en juillet.
Au centième jour de sa naissance, une fête célèbrera la fin de la période suspecte de mortalité infantile, la victoire de sa survie au monde. « 

J’avais très envie de lire Idoles de Marianne Weller aux Ateliers du Cahier, un document sur le groupe de K-pop TVXQ!. 

Dès les premières lignes, on voit apparaître l’intérêt de ce livre — et son ambigüité.  D’une part , il nous éclaire si bien sur la société coréenne que c’est un plaisir d’apprendre des détails que, parfois, on ignore et, de l’autre, il n’est ni un essai sur la Corée, ni une biographie du groupe TVXQ! même s’il s’en a tous les aspects.
Voilà donc son gros défaut : à force d’hésiter entre les genres, il n’en a aucun. Et à force de n’être pas une biographie, il ressemble à un fouillis qui mériterait vraiment une relecture (une vraie ) afin de raconter une histoire qui ait un véritable sens ou qui se dirige vers un essai qui soit structuré correctement.
Mais ce n’est pas le cas.
Et donc, on oscille entre une partie fictionnelle et une autre très documentée, se mixant sans réel habileté.
La première partie du récit ressemble quand même terriblement à une biographie puis, étrangement, on passe à une seconde, très confuse et brouillonne où il faut pêcher les informations. L’autrice dit qu’elle a tenté de mêler le vrai et le faux puisque « ceci n’est pas une biographie ». Même si j’ai tout à fait entendu l’intention, je dois dire que le résultat n’est pas concluant. malgré tout, j’ai lu entièrement, retenant ce qui m’intéressait, pestant contre les maladresses ( ex : dans un paragraphe, subitement apparaît une formulation à la première personne du singulier alors qu’à aucun moment il n’a été mentionné un quelconque « je » ;  défaut de narration ou oubli malencontreux 😫).
Par contre, j’ai vraiment apprécié à sa juste valeur toute la documentation. Les anecdotes sur le groupe, qu’elles soient connues (car réelles) ou pas ( car inventées mais bien trouvées) sont excellentes. C’est vraiment dommage que ce récit ne soit pas une fiction car l’autrice avait trouvé son sujet et est particulièrement à l’aise pour entrer dans la vie des « idoles » dont elle parle avec une grande humanité.
A ce sujet, j’ai appris un tas de détails sur ce groupe que je ne connaissais que superficiellement ( merci  » Mirotic » — la vidéo et le titre qui firent scandale en Corée du Sud :

TVXQ, c’est aussi le  groupe qui a fait les frais des méthodes honteuses d’une très grosse maisons de disques,  la SM entertainment, qui a fait ses dents sur eux — avant de lancer EXO... ( on ne va pas rappeler les dégâts que causent l’industrie musicale en Corée, le problème étant plus vaste, sociétal, ce qui me rappelle une lecture récente ).

Pour finir, Idoles a été une lecture en demi-teinte : j’aurais aimé que le récit soit dans la continuité de la première partie. A mon avis, l’autrice aurait dû être encouragée à développer cette partie sur toute la longueur car elle a un réel talent pour la fiction ( et je viens de lire une interview d’elle où elle confirme mon doute sur son processus d’écriture…). La seconde partie reste, à mon sens, du remplissage et c’est dommage.

Note perso : Oui, Marianne Weller, écrivez de la fiction !
( et en plus, elle aime Big Bang et G-Dragon ! 😍 )

 

Idoles par Weller

Résumé : En 2004, un nouveau groupe de cinq chanteurs fait ses débuts en Corée du Sud. Le plus jeune a quinze ans, le plus âgé dix-sept. Ils se sont rencontrés par hasard, réunis par la plus grosse agence de production du pays. Ils vont devenir le groupe le plus célèbre de toute l’Asie, battant tous les records de popularité. Et les meilleurs amis du monde. Mais, pour trois d’entre eux, la liberté compte plus encore. En 2009, entouré d’une pression médiatique énorme, le groupe vole en éclat et les ennuis commencent. Procès, déchirements, l’industrie musicale coréenne ne compte pas laisser s’envoler ainsi la poule aux œufs d’or…
​Un récit inspiré de l’histoire du groupe TVXQ!, stars incontestées de la deuxième génération de K-pop, éternellement regrettés, longtemps pris pour modèles par la génération d’aujourd’hui.

Merci à Babelio Masse Critique 

 

 

 

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

 

• Au baz’art des mots
• Light & Smell
• Les livres de Rose
• Lady Butterfly & Co
• Le monde enchanté de mes lectures
• Cœur d’encre
• Les tribulations de Coco
• Vie quotidienne de Flaure
• Ladiescolocblog
• Selene raconte
• La Pomme qui rougit
• Les lectures d’Emy
• Aliehobbies
• Ma petite médiathèque
• Pousse de ginkgo
• À vos crimes
• L’univers de Poupette
• Le parfum des mots
• Chat’Pitre
• Les lectures de Laurine
• Lecture et Voyage
• Eleberri
• Les lectures de Nae
• Claire Stories 1, 2, 3
• Tales of Something
• Read For Dreaming
• Ju lit les mots
• Illie’z Corner
• Voyages de K
• Prête-moi ta plume
• Les lectures de Val
• Le petit monde d’Elo