Premières lignes — 25 mai

Premières lignes (je suis en retard, en retard )

 » J’ai  une histoire à vous raconter. L’idée me trotte dans la tête depuis un bon bout de temps, et cette fois, je me lance, mais je vous préviens, la route risque d’être cahoteuse. Je  me suis encore jamais attaqué à pareil ouvrage, alors j’y vais à l’aveuglette, sans carte, comme qui dirait, et je sais pas trop , dans ce qui l’est arrivé , ce qui vaut de figurer dans mon récit. « 

M.R Carey a déjà signé à  l’Atalante « Celle qui a tous les dons » (The last girl), que j’avais eu du mal à terminer, moyennement emballée par les zombies. Cette fois, il s’agit d’une  trilogie post-apo,  sans zombies, qui commence avec « Le livre de Koli« . Nous suivons donc le jeune Koli, qui vit dans l’un des villages d’une Angleterre située dans un futur dévasté par les guerres et le changement climatique. Narré à la 1ère personne, ce pseudo-journal intime va nous permettre d’entrer dans la vie de cette communauté de survivants pour qui les végétaux sont devenus des ennemis (la flore ayant luté, elle dévore les êtres humains). Les villageois sont donc retranchés derrière des palissades, se plaçant également sous la protection de Remparts spécifiques,  i.e plusieurs personnes  occupant un rôle et utilisant un « tech » bien précis afin de défendre le village  (Rempart Feu, Rempart Flèche, Rempart Mémoire ou encore Rempart Couteau). Mais il semblerait que ces rôles de prestige (la classe sociale dominante, en fait) qui sont répartis lorsque les jeunes gens entrent dans l’âge adulte, sont toujours dévolus à la même famille… Etrange…
Koli arrive à l’âge où la cérémonie de passage va déterminer sa vie future. Lui aussi aimerait devenir un Rempart -et, si possible, être aimé et se marier avec celle dont il vient de tomber amoureux. Sauf que… cette caste lui est refusé. Il va apprendre bien des secrets sur cette famille. Des secrets qui vont lui attirer de gros ennuis. Et le début de son émancipation.

Nous suivons avec intérêt l’évolution de Koli, en immersion totale et découvrons avec lui ce qui se passe au-delà de la palissade.
J’ai été totalement embarquée par ce premier tome, grâce à une traduction impeccable de Patrick Couton, par une narration parfaite, des rebondissements bien placés, une gestion du suspense et une mise en place de l’univers tout à fait excellente.
Un très bon premier tome. Je ne peux que le conseiller.

— le second m’attend, d’ailleurs —

Le Livre de Koli par Carey

 

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Premières lignes — 18 mai

 

Premières lignes 

« Ma langue est un chariot allant de mon coeur à ton esprit.
Elle me déplace entier pour t’apprendre ce que je suis,
comment je vois le monde, comment je le réfléchis.
Libre à toi d’entrer en résistance ou en communion.
Notre langue sera le reflet humble et honnête de notre relation »

 

Le langage est la clé du roman de Michael Roch, un roman choral, parfois exigeant, à l’esthétique cyberpunk , riche de mots qui m’a souvent émerveillée.
On suit plusieurs points de vue, ceux des membres d’une même famille, qui parlent chacun et chacune leur propre langage :  Pat,  révolutionnaire qui veut découvrir la terre des ancêtres, les deux soeurs traductrices,  Ézie qui tente d’élucider ces mystères autour des disparitions d’enfants,  et Lonia,  Joe et  Patson, fils de Pat. Pat s’exprime surtout en créole martiniquais mêlé de créole haïtien et de quelques mors de son crû — souvent du créole qu’il a détourné comme « bouden » pour ventre (alors que le mot existe en haïtien) « fondok » pour « le fond du fond » (en créole martiniquais, c’est  ce qui fonde, la base).  Donc pas complètement de l’invention. Joe utilise le verlan et Patson, comme il le dit : « Moi, je parle français, parce que je préfère. Du moins, je m’en fous quoi. Mon père, il parle kréyol quand il veut.  »
La langue est riche, foisonnante., se décrypte, et tant mieux, puisque tout est une question de traduction, d’identité, de multilinguisme. On comprend ici que le thème de l’identité et de la communication se trouvent au centre du roman.

Dans une ville (l’en-ville littéralement, Lanvil) une mégapole caribéenne, à la pointe de la technologie où les humains sont reliés au réseau et aux machines, la verticalité est de rigueur ; on ne vit pas de la même façon en haut« l’anwo »  qu’en bas « l’anba », ; là  vivent les riches, et là où tentent de vivre  les plus défavorisés (on peut penser à Rivers Solomon  « L’incivilité des fantômes« , par ex.).

Les dominés, les plus pauvres, essaient de résoudre cette inégalité en cherchant le Tout-Monde, comme le fait Pat. Le Tout-(Monde renvoie à la notion développée par Edouard Glissant (en 1997) : « J’appelle Tout-monde, notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la “vision” que nous en avons » (plus ici )

Je n’en dirais pas plus : il faut prendre le temps de découvrir Tè mawon, de se plonger dans la langue créole, de se laisser embarquer dans cet univers.

Tè Mawon est un roman très réussi   d’afro-futurisme caribéen qui pourrait se conclure par ceci : — kouté pou tann (écoutez pour entendre) tann pour konprann (entendre pour comprendre) konprann pou antann (comprendre pour l’entente)
antann pou vansé ansanm (l’entente pour avancer ensemble).

Note perso : ce fut un régal, pour ma part, mais je n’ai pas eu vraiment de mal. Lire des phrases en créole martiniquais (qui est quasi le même que le guadeloupéen à quelques expressions près) a simplement réactivé ce que j’ai pu oublier, vu que je ne le pratique plus. J’ai donc réussi à rêver en créole la nuit.

Tè mawon par Roch

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Premières lignes — 9 mai

Premières lignes

« Je suis le produit d’une expérience éducative.
Une expérience telle qu’il n’aurait pu en exister que dans ma ville et pour ma génération. Car c’est à peu près à l’époque de ma naissance que les choses se mirent à changer pour Dehaven. A force de s’étendre, chassant la population dans les Faubourgs, elle finit par déborder de ses propres fortifications. « 

J’ai déjà parlé du projet ambitieux édité aux Forges de Vulcain nommé La Tour de Garde : une trilogie consacrée à la capitale du sud, Gemina, et  signée Guillaume Chamanadjian ; une trilogie pour celle du nord, Dehaven, écrite par Claire Duvivier dont je viens de lire Un long voyage (que j’ai adoré).
Amalia est au centre de cette histoire, comme Nox l’était pour Le sang de la cité. Elle appartient aux riches familles de la ville, tout comme son ami Hirion, héritier de la famille de Wautier.
Mais la famille d’Amalia a des idées progressistes et met en place un programme d’éducation inédit pour Amalia et Hirion afin d’en faire des  » citadins de demain ». Certains événements  interviennent dans les familles et les deux enfants sont rejoints par la suite par Yonas,   destiné à prendre la suite de son père à la tête de l’écluse.
L’enseignement est basé sur les faits ; rien que du factuel, pas de contes, ni de légendes. Aucune fiction.
Cet aspect m’a semblé un peu tiré par les cheveux, d’ailleurs…
Et… comme par hasard, l’un des personnages pourtant formé à cette rigueur s’empresse de se pencher sur le surnaturel, partant à la recherche d’objets magiques. Hirion  découvre les objets et…. cela fonctionne.  Surtout  le miroir, qui permet d’apercevoir une autre ville, vite  surnommée Nevahed, la ville-miroir de Dehaven.
Bien sûr, on pense tout de suite à l’univers que Nox arpente dans le Sang de la Cité.
De là, les ennuis commencent. A Dehaven comme à Nevahed…

J’avoue que le début m’a paru un peu long ; la mise en place des personnages, le manque d’action … Non que cela soit désagréable, mais j’ai ressenti un tout petit peu d’ennui. Puis, les choses se précipitent, trouvent leur rythme en allant crescendo. Et quel final !
Donc, malgré quelques petites interrogations, j’ai vraiment hâte de connaître la suite…
Claire Duvivier a su une fois de plus le registre de langage exact pour distinguer les familles nobles comme celles d’Amalia et d’Hirion en employant le passé simple, Yonas ayant tendance à se montrer plus familier.

Une fois de plus, une très bonne surprise.

Capitale du Nord, tome 1 : Citadins de demain par Duvivier

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Premières lignes — 2 mai

 

Premières lignes , qui sont des premières cases, cette semaine :

A première vue, il s’agit : d’une BD  – qui se passe sur la Lune – avec des spationautes japonais. Jusque là, c’est bon. Mais si je rajoute qu’il se trame des choses étranges sur la face cachée, faisant intervenir une puissance extra-terrestre qui aime beaucoup s’en prendre à la Terre et au Japon en particulier (des fans d’anime, peut-être), qui a déjà attaqué notre planète bleue par le passé avec des engins nommés …au hasard golgoths (ou antéraks, de jolis noms provenant de la VF) depuis le fameux camp de la Lune noire… Alors, oui, j’ai lu Goldorak, l’ album édité par Kana, créé par  Xavier Dorison, Denis Bajram, Alexis Sentenac, Brice Cossu et Yoann Guillo.

Goldorak (BD) par Dorison

L’histoire se déroule chronologiquement après la fin de la série animée (on y trouve d’ailleurs un rappel de ce qui s’est passé, pour rafraîchir la mémoire).   Dans l’anime, Goldorak/Grendizer,  après la victoire finale contre les forces de Véga, Actarus, prince d’Euphor  et sa soeur Phénicia repartaient sur leur planète, Euphor, dans l’espoir d’y retrouver la vie et de tout reconstruire.

Les années ont donc passé. Véga est de retour. Et on retrouve avec plaisir les personnages principaux : Alcor, Vénusia puis le professeur Procyon. Mais alors que Véga attaque et que Goldorak devient nécessaire (le Japon a toujours besoin de Goldorak), la question se pose : où se trouve-t’il ? Et Actarus ?


Cinq auteurs sont réunis ici pour redonner vie à l’oeuvre de  Gō Nagai : Xavier Dorison (scénario), Denis Bajram (scénario et dessins), Brice Cossu (dessins, Alexis Sentenac (dessins également) et Yoann Guillo (couleurs).
Et que dire ? La nostalgie mise à part, c’est une belle réussite. Les dessins et les couleurs m’ont vraiment plu.

Les personnages ne se résument pas à du copier/coller. On les reconnaît pourtant au premier coup d’oeil. (Mizar a grandi, au fait).
Rigel, avec un coup de vieux, mais fidèle à lui-même. On en apprend aussi plus sur son passé.

Phénicia et Vénusia prennent encore plus de place (et tant mieux : Vénusia me semblait toujours un peu cruche). Alcor reste… Alcor. Le dessin  leur rend hommage.

Du côté Véga, ça ne change pas : les uniformes, les têtes …heu… pas très avenantes.

Dans l’anime, pour mémoire, ils ressemblaient à ceci :

Dans cette BD :

L’histoire de ceux de Véga est également fouillée et permet de développer des thèmes intéressants : celui des réfugiés, la relation bourreau/victime, la vengeance, la relation à l’autre…
Tout en gardant l’humour, l’émotion et l’action qui faisaient partie de la série originelle, cette  BD va plus loin, renversant les idées reçues. Et ça fait un bien fou.
Alors, oui, c’est aussi un petit retour en enfance, pour moi qui ai grandi avec les épisodes de Goldorak à la télé mais pas seulement. Au-delà de cette dimension, le lecture est tout à fait agréable, riche d’humanité avec des dessins, un découpage et des couleurs au top.
En bonus, à la fin de l’ouvrage, on trouve le processus de création scénario – story-board, recherche de personnages etc…

Bref, un album que je recommande vivement, qu’on ait suivi ou non l’anime, en fait puisque la BD se suffit à elle-même.

( vous n’allez pas me remercier si je joins l’opening français de 1978, je sais, ça reste dans la tête)

Résumé : La guerre entre les forces de Véga et Goldorak est un lointain souvenir. Actarus et sa soeur sont repartis sur Euphor tandis qu’Alcor et Vénusia tentent de mener une vie normale. Mais, des confins de l’espace, surgit le plus puissant des golgoths : l’Hydragon. Alors que le monstre de l’ultime Division Ruine écrase les armées terriennes, les exigences des derniers représentants de Véga sidèrent la planète : sous peine d’annihilation totale, tous les habitants du Japon ont sept jours pour quitter leur pays et laisser les envahisseurs coloniser l’archipel. Face à cet ultimatum, il ne reste qu’un dernier espoir… Goldorak.

Goldorak - Edition spéciale par Dorison
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Premières lignes — 25 avril

Premières lignes 

 » Le 21 septembre 1989, les habitants de l’île Blackney, au large d el’archipel des Mariannes, ont disparu sans laisser de traces. Cinq-cent-quarante-six hommes, femmes et enfants, volatilisés sans que l’on ne trouve aucun corps, ni aucun signe de violence. Les premiers à donner l’alerte furent les membres de la mission Sentinelles, dépêchés depuis plusieurs années par le CNRS afin d’établir le contact avec cette population isolée. A leur tête, les professeurs Henri Luzarche, ethnologue, Adma Redouté, botaniste, et Mareve Temauri, historienne spécialiste du peuplement des îles d’Océanie.
Blackney était une énigme, bien avant de devenir un mythe. »

Je dois dire que j’étais vraiment impatiente de découvrir Into the deep, deuxième roman de Sophie Griselle, publié chez Snag éditions et ceci pour plusieurs raisons :
j’ai découvert  Sophie sur la plateforme Wattpad, où j’avais décidé un beau jour de  mettre en ligne quelques unes de mes  (anciennes) fan fictions . Wattpad étant assez inégal, elle réserve parfois de bonnes surprises: la preuve. J’avais donc lu le tout début de Into the deep en ligne. Mais c’est surtout la qualité de l’écriture de Sophie, son exploration de l’âme humaine dans ses réinterprétations des personnages de l’univers de Harry Potter ou même de Star Wars (le très beau,  Irrépressible ). 

Into the deep  s’attache donc à nous entraîner dans une expédition scientifique, dans la fosse des Mariannes,  le point le plus profond de la croûte terrestre, dans le Pacifique. Toutes les informations fournies dans le roman sont rigoureuses et vérifiables ; comme je suis une grande curieuse, je me régalée à croiser ce qui relevait de la vérité et de la pure fiction… C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce livre : le travail de documentation effectué. Et ce qui est plus important encore, c’est que les renseignements, la partie scientifique n’empiète pas sur le côté merveilleux ou sur l’intrigue comme cela peut arriver. Un très bon point.
On oscille donc entre science, imaginaire, fantastique, sans jamais basculer vraiment dans la SF (je ne vois pas en quoi le terme SF se justifierait, en fait)
En fait, Into the deep explore tout autant les abysses que les tréfonds de l’âme humaine puisque nous suivons Sam, jeune chercheur, tourmenté par le suicide de sa mère (la scientifique Marève Temauri) alors qu’il était tout enfant. Il a toujours vécu dans l’ombre d’un père brillant, Henri Luzarche et aimerait faire ses preuves, voire surpasser ce parent encombrant (masculinité toxique  en vue avec les Luzarche père et fils). Sam dirige une nouvelle expédition dans la fosse des Mariannes. Il travaille avec la très compétente Ophélie, qui est aussi sa petite amie ; un personnage féminin qui cherche sa place et a tendance à s’effacer dans toute une partie du livre (mais cela ne durera pas). 
Un jour, Sam, toujours à la limite, presque en perdition, tombe nez à nez avec une créature. Et pour en revenir au fantastique, et  sans rien divulguer de l’intrigue, tout ce qui touche aux créatures n’appartient pas à la SF  puisque ce ne sont pas des aliens ou des E.T, mais des êtres légendaires, liés à des mythes. Sam va vouloir retrouver sa « sirène » à tout prix, même s’il doit plonger au fond de la fosse et y entraîner son équipe. On voit la détermination du jeune homme mais aussi l’absence de scrupules, et les pulsions autodestructrices… On  y assiste avec inquiétude.
Le roman suit le point de vue de Sam, ses doutes, ses tourments, ses interrogations, ses angoisses,…
Au passage plusieurs thèmes sont abordés, comme, par ex.,  l’éthique scientifique, la reconnaissance des droits des autres espèces (qui est sentient ? ou pas?), la reconnaissance des femmes dans le milieu scientifique (au travers d’Ophélie) et bien sûr, la nature de l’être humain. 
Je dois quand même nuancer mon avis avec deux petites remarques : (sinon, le roman serait parfait)
— le milieu (à peu près) du roman s’éternise sur des dialogues assez redondants qui n’apportent pas grand chose  à la psychologie des personnages. Et qui nuisent un peu à l’avancée de l’intrigue. Un tout petit peu moins de « je me sens coupable de… », « c’est de ta faute, père », un peu plus d’action et cela aurait été très juste.
— presque dans le même ordre d’idées, je n’ai pas été surprise un instant par « la » révélation qui est très préparée, en fait. J’ai peut-être trop lu de thrillers et de policiers, c’est possible. Ou alors, il m’a manqué un petit quelque chose pour trouver le dénouement original.
Mais ce n’est pas très grave car pour moi, c’est un bon roman, bien construit, bien écrit, avec  500 pages qui se lisent avec délice ;  l’écriture de Sophie Griselle est un régal.
Il ne faut donc pas hésiter et prendre son souffle : vous en aurez besoin, c’est une plongée en apnée.

Résumé : À plus de onze mille mètres de fond, la fosse océanique des Mariannes, au large de l’océan Pacifique : l’endroit le plus profond sur Terre…
C’est là que Sam Luzarche, jeune océanologue, découvre une créature qui pourrait bien remettre en question tout ce qu’il croyait savoir sur la science, sur les fonds marins et, en définitive, sur lui-même.

Into the deep par Griselle

Sophie Griselle, Into the deep

Snag Fiction, avril 2022

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Premières lignes — 21 avril

Premières lignes 

 » Gémétous, ma hiératique, c’est pour toi que j’allume cette lanterne, que je sors ces feuilles, que je trempe cette plume dans l’encre. A vrai dire, je me lance dans cette entreprise sans savoir si je pourrai la mener à bien : il y a fort longtemps que je n’ai pas couché des mots sur le papier et, même à l’époque où cette tâche m’était quotidienne, mes oeuvres se limitaient à des rapports et procès-verbaux. Mais après tout, tu veux la vérité sur Malvine Zélina de Félarasie, et je suis l’un des derniers en vie à l’avoir connue. Je vais donc faire la lumière sur elle. « 

Ecrit comme un témoignage, Un long voyage relate la vie de liesse, enfant né dans une île de l’Archipel, rejeté par les siens (notion de tabou), confié à un comptoir commercial de l’Empire et lié par un contrat ancestral (d’où son statut très particulier). De là, on suivra son éducation, son évolution, les gens qu’ils côtoient…

Intimiste, rythmé, brillamment écrit toujours humain, Un long voyage constitue une pépite que je n’ai pas pu lâcher.
Même l’emploi de la 1ère personne dont je ne raffole pas forcément est judicieux (car justifié) et totalement maîtrisé.
Nous découvrons le monde dans lequel évolue Liesse à travers ses yeux bien sûr,  ainsi que la « magie » et les mystères liés à son emploi. Peu à peu, la compréhension se fait, au fil des pages, des expériences de Liesse, de sa confrontation avec d’autres peuples, des événements violents et parfois, tragiques. Pourtant, le récit reste toujours juste et humain ; touchant et non spectaculaire ou agressif.
C’est une véritable réussite et je ne peux que conseiller de lire ce premier roman de Claire Duvivier, qui signe aussi Capitale du Nord – Citadins de demain, aux Forges de Vulcain  – un très bon roman dont je vais parler bientôt.
De la fantasy à lire de toute urgence.

Résumé : Issu d’une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d’être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l’Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques.
Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s’embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d’un Empire.

Un long voyage par Duvivier

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Premières lignes — 12 avril

Premières lignes
(avec le week-end des élections, et surtout sa digestion difficile, j’ai failli oublier le rendez-vous des premières lignes )

« Janvier 2011
C’est Marianne qui va ouvrir quand Connell sonne. Elle porte encore l’uniforme de l’école mais a retiré son pull, n’est donc plus qu’en chemisier et en jupe, et elle s’est déchaussée,  marche en collants.
Ah, salut, dit-il.
Entre.
Elle se retourne et repart dans le couloir. Il ferme la porte derrière lui et la suit. Après avoir descendu les quelques marches menant à la cuisine, ils tombent sur Lorraine, la mère de Connell, qui retire ses gants de caoutchouc. Marianne s’assoit d’un bond sur la paillasse et prend le pot  ouvert de pâte à tartiner, dans lequel elle a laissé une petite cuillère.
Marianne me disait que vous avez eu les résultats de vos examens blancs aujourd’hui, lança Lorraine.
On nous a seulement rendu l’anglais, répond-il. On nous les rend séparément. Tu es prête ? « 

Normal People par Rooney

Difficile de faire durer le suspense, surtout avec la diffusion  récente de la série sur Arte : j’ai donc lu « Normal people » de Sally Rooney.
J’ai tant aimé l’adaptation en série que j’ai eu envie de découvrir le roman. « Normal people » retranscrit les années d’adolescence puis de l’entrée dans l’âge adulte de Connell et Marianne, leur amitié, leur amour, leur attirance et tout ce qui gravite autour, cette période charnière parfois ni chair ni poisson où tout est possible et rien n’est certain.
Sally Rooney brosse le portrait de deux personnes que tout éloigne : Marianne et Connell ne viennent pas de la même classe sociale, ne semblent pas s’intéresser aux mêmes sujets, en apparence. Mais pourtant, leur relation tourne rapidement à l’attraction obsessionnelle, passionnelle que l’on voit évoluer tout au long du roman.
Hésitations, angoisses, doutes, on retrouve chez Marianne et Connell une histoire universelle dans laquelle on peut se reconnaître même si la leur est fixée au début des années 2010. Mais il n’est pas question que de romance :  regard des autres, pression sociale,, masculinité/ féminité, isolement, anxiété sociale, trouver sa place dans la société (être une « personne normale »).
Sally Rooney sait nous toucher avec ce récit tendu, une narration un peu déconcertante, au présent, avec de nombreux dialogues quasiment inclus dans le texte (déstabilisant en début de lecture mais
Un beau roman sensible.

Normal People
Un petit point par rapport à la série car même si l’adaptation est très fidèle, j’ai trouvé que le traitement des personnages était quelque peu différent ;  celui de Connell en particulier qui m’a paru beaucoup plus « sympathique » à l’écran que dans le roman (et je mets de côté le charme de Paul Mescal ). Il reste que la série est à voir.

 

Daisy Edgar-Jones (Marianne) et Paul Mescal (Connell). "Normal People".

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Premières lignes — 4 avril

Premières lignes 

 » On situe cette histoire au début du Vème siècle après la Grand-Fracture. La date exacte des événements sera laissée à la libre imagination du lecteur, qui devra souvent faire appel à sa fantaisie s’il suit ce récit. S’il ne goûte guère l’absurde, l’impossible, l’irrationnel, l’illogisme et le fantasque, alors il lui faut abandonner ici la lecture.
Pour celui qui décide de continuer, entrons dans l’histoire sur la pointe des pieds, en ouvrant juste un peu la porte, comme l’on entre dans le boudoir d’une jeune fiancée en pleins préparatifs.
Cette fiancée s’appelle Enhilde de Fronlieu. »

 

Si le prologue n’est pas vraiment engageant, l’histoire de   Steam Sailors tome 1 : L’Héliotrope ,  saga chez Gulf Stream, l’est beaucoup plus et apporte son lot de péripéties, malgré une mise en place un peu longue. Roman de fantasy steampunk,  ce premier tome se concentre autour de l’Héliotrope, un mélange de navire et de dirigeable,  personnage à part entière dont la carte est fournie en début de volume. Son équipage  ? des pirates. Assez sanguinaires mais que l’on va apprendre à découvrir au fil de la lecture.
L’héroïne est une très jeune femme,  Prudence, arrachée au Bas-Monde (l’univers est scindée en Bas-Monde, pas très sympa depuis la disparition des Alchimistes et le Haut-Monde mystérieux, dans le ciel). Enlevée par erreur par les pirates, elle va leur être utile et   s’adaptée très (trop ?) rapidement à sa nouvelle vie.
Un schéma assez classique : les pirates ne sont pas les « vilains » de l’histoire et Prudence se joint à eux pour les aider dans leur quête (car quête, il y a ).
Le roman est bien rythmé une fois les premiers chapitres passés et on a envie de savoir ce que les pirates et Prudence vont découvrir.
Malgré tout, il reste plusieurs petits défauts qui peuvent décourager. Je pense à  de nombreuses coquilles ( tout un paragraphe  se retrouve copié-collé à deux endroits différents). un peu dommage quand l’objet-livre reste absolument magnifique comme souvent chez GulfStream. 
Au-delà de cela, plusieurs transpositions du milieu aérien au milieu aquatique me semblent assez étranges et ne fonctionnent pas réellement. On se demande si les pirates se trouvent bien à bord d’un dirigeable ou d’un navire, dans l’eau ou dans l’air. Bref,  cela manque de précision.
Un dernier point tient au fait de décrire et détailler énormément, en particulier ce que les personnages ont en tête ; un procédé qui ralentit beaucoup l’intrigue et qui casse le rythme. Encore trop de « tell » et pas assez de « show ». C’est donc souvent un peu maladroit. J’espère que ces points s’améliorent dans les tomes suivants car, malgré ce que je viens de noter, j’ai bien aimé cette lecture et je vous invite à découvrir l’Héliotrope.

E. S. Green

384 pages
GULF STREAM EDITEUR (26/03/2020)

Steam Sailors, tome 1 : L'héliotrope par Green

 

Résumé : Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de l’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et des pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde, qui permettait de retrouver la cité des Alchimistes…

 

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Premières lignes — 27 mars

Premières lignes

« Assis au bord de son lit, l’autre monstre fixait du regard le sol de sa cellule d’un blanc immaculé, les mains jointes entre ses genoux, une attitude qui aurait pu suggérer un certain désespoir. toutefois, chez ce prisonnier qui ne montrait ni peur, ni sentiment de culpabilité, ni doute, cela ne traduisait qu’une indifférence choquante, un ennui profond et sincère. Mais pas d’accablement non plus ; en fait, il semblait accueillir son incarcération comme une pause bienvenue dans l’exercice de plus lourdes responsabilités.  » (Démons invisibles)

Voilà déjà un moment que j’ai terminé « Emissaire des morts« , un beau pavé de 700 pages d’Adam Troy-Castro qui a l’originalité de regrouper les cinq premières aventures d’Andrea Cort  (nouvelles/novella et court roman)parues entre 2002 et 2016 en VO.  Andrea Cort est un personnage particulier : avocate, elle appartient au Corps diplomatique. Car, lorsqu’elle avait huit ans, elle a assisté et même participé à un massacre, suite à un dérèglement qui s’est produit sur la planète qu’elle habitait avec sa famille. Ce trauma la hante et la poursuit… Du fait qu’elle a pris part à cette tuerie, elle est devenue la propriété du Corps diplomatique et sa mauvaise réputation la précède où qu’elle aille.
Le reste est simple : on l’envoie sur une planète quand un crime a été commis. A elle de mener l’enquête sans faire de vagues et de trouver le ou les coupables tout en ménageant les susceptibilités de chacun.
Bien sûr, c’est sans compter le franc-parler d’Andrea qui a un certain problème relationnel et n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Mais, comme elle est dotée d’une prodigieuse intelligence, le corps diplomatique a besoin d’elle.
On la suit donc au fil  des affaires suspectes qu’elle va devoir démêler  sur des planètes et/ou des satellites situés loin de son lieu de résidence, le monde-cylindre de La Nouvelle-Londres.
J’ai lu les nouvelles dans l’ordre chronologique (la présentation de l’éditeur) en faisant des pauses puis en y revenant et j’ai réellement apprécié cet univers où nous croisons diverses espèces ( les Riirgaan, les Tchi, les Busteeni et les IA-source, par ex). Les situations qui mènent à des rencontres ou des confrontations sont exemptes de bon gros manichéisme de type : les vilains/les gentils, ce qui est hautement appréciable.
Toutes les nouvelles se lisent aisément mais, à partir de « Les lâches n’ont pas de secret » (« The Coward’s Option » ), le propos se complexifie et, à mon avis, n’en est que meilleur. (j’ai vraiment commencé à accrocher à partir de celle-ci). Ce qui suit est une montée en puissance qui démontre le talent de Troy-Castro . « Démons invisibles » (« Unseen Demons » ) explore le thème du monstre, un thème récurrent comme on pourra le constater (qu’est-ce qu’un monstre ? qui est le monstre ? où se cache-t’il ? etc, etc…).
« Emissaires des morts » (« Emissaries from the dead ») est une vraie réussite qui tient en haleine du début à la fin.
Pour conclure, même si j’ai eu quelques réticences avec les répétitions (le personnage qui se mordille l’ongle ! argl ! ) mais aussi, pendant un temps, avec  le fait de revenir constamment sur le massacre de Bocai sans vraiment l’expliciter (ce sera fait, j’ai respiré – d’où l’importance de lire « Emissaire des morts »), j’ai vraiment apprécié ma lecture. Je suis même partante pour la suite des aventures d’Andrea Cort (« La troisième griffe de Dieu« , chez AMI, toujours).
Je ne peux que conseiller cette SF intelligente et bien menée.

Résumé : Alors qu’elle était enfant, Andrea Cort a été témoin du massacre de ses parents. L’instant d’après, dans la folie d’un génocide incompréhensible, car frappant deux espèces qui vivaient jusque-là en parfaite harmonie, elle a rendu coup pour coup. Reconnue coupable de crime de guerre, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps Diplomatique où, très vite, elle s’est révélée être une enquêtrice particulièrement douée. En effet, qui pourrait mieux comprendre les monstres qu’une des leurs ?

 

Emissaires des morts  par Castro

 

Parution : 6 janvier 2021
26.9 €
720 pages
Format : 14 x 20,5 cm
EAN papier : 9782226443700

 Émissaires des morts | Andrea Cort T.1

 

 

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Premières lignes – 20 mars

Premières lignes (et c’est le printemps)

 

 » Une pièce d’argent pour un conte en or.
C’est de cette manière que les histrions et les poètes apostrophent les passants. Il est rare qu’ils obtiennent plus d’une pièce de cuivre, mais la formulette est pour ainsi dire traditionnelle. Elle existait avant que leur congrégation déambule dans les rues avec un bandeau sur les yeux, avant les maisons. Certains disent avant même la création de la Cité. « 

 

Capitale du sud, tome 1 : Le Sang de la cité par Chamanadjian

Le sang de la cité est un premier volume et, originalité, non  seulement celui d’une trilogie Capitale du Sud mais d’une double trilogie. Son pendant est consacré à la Capitale du Nord et écrit par Claire Duvivier ( Un si long voyage). On peut dire que les éditions Aux Forges de Vulcain nous gâtent.
Guillaume Chamanadjian se consacre donc à Gemina,  assez inspirée de l’Italie. Dans cette cité-état,  de grandes Maisons aux noms d’animaux sont installées dans de vastes quartiers qu’elles n’entendent pas partager. Et tout débute par un retour en arrière ; une guerre gagnée par la Maison de la Caouane (la tortue). Le Duc Serviant la gagne et anéantit le Souffleur. Il  délivre aussi deux orphelins dont nous allons suivre la vie : Nox (pour Nohamux) et Daphné. Les deux enfants deviennent les protégés du Duc pour servir ses intérêts politiques.
Mais, comme dans L’assassin royal ou dans le Cycle de Syffe, nous ne l’apprendrons qu’au fil du livre puisque nous suivons essentiellement le parcours et le point de vue de Nox — et ses pérégrinations au sein de la Cité. C’est bien là la grande force de ce roman qui mêle les courses de Nox dans les ruelles, ses expériences culinaires (savoureuses). La Cité est particulièrement vivante avec les parfums, les saveurs, les dialogues.
On ne se perd pas dans des descriptions à n’en plus finir ou dans des considérations sur le pouvoir ; on vit ce qui se trame, on suit les pas de Nox ( une grande force du « show don’t tell » une fois de plus).
J’ai apprécié ce roman jusqu’au bout ; une fois plongée dedans, je ne pouvais plus en sortir…

Une vraie réussite et, pour moi, l’un de mes coups de coeur de cette année.

 

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