Premières lignes – 31 août

 

Premières lignes 

 » Ce fut à cause du vieux gibet que commença la dispute à plus de dix lieues d’Ormeshadow.
Le point de départ était la glorieuse ville de Bath.
 » Pourquoi devons-nous partir ? demanda Gideon à son père.
— Oui, s’interposa sa mère. explique à Gideon les raisons de notre départ.
–Nous allons nous installer chez mon frère, dans sa famille, à Orme shadow.
— Mais…
— Gideon, le voyage sera long. Du calme, fils.
— Effectivement, ajouta Clare. Du calme, fils.
Ce furent les derniers mots que prononcèrent les parents de Gideon avant l’arrivée au gibet. Le garçon avait l’habitude des silences entêtés de sa mère et ne s’en inquiéta pas., en dépit de leur proximité sur la banquette de la diligence bondée. « 

Dans ce court roman (ou longue novella, au choix), paru au Bélial dans la collection « Une Heure Lumière », le fantastique se met en place en pointillés au travers de contes et d’une légende familiale.
Et c’est une réussite.
Priya Sharma nous transporte dans l’Angleterre victorienne, alors que la famille Belman, après son départ de Bath, rejoint la ferme familiale à Ormesleep. Nous suivons Gideon, l’enfant du couple Belman, qui découvre une toute autre vie : campagnarde, rude, une vie qu’il ne comprend pas bien — et des secrets familiaux qui génèrent des tensions.
L’autrice lève le voile peu à peu sur les circonstances de ce retour à la campagne, installe un climat tendu tout en créant des personnages attachants. Le ton est juste, intimiste et même si le surnaturel n’apparaît que par touches légères, il trouve sa place. J’ai retrouvé un peu du plaisir que j’avais eu en lisant Pierre-de-vie de Jo Walton.
Ormeshadow 
a donc été une excellente surprise. Un très bon moment de lecture.

Ormeshadow par Sharma

 

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La féérie d’Evelyn Stuart Hardy – L’été de l’art

 

Evelyn Stuart Hardy (1866-1935) est une illustratrice  anglaise. De son vraie nom Beatrice Evelyn Elizabeth Hardy, elle illustra surtout  des livres pour enfants, des contes de fées. Issue d’une famille d’artistes, son oeuvre la plus connue est « A Visit to Fairyland with Humpty Dumpty » (1898).

 

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Illustration for Jane Eyre by Charlotte Bronte by Evelyn Stuart Hardy

Hansel and Grethel by Evelyn Stuart Hardy

A Frog He Would A-Wooing Go  by Evelyn Stuart Hardy

The Old Woman who Rode on a Broom  by Evelyn Stuart Hardy

Amateurs with the Highland Bagpipes  by Evelyn Stuart Hardy

Premières lignes — 16 août

Premières lignes

 » C’est par une froide matinée du début de l’hiver que les voiles du Sadalsuud pointèrent par-delà l’horizon. elles étaient rouges et blanches, frappées du croissant étoilé, le vent de sud-est les poussait droit vers la Cité.
Sur le port, hommes et femmes levèrent le nez de leur ouvrage l’espace d’un instant, puis s’y replongèrent dans une indifférence polie. Des collines du Massif descendirent des ordres enroulés dans deux tubes de fer scellés. « 

Il  y a des auteurs, comme ça, que tu remercies à chaque fois lorsque tu ouvres l’un de  leurs romans ; pour le monde qu’ils ont créé;  pour l’écriture,  ni trop alambiquée ni trop simpliste ;  pour les personnages cohérents et tous suffisamment bien déterminés (les principaux comme les secondaires) ;  pour l’intrigue, qui n’est jamais aussi simple qu’elle le paraît mais qui se déroule de façon limpide car tous les éléments s’imbriquent un à un ; et enfin, pour la narration qui est menée crescendo avec une montée en puissance quasi parfaite.
Et là, je crois que j’ai résumé les ingrédients de Trois lucioles, le deuxième tome de Capitale du Sud, la série de Guillaume Chamanadjian (voir ma chronique du premier tome). 

Si le premier volume a été un coup de coeur, celui-ci réussit le pari d’être encore meilleur car sans doute plus abouti (les événements se précipitent) et plus rythmé.
Nox (Nohamux) a mûri  et se retrouve désormais gérant de l’épicerie. Il est impliqué dans un réseau d’intrigues et de complots dont il va devoir se dépêtrer. La tension monte au sein de Gemina. La guerre civile menace.
Un magnifique second tome qui laisse présager le meilleur pour la suite…
En attendant, j’ai très hâte de savoir ce qui va se passer en parallèle dans la cité du Nord (Dehaven) . Décidément, les éditions Aux Forges de Vulcain  font très fort. Un grand moment de la fantasy française.
Capitale du sud, tome 2 : Trois lucioles par Chamanadjian

Résumé : Nox, l’ancien commis d’épicerie, est désormais seul maître à bord de l’échoppe Saint-Vivant. Il a pris ses distances avec la maison de la Caouane qui, enfant, l’avait recueilli. Mais, alors que l’hiver touche à sa fin, les problèmes refont surface. Tout ce que la Cité compte d’opposants au Duc Servaint s’est mis en tête que le Duc devait mourir, et que la main qui le frapperait serait celle de Nox. Mais consentira-t-il à tuer l’homme qui l’a élevé ? De sa décision dépendra le destin de Gemina.

 

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Premières lignes — 8 août

Premières lignes 

 » Ce matin-là, tandis que l’aube humide et blanchâtre s’étendait sur les marais, Scarlett McCain se réveilla auprès de quatre morts. Quatre ! Elle n’avait pas conscience d’avoir tué autant d’hommes. pas étonnant qu’elle ait des courbatures. « 

Je lis les romans de Jonathan Stroud depuis que j’ai découvert la trilogie de Bartiméus, l’insupportable djinn à l’humour décapant. J’ai ensuite embrayé avec Lockwood et cie, un peu (beaucoup) plus dark – mais toujours en littérature jeunesse, j’avais oublié de le préciser. 
Voici la série de Scarlett & Browne, une suite dans une Angleterre post-apocalyptique, qui s’attache aux pas de Scarlett, jeune brigande au caractère bien trempé croisant le chemin d’Arthur Browne, un jeune homme quelque peu …étrange.
Le monde est dévasté, les créatures qui le peuplent sont devenues hostiles, les animaux, géants et terrifiants. Les villes ne sont plus ce qu’elles étaient. Il est question de survie plus que de vie. Sans compter les Infâmes, des êtres bizarres qui se jettent sur tout le monde et dont l’origine ne sera pas définie dans ce tome. Brrr…
Scarlett, elle, ne pense qu’à braquer des banques (oui, il reste des banques, tiens).
Et à méditer sur son tapis de prières.
Arthur s’est évadé d’un lieu sinistre où une doctoresse increvable à la Terminator qui a lancé une troupe à sa poursuite pour le ramener. Car Arthur serait doté de pouvoirs dangereux. En attendant, il ne connaît rien à rien et se montre terriblement maladroit, ce qui énerve Scarlett, obligée de trimballer ce fardeau.
Le duo est excellent et fonctionne très bien tant il est disparate. Il y a donc des situations assez amusantes dans leur périple, malgré les dangers qu’ils doivent affronter. Les personnages qu’ils rencontrent sont également assez succulents (le vieil homme propriétaire de la barque, la petite  Ettie).
Par contre, la dose de violence atteint une limite assez insupportable (les morts, les coups, le sang, les blessés, la torture, je dis : stop!). C’est bien ce dernier point qui m’a empêchée d’apprécier pleinement ma lecture. C’est vraiment dommage.

Scarlett et Browne, tome 1 : Récit de leurs incroyables exploits et crimes par Stroud

 

Résumé : Dans une Angleterre post-apocalyptique, la nature a repris ses droits et est désormais hostile aux humains. Soumis à des lois répressives, les survivants vivent dans des villes fortifiées. Scarlett, une rebelle recherchée dans toutes les cités, s’apprête à braquer une banque. Elle fait alors une rencontre qui bouleverse sa vie.

 

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Premières lignes — 18 juillet

Premières lignes
( avec + de  40° C , record battu, j’espère ne pas écrire n’importe quoi…)

 » Oh là là ! s’exclama Linus Baker en épongeant son front dégoulinant de sueur. Voilà qui est très inhabituel. »
C’était un euphémisme. Subjugué, il observait Daisy, une jeune fille âgée de 11 ans, faire léviter des morceaux de bois dans les airs, très haut au-dessus de sa tête. Les blocs décrivaient des cercles concentriques à faible allure. Le bout de  la langue coincé entre les dents, Daisy fronçait les sourcils sous le coup de la concentration. « 

Que  dire de  La maison au milieu de la mer céruléenne de T.J. Klune ? J’en avais énormément entendu parlé et seule la perspective de lire un énième roman aux éditions de Saxus qui m’ont terriblement déçue avec des traductions toutes plus atroces les unes que les autres ( dernièrement, j’ai tenté « La duperie de Guenièvre » : une véritable honte d’avoir publié ce texte tel quel bourré de contre-sens à peine compréhensible) me faisait reculer. Finalement, je me suis lancée et même si quelques passages ne sont pas excellents (on sent l’approximation dans la traduction deux ou trois fois), le reste est correct. Il faut dire aussi que le style original auquel j’ai jeté un coup d’oeil est assez simple.
De quoi parle l’histoire ? De magie et d’êtres magiques. Mais surtout, d’acceptation de la différence. Et ce dernier point mérite d’être salué.
L’intrigue n’est pas très compliquée : Linus Baker est un employé du MJM? le Ministère de la Jeunesse Magique ( ici, on sent un peu l’influence Harry Potter et ce ne sera pas la seule).  Sa mission ? Visiter les  orphelinats qui sont  remplis de jeunes êtres magiques (tiens, tiens) afin de s’assurer que tout s’y déroule dans de bonnes conditions.  Linus est impartial, un peu terne. En gros, il ne fait pas de vagues. Sa vie personnelle est de la même eau : il vit seul avec Calliope, une chatte bougonne (on dirait assez  cette chanson d’Aznavour,  et d’ailleurs…mais chut).  Un jour, Linus se voit confier une mission secrète par les Cadres Extrêmement Supérieurs du MJM (il y a là le début d’une petite caricature de la bureaucratie et de la hiérarchie qui est esquissée mais peu développée, hélas).
Il doit donc se rendre sur une île et faire un rapport sur un orphelinat très spécial. On lui confie les dossiers d’enfants étranges : Lucy (pour…Lucifer !) a la particularité d’être le fils du diable, Talia est une petite fille gnome, Sal, un petit garçon métamorphe, Phee, un esprit de la nature, Théodore, une vouivre, et ainsi de suite…
Linus Baker va devoir sortir de sa zone de confort plus qu’il ne s’imagine. Il est accueilli par Zoe, une adulte, l’esprit de la nature de l’île, puis par le charismatique directeur de l’orphelinat sur lequel il doit aussi enquêter : Arthur Parnassus.
Au fil des pages, nous suivons le changement progressif de Linus et son épanouissement, sa découverte des enfants magiques, ses liens avec les différents adultes aussi. Il y a peu d’action, et l’intrigue est basique.
Le message est simple mais bienveillant, ce qui est positif, bien sûr : chacun est comme il est. On ne se résume pas à sa naissance. Acceptons la différence, etc..
En fait, T.J Klune met souvent dans la bouche des personnages adultes (Arthur Parnassus, particulièrement), des maximes à la Dumbledore du type : « Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes. « (JK. Rowking pour Albus Dumbledore).

« Il n’est qu’un enfant et je refuse de croire que le chemin de vie d’une personne est gravé dans la pierre. On est bien plus que nos origines. 
— Notre héritage ne nous définit pas.(TJ Klune pour Arthur Parnassus et Linus Baker)
Mais, contrairement à Rowling qui  a su distiller par petites touches  ce genre de propos — simplement parce que sa technique est  habile  — T.J Klune assène et répète en boucle les  tirades. Le résultat ? A la fin du roman, on a l’impression de ne pas avoir lu une histoire, mais d’avoir subi une leçon de morale, assez assommante, finalement, puisque l’auteur n’a eu de cesse de ressasser — et ce n’est jamais très bon de faire croire aux lecteurs qu’ils sont des idiots pour ne pas avoir compris la première fois, peu importe leur âge. C’est un roman , à la fin, pas un essai. Idem, pour se faire la critique de l’intolérance, Rowling est beaucoup plus efficace :  elle a bâti un monde de sorciers particulièrement effroyable et rétrograde dans lequel,  au hasard ,  l’esclavage des créatures magiques, i.e les elfes,  est  dénoncé au travers des indignations et des actions d’Hermione – et ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres. Pourtant, ceci n’est jamais effectué au détriment de l’histoire, au contraire.  Et si j’insiste sur la comparaison entre Harry Potter (qui, à mon avis, a dû fortement marqué l’auteur) et ce roman, c’est qu’il existe plus d’une connexion entre les deux (vous n’êtes pas obligé.e.s de lire ce qui suit si vous ne voulez pas connaître des éléments susceptibles de divulgâcher l’histoire) :
Quand l’auteur introduit Arthur Parnassus qui est, je le rappelle, le Directeur de l’orphelinat/foyer, la description mentionne :  » Ses yeux sombres étaient brillants et étincelaient dans la quasi-obscurité. Son nez aquilin avait une bosse au milieu, comme s’il avait été cassé des années auparavant, mais n’avait jamais été remis en place. Les mains jointes devant lui, il souriait. Ses doigts étaient longs et élégants et il faisait tourner ses pouces. 
Si on compare avec la description d’un certain Albus Dumbledore :
«  Ses yeux bleus étaient clairs, lumineux et pétillants derrière des lunettes demi-lune et son nez était très long et tortueux, comme s’il avait été cassé au moins deux fois.. »
On ne compte plus le nombre de fois où Dumbledore est décrit faisant tourner ses pouces (il est noté aussi qu’il a de longs doigts).
Je pourrais continuer ainsi mais le lien le plus évident (le clin d’oeil à Dumbledore), est, non pas son homosexualité, mais la révélation de la nature magique d’Arthur. idem, ne lisez pas si….
On apprend vers la fin qu’Arthur est en réalité un… phénix.
Je dois dire que j’ai apprécié ces références à Harry Potter ; j’ai eu l’impression très personnelle que l’auteur s’était amusé à développer son Dumbledore à lui, tel qu’il aurait voulu le voir évoluer.
Mais c’est la seule note que j’ai trouvé originale. Pour le reste, je me suis un peu ennuyée, à cause du manque d’action et d’intrigue. Un peu dommage, car j’attendais un roman mieux ficelé.
Donc, sympa, mignon mais pas très abouti.

La maison au milieu de la mer céruléenne par Klune

 

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Premières lignes — 29 juin

Premières lignes

 

 » Le maître du manoir se tient devant le mur du jardin. Un sinistre pan de pierre qui, en son centre, entoure une porte de fer scellée. un interstice étroit sépare le battant de la roche. Lorsqu’une douce brise souffle, le vent apporte le parfum de l’été, suave comme un melon, et la lointaine chaleur du soleil.
Ce soir, aucune brise ne souffle. L’astre nocturne ne se montre pas non plus. Pourtant le maître est baigné par un clair de lune. La lumière qui se reflète sur les bords de son manteau en lambeaux fait briller les os visibles sous sa peau. « 

Olivia a grandi dans un orphelinat. Cible des moqueries et harcelée par les autres pensionnaires  car elle est ne parle pas, elle a toujours su se défendre. Elle n’a aucun souvenir de ses parents à part un carnet qui lui vient de sa mère. Un très étrange carnet où les mots et les dessins se mêlent, terminé par cette curieuse mise en garde « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. ».
Or, un jour, une lettre arrive d’un oncle dont elle ignorait l’existence : Olivia n’est pas seule au monde et elle va se rendre dans un manoir …nommé Gallant.
De là, l’aventure onirique débute, mêlant frissons, poésie, rêves et cauchemars. La folie semble omniprésente dans cette famille. Cette lente descente dans l’étrange est bien menée. V.E Schwab est toujours très à l’aise lorsqu’il s’agit de brouiller les pistes (comme dans « La vie invisible d’Addie Larue » même si le roman, trop long, pas assez vide, m’avait assez déçue, je dois dire). On retrouve ici les belles métaphores, qui conviennent à l’univers mis en place.
Mais, à nouveau, même si le roman est plus court que « La vie invisible... » , lorsqu’on arrive à la fin, la même impression demeure : celle de ne pas avoir lu grand chose qui restera en mémoire et d’avoir passé des pages et des pages à lire….du vent. Du vent bien écrit, certes. Dans ce cas, je commence à me demander si V.E Schwab ne serait pas plus intéressante à lire en poésie, car ses intrigues sont un peu light. Dans « Gallant« , l’idée du monde miroir avec la porte et la protection familiale est intéressante même si elle n’a rien d’original (mais ce n’est pas grave). Par contre, rien n’est développé. On a envie d’en savoir plus: comment a évolué ce monde en parallèle ? Pourquoi veut-il envahir notre monde ? (et pas simplement « parce qu’il est méchant« ). D’où viennent ces créatures ? etc, etc…  Il y a aurait beaucoup à faire pour rendre Gallant encore plus passionnant comme raconter un peu l’histoire de la famille Prior, gardienne du manoir, les liens entre les personnes… Or, tout cela est évoqué, tout juste effleuré. Et nous, nous restons avec un roman bien fichu mais dont nous ne nous souviendrons plus dans quelques mois. Et franchement, c’est dommage.
J’aurais aimé dire que j’ai adoré « Gallant. » Vraiment. Je garde un sentiment de frustration.

Gallant par Schwab

 

Résumé : Toute petite, Olivia Prior a été déposée sur les marches de l’orphelinat où elle vit désormais. Incapable de parler, elle n’en sait pas moins se faire respecter des autres pensionnaires. De sa mère, il ne lui reste plus qu’un journal intime relié de cuir, plein de dessins étranges et marqué par la folie, dont les derniers mots sont : « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. »
Mais la jeune fille ne rêve que d’une chose : avoir, un jour, une famille. Alors, quand elle apprend que son oncle l’a enfin retrouvée et l’invite à venir vivre dans le domaine familial de Gallant, Olivia n’hésite pas une seule seconde. Sur place, elle ne trouve que deux domestiques et un cousin, Matthew – qui, de toute évidence, ne veut pas d’elle. Elle découvre surtout que son oncle est mort et enterré depuis plusieurs mois déjà… Elle remarque enfin que tous les habitants du manoir semblent éviter comme la peste le mur qui s’élève derrière la propriété, au milieu d’une nature luxuriante. Quel mal se dresse là, au fond de ce jardin niché au bout du monde ?

 

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Premières lignes — 13 juin

Premières lignes 

« Tous nos rêves ne se manifestent pas avec la même force. Les plus marquants se révèlent souvent aux portes du jour, et bouleversent l’âme au point qu’il semble vital de les partager. Celui que fit l’enfant était de cette nature. Agréable, solaire, il le déposa aux marges du réveil en lui laissant une impression durable d’intense bonheur. Ses parents, à qui il se confia d’abord, en furent assez éblouis pour y voir un signe. Ce qui augmenta leur intérêt, c’était le visage éclairé de leur petit, son sourire habité par une joie inexprimable. Quelque chose d’extraordinaire venait de se passer. »

C’est un roman court, qui se déroule  dans le même univers  que Les nefs de la Pangée (que je n’ai pas encore lu – mais je vais réparer cette erreur) et édité sous le label Mu,  éditions Mnémos, que j’ai dévoré ces jours-ci. Avec délectation.
Car Je suis le rêve des autres est une pépite, servie par une écriture poétique et un récit intelligent et sensible.
Il s’agit d’un voyage, celui d’un enfant, Malou, et de son accompagnateur, le vieux Foladj. L’enfant quitte son village car il a fait un rêve qui pourrait faire de lui un réliant, c’est-à-dire un être choisi pour devenir un relais entre les frères humains et les esprits. Mais pour cela, il faut que Malou se rende loin de son domicile, à Benatia, auprès de sages. Le conseil choisit donc l’ancien guerrier, Foladj, qui a voyagé partout sur le continent et parle de nombreuses langues, pour l’y conduire.
De là, commence un long voyage de plusieurs mois où nous suivrons les étapes, les rencontres, l’apprentissage de Malou qui « grandit » au contact de son vieux protecteur — et vice-versa. Foladj n’est pas exactement celui qu’on croit et entame ici peut-être son dernier périple. Tous les deux ont beaucoup à apprendre, l’un de l’autre, et des autres. C’est une belle leçon de sagesse et d’ouverture d’esprit qui jamais n’ennuie ni ne lasse.
J’ai beaucoup aimé voyager avec ce duo dans cet univers que Christian Chavassieux sait rendre vivant d’une façon unique.
Une très belle découverte superbement illustrée en couverture.

Je suis le rêve des autres par Chavassieux

 

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La revanche des méchants – Fabien Clavel

Dans le cadre de l’opération Masse Critique Babelio – jeunesse,  j’ai reçu un étonnant petit roman intitulé : La revanche des méchants.
Je l’avais repéré il y a quelques mois en librairie et sur certains posts, la couverture étant signée par la talentueuse Noémie Chevalier (ici pour aller voir son travail ou  sur Insta).

La revanche des méchants par Clavel

Résumé :  Lycie a un problème : Hachem. Enfin, non, son premier problème, c’est qu’elle ne maîtrise pas ses crises de colère, mais Hachem arrive en seconde position : il passe son temps à la faire sortir de ses gonds. Ah ! et elle a un autre problème, aussi : ses poils repoussent à une vitesse vertigineuse ! Bref, ça fait beaucoup de problèmes pour cette ado de 5e B ! Alors, quand Lycie découvre une annonce promettant aux gens comme elle de les aider, elle n’hésite pas à se rendre à l’adresse indiquée. Et là, Lycie découvre qu’elle a un plus gros problème, encore… Mais la situation dérape carrément lorsque des clones de Prince Charmant se mettent à la pourchasser ! Car Lycie est une descendante de méchant des contes de fées, et les Gentils ne sont peut-être pas les gentils de cette histoire…

Nous allons donc suivre Lycie, une jeune ado qui est confrontée à des crises de rage inexpliquées et à une pilosité étrange, ainsi que son camarade de classe, Hachem qui, lui, ne tient pas en place. Tous les deux vont échapper de justesse aux Gentils, deux descendants de Blanche-Neige et de Riquet-à-la-Houppe, qui veulent à tout prix les « rendre normaux ».
Heureusement, Lycie et Hachem échappent à leurs griffes grâce à la descendante de la Reine de Coeur (celle d’Alice), tout cela sur un tapis volant magique (et non, pas de balais, dans cet univers). Les voilà tous les deux admis au sein d’une sorte d' »académie » pour descendants lointains de Méchants, un Poudlard en plus dark, comme le qualifie Hachem (j’ai bien aimé l’expression). Ici, les deux ados vont apprendre leur véritable nature et aussi, ce que sont les Méchants.
On pourrait croire à une histoire simpliste, voire à une simple réécriture de conte mais c’est plus subtil que cela. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles , même si l’écriture est très simple (adaptée à l’âge du public visé, sans doute, même si je l’ai trouvée un brin simpliste/facile/peu innovante parfois, mon seul bémol).
Par contre, la richesse du contenu est à saluer, avec des références à Bourdieu (via le personnage intello de Cannelle qui fournit le vocabulaire et les nuances complexes qui sont ensuite expliqués) et des bases de génétique.
L’intrigue est carrée et se suit très bien de bout en bout. J’avais même envie d’en lire plus…
L’ode à la différence, à  l’acceptation de l’autre, est magnifique. Et il y a beaucoup d’humour, j’allais oublier.
Bref, j’ai passé un très bon moment avec ces Méchants qui ne le sont pas.
Un petit roman très bien fait bourré de bonnes idées. Chapeau !

256 pages – Fleurus – 13,90 €

Vintage art – 1

Années 80, pour commencer, avec un illustrateur adepte de l’aérographe.

Typique de l’art des années 80, Hajime Sorayama ( né le 22 février 1947) est un illustrateur japonais  connu célèbre pour ses robots  pin-uphyperréalistes mêlant érotisme, fétichisme et SF. Il a participé à la conception du chien robotique Aibo de Sony.  Il décrit son style très détaillé comme du « superréalisme ».

Sa 1ère  publication “SEXY ROBOT” en 1983 a  décrit les procédés afin de peindre les robots à travers une série d’explications graphiques, et fut distribué et référencé comme un livre dans de nombreuses écoles d’art dans le monde entier. Par conséquent, l’influence des travaux de Sorayama s’est étendue très loin au-delà des frontières des œuvres commerciales du Japon, ayant un impact sur divers réseaux médiatiques des films d’Hollywood, le monde du Street Art et le royaume des beaux-arts. , Sorayama s’approprie les techniques de l’aérographe (airbrush). 

 

 

 

 

 

Premières lignes — 9 mai

Premières lignes

« Je suis le produit d’une expérience éducative.
Une expérience telle qu’il n’aurait pu en exister que dans ma ville et pour ma génération. Car c’est à peu près à l’époque de ma naissance que les choses se mirent à changer pour Dehaven. A force de s’étendre, chassant la population dans les Faubourgs, elle finit par déborder de ses propres fortifications. « 

J’ai déjà parlé du projet ambitieux édité aux Forges de Vulcain nommé La Tour de Garde : une trilogie consacrée à la capitale du sud, Gemina, et  signée Guillaume Chamanadjian ; une trilogie pour celle du nord, Dehaven, écrite par Claire Duvivier dont je viens de lire Un long voyage (que j’ai adoré).
Amalia est au centre de cette histoire, comme Nox l’était pour Le sang de la cité. Elle appartient aux riches familles de la ville, tout comme son ami Hirion, héritier de la famille de Wautier.
Mais la famille d’Amalia a des idées progressistes et met en place un programme d’éducation inédit pour Amalia et Hirion afin d’en faire des  » citadins de demain ». Certains événements  interviennent dans les familles et les deux enfants sont rejoints par la suite par Yonas,   destiné à prendre la suite de son père à la tête de l’écluse.
L’enseignement est basé sur les faits ; rien que du factuel, pas de contes, ni de légendes. Aucune fiction.
Cet aspect m’a semblé un peu tiré par les cheveux, d’ailleurs…
Et… comme par hasard, l’un des personnages pourtant formé à cette rigueur s’empresse de se pencher sur le surnaturel, partant à la recherche d’objets magiques. Hirion  découvre les objets et…. cela fonctionne.  Surtout  le miroir, qui permet d’apercevoir une autre ville, vite  surnommée Nevahed, la ville-miroir de Dehaven.
Bien sûr, on pense tout de suite à l’univers que Nox arpente dans le Sang de la Cité.
De là, les ennuis commencent. A Dehaven comme à Nevahed…

J’avoue que le début m’a paru un peu long ; la mise en place des personnages, le manque d’action … Non que cela soit désagréable, mais j’ai ressenti un tout petit peu d’ennui. Puis, les choses se précipitent, trouvent leur rythme en allant crescendo. Et quel final !
Donc, malgré quelques petites interrogations, j’ai vraiment hâte de connaître la suite…
Claire Duvivier a su une fois de plus le registre de langage exact pour distinguer les familles nobles comme celles d’Amalia et d’Hirion en employant le passé simple, Yonas ayant tendance à se montrer plus familier.

Une fois de plus, une très bonne surprise.

Capitale du Nord, tome 1 : Citadins de demain par Duvivier

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