Premières lignes – 28 déc

Les dernières premières lignes de l’année :

« Dans la nuit du 22 septembre 1972, un vent mauvais arriva du Sahara et recouvrit Alger d’une poussière rouge qui se déposa sur les façades des immeubles, les toits des voitures, les feuilles des palmiers et les parasols des plages. « 

Pas de fantasy ni de Sf, mais un roman sorti pour la rentrée littéraire de cette année : Au vent mauvais de Kaouther Adimi  suit Leïla, Tarek et Saïd des années 1920 aux années 90. Tous les trois ont grandi dans un village de l’est de l’Algérie, El Zahra (qui signifie : fleur, à l’origine, mais aussi blanche, lumineuse). Tarek et Saïd viennent de familles très différentes mais sont frères de lait. Enfants, ils partagent tout avec Leïla. Mais étant une femme, on les épare et Leïla est mariée contre son gré. Tarek devient berger, il ne reçoit pas d’éducation. Saïd, lui, va poursuivre des études et devient écrivain. Leïla décide de se séparer de son époux, un homme qu’elle n’aime pas, et le quitte malgré la pression du village, son fils sous le bras.
Tarek part à la guerre, là-bas, en Europe. Quand il revient,  il a changé. Mais il aime toujours Leïla qui accepte de l’épouser.
L’Histoire est en chemin : l’indépendance, puis l’immigration en France pour Tarek, ensuite, l’Italie afin de faire vivre sa famille. Les trois vies se croisent, se racontent en parties distinctes, en points de vue distincts. (Tarek, Leïla, Saïd)

« Moi j’ai fais deux fois la guerre, deux fois je suis rentré chez moi mais je suis plein de poussière et je n’arrive pas à m’en débarrasser. Elle est entrée dans ma tête et dans mon cœur. C’est le vent mauvais qui l’apporte, cette fichue poussière qui jamais ne me lâche. »

Kaouther Adimi aborde des thèmes variés, excelle dans l’évolution de ses personnages (celui de Tarek, splendide). La guerre,  l’exil…
Le personnage de Saïd, un peu moins détaillé, nous permet d’apprécier l’importance de  la littérature.
Un beau roman, passionnant, passionné dont je retiendrai aussi le travail sur les personnages.

Au vent mauvais par Adimi

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La brume des secrets : une belle aventure artistique

Je prends un peu de temps aujourd’hui pour parler d’un projet auquel j’ai contribué pour la partie visuelle (et peut-être, dans les encouragements).

En effet, aujourd’hui sort le deuxième livre en auto édition d’une autrice qui est tout simplement ma mère. Pour ce qui est son premier vrai roman de fiction, elle a choisi le début du vingtième siècle, sur fond de brumes écossaises.
Il s’agit d’une romance historique avec un zeste de fantastique…

Je connais le projet depuis quelques années et les petites difficultés qu’il a pu rencontrer ; le manuscrit avait été accepté dans une petite maison d’édition sérieuse mais le Covid étant passé par là, il y a eu faillite et fermeture, hélas.
Finalement, l’idée de l’auto édition a fait son chemin et le voilà :

Pour la parution, j’ai fait des petites vidéos et autres reels pour les réseaux :

Sinon, le roman est disponible ici (en version papier) et dans les jours qui viennent en EBook.
C’est une belle aventure et je suis très fière d’y avoir un peu participé.

Premières lignes – 24 août

Premières lignes

 » Z’avez déjà assisté à un défilé du Klan ?
A Macon, ils ont pas autant de panache qu’à Atlanta. Mais les cinquante mille et quelques habitants de cette ville comptent assez de membres pour qu’ils arrivent à organiser leurs bouffonneries quand l’envie leur en prend.
Cette parade-là, elle tombe un mardi, le 4 juillet – c’est-à-dire aujourd’hui.
Y en a toute une grappe qui se pavanent sur Third Street, attifés de cagoules pointues et de robes blanches, et pas un pour se couvrir la figure. « 

Le sud des États-Unis,1922. Le succès du  film infâme « Naissance d’une nation » de D. W. Griffith (1915) a relancé le Ku Klux Klan qui ne cesse d’accueillir de nouveaux membres.  A Macon, en Géorgie, trois résistantes ont décidé de ne pas se laisser faire. Le groupe mené par Nana Jean, une vieille Gullah ( au passage : super intéressant de découvrir le créole des Gulla Geeches) se compose de Maryse, Sadie et Chef. Chef a combattu durant la Première guerre mondiale en Europe. Sadie, la plus jeune, est aussi la plus virulente. Quant à Maryse, la narratrice, elle est guidée par des esprits, les haints (ici, on parle de ces fameux haints du Vieux Sud) qui la guident dans ce monde et le leur. Elle possède aussi une épée magique.

Car « Ring shout » est surtout une novella de fanatsy fantastique, avec des éléments bien gore, d’ailleurs, puisque les trois personnages principaux se battent contre de véritables monstres, les Ku Kluxes, des créatures issues d’un monde parallèle pour envahir le nôtre. Les combats se précipitent, sanglants… L’horreur est bien réelle et se matérialise au travers des agissements de ces monstres qui se nourrissent de la haine (celle des Blancs envers les Noirs). Les créatures attisent donc cette haine afin de prospérer puis de posséder le monde entier, tous peuples confondus, toutes couleurs confondues.
Ce sera la mission de Maryse, devenue une Elue avec son arme magique, de les stopper.
La novella est courte et l’intrigue un peu fluctuante. Heureusement, l’immersion historique, grâce au parler, en particulier, se fait très bien. C’est ce que j’ai préféré dans la novella. La traduction est remarquable. On apprend aussi des éléments au sujet de la culture Gullah  (à rapprocher de la culture créole antillaise).
Par contre, je n’ai pas apprécié du tout les passages gore, trop nombreux et qui ne m’ont rien apporté. j’ai même fini par lire les paragraphes contenant des combats en diagonale tellement ils me mettaient mal à l’aise. J’aurais aimé lire une histoire mieux bouclée car le propos est vraiment intéressant.
J’avoue que je m’attendais à beaucoup mieux et qu’au final, je n’ai pas trouvé un grand intérêt à cette lecture. Ce que j’ai pu apprendre sur la culture Gullah m’a bien plu, mais je n’ai pas découvert quelque chose, étant déjà familière de la culture caribéenne. Au contraire, j’aurais aimé que tout cet aspect soit encore mieux développé et non pas noyé dans du sous-Lovecraft.

Ring shout par Clark

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Premières lignes — 16 août

Premières lignes

 » C’est par une froide matinée du début de l’hiver que les voiles du Sadalsuud pointèrent par-delà l’horizon. elles étaient rouges et blanches, frappées du croissant étoilé, le vent de sud-est les poussait droit vers la Cité.
Sur le port, hommes et femmes levèrent le nez de leur ouvrage l’espace d’un instant, puis s’y replongèrent dans une indifférence polie. Des collines du Massif descendirent des ordres enroulés dans deux tubes de fer scellés. « 

Il  y a des auteurs, comme ça, que tu remercies à chaque fois lorsque tu ouvres l’un de  leurs romans ; pour le monde qu’ils ont créé;  pour l’écriture,  ni trop alambiquée ni trop simpliste ;  pour les personnages cohérents et tous suffisamment bien déterminés (les principaux comme les secondaires) ;  pour l’intrigue, qui n’est jamais aussi simple qu’elle le paraît mais qui se déroule de façon limpide car tous les éléments s’imbriquent un à un ; et enfin, pour la narration qui est menée crescendo avec une montée en puissance quasi parfaite.
Et là, je crois que j’ai résumé les ingrédients de Trois lucioles, le deuxième tome de Capitale du Sud, la série de Guillaume Chamanadjian (voir ma chronique du premier tome). 

Si le premier volume a été un coup de coeur, celui-ci réussit le pari d’être encore meilleur car sans doute plus abouti (les événements se précipitent) et plus rythmé.
Nox (Nohamux) a mûri  et se retrouve désormais gérant de l’épicerie. Il est impliqué dans un réseau d’intrigues et de complots dont il va devoir se dépêtrer. La tension monte au sein de Gemina. La guerre civile menace.
Un magnifique second tome qui laisse présager le meilleur pour la suite…
En attendant, j’ai très hâte de savoir ce qui va se passer en parallèle dans la cité du Nord (Dehaven) . Décidément, les éditions Aux Forges de Vulcain  font très fort. Un grand moment de la fantasy française.
Capitale du sud, tome 2 : Trois lucioles par Chamanadjian

Résumé : Nox, l’ancien commis d’épicerie, est désormais seul maître à bord de l’échoppe Saint-Vivant. Il a pris ses distances avec la maison de la Caouane qui, enfant, l’avait recueilli. Mais, alors que l’hiver touche à sa fin, les problèmes refont surface. Tout ce que la Cité compte d’opposants au Duc Servaint s’est mis en tête que le Duc devait mourir, et que la main qui le frapperait serait celle de Nox. Mais consentira-t-il à tuer l’homme qui l’a élevé ? De sa décision dépendra le destin de Gemina.

 

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Premières lignes – 22 juin

Premières lignes 

 

Même si j’avais été déçue par le premier roman de Stuart Turton « Les sept morts d’Evenlyn Hardcastle » pourtant annoncé comme exceptionnel (mais longuet, poussif et pas très étonnant, comme dénouement ), je me doutais que certains éléments pouvaient conduire à une intrigue bien plus intéressante (tous ces secrets les uns dans les autres, par ex.). J’ai donc tenté « L’étrange traversée du Saardam »et cette fois, ce fut une lecture… d’enfer, c’est le cas de le dire !
Le roman se déroule dans un tout autre cadre que celui des « 7 morts… » : nous voilà au XVII ème, sur un navire quittant l’Indonésie (alors Indes orientales néerlandaises) pour rallier Amsterdam. A son bord, divers personnages dont Turton se plaît à retracer le parcours afin de mieux tisser sa toile.  Les uns et les autres semblent dissimuler des secrets mais lesquels ? De la femme du gouverneur à sa fille, de la maîtresse au prisonnier-enquêteur, du capitaine au simple marin, bref, la liste est un peu plus longue mais n’empêche pas de s’intéresser à chaque caractère. D’étranges phénomènes surviennent, inquiétants, puis, un cadavre est retrouvé dans la cale ! Serait-ce une malédiction ? un pacte avec l’obscur a-t’il été noué ? Qui saura trouver les bons indices au sein de la population en ébullition du navire ? Et s’il était déjà trop tard ?
La tension grandit, savamment orchestrée.
Tous les personnages se croisent, interagissent dans un huis-clos (et le navire est un bon prétexte pour cela) qui devient vite un enfer. Or, on sait bien que l’enfer, c’est les autres, (merci Jean-Paul). Et sans doute pas une intervention extérieure pseudo-maléfique.
Je n’en dis pas plus mais le roman oscille entre le fantastique et le thriller, avec une touche de  drame psychologique et de roman historique — et c’est passionnant.
Une réussite qui tient en haleine.

1634. Le Saardam quitte les Indes néerlandaises pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.
Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges évènements. Un symbole en lettres de sang apparaît sur la grande-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit, et bientôt on retrouve un cadavre dans une cabine fermée de l’intérieur. Le bateau serait-il hanté, ses occupants maudits ? Aucune explication rationnelle ne semble possible. Et l’enquête s’avère particulièrement délicate, entre les superstitions des uns et les secrets des autres.

L'étrange traversée du Saardam par Turton

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Premières lignes — 13 juin

Premières lignes 

« Tous nos rêves ne se manifestent pas avec la même force. Les plus marquants se révèlent souvent aux portes du jour, et bouleversent l’âme au point qu’il semble vital de les partager. Celui que fit l’enfant était de cette nature. Agréable, solaire, il le déposa aux marges du réveil en lui laissant une impression durable d’intense bonheur. Ses parents, à qui il se confia d’abord, en furent assez éblouis pour y voir un signe. Ce qui augmenta leur intérêt, c’était le visage éclairé de leur petit, son sourire habité par une joie inexprimable. Quelque chose d’extraordinaire venait de se passer. »

C’est un roman court, qui se déroule  dans le même univers  que Les nefs de la Pangée (que je n’ai pas encore lu – mais je vais réparer cette erreur) et édité sous le label Mu,  éditions Mnémos, que j’ai dévoré ces jours-ci. Avec délectation.
Car Je suis le rêve des autres est une pépite, servie par une écriture poétique et un récit intelligent et sensible.
Il s’agit d’un voyage, celui d’un enfant, Malou, et de son accompagnateur, le vieux Foladj. L’enfant quitte son village car il a fait un rêve qui pourrait faire de lui un réliant, c’est-à-dire un être choisi pour devenir un relais entre les frères humains et les esprits. Mais pour cela, il faut que Malou se rende loin de son domicile, à Benatia, auprès de sages. Le conseil choisit donc l’ancien guerrier, Foladj, qui a voyagé partout sur le continent et parle de nombreuses langues, pour l’y conduire.
De là, commence un long voyage de plusieurs mois où nous suivrons les étapes, les rencontres, l’apprentissage de Malou qui « grandit » au contact de son vieux protecteur — et vice-versa. Foladj n’est pas exactement celui qu’on croit et entame ici peut-être son dernier périple. Tous les deux ont beaucoup à apprendre, l’un de l’autre, et des autres. C’est une belle leçon de sagesse et d’ouverture d’esprit qui jamais n’ennuie ni ne lasse.
J’ai beaucoup aimé voyager avec ce duo dans cet univers que Christian Chavassieux sait rendre vivant d’une façon unique.
Une très belle découverte superbement illustrée en couverture.

Je suis le rêve des autres par Chavassieux

 

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Premières lignes — 12 avril

Premières lignes
(avec le week-end des élections, et surtout sa digestion difficile, j’ai failli oublier le rendez-vous des premières lignes )

« Janvier 2011
C’est Marianne qui va ouvrir quand Connell sonne. Elle porte encore l’uniforme de l’école mais a retiré son pull, n’est donc plus qu’en chemisier et en jupe, et elle s’est déchaussée,  marche en collants.
Ah, salut, dit-il.
Entre.
Elle se retourne et repart dans le couloir. Il ferme la porte derrière lui et la suit. Après avoir descendu les quelques marches menant à la cuisine, ils tombent sur Lorraine, la mère de Connell, qui retire ses gants de caoutchouc. Marianne s’assoit d’un bond sur la paillasse et prend le pot  ouvert de pâte à tartiner, dans lequel elle a laissé une petite cuillère.
Marianne me disait que vous avez eu les résultats de vos examens blancs aujourd’hui, lança Lorraine.
On nous a seulement rendu l’anglais, répond-il. On nous les rend séparément. Tu es prête ? « 

Normal People par Rooney

Difficile de faire durer le suspense, surtout avec la diffusion  récente de la série sur Arte : j’ai donc lu « Normal people » de Sally Rooney.
J’ai tant aimé l’adaptation en série que j’ai eu envie de découvrir le roman. « Normal people » retranscrit les années d’adolescence puis de l’entrée dans l’âge adulte de Connell et Marianne, leur amitié, leur amour, leur attirance et tout ce qui gravite autour, cette période charnière parfois ni chair ni poisson où tout est possible et rien n’est certain.
Sally Rooney brosse le portrait de deux personnes que tout éloigne : Marianne et Connell ne viennent pas de la même classe sociale, ne semblent pas s’intéresser aux mêmes sujets, en apparence. Mais pourtant, leur relation tourne rapidement à l’attraction obsessionnelle, passionnelle que l’on voit évoluer tout au long du roman.
Hésitations, angoisses, doutes, on retrouve chez Marianne et Connell une histoire universelle dans laquelle on peut se reconnaître même si la leur est fixée au début des années 2010. Mais il n’est pas question que de romance :  regard des autres, pression sociale,, masculinité/ féminité, isolement, anxiété sociale, trouver sa place dans la société (être une « personne normale »).
Sally Rooney sait nous toucher avec ce récit tendu, une narration un peu déconcertante, au présent, avec de nombreux dialogues quasiment inclus dans le texte (déstabilisant en début de lecture mais
Un beau roman sensible.

Normal People
Un petit point par rapport à la série car même si l’adaptation est très fidèle, j’ai trouvé que le traitement des personnages était quelque peu différent ;  celui de Connell en particulier qui m’a paru beaucoup plus « sympathique » à l’écran que dans le roman (et je mets de côté le charme de Paul Mescal ). Il reste que la série est à voir.

 

Daisy Edgar-Jones (Marianne) et Paul Mescal (Connell). "Normal People".

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Premières lignes – 8 février

Premières lignes 

« Un corbeau est posé sur la grande croix à l’entrée du cimetière. Aucun de ceux que j’aime ne repose dans ce cimetière. Aanaa n’y repose pas. Pourtant, je sens que j’ai perdu quelqu’un ici. Cela réveille de durs souvenirs des nuits de printemps, où j’étais assise là, dans l’angoisse du soleil de minuit à venir. Cela réveille des souvenirs de la nuit d’été rose, il y a un an, où, assise sur une hauteur surplombant Sermitsiaq et toutes les croix des morts, je pensais à la vie. « 

Itinéraire d’une jeune femme qui n’est à sa place nulle part ; et partout, le malaise demeure. C’est un peu en quelques mots ce que développe très habilement Niviaq Korneliussen dans La vallée des fleurs, un deuxième roman sensible qui prend aux tripes, au coeur, aussi.
On suit une jeune narratrice qui part de son foyer dans lequel elle ne sent pas à l’aise. Elle souffre encore du décès de sa grand-mère (aanaa) et vient de tomber amoureuse de Maliina. Son départ vers les études supérieures et ses débuts dans l’ailleurs (hors du Groenland), occupent la première partie (Eux). Très vite, elle comprend qu’elle n’est pas à sa place chez les Danois : choc culturel, malaise, incompréhension… Et puis, son amoureuse lui manque.
Elle apprend que la cousine de Maliina vient de se suicider. Dès lors, on comprend le lien entre les titres des chapitres qui sont autant de descriptions ou rapports de suicides et l’intrigue elle-même. La narratrice repart au Groënland, rate ses examens, retrouve son amoureuse et fait la connaissance de la famille de celle-ci qui l’accueille comme une fille. Cette fois, le récit oscille entre passé (la découverte de l’homosexualité de la narratrice, l’histoire de sa grand-mère et autres faits) et présent (la relation avec Maliina, les recherches sur les suicides). C’est la seconde partie : Toi.
Puis vient le retour  à la case départ : Groenland, dérapage, le malaise envahit tout. La narratrice a le mal de pays, le mal d’elle-même, le mal d’amour, le mal de tout. Elle rompt avec celle qu’elle aime, elle n’a plus d’attaches, plus rien qui la retient à son pays. Elle tente de partir, n’y parvient pas. Dans cette dernière partie, la plus maîtrisée, la plus émouvante, Korneliussen donne le meilleur d’elle-même et termine le roman de façon magistrale.

 « Il ne savait pas que c’était contre la lumière, et non contre l’obscurité qu’il fallait me protéger. « 

« Il y a des gens qui ne sont pas adaptés à la vie, je poursuis, tout comme il y a des personnes qui ne sont pas capables de jouir de la vie qu’après avoir été tout près de la mort, par exemple s’ils ont été renversés par une voiture. »

Je ne m’attendais pas à être happée par un roman aussi fort qui, malgré tout, comporte quelques petits passages un peu brouillons (personnages secondaires un peu inutiles, flashbacks plus ou moins bien faits). Mais ce sont des détails.
Autrice à suivre.
A noter que Niviaq Korneliussen a écrit ce roman en danois, cette fois et non en groenlandais, comme elle l’avait fait pour Homosapienne (que je n’ai toujours pas lu).

 

La Vallée des fleurs par Korneliussen

Merci à Babelio masse critique – et aux éditions la Peuplade 

Résumé : Elle vit à Nuuk, la capitale du Groenland. Elle est inuite, jeune, moderne et pleine d’humour. Elle est amoureuse de sa copine. Elle a été acceptée à l’Université d’Aarhus au Danemark et va enfin sortir du nid familial. Mais l’arrivée sur le continent réveille en elle une souffrance muette, une fêlure qui tue lentement le goût de vivre. Un événement tragique dans sa belle-famille la rappelle opportunément dans l’est du Groenland, au pied de la Vallée des Fleurs où, contre toute attente, la beauté des montagnes déclenche chez elle le début d’une rupture radicale. Elle, qui enfant avait sauté d’une fenêtre pour s’envoler, va chercher à retrouver à tout prix sa liberté perdue.

Après le succès international de Homo sapienne, Niviaq Korneliussen revient avec un chef-d’œuvre d’hypersensibilité et d’audace dans lequel elle aborde de front le difficile sujet des épidémies de suicide qui touchent son pays natal.

La vallée des fleurs de Niviaq Korneliussen
Traduit du danois par Inès Jorgensen
Éditions La Peuplade
384 pages, janvier 2022

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Premières lignes — 17 janvier

 » Le prince Tzsayn contemplait Rossarbe du haut des remparts du château.
La ville s’étendait dans la pénombre en une nappe de toits d’ardoise et de cheminées, bordée par les contours flous du mur d’enceinte sur lequel étaient postés quelques centaines de ses meilleurs soldats. Au-delà de la cité, au sud, la campagne était illuminée par les milliers de torches des forces brégantines.  » (suite)

Les Premières lignes de cette semaine sont celles d’une suite, le deuxième tome des Voleurs de fumée .

Si le premier tome prenait un peu son temps afin d’introduire les différents personnages — chaque chapitre, assez court,  donnant la parole à l’un d’entre eux — cette suite, intitulée Le monde des démons démarre très vite et ne faiblit pas un instant dans le rythme. Attaques, poursuites, amours, trahisons, amitiés, rencontres, voyages, trahisons à nouveau, les rebondissements sont nombreux et toujours judicieux. On en apprend également bien plus sur les fameux démons qui produisent la fumée (considérée comme un drogue, et pour cause…). Cette fois, on a un aperçu du monde dans lequel ils vivent et une idée de leur origine (ce qui confirme mon hypothèse, d’ailleurs, mais chut…).
Les personnages sont de plus en plus développés. Les interactions entre les uns et les autres n’en sont que meilleures.
Décidément, cela se confirme : Les voleurs de fumée de Sally Green est une très bonne série fantasy YA.
Le tome 3 vient de paraître en France… (A feu et à sang)

Les voleurs de fumée - Tome 2 - Le monde des démons

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Premières lignes – 1er novembre

Premières lignes (relecture )

 » Gaal Dornick, car tel était son nom, n’était qu’un jeune homme fraîchement débarqué de sa planète natale. Un provincial qui n’avait même jamais vu Trantor. Du moins, pas de ses propres yeux. Bien des fois, par contre, il av ait eu l’occasion de contempler la planète à l’hypervidéo. D’autres fois, un peu moins souvent, en regardant les actualités en tridi, fasciné par le formidable impact visuel de ces images, il avait assisté à un couronnement impérial ou à l’ouverture d’un concile galactique. Bien qu’il eût passé jusque_là toute son existence sur Synnax, une planète en orbite autour d’une étoile située aux confins de la Nébuleuse Bleue, Gaal Dornick  n’était pas totalement coupé du reste de la civilisation. Ce qu’il vous faut comprendre, c’est qu’à cette époque-là, dans la Galaxie, nulle planète ne l’était vraiment. « 

Fondation. Asimov  — 1951 (1957 en France)
Rien que ça.
En fait, le cycle de Fondation est loin d’être une découverte pour moi. Fan de SF depuis mon (très) jeune âge, j’avais l’habitude de le lire et de le relire, en alternance avec Dune (tous les tomes de Dune, pas que le 1er), ou dans un autre genre, Le Seigneur des Anneaux.
Mais cela faisait assez longtemps en fait que je ne m’étais pas plongée dans l’univers de la psychohistoire, cette science inventée par Hari Seldon, basée essentiellement sur les mathématiques (statistiques) tout en prenant en compte les grands courants sociologiques et historiques afin de prévoir l’avenir d’une société.
Grâce à la toute récente adaptation en série du cycle, j’ai eu envie de retrouver les livres, pas pour les comparer car j’ai bien compris que le show TV avait apporté de grandes libertés, assez intelligentes pour la plupart par ailleurs, mais plutôt pour retrouver l’univers d’Asimov.

Résumé : En ce début de treizième millénaire, l’Empire n’a jamais été aussi puissant, aussi étendu à travers toute la Galaxie. C’est dans sa capitale, Trantor, que l’éminent savant Hari Seldon invente la psychohistoire, une science nouvelle permettant de prédire l’avenir. Grâce à elle, Seldon prévoit l’effondrement de l’Empire d’ici cinq siècles, suivi d’une ère de ténèbres de trente mille ans. Réduire cette période à mille ans est peut-être possible, à condition de mener à terme son projet : la Fondation, chargée de rassembler toutes les connaissances humaines. Une entreprise visionnaire qui rencontre de nombreux et puissants détracteurs…

L’histoire, en elle-même, se découpe en 5 parties, 5 nouvelles qui constituent autant d’étapes dans la naissance de la fondation (par Hari Seldon et Gaal Dornick ) puis dans son évolution. On ne suit donc pas un personnage principal tout du long ; on va apprendre à connaître brièvement plusieurs personnages importants . En premier, celui qui a inventé la psychohistoire, Hari Seldon et son « successeur », Gaal Dornick sont rapidement abordés dans la première nouvelle. Un peu trop vite, d’ailleurs. Puis, très vite, les années passent, nous abandonnons la gigantesque planète Trantor, centre de l’Empire, pour nous concentrer sur les problèmes que vont devoir affronter les exilés, partisans de Seldon, sur la petite planète Terminus. A chaque nouvel épisode, une crise survient.
On ne sait pas de quoi il s’agit car les faits semblent insignifiants. Ce n’est pas le cas, au contraire : chaque détail compte. Et comme lors d’une partie d’échecs, tout se joue finement, sans violence. Les personnages forts (tous des hommes, les femmes étant totalement absentes de ce futur) sont des pacifistes rusés. Asimov sait trouver des clés, mettre en situation des personnages malins comme Salvor Hardin ou Hober Mallow, le marchand.
Les thèmes sont bien vus, particulièrement pour l’époque, les années 50. Il suffit de les transposer pour s’en rendre compte : la science devenue religion, utilisée comme un force, le pouvoir du commerce, la disparition des techniques et de l’effacement de la mémoire qui contribuent à un « effondrement »…
Rien n’est jamais anodin.
De plus, le texte se lit bien.
Bien sûr, en relisant, j’ai noté les mêmes bémols qui me chiffonnent à chaque fois — mais visiblement, ça ne m’empêche pas de trouver que Fondation est un grand classique.
Je l’ai dit plus haut : aucun personnage féminin à ce stade. C’est lié au contexte : le roman a été édité dans les années 50 mais tout de même, imaginer le futur aurait pu être l’occasion de réfléchir à une autre société. On n’y trouve pas non plus d’espèces extra-terrestres. Rien que des humains, et des mâles.
La psychohistoire me paraît aussi quand même un peu light, sociologiquement parlant, dans ce premier tome (même si je connais la suite, mais faisons comme si je n’avais jamais lu le cycle).
Quant aux personnages, j’ai toujours trouvé dommage qu’Asimov ne les ait pas développés davantage (Dornick, Hardin).
Bref, c’est un premier tome d’introduction, pas le meilleur du cycle à mon sens, mais qui donne envie d’en savoir plus. Car, heureusement, la suite va se bonifier.

La série apporte une autre vision, bien différente, mais assez intéressante dans les premiers épisodes.
C’est une autre approche, pas du tout calquée  sur les romans et certaines personnes diront que ce n’est pas fidèle.  Je la trouve maligne par bien  des aspects  comme  le traitement des personnages qui changent de genre (Hardin, Dornick),  le fait de s’intéresser à la chute de l’Empire, l’idée du clonage des empereurs. Les personnages sont également beaucoup plus développés, ce qui est un bien. Leurs histoires sont plutôt assez bien pensées comme celle de Gaal Dornick. Par contre, les connexions entre Salvor Hardin et Dornick deviennent vite obscures pour finir en méli-mélo. Les romances sont omniprésentes et très vite, cela pèse sur l’intrigue. Et surtout, au fil des épisodes, on s’embourbe dans des histoires qui ne ressemblent plus à rien. C’est dommage car la série partait très bien sans compter que,
visuellement, c’est aussi très beau.