Premières lignes — 11 juillet

Premières lignes 

 

Ce second volume,  justement intitulé « Les épreuves de Koli », reprend les tribulations du jeune homme là où nous l’avions laissé (Le Livre de Koli) c’est-à-dire en route pour Londres vers le signal étrange, en compagnie de  Tasse,  sauvée d’une secte et d’Ursala,  guérisseuse revêche  possédant un puissant tech, et bien sûr, de  Monono, la « fille dans un boîtier » (l’I.A). Koli aimerait rassembler là-bas « tous les humains » pour qu’à nouveau, des bébés naissent – et que l’espèce humaine ne soit plus en danger. Car, il faut le dire, c’est la catastrophe…
Mais si le premier tome se focalisait sur le point de vue de Koli, celui-ci suit aussi celui de Toupie, la jeune femme dont Koli était tombé amoureux (sans que cela soit réciproque, d’ailleurs). Restée au village, elle s’est mariée au jeune nouveau Rempart-tranchoir, accédant à l’élite de Mythen-Croyd… Mais pas pour longtemps.
Les ennuis commencent et bientôt, Toupie va devoir se défendre. Elle va être amenée à comprendre que ces histoires de Remparts sont des balivernes (et découvrir en partie ce qui est arrivé à Koli).
Pendant ce temps, le trio sur le chemin pour Londres affronte bien des périls. Koli mûrit, prend des décisions…
On ne fait pas que voyager dans ce tome, et même si les dangers et les rebondissements sont nombreux, M.R Carey prend le temps d’aborder des thèmes de manière subtile comme la transidentité,  la religion et bien sûr, l’intelligence artificielle. Mais il y est question de trouver sa place, de se choisir un chez-soi, de grandir, de faire des choix…

A nouveau, M.R Carey signe un roman en finesse, passionnant, sans temps morts qui, grâce à la double narration, apporte un réel approfondissement. Une réussite. Vivement le troisième.

 

Rempart, tome 2 : Les épreuves de Koli par Carey

 

la manière tout en nuances et délicatesse avec laquelle M.R Carey parle de thèmes forts comme la transidentité, l’intelligence artificielle ou encore la religion.

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Premières lignes — 29 juin

Premières lignes

 

 » Le maître du manoir se tient devant le mur du jardin. Un sinistre pan de pierre qui, en son centre, entoure une porte de fer scellée. un interstice étroit sépare le battant de la roche. Lorsqu’une douce brise souffle, le vent apporte le parfum de l’été, suave comme un melon, et la lointaine chaleur du soleil.
Ce soir, aucune brise ne souffle. L’astre nocturne ne se montre pas non plus. Pourtant le maître est baigné par un clair de lune. La lumière qui se reflète sur les bords de son manteau en lambeaux fait briller les os visibles sous sa peau. « 

Olivia a grandi dans un orphelinat. Cible des moqueries et harcelée par les autres pensionnaires  car elle est ne parle pas, elle a toujours su se défendre. Elle n’a aucun souvenir de ses parents à part un carnet qui lui vient de sa mère. Un très étrange carnet où les mots et les dessins se mêlent, terminé par cette curieuse mise en garde « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. ».
Or, un jour, une lettre arrive d’un oncle dont elle ignorait l’existence : Olivia n’est pas seule au monde et elle va se rendre dans un manoir …nommé Gallant.
De là, l’aventure onirique débute, mêlant frissons, poésie, rêves et cauchemars. La folie semble omniprésente dans cette famille. Cette lente descente dans l’étrange est bien menée. V.E Schwab est toujours très à l’aise lorsqu’il s’agit de brouiller les pistes (comme dans « La vie invisible d’Addie Larue » même si le roman, trop long, pas assez vide, m’avait assez déçue, je dois dire). On retrouve ici les belles métaphores, qui conviennent à l’univers mis en place.
Mais, à nouveau, même si le roman est plus court que « La vie invisible... » , lorsqu’on arrive à la fin, la même impression demeure : celle de ne pas avoir lu grand chose qui restera en mémoire et d’avoir passé des pages et des pages à lire….du vent. Du vent bien écrit, certes. Dans ce cas, je commence à me demander si V.E Schwab ne serait pas plus intéressante à lire en poésie, car ses intrigues sont un peu light. Dans « Gallant« , l’idée du monde miroir avec la porte et la protection familiale est intéressante même si elle n’a rien d’original (mais ce n’est pas grave). Par contre, rien n’est développé. On a envie d’en savoir plus: comment a évolué ce monde en parallèle ? Pourquoi veut-il envahir notre monde ? (et pas simplement « parce qu’il est méchant« ). D’où viennent ces créatures ? etc, etc…  Il y a aurait beaucoup à faire pour rendre Gallant encore plus passionnant comme raconter un peu l’histoire de la famille Prior, gardienne du manoir, les liens entre les personnes… Or, tout cela est évoqué, tout juste effleuré. Et nous, nous restons avec un roman bien fichu mais dont nous ne nous souviendrons plus dans quelques mois. Et franchement, c’est dommage.
J’aurais aimé dire que j’ai adoré « Gallant. » Vraiment. Je garde un sentiment de frustration.

Gallant par Schwab

 

Résumé : Toute petite, Olivia Prior a été déposée sur les marches de l’orphelinat où elle vit désormais. Incapable de parler, elle n’en sait pas moins se faire respecter des autres pensionnaires. De sa mère, il ne lui reste plus qu’un journal intime relié de cuir, plein de dessins étranges et marqué par la folie, dont les derniers mots sont : « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. »
Mais la jeune fille ne rêve que d’une chose : avoir, un jour, une famille. Alors, quand elle apprend que son oncle l’a enfin retrouvée et l’invite à venir vivre dans le domaine familial de Gallant, Olivia n’hésite pas une seule seconde. Sur place, elle ne trouve que deux domestiques et un cousin, Matthew – qui, de toute évidence, ne veut pas d’elle. Elle découvre surtout que son oncle est mort et enterré depuis plusieurs mois déjà… Elle remarque enfin que tous les habitants du manoir semblent éviter comme la peste le mur qui s’élève derrière la propriété, au milieu d’une nature luxuriante. Quel mal se dresse là, au fond de ce jardin niché au bout du monde ?

 

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La revanche des méchants – Fabien Clavel

Dans le cadre de l’opération Masse Critique Babelio – jeunesse,  j’ai reçu un étonnant petit roman intitulé : La revanche des méchants.
Je l’avais repéré il y a quelques mois en librairie et sur certains posts, la couverture étant signée par la talentueuse Noémie Chevalier (ici pour aller voir son travail ou  sur Insta).

La revanche des méchants par Clavel

Résumé :  Lycie a un problème : Hachem. Enfin, non, son premier problème, c’est qu’elle ne maîtrise pas ses crises de colère, mais Hachem arrive en seconde position : il passe son temps à la faire sortir de ses gonds. Ah ! et elle a un autre problème, aussi : ses poils repoussent à une vitesse vertigineuse ! Bref, ça fait beaucoup de problèmes pour cette ado de 5e B ! Alors, quand Lycie découvre une annonce promettant aux gens comme elle de les aider, elle n’hésite pas à se rendre à l’adresse indiquée. Et là, Lycie découvre qu’elle a un plus gros problème, encore… Mais la situation dérape carrément lorsque des clones de Prince Charmant se mettent à la pourchasser ! Car Lycie est une descendante de méchant des contes de fées, et les Gentils ne sont peut-être pas les gentils de cette histoire…

Nous allons donc suivre Lycie, une jeune ado qui est confrontée à des crises de rage inexpliquées et à une pilosité étrange, ainsi que son camarade de classe, Hachem qui, lui, ne tient pas en place. Tous les deux vont échapper de justesse aux Gentils, deux descendants de Blanche-Neige et de Riquet-à-la-Houppe, qui veulent à tout prix les « rendre normaux ».
Heureusement, Lycie et Hachem échappent à leurs griffes grâce à la descendante de la Reine de Coeur (celle d’Alice), tout cela sur un tapis volant magique (et non, pas de balais, dans cet univers). Les voilà tous les deux admis au sein d’une sorte d' »académie » pour descendants lointains de Méchants, un Poudlard en plus dark, comme le qualifie Hachem (j’ai bien aimé l’expression). Ici, les deux ados vont apprendre leur véritable nature et aussi, ce que sont les Méchants.
On pourrait croire à une histoire simpliste, voire à une simple réécriture de conte mais c’est plus subtil que cela. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles , même si l’écriture est très simple (adaptée à l’âge du public visé, sans doute, même si je l’ai trouvée un brin simpliste/facile/peu innovante parfois, mon seul bémol).
Par contre, la richesse du contenu est à saluer, avec des références à Bourdieu (via le personnage intello de Cannelle qui fournit le vocabulaire et les nuances complexes qui sont ensuite expliqués) et des bases de génétique.
L’intrigue est carrée et se suit très bien de bout en bout. J’avais même envie d’en lire plus…
L’ode à la différence, à  l’acceptation de l’autre, est magnifique. Et il y a beaucoup d’humour, j’allais oublier.
Bref, j’ai passé un très bon moment avec ces Méchants qui ne le sont pas.
Un petit roman très bien fait bourré de bonnes idées. Chapeau !

256 pages – Fleurus – 13,90 €

Carnets de style rock — Irina Lazareanu

Dans ce livre, la top model Irina Lazareanu présente son cercle d’intimes dans les univers de la mode et de la musique au début des années 2000.
Publiés chez Flammarion, 𝚁𝚞𝚗𝚠𝚊𝚢 𝙱𝚒𝚛𝚍, en français, Carnets de style rock (on appréciera l’adaptation), les souvenirs d’Irina se présentent sous la forme de courts textes racontant des moments de sa vie, parfois agitée, ponctuée de rencontres, Kate Moss, Karl Lagerfeld, Amy Winehouse, Yoko Ono et bien d’autres…

Les photos témoignent d’une époque pas très lointaine même si Irina (Rini) a déjà 20 ans de carrière.

On trouve donc de jolies photos, des anecdotes amusantes (j’avoue avoir bien ri par moments), des « conseils » pas forcément utiles mais là n’est pas le propos du livre à mon avis, bref, ce « Carnet de style rock » reste un bel album assez épais qui est plaisant à feuilleter.  On passe un moment agréable, ce qui fait du bien par ces temps troublés.

Résumé :

« Pendant mes vingt années dans le milieu de la mode, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes magiques, qui ont eu sur moi une influence déterminante. Je partage ici ce qu’elles m’ont enseigné en matière de style et d’attitude rock. Car si, sur le chemin de la vérité, la beauté peut séduire, faire le voyage avec style n’a jamais fait de mal à personne. »

 

  • Paru le 09/03/2022
    264 pages – 181 x 229 mm
    Broché

 

Carnets de style rock par Lazareanu

 

Merci à Babelio Masse critique et aux éditions Flammarion. 

 

Premières lignes — 2 mai

 

Premières lignes , qui sont des premières cases, cette semaine :

A première vue, il s’agit : d’une BD  – qui se passe sur la Lune – avec des spationautes japonais. Jusque là, c’est bon. Mais si je rajoute qu’il se trame des choses étranges sur la face cachée, faisant intervenir une puissance extra-terrestre qui aime beaucoup s’en prendre à la Terre et au Japon en particulier (des fans d’anime, peut-être), qui a déjà attaqué notre planète bleue par le passé avec des engins nommés …au hasard golgoths (ou antéraks, de jolis noms provenant de la VF) depuis le fameux camp de la Lune noire… Alors, oui, j’ai lu Goldorak, l’ album édité par Kana, créé par  Xavier Dorison, Denis Bajram, Alexis Sentenac, Brice Cossu et Yoann Guillo.

Goldorak (BD) par Dorison

L’histoire se déroule chronologiquement après la fin de la série animée (on y trouve d’ailleurs un rappel de ce qui s’est passé, pour rafraîchir la mémoire).   Dans l’anime, Goldorak/Grendizer,  après la victoire finale contre les forces de Véga, Actarus, prince d’Euphor  et sa soeur Phénicia repartaient sur leur planète, Euphor, dans l’espoir d’y retrouver la vie et de tout reconstruire.

Les années ont donc passé. Véga est de retour. Et on retrouve avec plaisir les personnages principaux : Alcor, Vénusia puis le professeur Procyon. Mais alors que Véga attaque et que Goldorak devient nécessaire (le Japon a toujours besoin de Goldorak), la question se pose : où se trouve-t’il ? Et Actarus ?


Cinq auteurs sont réunis ici pour redonner vie à l’oeuvre de  Gō Nagai : Xavier Dorison (scénario), Denis Bajram (scénario et dessins), Brice Cossu (dessins, Alexis Sentenac (dessins également) et Yoann Guillo (couleurs).
Et que dire ? La nostalgie mise à part, c’est une belle réussite. Les dessins et les couleurs m’ont vraiment plu.

Les personnages ne se résument pas à du copier/coller. On les reconnaît pourtant au premier coup d’oeil. (Mizar a grandi, au fait).
Rigel, avec un coup de vieux, mais fidèle à lui-même. On en apprend aussi plus sur son passé.

Phénicia et Vénusia prennent encore plus de place (et tant mieux : Vénusia me semblait toujours un peu cruche). Alcor reste… Alcor. Le dessin  leur rend hommage.

Du côté Véga, ça ne change pas : les uniformes, les têtes …heu… pas très avenantes.

Dans l’anime, pour mémoire, ils ressemblaient à ceci :

Dans cette BD :

L’histoire de ceux de Véga est également fouillée et permet de développer des thèmes intéressants : celui des réfugiés, la relation bourreau/victime, la vengeance, la relation à l’autre…
Tout en gardant l’humour, l’émotion et l’action qui faisaient partie de la série originelle, cette  BD va plus loin, renversant les idées reçues. Et ça fait un bien fou.
Alors, oui, c’est aussi un petit retour en enfance, pour moi qui ai grandi avec les épisodes de Goldorak à la télé mais pas seulement. Au-delà de cette dimension, le lecture est tout à fait agréable, riche d’humanité avec des dessins, un découpage et des couleurs au top.
En bonus, à la fin de l’ouvrage, on trouve le processus de création scénario – story-board, recherche de personnages etc…

Bref, un album que je recommande vivement, qu’on ait suivi ou non l’anime, en fait puisque la BD se suffit à elle-même.

( vous n’allez pas me remercier si je joins l’opening français de 1978, je sais, ça reste dans la tête)

Résumé : La guerre entre les forces de Véga et Goldorak est un lointain souvenir. Actarus et sa soeur sont repartis sur Euphor tandis qu’Alcor et Vénusia tentent de mener une vie normale. Mais, des confins de l’espace, surgit le plus puissant des golgoths : l’Hydragon. Alors que le monstre de l’ultime Division Ruine écrase les armées terriennes, les exigences des derniers représentants de Véga sidèrent la planète : sous peine d’annihilation totale, tous les habitants du Japon ont sept jours pour quitter leur pays et laisser les envahisseurs coloniser l’archipel. Face à cet ultimatum, il ne reste qu’un dernier espoir… Goldorak.

Goldorak - Edition spéciale par Dorison
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Premières lignes — 25 avril

Premières lignes 

 » Le 21 septembre 1989, les habitants de l’île Blackney, au large d el’archipel des Mariannes, ont disparu sans laisser de traces. Cinq-cent-quarante-six hommes, femmes et enfants, volatilisés sans que l’on ne trouve aucun corps, ni aucun signe de violence. Les premiers à donner l’alerte furent les membres de la mission Sentinelles, dépêchés depuis plusieurs années par le CNRS afin d’établir le contact avec cette population isolée. A leur tête, les professeurs Henri Luzarche, ethnologue, Adma Redouté, botaniste, et Mareve Temauri, historienne spécialiste du peuplement des îles d’Océanie.
Blackney était une énigme, bien avant de devenir un mythe. »

Je dois dire que j’étais vraiment impatiente de découvrir Into the deep, deuxième roman de Sophie Griselle, publié chez Snag éditions et ceci pour plusieurs raisons :
j’ai découvert  Sophie sur la plateforme Wattpad, où j’avais décidé un beau jour de  mettre en ligne quelques unes de mes  (anciennes) fan fictions . Wattpad étant assez inégal, elle réserve parfois de bonnes surprises: la preuve. J’avais donc lu le tout début de Into the deep en ligne. Mais c’est surtout la qualité de l’écriture de Sophie, son exploration de l’âme humaine dans ses réinterprétations des personnages de l’univers de Harry Potter ou même de Star Wars (le très beau,  Irrépressible ). 

Into the deep  s’attache donc à nous entraîner dans une expédition scientifique, dans la fosse des Mariannes,  le point le plus profond de la croûte terrestre, dans le Pacifique. Toutes les informations fournies dans le roman sont rigoureuses et vérifiables ; comme je suis une grande curieuse, je me régalée à croiser ce qui relevait de la vérité et de la pure fiction… C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce livre : le travail de documentation effectué. Et ce qui est plus important encore, c’est que les renseignements, la partie scientifique n’empiète pas sur le côté merveilleux ou sur l’intrigue comme cela peut arriver. Un très bon point.
On oscille donc entre science, imaginaire, fantastique, sans jamais basculer vraiment dans la SF (je ne vois pas en quoi le terme SF se justifierait, en fait)
En fait, Into the deep explore tout autant les abysses que les tréfonds de l’âme humaine puisque nous suivons Sam, jeune chercheur, tourmenté par le suicide de sa mère (la scientifique Marève Temauri) alors qu’il était tout enfant. Il a toujours vécu dans l’ombre d’un père brillant, Henri Luzarche et aimerait faire ses preuves, voire surpasser ce parent encombrant (masculinité toxique  en vue avec les Luzarche père et fils). Sam dirige une nouvelle expédition dans la fosse des Mariannes. Il travaille avec la très compétente Ophélie, qui est aussi sa petite amie ; un personnage féminin qui cherche sa place et a tendance à s’effacer dans toute une partie du livre (mais cela ne durera pas). 
Un jour, Sam, toujours à la limite, presque en perdition, tombe nez à nez avec une créature. Et pour en revenir au fantastique, et  sans rien divulguer de l’intrigue, tout ce qui touche aux créatures n’appartient pas à la SF  puisque ce ne sont pas des aliens ou des E.T, mais des êtres légendaires, liés à des mythes. Sam va vouloir retrouver sa « sirène » à tout prix, même s’il doit plonger au fond de la fosse et y entraîner son équipe. On voit la détermination du jeune homme mais aussi l’absence de scrupules, et les pulsions autodestructrices… On  y assiste avec inquiétude.
Le roman suit le point de vue de Sam, ses doutes, ses tourments, ses interrogations, ses angoisses,…
Au passage plusieurs thèmes sont abordés, comme, par ex.,  l’éthique scientifique, la reconnaissance des droits des autres espèces (qui est sentient ? ou pas?), la reconnaissance des femmes dans le milieu scientifique (au travers d’Ophélie) et bien sûr, la nature de l’être humain. 
Je dois quand même nuancer mon avis avec deux petites remarques : (sinon, le roman serait parfait)
— le milieu (à peu près) du roman s’éternise sur des dialogues assez redondants qui n’apportent pas grand chose  à la psychologie des personnages. Et qui nuisent un peu à l’avancée de l’intrigue. Un tout petit peu moins de « je me sens coupable de… », « c’est de ta faute, père », un peu plus d’action et cela aurait été très juste.
— presque dans le même ordre d’idées, je n’ai pas été surprise un instant par « la » révélation qui est très préparée, en fait. J’ai peut-être trop lu de thrillers et de policiers, c’est possible. Ou alors, il m’a manqué un petit quelque chose pour trouver le dénouement original.
Mais ce n’est pas très grave car pour moi, c’est un bon roman, bien construit, bien écrit, avec  500 pages qui se lisent avec délice ;  l’écriture de Sophie Griselle est un régal.
Il ne faut donc pas hésiter et prendre son souffle : vous en aurez besoin, c’est une plongée en apnée.

Résumé : À plus de onze mille mètres de fond, la fosse océanique des Mariannes, au large de l’océan Pacifique : l’endroit le plus profond sur Terre…
C’est là que Sam Luzarche, jeune océanologue, découvre une créature qui pourrait bien remettre en question tout ce qu’il croyait savoir sur la science, sur les fonds marins et, en définitive, sur lui-même.

Into the deep par Griselle

Sophie Griselle, Into the deep

Snag Fiction, avril 2022

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Premières lignes — 12 avril

Premières lignes
(avec le week-end des élections, et surtout sa digestion difficile, j’ai failli oublier le rendez-vous des premières lignes )

« Janvier 2011
C’est Marianne qui va ouvrir quand Connell sonne. Elle porte encore l’uniforme de l’école mais a retiré son pull, n’est donc plus qu’en chemisier et en jupe, et elle s’est déchaussée,  marche en collants.
Ah, salut, dit-il.
Entre.
Elle se retourne et repart dans le couloir. Il ferme la porte derrière lui et la suit. Après avoir descendu les quelques marches menant à la cuisine, ils tombent sur Lorraine, la mère de Connell, qui retire ses gants de caoutchouc. Marianne s’assoit d’un bond sur la paillasse et prend le pot  ouvert de pâte à tartiner, dans lequel elle a laissé une petite cuillère.
Marianne me disait que vous avez eu les résultats de vos examens blancs aujourd’hui, lança Lorraine.
On nous a seulement rendu l’anglais, répond-il. On nous les rend séparément. Tu es prête ? « 

Normal People par Rooney

Difficile de faire durer le suspense, surtout avec la diffusion  récente de la série sur Arte : j’ai donc lu « Normal people » de Sally Rooney.
J’ai tant aimé l’adaptation en série que j’ai eu envie de découvrir le roman. « Normal people » retranscrit les années d’adolescence puis de l’entrée dans l’âge adulte de Connell et Marianne, leur amitié, leur amour, leur attirance et tout ce qui gravite autour, cette période charnière parfois ni chair ni poisson où tout est possible et rien n’est certain.
Sally Rooney brosse le portrait de deux personnes que tout éloigne : Marianne et Connell ne viennent pas de la même classe sociale, ne semblent pas s’intéresser aux mêmes sujets, en apparence. Mais pourtant, leur relation tourne rapidement à l’attraction obsessionnelle, passionnelle que l’on voit évoluer tout au long du roman.
Hésitations, angoisses, doutes, on retrouve chez Marianne et Connell une histoire universelle dans laquelle on peut se reconnaître même si la leur est fixée au début des années 2010. Mais il n’est pas question que de romance :  regard des autres, pression sociale,, masculinité/ féminité, isolement, anxiété sociale, trouver sa place dans la société (être une « personne normale »).
Sally Rooney sait nous toucher avec ce récit tendu, une narration un peu déconcertante, au présent, avec de nombreux dialogues quasiment inclus dans le texte (déstabilisant en début de lecture mais
Un beau roman sensible.

Normal People
Un petit point par rapport à la série car même si l’adaptation est très fidèle, j’ai trouvé que le traitement des personnages était quelque peu différent ;  celui de Connell en particulier qui m’a paru beaucoup plus « sympathique » à l’écran que dans le roman (et je mets de côté le charme de Paul Mescal ). Il reste que la série est à voir.

 

Daisy Edgar-Jones (Marianne) et Paul Mescal (Connell). "Normal People".

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Le bonheur d’écrire – Elise Valmorbida

 « Résumé : Découvrez comment l’écriture créative peut embellir votre vie. Cet ouvrage, imaginé par une autrice primée et professeure d’écriture créative, vous propose 100 amorces, réflexions et exercices. Ils vous feront découvrir comment l’écriture créative – être expressif, explorer des idées, fabriquer des mots, façonner des histoires – peut aussi vous rendre heureux. »

Le bonheur d'écrire par Valmorbida

Avec ce livre, j’ai la chance de pouvoir parler d’un sujet agréable — non négligeable par les temps qui courent– et qui me tient à coeur : l’écriture.
Car Elise Valmorbida enseigne l’écriture créative (creative writing )et a rassemblé ici le fruit de ses 20 années d’expérience. Si l’écriture créative existe depuis longtemps dans le monde anglophone avec des cursus universitaires, elle est beaucoup plus récente pour nous en France et à l’université, elle ne fait qu’une percée timide pour le moment.

Dans ce livre, l’autrice ne propose pas des recettes-miracles, ni des leçons « comment écrire un roman en… », et heureusement. Elle offre des pistes de réflexion, ouvre des voies pour, en premier, libérer toute personne qui a envie d’écrire (et peu importe le genre d’écrits). Puis, elle continue avec des exercices plus ciblés (dont certains que je vais garder pour les utiliser). Entre-temps, elle encourage, donne des idées, des pistes de réflexion, des axes de pensée. C’est à la fois intéressant, pas naïf, ni compliqué mais toujours bien fait. On peut y piocher comme on veut, au fil des pages, dans les chapitres (100 en tout) ce que l’on souhaite ou tout lire à la suite. Je me suis laissée prendre au jeu et, vraiment, je vais retenir et noter plusieurs phrases/exercices quand je suis dans le doute ou quand je galère.

 

 

 

Exercice tout simple pour les dialogues : les lire à haute voix (ça fonctionne)

 

 

Bref, une lecture pour toutes les personnes qui écrivent ou qui veulent écrire (et pas seulement des romans).

« si vous voulez être écrivain, alors écrivez » 

Merci à Babelio Masse Critique et aux éditions Pyramyd 

Premières lignes – 8 février

Premières lignes 

« Un corbeau est posé sur la grande croix à l’entrée du cimetière. Aucun de ceux que j’aime ne repose dans ce cimetière. Aanaa n’y repose pas. Pourtant, je sens que j’ai perdu quelqu’un ici. Cela réveille de durs souvenirs des nuits de printemps, où j’étais assise là, dans l’angoisse du soleil de minuit à venir. Cela réveille des souvenirs de la nuit d’été rose, il y a un an, où, assise sur une hauteur surplombant Sermitsiaq et toutes les croix des morts, je pensais à la vie. « 

Itinéraire d’une jeune femme qui n’est à sa place nulle part ; et partout, le malaise demeure. C’est un peu en quelques mots ce que développe très habilement Niviaq Korneliussen dans La vallée des fleurs, un deuxième roman sensible qui prend aux tripes, au coeur, aussi.
On suit une jeune narratrice qui part de son foyer dans lequel elle ne sent pas à l’aise. Elle souffre encore du décès de sa grand-mère (aanaa) et vient de tomber amoureuse de Maliina. Son départ vers les études supérieures et ses débuts dans l’ailleurs (hors du Groenland), occupent la première partie (Eux). Très vite, elle comprend qu’elle n’est pas à sa place chez les Danois : choc culturel, malaise, incompréhension… Et puis, son amoureuse lui manque.
Elle apprend que la cousine de Maliina vient de se suicider. Dès lors, on comprend le lien entre les titres des chapitres qui sont autant de descriptions ou rapports de suicides et l’intrigue elle-même. La narratrice repart au Groënland, rate ses examens, retrouve son amoureuse et fait la connaissance de la famille de celle-ci qui l’accueille comme une fille. Cette fois, le récit oscille entre passé (la découverte de l’homosexualité de la narratrice, l’histoire de sa grand-mère et autres faits) et présent (la relation avec Maliina, les recherches sur les suicides). C’est la seconde partie : Toi.
Puis vient le retour  à la case départ : Groenland, dérapage, le malaise envahit tout. La narratrice a le mal de pays, le mal d’elle-même, le mal d’amour, le mal de tout. Elle rompt avec celle qu’elle aime, elle n’a plus d’attaches, plus rien qui la retient à son pays. Elle tente de partir, n’y parvient pas. Dans cette dernière partie, la plus maîtrisée, la plus émouvante, Korneliussen donne le meilleur d’elle-même et termine le roman de façon magistrale.

 « Il ne savait pas que c’était contre la lumière, et non contre l’obscurité qu’il fallait me protéger. « 

« Il y a des gens qui ne sont pas adaptés à la vie, je poursuis, tout comme il y a des personnes qui ne sont pas capables de jouir de la vie qu’après avoir été tout près de la mort, par exemple s’ils ont été renversés par une voiture. »

Je ne m’attendais pas à être happée par un roman aussi fort qui, malgré tout, comporte quelques petits passages un peu brouillons (personnages secondaires un peu inutiles, flashbacks plus ou moins bien faits). Mais ce sont des détails.
Autrice à suivre.
A noter que Niviaq Korneliussen a écrit ce roman en danois, cette fois et non en groenlandais, comme elle l’avait fait pour Homosapienne (que je n’ai toujours pas lu).

 

La Vallée des fleurs par Korneliussen

Merci à Babelio masse critique – et aux éditions la Peuplade 

Résumé : Elle vit à Nuuk, la capitale du Groenland. Elle est inuite, jeune, moderne et pleine d’humour. Elle est amoureuse de sa copine. Elle a été acceptée à l’Université d’Aarhus au Danemark et va enfin sortir du nid familial. Mais l’arrivée sur le continent réveille en elle une souffrance muette, une fêlure qui tue lentement le goût de vivre. Un événement tragique dans sa belle-famille la rappelle opportunément dans l’est du Groenland, au pied de la Vallée des Fleurs où, contre toute attente, la beauté des montagnes déclenche chez elle le début d’une rupture radicale. Elle, qui enfant avait sauté d’une fenêtre pour s’envoler, va chercher à retrouver à tout prix sa liberté perdue.

Après le succès international de Homo sapienne, Niviaq Korneliussen revient avec un chef-d’œuvre d’hypersensibilité et d’audace dans lequel elle aborde de front le difficile sujet des épidémies de suicide qui touchent son pays natal.

La vallée des fleurs de Niviaq Korneliussen
Traduit du danois par Inès Jorgensen
Éditions La Peuplade
384 pages, janvier 2022

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Premières lignes — 1er février

Premières lignes 

 »  » Au sud de la Cornouaille, au nord de l’Ibérie, de l’autre côté du Golfe d’Aquitaine, se trouvaient les Isles Anciennes qui s’étendaient du Croc de Gwyg, arête de roche noire battue par les déferlantes de l’Atlantique, à Hybras, le Hy-Brasill des premiers chroniqueurs irlandais : unr île aussi grande que l’Irlande elle-même.
Hybras comptait trois villes éminentes : Avallon, Lyonesse et l’antique Ys, elles-mêmes entourées de nombreux bourgs fortifiés, de vieux villages gris, de châteaux aux maintes tours et de manoirs ceints de charmants jardins. « 

Madouc, d’après le prénom de la princesse changelin, vient clôturer le cycle de Lyonesse, entamé avec Le jardin de Suldrun suivi de  La perle verte. 
Une fois de plus, Jack Vance nous entraîne dans un récit haut en couleurs dans ce troisième tome. La jeune Madouc, qui pourrait paraître une enfant quelque peu autoritaire et ….difficile, devient de plus en plus passionnante à suivre. Déjà, elle ne manque pas d’inventivité pour faire tourner en bourrique les personnes de la cour où on s’ennuie copieusement, surtout lorsqu’on est une fille puis une jeune femme. Madouc veut grimper dans les arbres, monter à cheval, se promener comme elle le souhaite. Mais la reine Sollace lui impose la compagnie de jeunes filles nobles ennuyeuses qui empêchent la princesse à demi fée de s’amuser comme elle le désire. Pire : ces jeunes donzelles se moquent de Madouc qui ne connaît pas son père. (quoi, une princesse bâtarde ?!). La jeune fille est vexée mais elle a de la ressource.
Très vite, Madouc va trouver des solutions… Et, entraînant dans son sillage le garçon d’écurie qu’elle se permet de faire Sire Pompom, elle part à la recherche de ses parents. Elle trouvera rapidement sa mère, la fée Twisk. Seulement, il y a un hic : Twisk ignore qui est le vrai père de Madouc. Elle a connu trois hommes dans des circonstances assez rocambolesques (l’imagination de Jack Vance ne connaît pas de bornes surtout quand il y même de l’érotisme). Madouc doit donc retrouver ces trois hommes et avec un sort, les capturer. Il s’en suit une série d’aventures toujours plus réjouissantes les unes que les autres.
Ce dernier tome est une réussite ; Madouc efface le triste souvenir de Sudrun, un personnage qui avait été quelque peu maltraité (et trop vite oublié). Madouc, elle, est une jeune femme qui garde une place centrale. Et c’est totalement bien fait. Cette fois, on peut oublier les points négatifs que j’avais notés au sujet des personnages féminins. Madouc est certainement le plus bel exemple d’un personnage fort. Glyneth était déjà intéressante ; il est dommage qu’elle n’apparaisse pas dans ce dernier tome.
On retrouve par contre les manigances des magiciens, les complots du roi Casmir pour se débarrasser d’Aillas (trop peu présent, je trouve) et le dénouement. Bien sûr, on saura enfin qui est le véritable père de Madouc et c’est savoureux.

C’est un final en beauté. Une des raisons qui donne envie de lire et de relire le cycle de Lyonesse. 

Merci encore au Livre de Poche imaginaire

Le Cycle de Lyonesse, tome 3 : Madouc par Vance

Résumé :  Les Isles Anciennes.
Une contrée magique et dangereuse, où sagesse et vertu devaient sans cesse en découdre face à la sorcellerie malfaisante des immortelles forces des ténèbres. La paix précaire qui s’y était établie menaçait de prendre fin, sous le poids toujours croissant des rivalités opposant l’infâme roi Casmir et Aillas, souverain de Troicinet. Et dans ces bruits de guerre et de souffrance, Madouc, la jeune et malicieuse princesse qu’on avait fait passer pour la fille de Suldrun, détenait à son insu le secret de l’ultime victoire.
Dernier acte de l’immense trilogie de Lyonesse, sommet d’inventivité et d’aventures, Madouc a été récompensé en 1990 par le World Fantasy Award du meilleur roman.

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