Premières lignes – 24 janvier

Premières lignes 

En voyant passer des articles sur la saga des Cazalet, je pensais, complètement à tort, qu’il s’agissait (encore) d’une série un peu mièvre, une histoire largement édulcorée façon Downton Abbey. Il n’en est rien et, au bout du premier tome, je peux dire que c’est tout le contraire (et c’est bien addictif).
« The light years », en français « Etés anglais » est le 1er volume d’une série de cinq (4 + 1 écrit 10 après les quatre premiers) qui commence en 1937 et s’achève en 1958.  On y suit la famille Cazalet, très aisée (entreprise de négoce de bois) avec les grands-parents Kitty ou  La Duche et William Cazalet alias le Brig qui accueille dans leur maison du Sussex, pour l’été 37, leurs trois fils, leurs épouses et leurs enfants. Il faut y rajouter les domestiques. La seule fille de la famille n’est pas mariée et vit avec ses parents.
De là, s’enchevêtrent les pensées via les différents points de vue des un.e.s et des autres pour brosser un tableau complet et complexe (l’arbre généalogique en début de volume est de toute utilité).
Elizabeth Jane Howard se révèle être une formidable autrice, sachant dépeindre tous ces personnages avec finesse, abordant des thèmes difficiles (comme l’inceste) ou plus surprenants chez des gens de cette classe sociale (l’amour entre deux femmes, l’asexualité, le consentement entre époux, la place de la femme). Les enfants tiennent une place importante ainsi que ceux et celles qui font partie de la domesticité.
L’ombre de la Première guerre n’est pas effacée (on la ressent au travers des différents traumas vécus par les fils de la famille) que  la Seconde s’annonce.

Un premier tome excellent pour entamer cette série.

La saga des Cazalet, tome 1 : Etés anglais par Howard

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

 

 

Clouet : à la cour des petits Valois

Paru aux éditions Falon, dans le cadre de l’exposition qui a eu lieu au château de Chantilly (terminée en octobre 2022), A la cour des petits Valois est un joli ouvrage, clair et bien mis en page.
Les explications relatives au contexte  sont bine indiquées sans être trop lourdes : François 1er demandant les portraits de tous ses enfants à son portraitiste, Jean Clouet.
De même, on en apprend un peu plus sur Jean Clouet, son fils François qui a pris la relève (collection encore plus complète)  et les peintres qui ont travaillé dans l’atelier à leur suite,  des portraitistes moins célèbres comme Germain Le Mannier ou Jean Decourt.

Ainsi on voit comment la commande de portraits évolue :

« La série de portraits d’enfants conservés à Chantilly éclaire la façon dont les commandes royales ont contribué à la diffusion d’un genre et à la prolifération de dessins au XVIème siècle. Les nombreuses actualisations demandées par les souverains régnant permettent de suivre l’évolution physique de leur progéniture. Et lorsqu’ils sont absents, Clouet reprend d’anciens portraits qu’il vieillit. A la suite de la défaite de la bataille de Pavie en 1525, François Ier est prisonnier de l’empereur Charles Quint. Après un an de captivité, il est libéré contre des concessions importantes. Le Traité de Madrid, en 1526, lui impose de livrer ses deux fils aînés, le dauphin François et son cadet, le futur Henri II. Les princes demeurent otages en Espagne pendant plus de quatre ans. Ils sont libérés le 1er juillet 1530. Durant cette période, Clouet continue de mettre à jour les portraits. »

Les enfants adoptent des postures dignes, tels de petits adultes mais certains portraits sont assez troublants comme ce portrait de l’enfant malade, le futur Henri III

(Henri (Alexandre-Edouard) de France, duc d’Orléans, puis d’Anjou, futur Henri III, roi de France et de Pologne (1551-1589) par Germain Le Mannier)

© RMN - Grand Palais

Celui-ci, François II ( Francoys daulphin de France en leage de huict ans et cinq mois au mois de juillet lan 1552)

© RMN - Grand Palais

Cet enfant, avec une petite raquette, est le futur Charles IX (Charles Maximilian duc d’Orléans en leage de deux ans lan 1552 au mois de juing (h. d. , encre) ; Charles IX enfant (sur le carton de montage)

© RMN - Grand Palais

Marie Stuart, portrait commandé par Catherine de Médicis : (Marie royne descosse en leage de neuf ans et six mois lan 1552 au mois de juillet =. La robe et les bijoux ont été dessinés et ajoutés par un autre artiste.

© RMN - Grand Palais

Henri de France duc d’Orléans, futur Henri II (1519-1559) » (vers 1540-1545) par François Clouet – Musée Condé (Chantilly)

En bref, un excellent aperçu du portrait à la Renaissance.

 

 

 

Clouet. À la cour des petits Valois

Les Carnets de Chantilly

Mathieu Deldicque

ÉDITIONS FATON
96 pages
Format : 21 x 21 cm
60 illustrations
Reliure cartonnée – 22 €

 

Sur Chantilly et le musée Condé : 

Cabinet d’arts graphiques du Château de Chantilly
Domaine de Chantilly
7 rue Connétable Château – 60500 Chantilly
Tél. : 03 44 27 31 80

 

Premières lignes – 12/12

 

Premières lignes 

 

J’avais entendu parler de La bibliothèque de minuit et, puisqu’il y était question de livres entre autres, j’avais envie de le lire. C’est chose faite.
Nous suivons Nora Seed, la trentaine, qui traverse une période dépressive et … décide de se suicider car elle estime avoir « raté sa vie ». Incroyable : elle ne meurt pas mais se retrouve dans un lieu qui ressemble à une bibliothèque, en compagnie Mme. Elm (la bibliothécaire qui l’avait aidée dans son collège). Nora comprend alors que quelque chose cloche. Mme. Elm  lui  propose de choisir une vie qu’elle aurait aimé vivre. Où ? Mais en choisissant l’un des nombreux livres présents ! Car il existe  une multitude de vies parallèles avec des possibles multiples…
C’était une idée de départ et, même si je n’ai pas apprécié du tout que le thème du suicide soit abordé de façon aussi légère, j’ai accroché au concept. D’ailleurs, l’indice des univers parallèles se trouve dans la vie (la première) de Nora puisqu’elle travaille dans une boutique nommée La Théorie des Cordes — lesdites cordes ne faisant référence qu’à celles des instruments mais à la physique quantique (dont la possibilité de l’existence des univers parallèles).
J’ai continué avec l’exploration des « premières vies » et je me suis assez vite lassée. Le reste est une répétition sans beaucoup d’imagination, assez moralisatrice (« attention, là, elle en fait trop, elle va avoir des problèmes… » la vilaine est devenue célèbre et pas sympa ! tiens, elle prend de la drogue, c’est pas bien » etc, etc..). On a compris où voulait en venir l’auteur et il ne fait pas dans la délicatesse. Pour dire les choses clairement, le message est lourdingue.
Et puis, on se demande quel est le sens de tout ça : parmi ce que Nora aurait pu faire ou devenir, il y a   star de rock, glaciologue, nageuse olympique, mère de famille ou baroudeuse… Mais non, elle n’a rien fait de tout ça, rappelez-vous : à tout juste 35 ans, elle a raté sa vie, nous a dit l’auteur. Mais qui a décidé qu’une vie était ratée ? et selon quels critères ?
Bref, on comprend vite aussi quelle va être la fin (heureuse, bien entendu).
J’ai fini le roman, un peu agacée. Je tiens quand même à  parler du fait que la dépression de Nora soit aussi mal abordée. Quant au fait que se suicider puisse être résolu par un effet pseudo-magique, ça m’a mise mal à l’aise. La dépression tue et ne se règle pas avec des conseils sortis de ce genre de bouquin – ni même avec une montagne de bouquins, seraient-ils issus d’une bibliothèque de minuit…

La bibliothèque de minuit par Haig

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Jusque dans la terre – Sue Rainsford

Premier roman d’une autrice irlandaise, Jusque dans la terre (Aux Forges de Vulcain) réussit le pari à mêler le sublime (passages poétiques) au plus sombre jusqu’à la limite du malaise, tout cela sur un fond gothique de récit initiatique.
Voyez plutôt : aux lisières d’un village, sans nom, sans époque, vit une jeune fille, Ada, avec son père (Père). Tous les deux nous apparaissent comme des sortes de guérisseurs très prisés des gens des alentours qui viennent les consulter pour toutes sortes de maux.
Ada et son père les appelle des « cures ». Je m’arrête et j’avoue qu’à cet instant du roman, j’ai eu une pensée pour The Cure dont quelques titres  m’ont accompagnée durant la lecture pour le côté cold/dark wave mais un vieux blues poisseux fait bien l’affaire.
Les « cures » sont donc des humains, contrairement à Ada et à son père qui bénéficient d’une longévité extraordinaire (Ada n’est pas réellement « une adolescente »), possèdent d’étranges pouvoirs de guérison en lien avec la terre. Sans parler du père qui a tout l’air d’un métamorphe (ours-garou ou je-ne-sais-quoi-garou).
Ada elle-même est née de la terre. Et la terre guérit… Mais elle est trompeuse et le père ne cesse de répéter à sa fille qu’il faut s’en méfier.
Il paraît détenir des tas de connaissances inconnues d’Ada (sur leurs origines, leurs « pouvoirs », ce que fait la terre) mais nous n’en saurons pas beaucoup plus puisque, tout du long, nous suivrons le point de vue d’Ada (et c’est tout l’intérêt d’avoir choisi ce point de vue). Il y a par moments, de courts passages exprimant les avis des habitant.e.s du village qui nous éclairent peu à peu sur les événements en cours.
Car Ada est tombée amoureuse de Samson. Or, Olivia, la soeur de celui-ci, paraît déterminée à saboter cette relation. Le père d’Ada aussi.
Tout reste dans le non-dit. On avance dans le récit, hésitant entre la curiosité et le malaise  ; quelques scènes de guérison s’apparentent à du body horror et pour ma part, ayant  de mal avec ça, j’ai lu en diagonale ces passages.
L’évolution d’Ada est fascinante tout au long du roman ; ses émotions, son isolement, sa compréhension ou non des humains, sa « monstruosité » qui n’en est peut-être pas une.
On réfléchit aussi sur le rapport à la différence, à la notion de monstre/humain, et à la condition de la femme puisqu’elles sont les plus nombreuses à venir se faire soigner.
Un roman qui interpelle, séduit, fascine de manière étrange mais est très bien maîtrisé de bout en bout (ce dénouement !).

Jusque dans la terre par Rainsford

Résumé : Ada vit avec son père dans une clairière, en bordure d’une forêt, non loin de la ville. Ils passent leur temps à soigner les habitants qui leur confient leurs maux et leurs corps, malgré la frayeur que ces deux êtres sauvages leur inspirent parfois. Un jour, Ada s’éprend de Samson, un de ces habitants. Cette passion, bien vite, suscite le dépit voire la colère du père de la jeune fille et de certains villageois. L’adolescente se retrouve déchirée par un conflit de loyauté entre son héritage vénéneux et cet élan destructeur qui l’emmène loin de tout ce qu’elle a connu.

Lu dans le cadre de Masse Critique Babelio 

Premières lignes — 28 septembre

Premières lignes 

« Comme il remonte la Cinquième Avenue à minuit, Spofforth se met à siffler. Il ignore le nom de l’air, et il ne s’en soucie guère ; c’est un air air compliqué, un air qu’il siffle souvent lorsqu’il est seul. Il est torse nu et ne porte pas de chaussures ; il a pour unique vêtement un pantalon kaki. Il sent sous ses pieds la surface usée des vieux pavés. Bien qu’il avance en plein milieu de la vaste avenue, il distingue les hautes herbes et l’ivraie qui, de chaque côté, ont poussé aux endroits où les trottoirs, depuis longtemps fissurés et défoncés, attendent des réparations qui ne se feront jamais. »

A ne pas confondre avec le classique « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » (qu’il faut lire, d’ailleurs), L’oiseau moqueur, dystopie de Walter Tevis, l’auteur du Jeu de la dame est un très bon roman, qui rappelle par ses thèmes 1984, Farenheit 451 ou Le meilleur des mondes. On pensera également à la série des Robots d’Asimov. 
En effet, depuis des siècles, les êtres humains ont perfectionné les robots et ont fini par leur confié la planète/ le pouvoir/leurs vies. Plus de guerres, plus de pauvreté, plus de famines…Tout le monde est heureux et vit sous l’influence de drogues (très Le meilleur des mondes, là, même si ce n’est pas le soma qui est consommé mais les sopors). Fini les problèmes dus à l’attachement, à la famille, aux liens : une loi régit ce qui touche à l’intimité. L’amour, non, ça n’existe plus mais il reste la pornographie  (« sexe vite fait, bien fait »). Le travail manuel et technique a été confié aux robots/androïdes. Ou aux prisonniers sous les ordres des robots. Car, oui, désobéir équivaut à des travaux forcés et à l’emprisonnement. Il est hors de question de se rapprocher des autres, de se regrouper ou de vivre en couple. D’ailleurs, la procréation est inutile : tout le monde avale des contraceptifs sans le savoir depuis des années.

Les efforts intellectuels appartiennent au passé. Les maximes du type  » Pas de questions, relax », « Dans le doute, n’y pense plus » régissent la vie des humains qui paraissent vivre comme sortis de Brazil, le film. Décidément, le début des années 80  (1981 pour le roman, 1985 pour Brazil) envisageait le futur de la même façon. Et parfois, tout ça résonne étrangement en 2022…
Car les écrans ne sont pas bannis : même s’il s’agit de télé, ils sont envahissants et diffusent des programmes totalement ineptes…
Et les livres ?  A l’inverse de Farenheit, ils existent toujours mais plus personne ne sait lire. On a oublié.
Jusqu’au jour où un homme, Paul, professeur à l’université, propose ses services au doyen Spofforth car il a appris à lire tout seul dans un livre trouvé par hasard (les livres ne sont pas si bien cachés que ça, ils sont oubliés). Robert Spofforth est le doyen de l’université mais c’est le chef, disons-le : il dirige le monde. C’est le robot le plus perfectionné qui existe, un classe 9.  C’est aussi le clone d’une humain qui a vécu il y a longtemps et dont il voudrait retrouver les souvenirs enfouis.
Mais Spofforth n’est pas humain ; il ne peut pas se reproduire, il ne peut pas mourir non plus. Il va exercer son pouvoir : il refuse que la lecture soit enseignée, ce serait un crime. Il demande à Paul Bentley de décrypter les textes qui figurent sur de vieux films muets.
La vie de Paul change.
Il se prend au jeu. Découvre des concepts. Et quand il finit par rencontrer Mary Lou, une femme étrange qui habite dans le zoo, sa vie  bascule. Celle de Mary Lou aussi. Celle de Spofforth, on le verra ensuite, va changer.
Ce roman est brillant de bout en bout : suivre les personnages, leur apprentissage, leur évolution.
Il y a peut-être quelques longueurs vers le milieu avec un événement qui casse le rythme mais je n’ai pas trouvé cela très gênant.
J’avais beaucoup apprécié le Jeu de la dame, eu plus de mal avec L’homme tombé du ciel mais j’ai retrouvé l’alchimie qui m’avait attirée dans le 1er dans celui-ci. De la bonne SF

 « J’éprouvais un certain plaisir à découvrir les choses que les livres pouvaient dire à l’intérieur de mon esprit… Je ne me suis arrêté qu’après avoir appris tous les mots des quatre livres. Plus tard, j’ai mis la main sur trois nouveaux livres, et ce n’est qu’alors que j’ai vraiment su que l’activité à laquelle je me livrais s’appelait « lire ». « 

L'Oiseau moqueur par Tevis

 

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

 

Premières lignes – 21 septembre

Premières lignes 

« Le grand Achille. Le brillant Achille, le bouillant Achille, le divin Achille… Comme les épithètes s’accumulent ! Nous ne l’appelions jamais par aucun de ces noms ; nous l’appelions « le boucher ».
Achille au pied léger. Voilà qui est plus intéressant. « 

Le silence des vaincues est un livre que je voulais lire depuis plusieurs mois – et pour cause : c’est une réécriture de la guerre de Troie, de point de vue de Briséis.
Je dois dire que j’ai un faible pour ce genre de réécriture (quand elles sont bien faites). J’ai aimé suivre Cassandre dans La trahison des dieux (malgré les défauts du roman de MZ Bradley) ou Andromaque dans Troie de David Gemmell (le personnage est formidable dans la trilogie de Gemmell).
Bien sûr, d’une autre façon, Le chant d’Achille est un roman remarquable. Mais Madeline Miller sait revisiter l’Antiquité comme personne…
Ici, on suit surtout Briséis qui sera le fil conducteur et le principal point de vue — hélas, pas le seul. Arrachée à sa vie, kidnappée, elle connaît le même sort que les autres femmes : elle devient le trophée d’Achille qui la regarde à peine, la met dans son lit et se sert d’elle. La guerre est déjà bien entamée et le camp des Grecs a eu le temps de s’installer sous les remparts de Troie. Il existe une organisation bien rôdée.
Les soldats et les chefs de guerre ont leurs « femmes »,  celles qu’ils ont réduites en esclavage en faisant des incursions dans les terres aux alentours. Ils les côtoient, les malmènent. Certains semblent mener un simulacre de vie domestique. On partage la cabane/la tente, des  enfants naissent. Les femmes exercent des « professions » : elles aident à l’infirmerie, à la cuisine, etc…
Et pourtant, ces femmes n’ont aucun statut, aucun droit. A tout moment, elles peuvent être données/vendues à un autre, blessées, violées, tuées.
Briséis, une jeune femme qui fut reine, connaît la même vie ainsi que ses camarades. Achille, quant à lui, est un monstre d’égoïsme. Et, à la fois, il est dépeint comme un fils qui recherche sa mère.
Le roman est assez immersif sans voyeurisme pour autant. L’autrice ne s’appesantit pas sur les viols, sans les nier non plus. C’est donc bien dosé : pas de descriptions malsaines. Mais la réalité des violences, le climat lourd, la présence de la guerre, tout cela reste présent.
L’importance du silence des femmes, du fait que Briséis n’a pas voix au chapitre, est bien rendu. Le seul bémol, à mon sens, réside dans le choix de l’autrice de basculer à un moment vers le point de vue d’Achille (alors qu’elle avait privilégié le point de vue de Briséis). L’effet n’est pas très cohérent et, surtout, n’amène pas grand chose au roman, au contraire. En gros, on n’a pas envie de savoir ce que pense ou ressent l’un des bourreaux, les indices nous étant donnés via le ressenti et la vision de Briséis.
C’est un peu dommage même si cela n’entrave pas la lecture.
Un bon roman, donc.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Premières lignes – 31 août

 

Premières lignes 

 » Ce fut à cause du vieux gibet que commença la dispute à plus de dix lieues d’Ormeshadow.
Le point de départ était la glorieuse ville de Bath.
 » Pourquoi devons-nous partir ? demanda Gideon à son père.
— Oui, s’interposa sa mère. explique à Gideon les raisons de notre départ.
–Nous allons nous installer chez mon frère, dans sa famille, à Orme shadow.
— Mais…
— Gideon, le voyage sera long. Du calme, fils.
— Effectivement, ajouta Clare. Du calme, fils.
Ce furent les derniers mots que prononcèrent les parents de Gideon avant l’arrivée au gibet. Le garçon avait l’habitude des silences entêtés de sa mère et ne s’en inquiéta pas., en dépit de leur proximité sur la banquette de la diligence bondée. « 

Dans ce court roman (ou longue novella, au choix), paru au Bélial dans la collection « Une Heure Lumière », le fantastique se met en place en pointillés au travers de contes et d’une légende familiale.
Et c’est une réussite.
Priya Sharma nous transporte dans l’Angleterre victorienne, alors que la famille Belman, après son départ de Bath, rejoint la ferme familiale à Ormesleep. Nous suivons Gideon, l’enfant du couple Belman, qui découvre une toute autre vie : campagnarde, rude, une vie qu’il ne comprend pas bien — et des secrets familiaux qui génèrent des tensions.
L’autrice lève le voile peu à peu sur les circonstances de ce retour à la campagne, installe un climat tendu tout en créant des personnages attachants. Le ton est juste, intimiste et même si le surnaturel n’apparaît que par touches légères, il trouve sa place. J’ai retrouvé un peu du plaisir que j’avais eu en lisant Pierre-de-vie de Jo Walton.
Ormeshadow 
a donc été une excellente surprise. Un très bon moment de lecture.

Ormeshadow par Sharma

 

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Premières lignes — 11 juillet

Premières lignes 

 

Ce second volume,  justement intitulé « Les épreuves de Koli », reprend les tribulations du jeune homme là où nous l’avions laissé (Le Livre de Koli) c’est-à-dire en route pour Londres vers le signal étrange, en compagnie de  Tasse,  sauvée d’une secte et d’Ursala,  guérisseuse revêche  possédant un puissant tech, et bien sûr, de  Monono, la « fille dans un boîtier » (l’I.A). Koli aimerait rassembler là-bas « tous les humains » pour qu’à nouveau, des bébés naissent – et que l’espèce humaine ne soit plus en danger. Car, il faut le dire, c’est la catastrophe…
Mais si le premier tome se focalisait sur le point de vue de Koli, celui-ci suit aussi celui de Toupie, la jeune femme dont Koli était tombé amoureux (sans que cela soit réciproque, d’ailleurs). Restée au village, elle s’est mariée au jeune nouveau Rempart-tranchoir, accédant à l’élite de Mythen-Croyd… Mais pas pour longtemps.
Les ennuis commencent et bientôt, Toupie va devoir se défendre. Elle va être amenée à comprendre que ces histoires de Remparts sont des balivernes (et découvrir en partie ce qui est arrivé à Koli).
Pendant ce temps, le trio sur le chemin pour Londres affronte bien des périls. Koli mûrit, prend des décisions…
On ne fait pas que voyager dans ce tome, et même si les dangers et les rebondissements sont nombreux, M.R Carey prend le temps d’aborder des thèmes de manière subtile comme la transidentité,  la religion et bien sûr, l’intelligence artificielle. Mais il y est question de trouver sa place, de se choisir un chez-soi, de grandir, de faire des choix…

A nouveau, M.R Carey signe un roman en finesse, passionnant, sans temps morts qui, grâce à la double narration, apporte un réel approfondissement. Une réussite. Vivement le troisième.

 

Rempart, tome 2 : Les épreuves de Koli par Carey

 

la manière tout en nuances et délicatesse avec laquelle M.R Carey parle de thèmes forts comme la transidentité, l’intelligence artificielle ou encore la religion.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Premières lignes — 29 juin

Premières lignes

 

 » Le maître du manoir se tient devant le mur du jardin. Un sinistre pan de pierre qui, en son centre, entoure une porte de fer scellée. un interstice étroit sépare le battant de la roche. Lorsqu’une douce brise souffle, le vent apporte le parfum de l’été, suave comme un melon, et la lointaine chaleur du soleil.
Ce soir, aucune brise ne souffle. L’astre nocturne ne se montre pas non plus. Pourtant le maître est baigné par un clair de lune. La lumière qui se reflète sur les bords de son manteau en lambeaux fait briller les os visibles sous sa peau. « 

Olivia a grandi dans un orphelinat. Cible des moqueries et harcelée par les autres pensionnaires  car elle est ne parle pas, elle a toujours su se défendre. Elle n’a aucun souvenir de ses parents à part un carnet qui lui vient de sa mère. Un très étrange carnet où les mots et les dessins se mêlent, terminé par cette curieuse mise en garde « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. ».
Or, un jour, une lettre arrive d’un oncle dont elle ignorait l’existence : Olivia n’est pas seule au monde et elle va se rendre dans un manoir …nommé Gallant.
De là, l’aventure onirique débute, mêlant frissons, poésie, rêves et cauchemars. La folie semble omniprésente dans cette famille. Cette lente descente dans l’étrange est bien menée. V.E Schwab est toujours très à l’aise lorsqu’il s’agit de brouiller les pistes (comme dans « La vie invisible d’Addie Larue » même si le roman, trop long, pas assez vide, m’avait assez déçue, je dois dire). On retrouve ici les belles métaphores, qui conviennent à l’univers mis en place.
Mais, à nouveau, même si le roman est plus court que « La vie invisible... » , lorsqu’on arrive à la fin, la même impression demeure : celle de ne pas avoir lu grand chose qui restera en mémoire et d’avoir passé des pages et des pages à lire….du vent. Du vent bien écrit, certes. Dans ce cas, je commence à me demander si V.E Schwab ne serait pas plus intéressante à lire en poésie, car ses intrigues sont un peu light. Dans « Gallant« , l’idée du monde miroir avec la porte et la protection familiale est intéressante même si elle n’a rien d’original (mais ce n’est pas grave). Par contre, rien n’est développé. On a envie d’en savoir plus: comment a évolué ce monde en parallèle ? Pourquoi veut-il envahir notre monde ? (et pas simplement « parce qu’il est méchant« ). D’où viennent ces créatures ? etc, etc…  Il y a aurait beaucoup à faire pour rendre Gallant encore plus passionnant comme raconter un peu l’histoire de la famille Prior, gardienne du manoir, les liens entre les personnes… Or, tout cela est évoqué, tout juste effleuré. Et nous, nous restons avec un roman bien fichu mais dont nous ne nous souviendrons plus dans quelques mois. Et franchement, c’est dommage.
J’aurais aimé dire que j’ai adoré « Gallant. » Vraiment. Je garde un sentiment de frustration.

Gallant par Schwab

 

Résumé : Toute petite, Olivia Prior a été déposée sur les marches de l’orphelinat où elle vit désormais. Incapable de parler, elle n’en sait pas moins se faire respecter des autres pensionnaires. De sa mère, il ne lui reste plus qu’un journal intime relié de cuir, plein de dessins étranges et marqué par la folie, dont les derniers mots sont : « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. »
Mais la jeune fille ne rêve que d’une chose : avoir, un jour, une famille. Alors, quand elle apprend que son oncle l’a enfin retrouvée et l’invite à venir vivre dans le domaine familial de Gallant, Olivia n’hésite pas une seule seconde. Sur place, elle ne trouve que deux domestiques et un cousin, Matthew – qui, de toute évidence, ne veut pas d’elle. Elle découvre surtout que son oncle est mort et enterré depuis plusieurs mois déjà… Elle remarque enfin que tous les habitants du manoir semblent éviter comme la peste le mur qui s’élève derrière la propriété, au milieu d’une nature luxuriante. Quel mal se dresse là, au fond de ce jardin niché au bout du monde ?

 

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

 

La revanche des méchants – Fabien Clavel

Dans le cadre de l’opération Masse Critique Babelio – jeunesse,  j’ai reçu un étonnant petit roman intitulé : La revanche des méchants.
Je l’avais repéré il y a quelques mois en librairie et sur certains posts, la couverture étant signée par la talentueuse Noémie Chevalier (ici pour aller voir son travail ou  sur Insta).

La revanche des méchants par Clavel

Résumé :  Lycie a un problème : Hachem. Enfin, non, son premier problème, c’est qu’elle ne maîtrise pas ses crises de colère, mais Hachem arrive en seconde position : il passe son temps à la faire sortir de ses gonds. Ah ! et elle a un autre problème, aussi : ses poils repoussent à une vitesse vertigineuse ! Bref, ça fait beaucoup de problèmes pour cette ado de 5e B ! Alors, quand Lycie découvre une annonce promettant aux gens comme elle de les aider, elle n’hésite pas à se rendre à l’adresse indiquée. Et là, Lycie découvre qu’elle a un plus gros problème, encore… Mais la situation dérape carrément lorsque des clones de Prince Charmant se mettent à la pourchasser ! Car Lycie est une descendante de méchant des contes de fées, et les Gentils ne sont peut-être pas les gentils de cette histoire…

Nous allons donc suivre Lycie, une jeune ado qui est confrontée à des crises de rage inexpliquées et à une pilosité étrange, ainsi que son camarade de classe, Hachem qui, lui, ne tient pas en place. Tous les deux vont échapper de justesse aux Gentils, deux descendants de Blanche-Neige et de Riquet-à-la-Houppe, qui veulent à tout prix les « rendre normaux ».
Heureusement, Lycie et Hachem échappent à leurs griffes grâce à la descendante de la Reine de Coeur (celle d’Alice), tout cela sur un tapis volant magique (et non, pas de balais, dans cet univers). Les voilà tous les deux admis au sein d’une sorte d' »académie » pour descendants lointains de Méchants, un Poudlard en plus dark, comme le qualifie Hachem (j’ai bien aimé l’expression). Ici, les deux ados vont apprendre leur véritable nature et aussi, ce que sont les Méchants.
On pourrait croire à une histoire simpliste, voire à une simple réécriture de conte mais c’est plus subtil que cela. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles , même si l’écriture est très simple (adaptée à l’âge du public visé, sans doute, même si je l’ai trouvée un brin simpliste/facile/peu innovante parfois, mon seul bémol).
Par contre, la richesse du contenu est à saluer, avec des références à Bourdieu (via le personnage intello de Cannelle qui fournit le vocabulaire et les nuances complexes qui sont ensuite expliqués) et des bases de génétique.
L’intrigue est carrée et se suit très bien de bout en bout. J’avais même envie d’en lire plus…
L’ode à la différence, à  l’acceptation de l’autre, est magnifique. Et il y a beaucoup d’humour, j’allais oublier.
Bref, j’ai passé un très bon moment avec ces Méchants qui ne le sont pas.
Un petit roman très bien fait bourré de bonnes idées. Chapeau !

256 pages – Fleurus – 13,90 €