La nuit du faune – Romain Lucazeau

 

Résumé : «  Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune, en quête de gloire et de savoir. Mais sous son apparence d’enfant, Astrée est en réalité une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables.

Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un mortel ennui, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie.

A la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du système solaire jusqu’au trou noir central de la Voie Lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables. »

 » La nuit du faune » est un roman court mais ô combien dense ; certaines personnes diront même exigeant, trop, peut-être. Mais est-il possible qu’une lecture en demande trop ?
J’ai même lu, assez étonnée, qu’on ne devrait pas le conseiller à tout le monde ou alors, en prenant des pincettes. Je ne partage pas vraiment cette opinion. Et je vais tout de suite  parler de cet aspect qui me semble important.
Au fil des pages, il est vrai qu’ on rencontre des notions de plus en plus complexes, particulièrement dans ce qui pourrait être considérée  comme la seconde partie du périple (au hasard, l’intrication quantique, par ex. ).  D’accord, il faut mettre en marche ses neurones.
Et donc ?
Ce n’est pas parce que tu n’as mené des études dans cette branche, parce que tu ne sens pas légitime, etc… que tu dois te sentir exlu.e. Car, au final,  la curiosité intellectuelle l’emporte, tu as envie de savoir (comme le faune du roman ou l’enfant d’éléphant de Kipling) ou du moins, d’en connaître plus. Pas tout, pas besoin non plus de devenir un expert.
Et puis, Internet est ton ami, si tu n’as pas la chance d’avoir quelqu’un près de toi pour t’expliquer simplement certaines notions (de physique ou de philo).
Enfin,  et surtout, Romain Lucazeau est un  bon vulgarisateur. Pour ma part, je n’ai pas ce genre de réticences et je n’ai pas décroché.

Non, ce qui m’a fait craindre de ne pas accrocher, dès le départ, a tenu au style de l’auteur, au rythme particulier, marqué par de nombreuses virgules qui cisaillent la phrase. Pas autant que peut le faire une Duras, par exemple,  qui sait manier les phrases courtes et utiliser les points à merveille. Non, simplement cette utilisation des virgules donne parfois l’impression de légères semi-pauses qui surprennent. Mais, une fois que je m’y suis faite, j’ai littéralement plongé dans le récit, appréciant aussi l’utilisation des (nombreux) adjectifs, quelquefois un peu surannés, de même que le vocabulaire utilisé par les personnages d’Astrée ou de Polémas.

A ce sujet, la référence au roman d’Honoré d’Urfé n’est pas là pour faire simplement joli. Il y a un de multiples clins d’oeil : dont les noms des personnages qui, cependant n’ont pas grand chose en commun avec les amours d’Astrée et de Céladon. Il est vrai que l’Astrée est moins connu de nos jours. Nous avons  en grande partie oublié les romans de la première moitié du XVIIe siècle pour leur préférer la seule Princesse de Clèves,  la nouvelle de Mme de La Fayette correspondant davantage à ce qui se publie depuis le siècle dernier, i.e des récits dont le nombre de péripéties est limité. L’Astrée, est un roman à tiroirs, peuplé de bergères et de nymphes, de chevaliers qui habitent  une contrée idyllique au Ve siècle de notre ère. Plus de deux cents personnages évoluent  dans ce roman pastoral.

« La nuit du faune » se concentre autour de trois personnages : Astrée (la dernière de son espèce, une « vieille-petite fille »), Polémas (le faune, représentant d’une toute jeune espèce de la Terre) puis Alexis.
Polémas  désire la connaissance. Car la connaissance mène au pouvoir, dit-il. Il a gagné le droit d’obtenir des réponses en parvenant jusqu’à  Astrée. Joueuse, la petite finitpar lui répondre  et accepte de l’emmener avec elle pour un très long voyage,  jusqu’au centre de la Voie Lactée, à la rencontre d’êtres qui peuplent la galaxie. Mais elle le prévient :  Polémas obtiendra des réponses qui ne seront guère  agréables à entendre (et on verra que ce sera le cas).
Mais avant de partir, Astrée lui montre le passé et l’avenir. Un éternel retour .

 » Il comprit, par cette seule expérience, qui ne constituait pas encore la leçon, une vérité sur le monde. Et ainsi, Astrée ne la lui transmit pas par le truchement de la parole, mais par  cette absorption qu’elle lui faisait subir, et à laquelle il ne résista pas. le savoir résidait dans le récit, et le récit représentait bien plus que la description, l’adéquate relation au réel : une croissance, un bourgeonnement, un développement organique, de la graine à l’arbre et au fruit. »

C’est ainsi qu’on pourrait résumer « La nuit du faune » : tout réside dans le récit. Car le récit est essentiel. Il est au centre de ce roman. Il est savoir, il est connaissance (donc science). Il est langage, donc poésie. Et c’est toute la force de ce livre, de se situer au-delà de la SF, hard ou pas, d’un conte philosophique ou d’être tout cela à la fois. C’est un voyage fabuleux, une Odyssée.  Un récit.

La Nuit du faune par Lucazeau

Et pour le reste, je renvoie à toutes les chroniques brillantes et référencées sur la blogosphère  (je ne les citerais pas toutes, de peur d’oublier quelqu’un).

Merci à Gilles Dumay et aux éditions Albin Michel Imaginaire pour le service de presse.

  • Titre : La Nuit du Faune
  • Auteur : Romain Lucazeau
  • Publication : 1 septembre 2021
  • Collection : Albin Michel Imaginaire
  • Nombre de pages : 256 pages
  • Format : papier et numérique

 

 

Premières lignes — 30 août

 » Materena aime bien les films d’amour.
Quand il y a un film d’amour à la télévision, Materena s’installe sur le canapé, croise les mains, et ne quitte pas l’écran des yeux. Elle ne balaye pas, elle ne repasse pas, elle ne se coupe pas les ongles des pieds, elle ne range pas ses linges. Elle ne fait rien d’autre : elle regarde son film.
Les films d’amour chavirent le coeur de Materena et il lui arrive même d’imaginer qu’elle est l’héroïne. « 

Contrairement à ce que laissent penser ces premières lignes , L’arbre à pain n’est pas une romance. Il y est question de sentiments, et même de mariage, puisque c’est le fil rouge qui relie tous les chapitres, envisagés comme des tranches de vie tout au long du roman. Mais ici, rien n’est sirupeux ou mièvre. Bien au contraire.
Et pourtant en nous plongeant dans le quotidien de Materena, de sa famille (et elle est vaste, comme on pourra le constater), Célestine Hitiura Vaite réussit à nous transporter au sein de la société tahitienne.
C’est un roman particulièrement chaleureux, émouvant, teinté parfois de nostalgie, d’un brin de tristesse mais toujours amusant que signe l’autrice polynésienne. L’arbre à pain est aussi le premier d’une trilogie avec Frangipanier et Tiaré, tous parus aux éditions Au Vent des Iles Pacifique puis en poche chez 10/18.
J’ai adoré de bout en bout ce roman, truffé de vocabulaire tahitien (il y a un lexique à la fin).

Un gros coup de coeur, donc.

Chroniques de Tahiti, tome 1 : L'arbre à pain par Hitiura Vaite

Résumé : Vivez le quotidien d’une famille tahitienne drôle, attachante et haute en couleurs.
Chronique d’une famille polynésienne des quartiers populaires de Tahiti, L’Arbre à pain nous plonge dans le quotidien de Materena, mère de trois enfants et femme de ménage professionnelle, au franc-parler  » local  » et aux rêves simples. Dans ce premier volet de la trilogie, la succession des récits, authentiques et tendrement drôles, est cousue de fil blanc… celui de la robe de mariée de Materena qui rêve d’une bague au doigt et d’un certificat de mariage encadré au mur. Son tane, Pito, en mâle primaire, entre bière et copains, ne veut rien entendre et résiste. Au risque de se voir réclamer à tout moment de rentrer chez sa mère… Un roman truculent, délicieux de vérité et d’émotion, qui décrit l’art de vivre au fenua et l’amour à la tahitienne dans un style vif et plein d’humour.

L’Arbre à Pain
(Chroniques de Tahiti – 1)
Célestine Hitiura Vaite
Henri Theureau (Traducteur)408 pages
Éditeur : 10-18 (20/05/2021)

 

 

Premières lignes – 23 août

Premières lignes d’un roman qui m’a totalement captivée :

 »

1

Commençons par la fin : je dégringole du pont du navire dans les ténèbres tempétueuses, le souffle coupé par l’effroi de la chute, ma caméra s’envolant sous la pluie…

2

Envolez-moi. Des mots griffonnés sur une vitre quand j’avais treize ans. je me suis reculée, laissant tomber le marqueur, et je me rappelle encore l’exubérance de cet instant, cette sensation dans ma poitrine, semblable à un reflet de lumière sur du verre brisé….

3

Suis-je remontée à la surface ? Le froid est paralysant, il n’y a rien d’autre que le froid… »

Emily St John Mandel a réalisé un formidable roman en le structurant de façon non linéaire et en multipliant les points de vue sans qu’à aucun moment on ne se sente perdu.e. L’hôtel de verre début donc par la fin puis va suivre pendant un temps la vie de Paul, étudiant souvent accro’ aux drogues, qui rejoint sa demi-soeur Vincent. Ensuite, l’autrice introduit Walter, gérant d’un somptueux hôtel de luxe perdu sur l’île de Vancouver. Peu à peu, nous faisons la connaissance de Leon, un cadre dans le transport maritime et de Jonathan Alkaitais, milliardaire (et propriétaire de l’hôtel) qui propose à Vincent, alors barmaid à l’hôtel, de partager sa vie. C’est à ce moment que tous les fils se relient et que le thème principal se met en place. Jonathan a en effet fait fortune de la même manière que Bernard Madoff , avec un système d’escroquerie de type pyramide de Ponzi . Il va entraîner dans sa chute les gens autour de lui (dont les personnages que nous avons déjà rencontrés) et des milliers de gens. Quant à lui, nous allons continuer à le suivre en prison. A cet instant, l’autrice joue avec l’imaginaire de Jonathan et les réalités alternatives, les « contrevies », dans lesquelles tous les personnages auraient pu mener d’autres vies….

C’est toujours habile, très bien écrit, jamais fouillis. On est scotché de la première page à la dernière. Emily St John Mandel boucle la narration avec une maîtrise impressionnante. J’ai envie de dire qu’on referme le livre avec regret.

J’avais déjà beaucoup apprécié Station eleven (lu il y a juste 1 an ) qui relate l’histoire d’une pandémie mais celui-ci, très différent, me semble un roman encore mieux maîtrisé.

Je recommande fortement cette autrice, un vrai coup de coeur.

Emily St. John Mandel, trad. Gérard de Chergé – L’hôtel de verre – Payot-Rivages – 9782743651657 – 22 €

Premières lignes – 9 août

Premières lignes

 » June Bourdoncle avait décidé que les barrières de sécurité ne la concernaient pas. de toute façon, il n’y avait personne pour la voir fouiller dans les décombres.
De l’Ecole des Allumettes Hurluberlu, il ne restait plus une pierre debout. Même la fontaine du Dragon au fond de la cour avait été détruite, ce qui était follement triste parce que c’était un vrai dragon, ainsi qu’elle avait pu le constater. « 

Cette suite de Magic Charly, je l’attendais avec impatience. Le premier tome met en place un univers magique habile et malin, bourré d’humour à la Pratchett et de tendresse, avec quelques petites références à Harry Potter bien placées.
Ici, on retrouve notre duo de choc, Charly et Sapotille, dans un beau pétrin (et ça ne va pas s’arranger…). Mais aussi : June et une flopée de personnages secondaires tous aussi bien caractérisés les uns que les autres. Côté nouveautés, c’est un vrai bonheur : licornes snobs, poulpiquets, petits poissards, duels d’épouvantails, courses de citrolles à la Mario Kart…
On en apprend un plus au sujet de certains personnages comme Maître Lin (et comme c’est bien vu et bien dit !), ou sur le background d’autres (la famille de Sapotille, quel twist…).

Le deuxième tome est donc aussi bien fait si ce n’est plus que le premier. Ici, Audrey Alwett en conteuse chevronnée boucle un peu plus de 500 pages au cours desquelles elle réussit à aborder des sujets sérieux ( harcèlement, pauvreté, injustice sociale, société inégalitaire, mais aussi sexisme, racisme, grossophobie, et d’autres encore) avec finesse sans jamais enfoncer le clou. C’est pour cette raison que le roman peut s’adresser, à la façon des Harry Potter,à un public plus jeune aussi bien qu’à des adultes, chacun/e y trouvera ce qu’il/elle veut.

J’ai vraiment savouré chaque page de ce deuxième tome et j’ai retardé le moment de le refermer.
Les dialogues sont succulents ; tout est bien trouvé…. Si, en plus, on me dit que Guérande est une cité à demie magicière, alors je ne peux qu’approuver ; je l’avais déjà remarqué… 😉

Un gros coup de coeur pour ce tome 2 après avoir eu un premier coup de coeur pour le premier, est-ce possible ? L’une des meilleures séries fantasy jeunesse françaises actuelles.

Résumé : Saint-Fouettard ! C’est dans cette sinistre institution pour jeunes magiciers indisciplinés que sont envoyés Charly et Sapotille. Alors que des forces malfaisantes œuvrent pour prendre le contrôle de la magie, les deux amis sont plus que jamais déterminés à agir. Mais comment lutter quand on n’a aucun sortilège sous la main ?

Et un de plus dans le Challenge de l’Imaginaire


Premières lignes – 2 août

Premières lignes pour ce début août

 » Beth apprit la mort de sa mère de la bouche d’une femme qui tenait un bloc-notes. Le lendemain, son portrait parut dans le Herald-Leader. La photo, prise sur la terrasse de la maison grise de Mapplewood Drive, montrait Beth vêtue d’une robe de coton toute simple. A l’époque déjà, elle était tout à fait quelconque. « 

De même que pour « Mon amie Adèle », j’ai commencé par regarder la série — qui est à la hauteur de sa réputation et qui vaut vraiment le visionnage — et j’ai trouvé le roman récemment à la bibliothèque.

Pour rappel, « Le jeu de la dame » (The Queen’s gambit ») est sorti en 1983. La première traduction française date de 1990. Avec le succès de la série TV, les éditions Gallmeisteir proposent donc cette année une nouvelle traduction avec une très belle couverture, comme toujours chez cet éditeur (heureusement, mon exemplaire n’avait pas le bandeau « série trucmuche… »).
On découvre donc dès le début la petite Elisabeth, dite Beth, Harmon, qui devient orpheline. Placée dans une institution, elle reçoit sa dose de calmants par jour : l’intrigue se situe dans les années 1950, et pour que les enfants placés à l’orphelinat restent calmes, on leur prescrit différents médicaments qui ne sont pas détaillés dans le roman. Très vite, Beth, comme ses camarades développe une addiction à ce que le personnel et les enfants appellent « les vitamines ». A huit ans, elle tombe par hasard sur l’homme à tout faire qui joue à un jeu étrange et fascinant. Peu à peu, il lui permet d’apprendre… Et tout s’enchaîne. Beth apprend les échecs et se prend d’une passion pour le jeu. Jeune prodige, elle ne vit que pour cela. Sauf que… A un moment, les pilules magiques cessent.
Le roman suit Beth au fil de son enfance et surtout de son adolescence, de sa difficulté à se passer de béquilles comme les médicaments ou l’alcool, que ce soit pour jouer aux échecs ou simplement pour vivre. De partie d’échecs en tournois, de victoires en difficultés accrues, le livre de Walter Tevis est lui aussi terriblement addictif. Et il n’y a pas besoin de connaître les échecs pour suivre ce qui s’y passe, même si, à mon avis et pour connaître des joueurs, ça doit aider. Disons qu’en sachant à peu près le déplacement des pièces et le principe du jeu, ça passe amplement. Les gens qui jouent aux échecs ont noté plusieurs invraisemblances et quelques erreurs.
Par contre, les parties sont tellement bien décrites que tout se lit comme un thriller.

En comparant le livre à la série, il existe quelques petites différences ( le début de sa relation avec Jolene ; l’importance de Townes qui disparaît assez vite du paysage dans le roman ; la description de Benny ; quelques détails à la fin, par ex.) mais l’ensemble reste très fidèle. Je pense également que le côté addiction a été vraiment mis en avant dans la série alors que, même s’il est présent et réel, il n’est pas toujours décrit avec autant de netteté dans le livre.

Pour revenir au roman, malgré mon visionnage qui datait d’il y a quelques mois à peine, j’ai été complètement absorbée par ma lecture que j’ai bouclé en un week-end sans souci (quelques 400 pages). Cela ne m’arrive pas tous les jours, surtout en ce moment où j’ai tendance à prendre mon temps, ou même à traîner quand les livres me lassent…

De là à dire que ça se lit tout seul, c’est presque ça 😉

Résumé : Kentucky, 1957. Après la mort de sa mère, Beth Harmon, neuf ans, est placée dans un orphelinat où l’on donne aux enfants de mystérieuses ”vitamines” censées les apaiser. Elle y fait la connaissance d’un vieux gardien passionné d’échecs qui lui en apprend les règles. Beth commence alors à gagner, trop vite, trop facilement. Dans son lit, la nuit, la jeune fille rejoue les parties en regardant le plafond où les pièces se bousculent à un rythme effréné. Plus rien n’arrêtera l’enfant prodige pour conquérir le monde des échecs et devenir une championne. Mais, si Beth prédit sans faute les mouvements sur l’échiquier, son obsession et son addiction la feront trébucher plus d’une fois dans la vie réelle.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

• Au baz’art des mots
• Lady Butterfly & Co
• Le monde enchanté de mes lectures
• Cœur d’encre
• Les tribulations de Coco
• Vie quotidienne de Flaure
• Ladiescolocblog
• Selene raconte
• La Pomme qui rougit
• Aliehobbies
• Ma petite médiathèque
• Pousse de ginkgo
• À vos crimes
• Le parfum des mots
• Claire Stories 1, 2, 3
• Ju lit les mots
• Illie’z Corner
• Voyages de K
• Prête-moi ta plume
• Les lectures de Val
• Le petit monde d’Elo
• Les paravers de Millina
• Mon P’tit coin de lectures
• Critiques d’une lectrice assidue
• sir this and lady that
• Livres en miroir


Premières lignes – 26 juillet

Premières lignes

« Assise à l’intérieur d’un salon de thé londonien, deux élégantes regardent avec un léger dédain une silhouette plantée sous la pluie.  » C’est ce vieux minable avec son sifflet ! » dit l’une. un feutre cabossé rabattu sur les yeux, l’homme tente de se faire entendre : « J’suis un antéchrist! ».

Cet essai, je voulais le lire depuis longtemps. (et voilà Masse Critique et Babelio qui me permettent de le lire). Pourquoi ? parce que j’en avais entendu parler encore et encore. Pop culture, musique, histoire du XXème siècle, Sex Pistols etc…

C’est donc avec plaisir que j’ai ouvert « Lispstick traces – une histoire secrète du vingtième siècle » de Greil Marcus, un essai qui mêle des éléments historiques, sociologiques, culturels et du rock dans une tentative qui se veut originale.
Mais — car il y a un « mais » dans l’affaire » tenant surtout au sous-titre, la fameuse « histoire secrète du vingtième » — le résultat n’est pas réellement à la hauteur des ambitions de l’auteur.
Le livre démarre avec mouvement punk , la première vague originelle de 75/77 en Angleterre, et en particulier la figure de Johnny Rotten/John Lydon, leader des Sex Pistols. De fil en aiguille, l’auteur en vient à le relier de manière plus ou moins limpide, à des différents courants intellectuels européens ou comme le dadaïsme, la pensée de Karl Marx, les situationnistes, Guy Debord… Greil Marcus développe ensuite l’idée qu’il existe un rapport invisible entre ces différents mouvements qui partirait de certaines hérésies du Moyen Age telles que l’Anabaptisme de Jean de Leyde à Munster, une secte protestante.
En gros, c’est le fil conducteur qui est développé tout au long du livre. Pourquoi pas même si c’est, je dois dire, un peu tiré par les cheveux et surtout, très souvent, peu convaincant. A la limite, cela pourrait être intéressant, car l’auteur est très documenté : le livre est bourré de références (livres, anecdotes, etc…)…. malheureusement souvent obscures, et répétitives.
Ce qui concerne la musique (la pop, le punk), est assez connu (du moins, je n’ai pas appris grand chose, pour ma part, mais je connais assez bien le sujet). Par contre, tout est entremêlé de digressions philosophiques, vaguement sociologiques (de loin, de très loin), sans qu’une structure nette ne s’en dégage. En fait, il n’est pas si facile d’écrire un essai clair… Et à cet exercice, Greil Marcus est à côté de la plaque ; il se noie dans des paragraphes qui, parfois, n’ont pas de sens.
Bref, une jolie déception au bout du compte. Comment disait Malcolm McLaren au sujet des Sex Pistols, qu’il avait largement créés, déjà ? The great rock’n’r roll swindle ? Je ne pense pas que les Pistols étaient une grande escroquerie mais ce livre, « Lipstick Traces », par contre…. 😭

Résumé : Il y a une figure qui apparaît et réapparaît tout au long de ce livre. Ses instincts sont fondamentalement cruels ; sa manière est intransigeante. Il propage l’hystérie, mais il est immunisé contre elle. Il est au-delà de la tentation, parce que, malgré sa rhétorique utopiste, la satisfaction est le cadet de ses soucis. Il est d’une séduction indicible, semant derrière lui des camarades amers comme Hansel ses miettes de pain, seul chemin pour rentrer chez soi à travers un fourré d’excuses qu’il ne fera jamais. C’est un moraliste et un rationaliste, mais il se présente lui-même comme un sociopathe ; il abandonne derrière lui des documents non pas édifiants mais paradoxaux. Quelle que soit la violence de la marque qu’il laissera sur l’histoire, il est condamné à l’obscurité, qu’il cultive comme un signe de profondeur. Johnny Rotten/John Lydon en est une version ; Guy Debord une autre. Saint-Just était un ancêtre, mais dans mon histoire, Richard Huelsenbeck en est le prototype.»
Lispstick traces – Greil Marcus – Folio

Premières lignes – 19 juillet

Premières lignes d’un deuxième tome assez attendu (je vous invite à relire les Premières Lignes du tome.1 tant la construction est intéressante)

 » Fie mettait trop de temps à trancher la gorge de la fille. Ce n’était pas le geste en sou ; depuis qu’elle avait pris la tête de sa bande de Corbeaux, voilà trois semaines, Fie avait accordé la charité à plusieurs reprises. Tavin lui avait dit, la lune précédente, que malheureusement tuer devenait plus facile à la longue. Trop de vies s’étaient achevées au bout de sa lame pour qu’elle le nie.

Non, si ça coinçait à présent, c’était à cause de la pécheresse elle-même. « 

Merciful Crows, tome 2 : L'aigle impitoyable par Owen
L’Aigle Impitoyable T.2

Résumé :

L’alliance improbable de la cheffe d’un clan de parias et d’un prince rebelle contre une reine impitoyable !
Désormais chef des Crows, Fie espère que le Prince Jasimir tiendra sa promesse en protégeant sa caste. Mais le jour où une fumée noire envahit le ciel pour annoncer la mort du roi Surimir, elle comprend que le pire est à venir. Car la Reine Rhusana est prête à tout pour s’emparer du trône laissé vacant, y compris à semer la mort. De nouveau menacés, les Crows sont forcés de se cacher ou de fuir le pays pour lui échapper.

Fie, elle, est déterminée à l’empêcher de nuire. Mais pour contrecarrer ses plans, elle doit plonger au cœur des secrets anciens des Crows, des secrets qui pourraient sauver son peuple… ou mettre le monde à feu et à sang.

Ce deuxième et dernier tome, (il s’agit d’une duologie et c’est très bien ainsi), L’Aigle Impitoyable débute trois semaines après la fin des événements du premier tome de Merciful Crows. La bande des Corbeaux bénéficie à présent d’une protection de la part d’Aigles (menée par une femme forte, Lakima). On retrouve Fie, devenue cheffe. Elle accompagne Pa dans l’un des sanctuaires afin qu’il y trouve une place… Et là, peu à peu, la vérité sur la réelle nature de Fie se dévoile peu à peu. Car qui est-elle ? L’autrice nous a bien fait sentir dès le premier tome que cette jeune personne avait des capacités un peu spéciales. Avec ce deuxième tome, elle nous révèle lentement de nouveaux éléments sur les dieux morts de Sabor ainsi que la naissance des castes (Hiboux, Grues, Moineaux, Aigles, Mouettes, Cygnes, Corbeaux, et j’en oublie puisque le nombre total est de 12, un beau chiffre magique). C’est donc un deuxième tome encore plus détaillé, plus intéressant, que nous livre Margaret Owen.
Et ce n’est pas tout : tout au long des pages, on va de rebondissements en rebondissements. Le jeu politique est assez présent avec le renversement du roi (le père de Jasimir, le prince rencontré dans le premier tome) et le coup d’état de la « sorcière » Rhusanna.
Et puis, il y a l’histoire d’amour entre Fie et Tavin, bien mise à mal au milieu de toutes ces péripéties. Même si on peut se douter de certains retournements, c’est extrêmement efficace… (chut, je me tais).
Malgré certaines scènes assez dures, comme dans le premier volume, l’humour est toujours bien présent. Les personnages gagnent en épaisseur et en maturité à l’exemple de Fie.
Une fois encore, il n’y a guère que le jeune âge des personnages qui empêchent de classer cette série dans la fantasy adulte tant les thèmes ou les scènes sont peu classées « jeunesse » (j’ai presque envie de dire « tant mieux » car cela évite certaines niaiseries qu’on peut lire ici et là).
Un deuxième tome particulièrement réussi, donc.
Si j’avais bien aimé le premier, celui-ci m’a convaincue du talent de Margaret Owen. Merciful Crows, une série fantasy YA à découvrir que je conseille !

Fie – dessins de l’autrice sur son Tumblr
Rhusanna

Et bien sûr, il rejoint le Challenge de l’Imaginaire.

Premières lignes – 11 juillet

Premières lignes

 » Avant

Me pincer et me dire JE SUIS REVEILLE une fois par heure.
Regarder mes mains. Compter mes doigts.
Regarder l’horloge ( ou la montre ), ne plus la regarder, la regarder de nouveau.
Rester calme et concentré.
Penser à une porte ».

Ce sont des premières lignes très reconnaissables, surtout depuis l’adaptation en série sur Netflix de ce thriller psychologique à tendance fantastique. A ce sujet, la série vaut vraiment le visionnage : c’est un succès.

Mais je vais parler du roman de Sarah Pinborough dont le titre originel était Behind her eyes et non Mon amie Adèle (les deux titres sont aussi évocateurs).
Nous suivons tout au long de ce thriller deux points de vue : celui de Louise, une jeune trentenaire, secrétaire médicale à temps partiel qui jongle entre sa vie plus si cool et l’éducation de son fils depuis qu’elle est divorcée et celui d’Adèle, de quelques années plus jeune, une très jolie femme qui va s’avérer être l’épouse de l’un des psy du cabinet dans lequel travaille Louise.
Un jour, Louise bouscule Adèle. Elles se lient d’amitié. Rien de très bizarre ? Un peu. Louise a flirté dans un bar avec David, le nouveau psy qui vient de s’installer au cabinet, sans savoir qu’il allait être son prochain boss et bien sûr, sans savoir qu’il était marié. Elle a eu un coup de coeur et se sent mal depuis qu’elle l’a vu au travail (jusqu’à se planquer dans les WC pour ne pas avoir à lui parler !). Pourtant, elle apprécie de plus en plus la compagnie d’Adèle qui vient d’emménager et qui semble très seule.
Peu à peu, elle commence à trouver que la vie — et la vie de couple — de sa nouvelle amie est très étrange.
Mais, à côté de cela, voilà qu’elle entame une liaison avec David ; plus qu’une liaison, il semblerait que Louise et David soient en train de tomber amoureux !
En alternant les points de vue et en faisant des flashbacks dans l’histoire d’Adèle, l’écrivaine tisse une intrigue passionnante qui fait douter à tout moment ; qui ment ? qui espionne qui ? qui manipule qui ?
Mais Mon amie Adèle n’est pas qu’un thriller, c’est aussi un roman fantastique. Le surnaturel opère via les rêves et la problèmes de sommeil des personnages : Louise souffre de terreurs nocturnes et de cauchemars à répétition. Adèle lui fournit une clé pour s’en guérir. A partir de là, c’est plutôt bien fait même si c’est parfois un peu bancal mais ça passe quand même assez bien et on se laisse prendre au jeu (et je n’en dirais pas plus sur les scènes de rêves pour ne pas détruire le suspens).
Evidemment, la surprise avait presque complètement fonctionné quand j’avais regardé la série (très fidèle, presque chapitre par chapitre). En lisant le roman, je connaissais le dénouement. Mais je dois dire que c’est très bien amené par m’autrice (et c’est ce que je souhaitais découvrir).
Une lecture que je conseille. Le roman se lit très bien.
Et la série est aussi très agréable à regarder avec un bon suspense.

Mon amie Adèle par Pinborough

Résumé : LOUISE
Mère célibataire, elle est coincée dans un quotidien minuté. Un soir pourtant elle embrasse un homme dans un bar… sans savoir qu’il est son nouveau patron.

DAVID
Psychiatre renommé et dévoué à sa femme, il regrette ce baiser mais ne peut s’empêcher de tomber amoureux de son assistante.

ADÈLE
L’épouse de David semble n’avoir aucun défaut. Si ce n’est de vouloir à tout prix devenir l’amie de Louise… Fascinée par ce couple modèle, Louise se retrouve malgré elle piégée au coeur de leur mariage. Et peu à peu, elle commence à entrevoir des failles.

David est-il l’homme qu’il prétend être ?
Adèle, aussi vulnérable qu’elle y paraît ?
Et par quel secret inavouable sont-ils liés l’un à l’autre ?

Agence Lovecraft – T.1 — Jean-Luc Marcastel

Le roman dont je vais parler sortira début septembre mais il n’est jamais trop tôt pour préparer ses lectures de rentrée, surtout lorsqu’il s’agit d’aller faire une virée dans un univers lovecraftien en compagnie d’ados aux pouvoirs étranges poursuivis par des créatures monstrueuses…

Dans le premier tome de ce qui sera la trilogie de l’Agence Lovecraft, on suit Ryan, Marie et Sergueï, trois adolescents de différentes nationalités, qui ont à leurs trousses de mystérieux personnages qui visiblement ne leur veulent pas du bien ! Dès les premières lignes, nous sommes dans l’action : Ryan et son frère courent à perdre haleine dans les rues d’Innmousth. Si on est un peu familier des romans de Lovecraft, on frissonne déjà, en se demandant quelle horreur se cache derrière les secrets de cette ville. Avec Marie, le mystère s’épaissit : la jeune parisienne semble détenir un pouvoir très étrange et bien inquiétant. Quant à Sergueï, le jeune russe, il lutte pour s’échapper d’un lugubre laboratoire où des scientifiques ont voulu « étudier » sa soi-disant double personnalité. Les adolescents sont sauvés in extremis par un Terminator nouvelle version (« Viens si tu veux vivre », la référence est jolie) qui a les traits d’une jeune indienne…
Mais leurs ennuis sont loin d’être terminés. Le frère de Ryan ne peut les rejoindre. Il reste en arrière. Une fois hors de danger à bord d’un sous-marin très steampunk, le Nautilus V (et l’hommage à Jules Verne est là aussi bien placé) les jeunes gens découvrent que leurs sauveteurs constituent l’Agence Lovecraft, dirigé par le Dr. Sauvage.

De références à l’univers de Lovecraft ou à la pop culture, de scènes d’action en descriptions travaillées, porté par une écriture fine, le roman se lit presque d’une traite. Conseillé pour les plus de 13 ans, il est aussi très agréable pour les adultes, je confirme, surtout pour ceux et celles qui ont un jour lu Lovecraft et eut quelques (gros) frissons plus jeune. Cela a été le cas de l’auteur qui décrit comment lui est venue l’idée de ces romans. Et je dois dire que je me suis assez bien retrouvée dans cette description — sauf que je devais être un peu plus âgée quand j’ai abordé Cthulhu et Nyarlathotep (moi aussi, j’ai un faible pour le « Chaos Rampant »).

Un dernier point sur l’aspect purement livresque, cette fois, et non littéraire : l’objet est particulièrement beau. La couverture est soignée, ainsi que les dessins qui forment un magnifique décor. Les rabats sont illustrés et l’un deux contient un marque-page détachable ; les lettres ainsi que l’emblème de Cthulhu en rouge sont en relief.

Une idée de lecture fantastique que je recommande. Et j’ai assez hâte de lire les suivants.

Le roman sortira le 9 septembre 2021 chez Gulf Stream éditeur (mes voisins, puisqu’ils sont à Nantes 😉 ).
L’Agence Lovecraft. T. 1 – Le mal par le mal – Jean-Luc Marcastel

Résumé :

En des temps immémoriaux, d’effroyables formes de vie dominaient le monde. En sommeil lorsque l’espèce humaine est apparue sur Terre, elles n’attendent que l’alignement de certaines étoiles pour régner à nouveau…

Ryan, Marie et Sergueï ne se connaissent pas. Ils ont pourtant un point commun : ils sont dotés de pouvoirs effrayants convoités par de mystérieux individus. Pour leur échapper les trois adolescents acceptent l’aide d’une jeune fille qui travaille pour une obscure organisation : l’Agence Lovecraft. Dans la guerre secrète que ces membres se livrent contre un ennemi implacable et ses adorateurs, Ryan, Marie et Sergueï pourraient bien être les éléments décisifs qui feront pencher la balance… Mais de quel côté ?

Merci aux éditions Gulf Stream pour leur confiance.

Premières lignes – 27 juin

Comme aujourd’hui je ne parle pas d’un roman — et que la qualité littéraire n’est vraiment pas au rendez-vous — ces Premières lignes sont un peu différentes. J’ai choisi les premières lignes d’un chapitre, mieux adaptées, qui retranscrivent tout à fait le ton de l’essai :

« 26 mai 2020

Aurélien C. est arrêté à Limoges par la DGSI qui le soupçonne de vouloir commettre un attentat contre la communauté juive. Une information judiciaire est ouverte pour « entreprise individuelle terroriste ». La qualification est rare, elle est destinée aux « loups solitaires », les radicalisés qui agissent seuls.

Le contenu de ses réseaux sociaux et du matériel informatique saisi chez lui est sans surprise : littérature antisémite ou sur le grand remplacement, traduction française du manifeste de Brenton Tarrant (l’auteur des attentats de Christchurch en Nouvelle-Zélande), soleil nazi et textes guerriers… Tout le magma de la pensée ultra est là.

Mis en examen et incarcéré, le jeune homme, ancien militaire et Gilet jaune, n’est pas une pomme pourrie mais bien le fruit de notre époque. »
(pour rappel, il s’agit de ceci)

J’ai donc lu « La Poudrière », une enquête sur l’ultra-droite française, une nébuleuse plus extrême que l’extrême-droite du parti de Marine Le Pen et consorts, compliquée à déterminer car composée de multiples groupuscules et individus issus d’horizons divers, de milieux divers.

Les journalistes qui ont bouclé ce livre n’ont pas réussi à brosser un portrait unique et cela semble logique car les profils sont pluriels. Ils se tirent de la difficulté en établissant une chronologie, en allant interviewer des personnes diverses qui ont répondu et parlé de leurs opinons. On y retrouve autant des anciens Gilets Jaunes que des survivalistes, des complotistes, des négationnistes, autant d’individus isolés et retranchés dans les campagnes que des personnes organisées — par ex, appartenant à l’Action Française comme François Bel-Ker.

Lire le paquet de déclarations antisémites, islamophobes, racistes, homophobes, sexistes, haineuses que prônent ces personnes amène à un dégoût certain. La nausée, pour copier Sartre.
Mais j’ai réussi à terminer le livre car je voulais vraiment en savoir plus même si je connaissais les positions des Renaud Camus, Alain Soral, Dieudonné, Eric Zemmour, et autres Yvan Benedetti…

La haine, toujours, la haine. Et le rejet de l’autre qui ne serait pas un humain. Je dois dire que cela me dépasse…

Le livre est intéressant à lire, pas forcément anxiogène ; il est même souvent assez factuel. On apprend beaucoup d’éléments. Bien sûr, on n’a pas de réponses car il n’y en a pas.

Par contre, le style est déplorable : on cherche la ponctuation et il faut s’accrocher tout au long de phrases à rallonge. Cela mériterait d’être un peu mieux écrit, cela faciliterait la lecture.
Pour tous ceux et toutes celles qui ont envie d’en savoir plus sur cette mouvance.


Résumé : « On croyait la menace venue de l’ultra-droite disparue depuis les années 1980 mais avec la Manif pour tous, elle a repris du poil de la bête. Active parmi les gilets jaunes (on voit le Sanglier, une figure du mouvement, participer au saccage de l’Arc de Triomphe, ou Yvan Benedetti, négationniste fervent, faire le coup de poing contre des antifas), elle est multiforme et radicale. Opération d’Action Française à l’occasion du colloque de François Hollande à la Sorbonne (le thème : la crise de la démocratie) ; manifestation contre l’islamisme (bras tendus, les participants crient « Kebab mosquée, on en a assez ! ») ; survivalistes armés dans les Ardennes ; jeunes loups formés dans l’école de Marion Maréchal ou au centre de formation Iliade à Paris ; enfants perdus et aspirants militaires participant à des colonies d’été ; gros bras des clubs de boxe des « maisons de l’identité » ; attentats préparés contre les musulmans (empoisonnement de viande hallal)…
La DGSI a relevé avec inquiétude l’apparition d’une frange de militants identitaires inconnus des services de renseignement et certains y redoutent un affrontement armé entre ultra-droite et musulmans dans les années à venir… L’ultra-droite est revenue sur le devant de la scène, polymorphe et menaçante, obsédée par la fin de la République. Les idées des ultras se propagent et se démocratisent. De Renaud Camus jusqu’à Alain Soral (qui cartographie « les gauchistes » sur son site à succès Egalité & Réconciliation), de certains Youtubeurs célèbres à des maisons d’éditions « dissidentes » (Ring), des libraires engagés (La Nouvelle librairie dans le quartier latin) aux fermes à trolls : c’est à une plongée inquiétante que nous invitent ici les auteurs de Mimi.
Portraits, réseaux, histoire intellectuelle, généalogie du combat, modes d’influence et de communication, entrée dans la clandestinité : le feu couve. »

La poudrière par Décugis