Premières lignes – 10 mai

Premières lignes avec un choix un peu particulier cette semaine :

 » Tenir comme moi si peu de place dans le monde et vouloir faire le changement le plus considérable qui ait eu lieu encore dans l’ordre social (juin 1883) —

Mes efforts frappent les oreilles humaines aussi inutilement que les vagues de la mer frappent les rochers. Nous nous brisons inutilement, les vagues contre les récifs, moi contre les préjugés —

Il ferait bon de vivre si je n’étais seule ! Mais je me seule partout, seule dans la république, seule dans la vie privée » (1885)

Les phrases en exergue sont celles qui sont tirées des pages journal d’Hubertine Auclert, reconstitué par Nicole Cadène après un travail méticuleux. On connaît mal, peu ou pas, Hubertine Auclert (1848 – 1914). Et ce n’est pas étonnant car son journal a été oublié par l’Histoire ainsi que son travail, comme trop souvent les actes significatifs des femmes. Pourtant, elle fait partie de celles qui se sont battues pour acquérir le droit de vote. Trouvant que les mouvements de son époque ne sont pas avancer les choses, elle fonde la société «Le Droit des femmes » qui devient par la suite « Suffrage des femmes ». et même un journal, « La Citoyenne », pour revendiquer des droits politiques. Quand elle s’établit en Algérie pour quelques années avec son mari, Pierre Antonin Lévrier, elle observe les femmes du pays et note :

« Pour les étrangers, les fonctionnaires, les Israélites, les colons, les trafiquants, l’Arabe, moins considéré que ses moutons, est fait pour être écrasé. Le refouler dans le désert pour s’emparer de ce qu’on ne lui a pas encore pris, tel est le rêve. Les Français algériens, qui ont déclaré que le fanatisme rendait les Arabes incivilisables, s’obstinent à ne rien tenter pour les tirer de l’ignorance, si favorable à l’exploitation et à la domination. »

— Hubertine Auclert, Les femmes arabes en Algérie

Toute sa vie, Hubertine lutte contre les préjugés.

Son journal intime, intitulé ici Journal d’une suffragiste (chez Folio inédit Histoire) a été étudié, traduit et surtout, perdu. Nicole Cadène relate dans une longue et très intéressante introduction le récit de son enquête pour retrouver les pages manquantes et en faire une transcription fidèle.
J’ai lu toute cette partie ainsi que la postface avec beaucoup d’intérêt. Et je vous invite à en faire autant si vous vous intéressez aux femmes engagées. Le journal se lit rapidement.

Hubertine Auclert est enterrée au Père-Lachaise. Il existe à Paris (11ème) une place qui porte son nom.

Journal d'une suffragiste par Auclert

Hubertine Auclert
Nicole Cadene (Autre)EAN : 9782072901546
240 pages
Éditeur : GALLIMARD (18/02/2021) – Folio inédit Histoire


Pour l’anecdote : je cherchais des figures françaises de femmes actives en faveur du droit de vote. Si on trouve facilement des livres sur les suffragettes anglaises –– j’ai parlé de Sylvia Pankhurst il y a peu — j’étais un peu en panne avec les françaises.

Il est vrai que le droit de vote n’a été accordé aux femmes qu’en 1944 en France, le Sénat n’ayant eu de cesse de refuser l’adoption du projet de loi depuis 1919 :

  • 20 mai 1919: vote en faveur d’une proposition de loi pour le suffrage intégral des femmes
  • 21 novembre 1922 : Trois ans et demi après son vote à la Chambre, la proposition est rejetée au Sénat par 156 voix contre 134
  • 7 avril 1925 : la Chambre des députés adopte par 390 voix contre 183 une proposition de loi en faveur du suffrage des femmes lors des élections municipales et cantonales
  • etc….jusqu’en 1944

Et comme la date est un peu symbolique aujourd’hui : 10 mai 2021, j’en profite pour rappeler que le 10 mai 1981 marque l’élection du seul président qui aura nommé une femme premier ministre. Et comme je suis assez âgée pour me souvenir, même vaguement (j’avais 13 ans en 81) de ce qui s’est passé lors de cette élection, je me souviens par contre très bien à quel point Edith Cresson avait été discréditée, non pas parce qu’elle n’était pas compétente mais surtout parce qu’elle était une femme. Le gouvernement de Mme. Cresson comportait en 1991 six femmes ministres. Je dis ça, hein, je dis rien… Pour ces années-là, c’était déjà quelque chose.


Alphabet musical – N

J’avais beaucoup de M, j’ai un peu moins de N — mais j’ai dû en oublier un paquet, sûrement.

N – c’est une évidence, c’est : Nirvana (et j’ai eu beaucoup de mal à choisir  mais j’ai un faible pour le live unplugged ) « All apologies »

N- ça m’a fait penser à Nylon et donc à Edith Nylon, groupe punk français – « Johnny, Johnny » sur lequel Mick Jones du Clash fait les backing vocals, d’ailleurs.

Et on reste en France avec Noir Désir  « Tostaky » 

Français toujours, années 90 encore – un groupe qui existe toujours : No one is innoncent – et ce titre « La peau »

France – début des années 90 (décidément !) – Niagara sortait un titre décoiffant qui sonne toujours bien actuel (il faudrait simplement changer quelques news et encore…). Je peux témoigner que lorsqu’un DJ le passe de nos jours, il fait toujours bien bouger les gens… Le duo devenu rennais  — Muriel Moreno a grandi et a même fait sa scolarité à Nantes, en fait — avait ce petit truc en plus.
« J’ai vu »

N – en Allemagne, maintenant avec Nena – « 99 luftballoons « 

Mais je ne peux pas terminer sans glisser un petit NTM  ( 20 ans dans le 93, ça laisse des traces ) – justement :  » Seine Saint Denis style »  ( avec IAM, pour moi,  ce sont les meilleurs en rap/hip hop et je ne vois personne en France les égaler à l’heure actuelle — et surtout : pas d’autotune ! ). 

Playlist dispo sur Youtube et sur Spotify