Premières lignes #2décembre

 

Les Premières lignes de cette semaine proviennent d’un roman qui a reçu en France le Prix des Lecteurs en littérature étrangère (Livre de Poche). Ayant fait partie du jury pour la section Polars, j’ai eu la chance de recevoir le livre.

 

 

 

 

 

Et je n’ai pas été déçue. Ce premier roman est magistralement bien pensé.
La structure n’était pas forcément évidente puisque nous partons du Ghana, où une femme donne naissance à deux filles issues de deux unions. Les deux soeurs ne se rencontreront jamais et suivront un chemin diamétralement opposés: Effia se marie au gouverneur blanc du Fort de Cape Coast, dans l’un de ces forts où les négriers regroupaient les futurs esclaves destinés à être déportés. Sa demi-soeur Esi fera partie de ses esclaves.

 

Nous suivons alors les descendants d’Effia et d’Esi, en Afrique et en Amérique.
Chaque chapitre est consacré à l’un des descendants, alternant la terre natale africaine et celle d’adoption, américaine.
Yaa Gyasi se dit très influencée par les contes et les légendes. Elle a réussi à mêler à son récit des histoires et des rêves qui apportent une dimension magique.
On ne se perd pas trop dans les différents personnages car, heureusement, un arbre généalogique est fourni au début du roman.

Le seul bémol est ce titre français: « no home« (?) alors que le titre original est « Homegoing ».

 

 

Un voyage époustouflant dans trois siècles d’histoire du peuple africain.

Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

 

« (…) I think I was kind of constantly interacting, I guess, with really what the legacy of slavery is. You know, coming from a country, Ghana, that had a role in slavery, and then ending up in a place where slavery is still so strongly felt institutionally, as racism is still so strongly felt. The irony of that wasn’t lost on me. And I think, had I not grown up in Alabama, I don’t know that I would have ever written this book. »

— Yaa Gyasi, 2016 interview with Scott Simon

 

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Marche à l’étoile – Hélène Montardre

Screenshot_20170923-111814 Résumé : A 150 années de distance, un jeune esclave enfui d’une plantation du Sud des États-Unis et son descendant, un Américain d’aujourd’hui, entament une traversée. Des montagnes aux vastes plaines, des marécages aux grands fleuves, Billy marche sans répit, traqué par un chasseur d’esclaves. Son but, son étoile : conquérir sa liberté. D’une petite chambre new-yorkaise aux quartiers bourgeois de Bordeaux, Jasper avance dans les pas de son ancêtre. Sa quête : comprendre qui il est.
Billy a quinze ans et il est esclave dans le Sud des Etats-Unis. Un soir d’automne, il s’échappe. Poursuivi, traqué, il entame une course folle au coeur d’un pays gigantesque. Jasper est un brillant étudiant américain, plutôt sûr de lui. Mais le jour où il trouve un vieux carnet qui raconte l’étrange histoire d’un esclave en fuite, son monde bascule. Qui est l’auteur de ce texte ? Et lui, Jasper, qui est-il vraiment ? Pour le découvrir, il doit à son tour prendre la route.
Entre le passé et le présent, entre l’Amérique et l’Europe, deux voyages s’engagent.

 Roman destiné aux adolescents mais tout aussi efficace chez  les adultes . C’est plus que deux histoires, celles de Billy et Jasper,   qu’Hélène Montardre nous tisse ici. C’est celle de tout un peuple (le peuple africain) et des afro-américains, des descendants d’esclaves. Roman d’apprentissage  pour Billy comme pour Jasper, descendant du 1er , « Marche à l’étoile » pose les questions : « qui suis-je ? », « qui sont mes ancêtres ? » ,

 Il est aussi instructif pour ceux qui connaissent mal les réseaux abolitionnistes aux USA (voir le fameux « chemin de fer clandestin »), ou le marronnage chez nous aux Antilles (« Nasyon a neg mawon  » est association et un « group a po » = groupe avec tambours à peau comme Akiyo, par ex.).
Hélène Montardre habituée des récits de l’Antiquité pour les jeunes lecteurs sait nous envoûter au gré de descriptions de paysages superbes (lors de la fuite de Billy, par exemple).
J’ai un peu tiqué sur la fin heureuse  car ils sont peu nombreux,  les descendants d’esclaves ayant retrouvé la trace de leur histoire dans les ports négriers de Nantes, Bordeaux ou la Rochelle. Mais pourquoi pas ?

En lien :

« cryié yo neg mawon« ( » ils se sont appelés  des neg marrons » ) chante le groupe guadeloupéen Akiyo dans cette très belle chanson :

A mettre en relation avec:

 12 ans d’esclavage – Solomon Northup ( d’après l’expérience de l’auteur)

(avec le film : 12 years a slave)

– La dernière fugitive – Tracy Chevalier (sur le réseau du chemin de fer clandestin)

– les chansons gwo-ka guadeloupéennes qui traitent souvent du sujet de l’esclavage, des esclaves en fuite, etc… (voir cette très bonne étude de la poésie gwo ka ici )

– Django Unchained , film 

– La mini-série Roots, adaptée du roman d’Alex Haley : Racines

– Amistad, film 

– Documentaire : « slavery in America » 

 

 

 

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