Transbordeur : photographie, histoire, société

Transbordeur photographie, histoire, société est une très belle revue consacrée à la photographie dotée d’une iconographie très bien mise en valeur et d’articles techniques richement documentés.

« Les images existent par l’effet cumulé des dispositifs d’enregistrement et de visionnage, d’exposition en petit et grand format, de stockage, de flux et de masse, d’encodage et de surcodage, des mécanismes économiques et juridiques de leur valorisation, des agences, des archives, des institutions patrimoniales ou pédagogiques qui leur donnent leur utilité en tant que technique culturelle » (p. 5).

 

Au fil de plus de 230 pages, cette revue, dont le titre s’inspire du pont transbordeur, présente au lecteur un éventail choisi  des études photographiques de notre époque tout en axant ses articles sur le côté technique, faisant le lien entre passé et présent.
Il s’agit non seulement d’un très bel objet mais aussi d’une mine de renseignements et d’études.

« Les éditions Macula ont conçu un objet de haute qualité esthétique et magnifiquement illustré grâce au soutien de plusieurs institutions et mécènes. Cette première livraison a pour objet les Musées de photographies documentaires. Elle est issue d’un colloque organisé par les universités de Lausanne et de Genève. En une quinzaine de textes, elle propose un panorama des principaux projets et institutions européennes consacrés à l’archivage photographique depuis le XIXe siècle, ainsi que quelques essais sur des thèmes particuliers comme « Fasciner l’attention. Le chromatrope et le pouvoir suggestif de la couleur en France au XIXe siècle » (p. 134-149) d’Alessandra Ronetti, ou « Frank Bunker Gilbreth : La normalisation comme art de vivre » (p. 150-165) de Bernd Stiegler. »

(source)

 

 

Revue Transbordeur. Photographie, histoire, société, éditions Macula, 2017, numéro 1, 236p  

Site des éditions Macula

Merci à Babelio Masse critique 

 

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Premières lignes #7avril

Direction la Corée pour ces Premières lignes et, attention, la Corée du Nord :

 » La mer était calme le jour où Soo-min disparut.
Elle observait le garçon qui faisait du feu avec du bois flotté. La marée montante apportait son lot d’immenses nuages, dont la panse cendreuse rosissait. Elle n’avait pas vu un seul bateau de la journée depuis la plage déserte. « 

C’est  en grande partie mon attrait pour l’Asie et, en particulier, pour la Corée, que j’ai emprunté ce livre à la médiathèque.  Or, le roman s’avère être  excellent ! A la fois thriller, roman d’espionnage, mais aussi formidable incursion en Corée du Nord, dans le quotidien des coréens, L’étoile du Nord nous embarque aux côtés des trois personnages principaux que rien, en apparence ne semble lier. Et pourtant…

Mais, chut, je ne tiens pas à en dire trop… Tout se jouera dans les dernières pages, au cours d’une course-poursuite haletante et d’un plot twist bien trouvé.

A lire, à lire !

Résumé :

Les États-Unis et la Corée du Nord sont au bord de la guerre.
Pour aller chercher sa sœur jumelle qui a été enlevée en Corée du Nord, Jenna se fait recruter par l’unique organisme capable de l’aider : la CIA.

À Pyongyang, le colonel Cho fait une terrifiante découverte.
Il doit échapper à la police secrète qui le serre de près. Un geste, un mot, et il deviendra traître à la nation.

Mme Moon trouve un chargement de contrebande. Plutôt que de le rendre aux autorités, elle décide de vendre la marchandise au marché noir. Si elle réussit, sa vie sera changée à jamais. Si elle échoue…

Basé sur des faits réels glaçants, mené à un rythme effréné jusqu’au dénouement explosif, L’Étoile du Nord porte le thriller d’espionnage au plus haut.

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Antoine Chainas

L’Étoile du Nord – D.B John 
624 p.
22 €
Paru le 09 jan 2019
Editions les Arènes

 

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Premières lignes #31mars

Premières lignes à l’heure d’été !

« Quand je me suis fait tatouer pour la première fois, j’étais plus âgée que tous mes amis.
Ma mère adore raconter cette histoire. malheureusement. Nous sommes censés recevoir notre nom et notre premier tatouage deux jours après notre naissance mais, comme je suis tombée malade, ma mère a annulé la cérémonie en attendant que j’aille mieux, sans tenir compte des avertissements de ses amis au sujet des bébés qui mouraient sans avoir été tatoués. Je suis donc restée vingt jours ainsi, anonyme, jusqu’à ce que ma mère déclare : « Elle s’appellera Leora ».

Voilà un roman que je voulais lire depuis des mois après avoir lu la critique d‘Isa la rousse!

Je l’ai enfin trouvé à la bibliothèque et je n’ai pas été déçue. C’est tout à fait le genre de roman qui se lit (trop) vite, tant on a hâte d’en savoir plus.
Alice Broadway nous emmène dans un monde où le tatouage constitue le centre de la vie : ne pas être tatoué équivaut à un crime puisque personne ne peut vous « lire » . De plus, sans les marques de votre vie sur la peau, vous serez irrémédiablement Oublié – et n’accéderez pas à la vie éternelle. Le tatouage raconte l’histoire de chacun mais constitue une grande part de la base religieuse de cette société dans laquelle le non-tatoué – l’Immaculé – est devenu une menace. 

Pour ce roman, l’autrice s’est inspirée d’un documentaire sur l’ancienne Egypte, du travail de Gemma Angel  et de sa propre expérience (son éloignement de la foi ).
Le premier tome de cette trilogie (Ink trilogy en V.O) nous amène à nous questionner aussi sur notre rapport à la conservation de notre histoire, de celle  de nos ancêtres et parents disparus, notre rapport à la mort et au deuil, aussi.
Leora, le personnage principal, effectue ici un parcours initiatique qu’elle n’aura pas terminé à la fin du roman ( mais qui laisse présager le meilleur pour le second tome).
Un univers particulier, un roman d’apprentissage, Marqués fait partie de ces romans jeunesse/Y.A qui savent se démarquer (jeu de mots involontaire, pour une fois !).

Résumé :

Quand toute votre vie est inscrite sur votre peau…
À la mort de son père qu’elle a tant admiré, Leora souhaite honorer sa mémoire. Et dans les hautes castes, il est d’usage de relire au cours d’une cérémonie les événements qui ont marqué la vie d’un personnage important. Mais à mesure qu’elle parcourt le livre de son père, la jeune fille découvre avec stupeur que certains passages ont été réécrits ou qu’ils ont complètement disparu… Pire, un mystérieux tatouage désigne son père comme coupable d’un crime ! La jeune femme devra remettre en cause toute son existence pour comprendre d’où elle vient et sur quels mensonges est construite la société où elle vit…

Premières lignes #24mars

Premières lignes avec de la fantasy, cette semaine et un début percutant :

 » Si vous compter tuer une moniale, assurez-vous que votre armée est de taille suffisante. Pour soeur Ronce du couvent de la Mansuétude, Lano Tacsis s’était entouré de deux cents hommes. « 

Les moniales dont il est question dans ce premier volume, « Soeur écarlate », ne sont pas de simples religieuses retirées dans la prière: ce sont aussi des combattantes farouches, rompues aux arts martiaux, des espionnes, des tueuses.
Nous suivons ici le destin de Nona, une enfant de huit ans, qui a échappé de peu à une condamnation à mort.

J’avais déjà lu le cycle de l’Empire brisé, de Mark Lawrence, il y a quelques années et c’est avec plaisir que je me suis lancée dans ce premier tome du Livre des Anciens.
Mark Lawrence est un habile conteur qui sait planter des personnages forts (ici, une majorité féminine) et sait se jouer des lignes narratives de temporalité avec habileté.
Les  moniales de Soeur écarlate, surtout les professeures du couvent,  m’ont fait penser à certaines femmes d’un autre ordre : le Bene Gesserit de Dune.

De la fantasy comme on aimerait en lire plus souvent…

 

 

 

résumé : Au couvent de la Mansuétude, on forme des jeunes filles à devenir des tueuses. Dans les veines de certaines coule le sang ancien, révélant des talents presque disparus depuis que les Anciens ont accosté sur le rivage d’Abeth. Mais les maîtresses de la lame furtive ne mesurent pas ce dont elles ont hérité à l’arrivée de Nona, une enfant de huit ans qui a déjà du sang sur les mains. Ayant échappé à la potence, elle est recherchée par de puissants ennemis aux mystérieux desseins. Et au cours de son apprentissage de la voie de la lame, elle est rattrapée par les secrets d’un passé violent. Tandis qu’un soleil mourant se lève sur l’Empire, Nona devra affronter ses démons et devenir une redoutable guerrière si elle veut rester en vie…

 

 

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Premières lignes #17mars

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit puis je vous parle de ma lecture. Cette semaine, un début un peu particulier puisque le roman commence par une série de lettres :

 

« Cher monsieur le maître de Caraval,
Je m’appelle Scarlett, mais en fait, je vous écris pour vous parler de ma petite soeur Tella. C’est bientôt son anniversaire (le 37ème jour de la saison des Pousses) et elle aimerait beaucoup voir votre spectacle. Alors, si vous pouvez passer par notre île avec vos fantastiques comédiens de Caraval, ce serait un cadeau merveilleusement formidable

Avec tout mon espoir,
Scarlett de l’île conquise de Trisda « 

Le premier tome de la trilogie Caraval était annoncé comme un véritable événement (25 coéditeurs, les droits audiovisuels achetés par la Fox, la presse américaine unanime, etc…)

A la lecture, l’enthousiasme retombe assez vite. Si le roman se lit de bout en bout facilement, tenant même en haleine, il a du mal à éviter les incohérences et la psychologie à deux balles des personnages.

Les deux soeurs, Scarlett et (Dona)Tella, qui sont les protagonistes, apparaissent comme des victimes : enfants battues pendant des années par leur père, jeunes femmes à la merci du premier homme qui passe. On en a vite assez de cette image de la femme qui se montre soit soumise, soit capricieuse, soit infantile, soit frivole (la combinaison des quatre est aussi possible).
Car, même si l’action est placée dans un monde imaginaire où, semble-t’il, les femmes obéissent à des règles dictées par les hommes, on n’en sert guère plus. Rien n’explique véritablement le comportement des deux jeunes filles.

De même, l’univers n’est jamais expliqué un minimum: que sont les îles conquises ? d’où vient la magie ? qui est qui ?
Cela laisse beaucoup de vide, finalement. Quand le jeu-spectacle de Caraval se met en place, même si les éléments merveilleux sont bien trouvés et agréablement décrits, on aimerait en savoir plus. Et quelle est donc l’origine des émotions que l’héroïne semble voir en couleurs ? Voilà qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.

Tout cela ne m’a pas empêchée de finir le livre: les twists sont plutôt bien amenés et la lecture est agréable.

 

 

Résumé : Bienvenue à Caraval !
Le spectacle le plus extraordinaire de tous les temps ! Vous y verrez plus de merveilles que le commun des mortels au cours de toute une vie. Mais avant que vous vous plongiez dans notre univers, gardez à l’esprit qu’il s’agit d’un jeu…
Nous tenterons de vous convaincre que ce qui se passe au-delà de ce portail est réel, mais ce n’est qu’illusions.
Alors prenez garde à ne pas vous laisser trop emporter. Car les rêves qui se réalisent peuvent être magnifiques, mais ils peuvent aussi se transformer en cauchemars si l’on ne se réveille pas…

 

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Premières lignes #17février

 

Retour à une série déjà lue il y a une dizaine d’années pour ces Premières Lignes :

 » Par trois fois, je me suis réveillée dans la pénombre des premières heures de l’aube : d’abord, la gorge nouée par le chagrin; ensuite, le sourire aux lèvres; et enfin, le coeur écrasé par une terrible solitude. « 

Ainsi débute ce qui constitue le deuxième tome de Outlander (Le chardon et le tartan)  la série-fleuve de Diana Gabaldon (elle n’a pas encore fini de l’écrire).
On retrouve avec plaisir des personnages qui deviennent pour le lecteur aussi familiers que de vieux amis : Claire, revenue au XXème siècle, bien sûr mais on apprend à connaître sa fille  (et celle de Jamie), Brianna.
Très vite, Gabaldon nous replonge dans les aventures de Claire et Jamie qui les ont conduits à cette séparation temporelle.

Outlander touche à plusieurs genres : ce n’est pas seulement une romance, ce n’est pas juste un roman historique et c’est, très légèrement, de la science-fantasy (plus que de la SF, vu comme le thème du voyage temporel est traité).

Ma première lecture date d’il y a déjà 10 ans et, depuis, la série a été adaptée brillamment à la télé. Aujourd’hui, j’ai les mêmes objections à la relecture qu’en 2008/09 : trop de scènes de sexe, dont certaines ne servent à rien; quelques incohérences parfois (par ex : on a du mal à comprendre comment Jamie et Jack Randall peuvent se retrouver dans la même pièce après la scène de torture et de viol du tome précédent). C’est l’avantage de la série TV : en allant à l’essentiel, elle évite ces passages un peu faibles et peu cohérents. D’ailleurs, en relisant ces premiers tomes d’Outlander, je trouve que les acteurs ont su apporter une touche personnelle, une humanité,  qui rend les personnages beaucoup plus agréables que dans les romans (dans les tomes 1 et 2, Jamie est très souvent une grosse brute; Claire a tendance à osciller entre l’oie blanche et la femme mûre, sûre de ses compétences, sans être plus sympathique que cela…etc..).

Par contre, Gabaldon a un talent fou pour rendre vivants ses personnages et pour restituer une époque. Et même si la traduction française est toujours un peu faible, c’est un bonheur que de se replonger dans les péripéties de Claire, Jamie et cie.


C'est assez amusant de relire ces premiers tomes et
 en parallèle, de regarder à nouveau les saisons 1 et 2... 
(oui, oui, je suis à fond ^^).

 

Résumé du Tome 2 : 1968. A la mort de son mari, le docteur Claire Beauchamp-Randall emmène sa fille en Ecosse, sur les lieux mêmes où, vingt ans plus tôt, elle a vécu d’extraordinaires aventures… Là, elle révèle à Brianna l’incroyable secret qu’elle n’a jamais dévoilé depuis qu’elle fut retrouvée inanimée auprès d’un menhir, dans un ancien site mégalithique, après trois années d’une absence inexpliquée. Ce second volet des aventures de Claire Beauchamp à travers l’Histoire entraîne le lecteur dans le Paris du siècle des Lumières. Après avoir fui l’Ecosse où ils sont devenus hors-la-loi, Claire et Jamie, le jeune Highlander qu’elle a épousé, gagnent la capitale française à la rencontre de Charles-Edouard Stuart, le prétendant au trône d’Ecosse et d’Angleterre, venu solliciter l’appui de son cousin Louis XV Leur objectif : décourager ses tentatives d’accession au trône qui, Claire le sait, marqueraient à coup sûr le début d’une répression sanglante dans les Highlands. Le couple se lance alors dans une course effrénée pour modifier le cours de l’Histoire. Pour cela, il devra affronter un monde sans pitié où il ne pourra compter que sur lui-même et la force de son amour avant de découvrir, à ses dépens, qu’on ne joue pas impunément avec la destinée humaine.

 

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Premières lignes #11février

Virage 100% fantasy française pour ces Premières Lignes que je n’arrive pas à caler le week-end en ce mois de grippe de février !

 

Ditto Lamolaire tira sur la longe de l’âne de tête. L’animal trainaillait depuis le début de la descente et ralentissait toute la caravane de bêtes qui cheminaient à la queue leu leu.
« Avance, Bazinga ! On n’a pas toute la journée devant nous ! »

Séduite autant par la couverture (ah, les éditions des Moutons électriques ! le nombre de fois où ils me font rêver...) que par le résumé, je me suis lancée dans ce premier roman; je n’ai pas été déçue ….
L’action se déroule dans un pays imaginé et imaginaire qui ressemble fortement à nos Alpes. Le folklore est succulent (veïvres, goblinoux, calmar des cimes, ograrbre, tyroli-troll, psammèdes, matagosses, quatemberces, frayes, trollains ….), l’univers donne envie de s’y plonger. C’est un voyage du héros assez classique qui débute dès les premières pages: le jeune Ditto se découvre des pouvoirs qu’il ignorait. Il va également comprendre que le monde qui l’entoure est rempli d’étranges créatures  dont certaines dotées de pouvoirs. Commence ainsi une quête pour l’adolescent qui devra apprendre à contrôler son don et à lutter.

Certains ont reproché à ce roman d’être trop « jeunesse » (les animaux qui parlent), ce n’est pas mon cas (et puis, j’aime les romans Y.A bien faits). Certes, il reste quelques maladresses : une ou deux scènes légèrement escamotées, une fin un peu rapide (une suite serait vraiment la bienvenue!) mais rien de vraiment gênant pour la lecture. Et puis, pour le reste, on se régale !

Une très agréable surprise, donc. Je le redis : j’espère que Margot Delorme aura la bonne idée de nous raconter d’autres aventures de Ditto – ou d’autres personnages – dans ce monde. On ne demande qu’à le découvrir !

Résumé :Ditto, quatorze ans, tient lieu de guide à des excursionnistes venus des plaines. Un jour, lors de l’attaque d’un monstre des cimes, il se découvre un don pour déclencher avalanches, coulées et crues. Un don puissant. Or les écouleurs sont craints et haïs par les montagnards. Bientôt, Ditto se retrouve dans la peau d’un paria et contraint à la fuite. En compagnie d’amis inattendus , il va demander son aide à la Lorlaïe, la nymphe du grand glacier. Mais le marché que lui propose cette dernière lui paraît inacceptable…

 

Dompteur d’avalanches, Margot Delorme
Les Moutons électriques –

  • Broché
  • 17 × 21 cm
  • 224 pages
  • Paru le 23 août 2018

 

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Premières lignes (en retard) #5février

Je trouve enfin le temps de poser ici ces Premières Lignes de février, les premières du mois !

 » Chère Maman,
Depuis mes premiers instants de conscience, je t’ai vue comme une gladiatrice – pour moi, tu es le plus farouche exemple possible de la puissance d’une femme.
Nous sommes un peu jumeaux, nous pouvons nous reconnaître dans une pièce où tous les yeux sont fermés, nous entendre dans un monde de silence, et cela, malgré les traumatismes enchâssés dans notre histoire. « 

L’auteur.e commence ainsi ce qui va constituer le récit de son enfance et de son adolescence – et c’est un sacré récit !
iO Tillett-Wright nous embarque au sein de sa propre histoire, au sein d’une famille, d’un quartier, d’une époque. L’écriture est sensible, poignante, elle prend aux tripes et au coeur. Ce livre parle du genre, mais pas que. Il parle des hommes, des femmes , des pères, des mères – du fait de ne pas à avoir à choisir: iO (à prononcer : « aïe-oh » et non comme en français : eeyoh) est née fille. Très tôt, iO a choisi d’être un garçon avant d’opter pour un nouveau changement à l’adolescence. Depuis peu, elle(il) a déclaré vouloir être désigné(e) par le pronom « il »… pour l’instant.
(et c’est là qu’on voit les complications du français quand on veut écrire de façon on-binaire : pas si simple d’utiliser « iels », « ille s», « iel », « ul », « ol » ou encore « ele  » ).

J’ai vraiment accroché à ce récit qui est terriblement touchant.

 

 

iO Tillett Wright, est né en 1985 à New York, dans le quartier de Bowery, connu à l’époque pour ses loyers bon marché et son taux de criminalité élevé : « Pendant les derniers jours du punk et au cœur des épidémies de sida et de crack, la 3Rue se distinguait par le raffinement de sa violence (…). Ça faisait dix ans que l’Amérique fermait ses hôpitaux psychiatriques, dont les patients se mêlaient aux déchets de la société – ceux qui ont échoué, se sont paumés ou ont abandonné. » Wright a pour marraine la photographe Nan Goldin, et le peintre Jean-Michel Basquiat (1960-1988) est un ami de son père. Deux artistes apparaissant à peine dans le livre mais qui, eux aussi, ont saisi ce temps et cet univers.(source)

 

A propos de Darling Days :

 

Résumé : New York, 1985, 3e Rue, territoire des SDF, des junkies, des pseudo-artistes de génie. Au milieu des travestis et des punks, iO Tillett Wright naît sous les auspices rayonnants de Nan Goldin (sa marraine) et de Jean-Michel Basquiat (un ami de son père).

Celui qui dès les premières années d’école décidera qu’il est un garçon plutôt qu’une fille, qui deviendra l’un des porte-parole de la communauté LGBT aux États-Unis, s’est construit dans la pauvreté et la violence de cette rue, de cette ville et surtout de cette mère accro aux médicaments et aux revirements d’humeur dévastateurs.

Sous-titres en anglais

Et sous-titres en français:

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Premières lignes #27janvier

Les Premières lignes de cette semaine sont celles d’un roman français. Je n’ai pas l’impression d’en lire beaucoup, en ce moment, mais d’être plus attirée par la littérature étrangère.

 » Lucie
Lundi 10 juin 1940

Dès que maman a poussé la porte, j’ai compris que cette journée serait différente des autres. D’abord, il était six heures du matin, ça je le savais parce que les cloches de Ste Marie ont sonné six coups, or, d’habitude, les jours de classe, nous nous levions à sept heures pile. « 

 

Nous sommes le 10 juin 1940. L’armée allemande envahit la Normandie qui se vide de ses habitants. La famille de Lucie quitte provisoirement son logement du Havre.
Ainsi commence ce beau roman à plusieurs voix qui nous emmène de juin 40 à la libération.
Valérie Tong Cuong s’est inspirée de sa famille maternelle pour écrire cette histoire émouvante, toute en délicatesse.

«J’ai récolté et amassé énormément de témoignages, et c’est l’ensemble de ces témoignages qui m’a permis de reconstituer tout ce qu’a vécu cette ville et tout ce qu’ont vécu ses habitants», explique-t-elle. «Mes grands-parents étaient concierges d’école, comme Joffre et Émilie, dans l’école dont je parle. Bien entendu, je me suis énormément inspirée d’eux et de leur famille.»

J’ai reçu ce roman pour avoir fait partie du jury LDP section polars en 2018 et j’en suis ravie car je ne sais pas si j’aurais croisé sa route – peut-être au détour des étagères de la médiathèque… J’ai été d’autant plus touchée que mes grands-parents maternels, normands eux aussi,  ont vécu des situations similaires. Aujourd’hui, il me reste encore ma grand-mère (97 ans)  pour évoquer parfois mais à demi-mots cette période qu’elle déteste (la guerre). 

 

Résumé : Voilà l’histoire de deux familles havraises emportées dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. D’un côté, Joffre et Emélie, concierges d’école durs au mal, patriotes, et leurs enfants ; de l’autre, le clan de Muguette, dont l’insouciance sera ternie par la misère et la maladie.
Du Havre à l’Algérie où certains enfants seront évacués, des chemins de l’exode au sanatorium d’Oissel, ce roman choral met en scène des personnages dont les vies secrètes s’entremêlent à la grande Histoire, et nous rappelle qu’on ne sait jamais quelles forces guident les hommes dans l’adversité

 

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Premières lignes #20janvier

 

Les Premières lignes se suivent et ne se ressemblent pas (et heureusement). Cette semaine, un gros roman qui a largement tenu ses promesses.

 » C’est par une douce nuit du début juillet, en cette année depuis longtemps envolée, que les Intéressants se réunirent pour la première fois. Ils n’avaient alors que quinze ou seize ans et ils se donnèrent ce surnom avec une ironie timide. Julie Jacobson, extérieure au groupe, et peut-être même considérée comme une anomalie, avait été invitée pour d’obscures raisons ; assise dans un coin, sur le plancher qui avait besoin d’un coup de balai, elle cherchait à paraître effacée sans avoir l’air pathétique : un équilibre délicat. « 

 

Résumé : 

« Durant les années 1970, Julie, 16 ans, passe une partie de son été à Spirit in the wood, une colonie de vacances. Elle y fait la connaissance d’un groupe de cinq jeunes adolescents qui se sont baptisés «Les Intéressants», par défi vis à vis des autres pensionnaires : Ethan, un surdoué des films d’animation, Goodman et sa soeur Ash, ainsi que Jonah, le fils d’une célèbre chanteuse folk icône de la contre culture, et enfin Cathy, une très belle fille qui rêve de devenir danseuse.

Julie – rebaptisée Jules par les Intéressants – est fascinée par ces jeunes gens de son âge, cultivés, ironiques, talentueux et sûrs d’eux.

Le roman suit l’évolution des Intéressants pendant près de quarante ans. Ethan épousera Ash. Ensemble, ils connaîtront le succès, même si Ethan reste profondément amoureux de Jules. Goodman, lui, devra faire face à la justice. Ash sera détourné de la musique.  Et Jules…  Jules se cherchera pendant de longues années et racontera leur histoire à tous.

Que deviennent les talents et les aspirations de chacun ? Un don de jeunesse peut-il constituer le socle de toute une vie ? Et comment peut-on y rester fidèle malgré les choix qu’impose la vie adulte ? Chacun trahira à sa manière l’adolescent qu’il fut.

Une fresque impressionnante, à la fois réaliste et sensible. Le roman d’un écrivain au sommet de son art.

Les Intéressants , ce sont six adolescents dont nous allons suivre le parcours durant près de quarante ans. Roman dense, roman d’apprentissage, avec Les Intéressants, Meg Wolitzer sait nous capter au fil des pages sans que jamais on y trouve de longueurs. J’ai pris mon temps pour ce livre, pour apprécier chaque personnage, chaque trajectoire et je dois dire que c’est le genre de roman qui sait me happer.
On ne s’y ennuie pas car à aucun moment le lecteur n’a l’impression de lire du « texte dilué » ni de s’ennuyer devant un pavé. Les personnages ont une véritable profondeur (enfin! ). Bref, je ne peux que le conseiller… Une condition: ne pas se hâter dans la lecture.

L’une des plus belles découvertes de ce début d’année

 

Les Intéressants, Editions Rue Fromentin et LDP (2016)

 

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