Premières lignes — 16 août

Premières lignes

 » C’est par une froide matinée du début de l’hiver que les voiles du Sadalsuud pointèrent par-delà l’horizon. elles étaient rouges et blanches, frappées du croissant étoilé, le vent de sud-est les poussait droit vers la Cité.
Sur le port, hommes et femmes levèrent le nez de leur ouvrage l’espace d’un instant, puis s’y replongèrent dans une indifférence polie. Des collines du Massif descendirent des ordres enroulés dans deux tubes de fer scellés. « 

Il  y a des auteurs, comme ça, que tu remercies à chaque fois lorsque tu ouvres l’un de  leurs romans ; pour le monde qu’ils ont créé;  pour l’écriture,  ni trop alambiquée ni trop simpliste ;  pour les personnages cohérents et tous suffisamment bien déterminés (les principaux comme les secondaires) ;  pour l’intrigue, qui n’est jamais aussi simple qu’elle le paraît mais qui se déroule de façon limpide car tous les éléments s’imbriquent un à un ; et enfin, pour la narration qui est menée crescendo avec une montée en puissance quasi parfaite.
Et là, je crois que j’ai résumé les ingrédients de Trois lucioles, le deuxième tome de Capitale du Sud, la série de Guillaume Chamanadjian (voir ma chronique du premier tome). 

Si le premier volume a été un coup de coeur, celui-ci réussit le pari d’être encore meilleur car sans doute plus abouti (les événements se précipitent) et plus rythmé.
Nox (Nohamux) a mûri  et se retrouve désormais gérant de l’épicerie. Il est impliqué dans un réseau d’intrigues et de complots dont il va devoir se dépêtrer. La tension monte au sein de Gemina. La guerre civile menace.
Un magnifique second tome qui laisse présager le meilleur pour la suite…
En attendant, j’ai très hâte de savoir ce qui va se passer en parallèle dans la cité du Nord (Dehaven) . Décidément, les éditions Aux Forges de Vulcain  font très fort. Un grand moment de la fantasy française.
Capitale du sud, tome 2 : Trois lucioles par Chamanadjian

Résumé : Nox, l’ancien commis d’épicerie, est désormais seul maître à bord de l’échoppe Saint-Vivant. Il a pris ses distances avec la maison de la Caouane qui, enfant, l’avait recueilli. Mais, alors que l’hiver touche à sa fin, les problèmes refont surface. Tout ce que la Cité compte d’opposants au Duc Servaint s’est mis en tête que le Duc devait mourir, et que la main qui le frapperait serait celle de Nox. Mais consentira-t-il à tuer l’homme qui l’a élevé ? De sa décision dépendra le destin de Gemina.

 

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Premières lignes — 8 août

Premières lignes 

 » Ce matin-là, tandis que l’aube humide et blanchâtre s’étendait sur les marais, Scarlett McCain se réveilla auprès de quatre morts. Quatre ! Elle n’avait pas conscience d’avoir tué autant d’hommes. pas étonnant qu’elle ait des courbatures. « 

Je lis les romans de Jonathan Stroud depuis que j’ai découvert la trilogie de Bartiméus, l’insupportable djinn à l’humour décapant. J’ai ensuite embrayé avec Lockwood et cie, un peu (beaucoup) plus dark – mais toujours en littérature jeunesse, j’avais oublié de le préciser. 
Voici la série de Scarlett & Browne, une suite dans une Angleterre post-apocalyptique, qui s’attache aux pas de Scarlett, jeune brigande au caractère bien trempé croisant le chemin d’Arthur Browne, un jeune homme quelque peu …étrange.
Le monde est dévasté, les créatures qui le peuplent sont devenues hostiles, les animaux, géants et terrifiants. Les villes ne sont plus ce qu’elles étaient. Il est question de survie plus que de vie. Sans compter les Infâmes, des êtres bizarres qui se jettent sur tout le monde et dont l’origine ne sera pas définie dans ce tome. Brrr…
Scarlett, elle, ne pense qu’à braquer des banques (oui, il reste des banques, tiens).
Et à méditer sur son tapis de prières.
Arthur s’est évadé d’un lieu sinistre où une doctoresse increvable à la Terminator qui a lancé une troupe à sa poursuite pour le ramener. Car Arthur serait doté de pouvoirs dangereux. En attendant, il ne connaît rien à rien et se montre terriblement maladroit, ce qui énerve Scarlett, obligée de trimballer ce fardeau.
Le duo est excellent et fonctionne très bien tant il est disparate. Il y a donc des situations assez amusantes dans leur périple, malgré les dangers qu’ils doivent affronter. Les personnages qu’ils rencontrent sont également assez succulents (le vieil homme propriétaire de la barque, la petite  Ettie).
Par contre, la dose de violence atteint une limite assez insupportable (les morts, les coups, le sang, les blessés, la torture, je dis : stop!). C’est bien ce dernier point qui m’a empêchée d’apprécier pleinement ma lecture. C’est vraiment dommage.

Scarlett et Browne, tome 1 : Récit de leurs incroyables exploits et crimes par Stroud

 

Résumé : Dans une Angleterre post-apocalyptique, la nature a repris ses droits et est désormais hostile aux humains. Soumis à des lois répressives, les survivants vivent dans des villes fortifiées. Scarlett, une rebelle recherchée dans toutes les cités, s’apprête à braquer une banque. Elle fait alors une rencontre qui bouleverse sa vie.

 

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Premières lignes — 3 août

Premières lignes 

« Sir Walter Elliot, of Kellynch Hall, in Somersetshire, was a man who,
for his own amusement, never took up any book but the Baronetage;
there he found occupation for an idle hour, and consolation in a
distressed one; there his faculties were roused into admiration and
respect, by contemplating the limited remnant of the earliest patents;
there any unwelcome sensations, arising from domestic affairs
changed naturally into pity and contempt as he turned over
the almost endless creations of the last century; and there,
if every other leaf were powerless, he could read his own history
with an interest which never failed.  This was the page at which
the favorite volume always opened :   « ELLIOT OF KELLYNCH HALL.
« Walter Elliot, born March 1, 1760, married, July 15, 1784, Elizabeth,
daughter of James Stevenson, Esq. of South Park, in the county of
Gloucester, by which lady (who died 1800) he has issue Elizabeth,
born June 1, 1785; Anne, born August 9, 1787; a still-born son,
November 5, 1789; Mary, born November 20, 1791. »

Je dois avouer que c’était la première fois que je lisais en entier un roman de Jane Austen — en anglais. J’avais lu assez rapidement (et en traduction française, je crois) « Raisons et sentiments » (Sense & sensibility) il y a quelques (de nombreuses) années, après avoir vu le film (non : LE film).
Cette fois, c’est Persuasion qui a retenu mon attention. Car, même si j’ai déjà vu une adaptation (des ?), je dois dire que l’intrigue restait flou dans ma mémoire. Et, comme beaucoup de gens, j’ai eu la curiosité (le courage ? la folie ? du temps à perdre car ce sont les vacances ? ) de regarder l’adaptation très…hum…libre de Netflix. Passons sur ce film qui est gentiment loupé, même pour l’imitation Fleabag (l’original reste bien meilleur). Le côté positif est que, peut-être, les romans de Jane Austen gagneront encore de nouveaux et nouvelles lecteurices.
Quant à moi, ma lecture s’est faite lentement. Lire jane Austen en anglais, ce n’est pas non plus la chose la plus facile du monde pour une non-anglophone. Mais peu à peu, on se fait aux tournures anciennes et aux expressions surannées. La langue de Jane Austen est toujours incroyablement concise, dans la retenue mais piquante. L’autrice reste une observatrice hors pair des gens et des moeurs de son temps, on ne le dira jamais assez.

Résumé : À vingt-sept ans, Anne Elliot, la deuxième fille d’un baronnet désargenté du Dorset, mène une vie triste et solitaire. Huit ans plus tôt, sous l’influence d’une amie chère, elle a refusé la demande en mariage de Frederick Wentworth, un jeune officier de marine qu’elle aimait profondément, mais que son entourage n’a pas alors jugé digne d’elle. Vivant désormais dans le regret de cet amour perdu, Anne est négligée par son père, un homme peu aimant et obsédé par son image et son rang, et sous-estimée par des sœurs égoïstes et vaines. Lorsque Frederick Wentworth, à présent capitaine et fortuné, revient dans la région avec le désir de se marier, Anne est partagée entre la crainte et l’espoir. Leur amour va-t-il avoir une chance de renaître ?

Anne Elliot est cette jeune femme un peu en retrait mais d’une grande générosité ; le symbole d’une force tranquille. Elle ne fait pas d’éclats, ne tient pas tête (elle n’est ni Emma ni Lizzie Bennet). Jane Austen disait de son personnage dans une lettre : «  Peut-être en aimeras-tu l’héroïne, car elle est presque trop bien à mon goût » (« You may perhaps like the heroine, as she is almost too good for me »). Car Anne est bonne, attentive aux autres. Elle fait passer les besoins de ses soeurs, sa ssouer aînée Elisabeth, l’orgueil de son père et surtout ceux de Mary, sa jeune soeur, hypocondriaque, avant les siens.
Plus jeune, Anne s’est laissée persuadée par une amie proche, Lady Russell, que celui qu’elle aimait ne pouvait pas constituer un parti honorable. Car les Elliot font partie de l’ancienne noblesse terrienne, certes ruinée, et le jeune homme dont Anne était amoureuse n’était qu’un marin. Sans le sou, qui plus est.
Le roman évoque beaucoup la Marine, les nouveaux riches en comparaison aux plus anciens, aux nobles de plus longue date. Des petites phrases font sourire car elles piquent exactement comme il faut, d’ailleurs.
Anne pourrait paraître faible mais ce n’est pas le cas. Elle doute, a du mal à s’affirmer.
C »est d’ailleurs sur ce point que le film, la dernière adaptation j’entends, se trompe le plus :  Anne n’est pas une personne qui s’apitoie sur son sort, qui chouine (avec une bouteille de vin rouge, pour l’anecdote Netflix. Au contraire : elle sait saisir sa chance. Et même quand elle paraît mélancolique, solitaire, elle sait  trouver sa voie à sa manière tranquille au sein d’une famille qui ne l’apprécie pas à sa juste valeur (ses soeurs et son père).
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le s lieux familiers que l’on retrouve (Bath…).
Persuasion se déguste à petites doses pour mieux en savourer chaque paragraphe.

Persuasion

 

 

 

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Premières lignes — 26 juillet

Premières lignes

« (Courier d’Anne Shirley, licenciée en lettres, proviseur du lycée de Summerside, adressé à Gilbert Blythe, étudiant en médecine à l’université de Redmond, Kingsport).
Windy Willows, Spook’s lane,
Summerside, Ile du Prince-Edouard.
Lundi 12 septembre,
Très cher,
Quelle adresse !
As-tu déjà entendu quelque chose d’aussi délicieux ? Windy Willows est le nom de mon nouveau chez-moi et je l’adore. Tout comme j’adore Spook’s Lane qui n’a pas d’existence légale. Ce devrait être Trent Street mais personne ne l’appelle comme ça hormis les rares  fois  où elle est mentionnée dans le Weekly Courrier — et là, les gens se regardent et disent : « Mais où diable est-ce que ça peut être ? « . C’est donc Spook’s Lane. Même si je ne saurais t’expliquer pourquoi. J’ai déjà posé la question à Rebecca Dew,   mais tout ce qu’elle m’en a dit , c’est que ça a  toujours été ainsi et que selon une vieille histoire,  l’allée serait hantée. »

Anne de Windy Willows par Montgomery

Quatrième tome de la série des « Anne », réédité chez Monsieur Toussaint-Louverture, Anne de Windy Willows est un roman épistolaire presque exclusivement à l’exception de quelques chapitres. Anne habite toujours sur l’île du Prince-Edouard, mais plus à Green Gables ou à Kingsport. Elle ne connaît personne dans ce nouvel environnement et va devoir s’adapter à la vie de cette petite ville où elle a été nommée à la tête d’un lycée. Toujours optimiste, elle pense se faire aimer de tout le monde très vite mais va rencontrer quelques déboires. Mais Anne reste Anne…
Les portraits des nouveaux  personnages sont toujours aussi bien définis par l’autrice ainsi que l’observation de la nature (quel talent). On retrouve les références à la littérature, les citations…
Mais les personnages connus manquent un peu cette fois. Et, surtout, le rythme reste terriblement lent. Anne grandit, évolue. Le changement se fait en douceur.
Tout est assez long ; le choix des lettres n’arrange pas les choses. On aimerait un peu plus de mouvement, d’aventures et d’humour.
J’avoue que c’est la première fois que je me suis vraiment ennuyée depuis le début des aventures d’Anne. Le tome précédent contenait quelques défauts mais celui-ci est décidément plus faible. Tout est très prévisible : Anne va devenir la « bonne fée » et se faire aimer de tout le monde. C’est gentillet mais sans le piquant des romans précédents. (les deux premiers, en particulier).

J’espère que le prochain sera meilleur car je ne compte pas m’arrêter en chemin. L’écriture de Lucy Maud Mongotmery reste magistrale.

 

Résumé :

Ses brillantes études universitaires terminées, Anne Shirley se voit confier la direction du lycée de Summerside, une petite bourgade de l’Île-du-Prince-Édouard, d’apparence paisible, mais qui va lui réserver bien des surprises. À ses côtés, nous allons découvrir Windy Willows, la pension où elle va vivre pendant trois ans – ainsi que ses occupantes –, la petite Elizabeth, sa féerique voisine, Katherine Brooke, sa collègue désabusée, et ses élèves, qu’ils soient touchants ou tout à fait exaspérants.
Avec un humour toujours plus fin, des envolées lyriques et nostalgiques, Anne de Windy Willows offre le portrait d’une jeune femme tout en nuances : généreuse et directe, fiancée, oui, mais surtout indépendante. Anne de Windy Willows est une étape cruciale dans la vie d’Anne Shirley. Livrée à elle-même dans une ville où elle ne connaît personne, Anne est loin des nids douillets entourés d’âmes soeurs qu’étaient Green Gables et Kingsport.
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Premières lignes — 18 juillet

Premières lignes
( avec + de  40° C , record battu, j’espère ne pas écrire n’importe quoi…)

 » Oh là là ! s’exclama Linus Baker en épongeant son front dégoulinant de sueur. Voilà qui est très inhabituel. »
C’était un euphémisme. Subjugué, il observait Daisy, une jeune fille âgée de 11 ans, faire léviter des morceaux de bois dans les airs, très haut au-dessus de sa tête. Les blocs décrivaient des cercles concentriques à faible allure. Le bout de  la langue coincé entre les dents, Daisy fronçait les sourcils sous le coup de la concentration. « 

Que  dire de  La maison au milieu de la mer céruléenne de T.J. Klune ? J’en avais énormément entendu parlé et seule la perspective de lire un énième roman aux éditions de Saxus qui m’ont terriblement déçue avec des traductions toutes plus atroces les unes que les autres ( dernièrement, j’ai tenté « La duperie de Guenièvre » : une véritable honte d’avoir publié ce texte tel quel bourré de contre-sens à peine compréhensible) me faisait reculer. Finalement, je me suis lancée et même si quelques passages ne sont pas excellents (on sent l’approximation dans la traduction deux ou trois fois), le reste est correct. Il faut dire aussi que le style original auquel j’ai jeté un coup d’oeil est assez simple.
De quoi parle l’histoire ? De magie et d’êtres magiques. Mais surtout, d’acceptation de la différence. Et ce dernier point mérite d’être salué.
L’intrigue n’est pas très compliquée : Linus Baker est un employé du MJM? le Ministère de la Jeunesse Magique ( ici, on sent un peu l’influence Harry Potter et ce ne sera pas la seule).  Sa mission ? Visiter les  orphelinats qui sont  remplis de jeunes êtres magiques (tiens, tiens) afin de s’assurer que tout s’y déroule dans de bonnes conditions.  Linus est impartial, un peu terne. En gros, il ne fait pas de vagues. Sa vie personnelle est de la même eau : il vit seul avec Calliope, une chatte bougonne (on dirait assez  cette chanson d’Aznavour,  et d’ailleurs…mais chut).  Un jour, Linus se voit confier une mission secrète par les Cadres Extrêmement Supérieurs du MJM (il y a là le début d’une petite caricature de la bureaucratie et de la hiérarchie qui est esquissée mais peu développée, hélas).
Il doit donc se rendre sur une île et faire un rapport sur un orphelinat très spécial. On lui confie les dossiers d’enfants étranges : Lucy (pour…Lucifer !) a la particularité d’être le fils du diable, Talia est une petite fille gnome, Sal, un petit garçon métamorphe, Phee, un esprit de la nature, Théodore, une vouivre, et ainsi de suite…
Linus Baker va devoir sortir de sa zone de confort plus qu’il ne s’imagine. Il est accueilli par Zoe, une adulte, l’esprit de la nature de l’île, puis par le charismatique directeur de l’orphelinat sur lequel il doit aussi enquêter : Arthur Parnassus.
Au fil des pages, nous suivons le changement progressif de Linus et son épanouissement, sa découverte des enfants magiques, ses liens avec les différents adultes aussi. Il y a peu d’action, et l’intrigue est basique.
Le message est simple mais bienveillant, ce qui est positif, bien sûr : chacun est comme il est. On ne se résume pas à sa naissance. Acceptons la différence, etc..
En fait, T.J Klune met souvent dans la bouche des personnages adultes (Arthur Parnassus, particulièrement), des maximes à la Dumbledore du type : « Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes. « (JK. Rowking pour Albus Dumbledore).

« Il n’est qu’un enfant et je refuse de croire que le chemin de vie d’une personne est gravé dans la pierre. On est bien plus que nos origines. 
— Notre héritage ne nous définit pas.(TJ Klune pour Arthur Parnassus et Linus Baker)
Mais, contrairement à Rowling qui  a su distiller par petites touches  ce genre de propos — simplement parce que sa technique est  habile  — T.J Klune assène et répète en boucle les  tirades. Le résultat ? A la fin du roman, on a l’impression de ne pas avoir lu une histoire, mais d’avoir subi une leçon de morale, assez assommante, finalement, puisque l’auteur n’a eu de cesse de ressasser — et ce n’est jamais très bon de faire croire aux lecteurs qu’ils sont des idiots pour ne pas avoir compris la première fois, peu importe leur âge. C’est un roman , à la fin, pas un essai. Idem, pour se faire la critique de l’intolérance, Rowling est beaucoup plus efficace :  elle a bâti un monde de sorciers particulièrement effroyable et rétrograde dans lequel,  au hasard ,  l’esclavage des créatures magiques, i.e les elfes,  est  dénoncé au travers des indignations et des actions d’Hermione – et ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres. Pourtant, ceci n’est jamais effectué au détriment de l’histoire, au contraire.  Et si j’insiste sur la comparaison entre Harry Potter (qui, à mon avis, a dû fortement marqué l’auteur) et ce roman, c’est qu’il existe plus d’une connexion entre les deux (vous n’êtes pas obligé.e.s de lire ce qui suit si vous ne voulez pas connaître des éléments susceptibles de divulgâcher l’histoire) :
Quand l’auteur introduit Arthur Parnassus qui est, je le rappelle, le Directeur de l’orphelinat/foyer, la description mentionne :  » Ses yeux sombres étaient brillants et étincelaient dans la quasi-obscurité. Son nez aquilin avait une bosse au milieu, comme s’il avait été cassé des années auparavant, mais n’avait jamais été remis en place. Les mains jointes devant lui, il souriait. Ses doigts étaient longs et élégants et il faisait tourner ses pouces. 
Si on compare avec la description d’un certain Albus Dumbledore :
«  Ses yeux bleus étaient clairs, lumineux et pétillants derrière des lunettes demi-lune et son nez était très long et tortueux, comme s’il avait été cassé au moins deux fois.. »
On ne compte plus le nombre de fois où Dumbledore est décrit faisant tourner ses pouces (il est noté aussi qu’il a de longs doigts).
Je pourrais continuer ainsi mais le lien le plus évident (le clin d’oeil à Dumbledore), est, non pas son homosexualité, mais la révélation de la nature magique d’Arthur. idem, ne lisez pas si….
On apprend vers la fin qu’Arthur est en réalité un… phénix.
Je dois dire que j’ai apprécié ces références à Harry Potter ; j’ai eu l’impression très personnelle que l’auteur s’était amusé à développer son Dumbledore à lui, tel qu’il aurait voulu le voir évoluer.
Mais c’est la seule note que j’ai trouvé originale. Pour le reste, je me suis un peu ennuyée, à cause du manque d’action et d’intrigue. Un peu dommage, car j’attendais un roman mieux ficelé.
Donc, sympa, mignon mais pas très abouti.

La maison au milieu de la mer céruléenne par Klune

 

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Premières lignes — 29 juin

Premières lignes

 

 » Le maître du manoir se tient devant le mur du jardin. Un sinistre pan de pierre qui, en son centre, entoure une porte de fer scellée. un interstice étroit sépare le battant de la roche. Lorsqu’une douce brise souffle, le vent apporte le parfum de l’été, suave comme un melon, et la lointaine chaleur du soleil.
Ce soir, aucune brise ne souffle. L’astre nocturne ne se montre pas non plus. Pourtant le maître est baigné par un clair de lune. La lumière qui se reflète sur les bords de son manteau en lambeaux fait briller les os visibles sous sa peau. « 

Olivia a grandi dans un orphelinat. Cible des moqueries et harcelée par les autres pensionnaires  car elle est ne parle pas, elle a toujours su se défendre. Elle n’a aucun souvenir de ses parents à part un carnet qui lui vient de sa mère. Un très étrange carnet où les mots et les dessins se mêlent, terminé par cette curieuse mise en garde « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. ».
Or, un jour, une lettre arrive d’un oncle dont elle ignorait l’existence : Olivia n’est pas seule au monde et elle va se rendre dans un manoir …nommé Gallant.
De là, l’aventure onirique débute, mêlant frissons, poésie, rêves et cauchemars. La folie semble omniprésente dans cette famille. Cette lente descente dans l’étrange est bien menée. V.E Schwab est toujours très à l’aise lorsqu’il s’agit de brouiller les pistes (comme dans « La vie invisible d’Addie Larue » même si le roman, trop long, pas assez vide, m’avait assez déçue, je dois dire). On retrouve ici les belles métaphores, qui conviennent à l’univers mis en place.
Mais, à nouveau, même si le roman est plus court que « La vie invisible... » , lorsqu’on arrive à la fin, la même impression demeure : celle de ne pas avoir lu grand chose qui restera en mémoire et d’avoir passé des pages et des pages à lire….du vent. Du vent bien écrit, certes. Dans ce cas, je commence à me demander si V.E Schwab ne serait pas plus intéressante à lire en poésie, car ses intrigues sont un peu light. Dans « Gallant« , l’idée du monde miroir avec la porte et la protection familiale est intéressante même si elle n’a rien d’original (mais ce n’est pas grave). Par contre, rien n’est développé. On a envie d’en savoir plus: comment a évolué ce monde en parallèle ? Pourquoi veut-il envahir notre monde ? (et pas simplement « parce qu’il est méchant« ). D’où viennent ces créatures ? etc, etc…  Il y a aurait beaucoup à faire pour rendre Gallant encore plus passionnant comme raconter un peu l’histoire de la famille Prior, gardienne du manoir, les liens entre les personnes… Or, tout cela est évoqué, tout juste effleuré. Et nous, nous restons avec un roman bien fichu mais dont nous ne nous souviendrons plus dans quelques mois. Et franchement, c’est dommage.
J’aurais aimé dire que j’ai adoré « Gallant. » Vraiment. Je garde un sentiment de frustration.

Gallant par Schwab

 

Résumé : Toute petite, Olivia Prior a été déposée sur les marches de l’orphelinat où elle vit désormais. Incapable de parler, elle n’en sait pas moins se faire respecter des autres pensionnaires. De sa mère, il ne lui reste plus qu’un journal intime relié de cuir, plein de dessins étranges et marqué par la folie, dont les derniers mots sont : « Tu seras à l’abri tant que tu ne t’approcheras pas de Gallant. »
Mais la jeune fille ne rêve que d’une chose : avoir, un jour, une famille. Alors, quand elle apprend que son oncle l’a enfin retrouvée et l’invite à venir vivre dans le domaine familial de Gallant, Olivia n’hésite pas une seule seconde. Sur place, elle ne trouve que deux domestiques et un cousin, Matthew – qui, de toute évidence, ne veut pas d’elle. Elle découvre surtout que son oncle est mort et enterré depuis plusieurs mois déjà… Elle remarque enfin que tous les habitants du manoir semblent éviter comme la peste le mur qui s’élève derrière la propriété, au milieu d’une nature luxuriante. Quel mal se dresse là, au fond de ce jardin niché au bout du monde ?

 

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Premières lignes – 22 juin

Premières lignes 

 

Même si j’avais été déçue par le premier roman de Stuart Turton « Les sept morts d’Evenlyn Hardcastle » pourtant annoncé comme exceptionnel (mais longuet, poussif et pas très étonnant, comme dénouement ), je me doutais que certains éléments pouvaient conduire à une intrigue bien plus intéressante (tous ces secrets les uns dans les autres, par ex.). J’ai donc tenté « L’étrange traversée du Saardam »et cette fois, ce fut une lecture… d’enfer, c’est le cas de le dire !
Le roman se déroule dans un tout autre cadre que celui des « 7 morts… » : nous voilà au XVII ème, sur un navire quittant l’Indonésie (alors Indes orientales néerlandaises) pour rallier Amsterdam. A son bord, divers personnages dont Turton se plaît à retracer le parcours afin de mieux tisser sa toile.  Les uns et les autres semblent dissimuler des secrets mais lesquels ? De la femme du gouverneur à sa fille, de la maîtresse au prisonnier-enquêteur, du capitaine au simple marin, bref, la liste est un peu plus longue mais n’empêche pas de s’intéresser à chaque caractère. D’étranges phénomènes surviennent, inquiétants, puis, un cadavre est retrouvé dans la cale ! Serait-ce une malédiction ? un pacte avec l’obscur a-t’il été noué ? Qui saura trouver les bons indices au sein de la population en ébullition du navire ? Et s’il était déjà trop tard ?
La tension grandit, savamment orchestrée.
Tous les personnages se croisent, interagissent dans un huis-clos (et le navire est un bon prétexte pour cela) qui devient vite un enfer. Or, on sait bien que l’enfer, c’est les autres, (merci Jean-Paul). Et sans doute pas une intervention extérieure pseudo-maléfique.
Je n’en dis pas plus mais le roman oscille entre le fantastique et le thriller, avec une touche de  drame psychologique et de roman historique — et c’est passionnant.
Une réussite qui tient en haleine.

1634. Le Saardam quitte les Indes néerlandaises pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.
Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges évènements. Un symbole en lettres de sang apparaît sur la grande-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit, et bientôt on retrouve un cadavre dans une cabine fermée de l’intérieur. Le bateau serait-il hanté, ses occupants maudits ? Aucune explication rationnelle ne semble possible. Et l’enquête s’avère particulièrement délicate, entre les superstitions des uns et les secrets des autres.

L'étrange traversée du Saardam par Turton

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La revanche des méchants – Fabien Clavel

Dans le cadre de l’opération Masse Critique Babelio – jeunesse,  j’ai reçu un étonnant petit roman intitulé : La revanche des méchants.
Je l’avais repéré il y a quelques mois en librairie et sur certains posts, la couverture étant signée par la talentueuse Noémie Chevalier (ici pour aller voir son travail ou  sur Insta).

La revanche des méchants par Clavel

Résumé :  Lycie a un problème : Hachem. Enfin, non, son premier problème, c’est qu’elle ne maîtrise pas ses crises de colère, mais Hachem arrive en seconde position : il passe son temps à la faire sortir de ses gonds. Ah ! et elle a un autre problème, aussi : ses poils repoussent à une vitesse vertigineuse ! Bref, ça fait beaucoup de problèmes pour cette ado de 5e B ! Alors, quand Lycie découvre une annonce promettant aux gens comme elle de les aider, elle n’hésite pas à se rendre à l’adresse indiquée. Et là, Lycie découvre qu’elle a un plus gros problème, encore… Mais la situation dérape carrément lorsque des clones de Prince Charmant se mettent à la pourchasser ! Car Lycie est une descendante de méchant des contes de fées, et les Gentils ne sont peut-être pas les gentils de cette histoire…

Nous allons donc suivre Lycie, une jeune ado qui est confrontée à des crises de rage inexpliquées et à une pilosité étrange, ainsi que son camarade de classe, Hachem qui, lui, ne tient pas en place. Tous les deux vont échapper de justesse aux Gentils, deux descendants de Blanche-Neige et de Riquet-à-la-Houppe, qui veulent à tout prix les « rendre normaux ».
Heureusement, Lycie et Hachem échappent à leurs griffes grâce à la descendante de la Reine de Coeur (celle d’Alice), tout cela sur un tapis volant magique (et non, pas de balais, dans cet univers). Les voilà tous les deux admis au sein d’une sorte d' »académie » pour descendants lointains de Méchants, un Poudlard en plus dark, comme le qualifie Hachem (j’ai bien aimé l’expression). Ici, les deux ados vont apprendre leur véritable nature et aussi, ce que sont les Méchants.
On pourrait croire à une histoire simpliste, voire à une simple réécriture de conte mais c’est plus subtil que cela. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles , même si l’écriture est très simple (adaptée à l’âge du public visé, sans doute, même si je l’ai trouvée un brin simpliste/facile/peu innovante parfois, mon seul bémol).
Par contre, la richesse du contenu est à saluer, avec des références à Bourdieu (via le personnage intello de Cannelle qui fournit le vocabulaire et les nuances complexes qui sont ensuite expliqués) et des bases de génétique.
L’intrigue est carrée et se suit très bien de bout en bout. J’avais même envie d’en lire plus…
L’ode à la différence, à  l’acceptation de l’autre, est magnifique. Et il y a beaucoup d’humour, j’allais oublier.
Bref, j’ai passé un très bon moment avec ces Méchants qui ne le sont pas.
Un petit roman très bien fait bourré de bonnes idées. Chapeau !

256 pages – Fleurus – 13,90 €

Premières lignes — 8 juin

Premières lignes 

Je me suis régalée avec ce roman de Laurent Genefort, Les temps ultramodernes, uchronie mais aussi enquête à la fois dans un Paris de 1923  ré-imaginé et …sur Mars. Car, dans cet univers parallèle,  un élément a changé la donne : la découverte de la cavorite que Genefort emprunte à H.G Wells  ( Les Premiers Hommes dans la LuneThe First Men in the Moon)et développe. Que fait la cavorite ? elle permet de contrecarrer la graviter et donc, de voler.
Il se trouve que la France de cette époque (et son empire colonial) règne en maître sur l’industrie de la cavorite ; elle a signé des accords avec d’autres puissances, évidemment mais les ressources s’épuisent et l’âge d’or vient à son terme.
Dans ce contexte, nous allons suivre différents personnages : Renée Manadier, institutrice débarquée dans la capitale qui recueille par hasard un martien blessé (un erloor) ;  un commissaire de police devant prendre sa retraite,  Maurice Peretti qui découvre des morceaux cavorite dissimulés dans des voitures volées. Mais nous découvrons aussi l’atroce  Marcel Chéry, médecin  interdit de fonction parce qu’il a stérilisé  des milliers de femmes (sans leur dire, bien sûr) et Georges, futur artiste qui rejoint un groupe d’anarchiste, par amour.
Tous les personnages (très bien détaillés et qu’on a plaisir à suivre) auront des liens entre eux qui se resserrent au cours d’une intrigue de plus en plus haletante, à la fois dans les rues d’un Paris assez steampunk  puis au cours d’un voyage vers Mars et enfin, sur Mars.
Les points de vue alternent habilement. Le roman aborde divers sujets, divers niveaux de lecture qui font des Temps ultramodernes un livre complet, bien construit que je recommande.

Les Temps ultramodernes par Genefort

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Premières lignes — 25 mai

Premières lignes (je suis en retard, en retard )

 » J’ai  une histoire à vous raconter. L’idée me trotte dans la tête depuis un bon bout de temps, et cette fois, je me lance, mais je vous préviens, la route risque d’être cahoteuse. Je  me suis encore jamais attaqué à pareil ouvrage, alors j’y vais à l’aveuglette, sans carte, comme qui dirait, et je sais pas trop , dans ce qui l’est arrivé , ce qui vaut de figurer dans mon récit. « 

M.R Carey a déjà signé à  l’Atalante « Celle qui a tous les dons » (The last girl), que j’avais eu du mal à terminer, moyennement emballée par les zombies. Cette fois, il s’agit d’une  trilogie post-apo,  sans zombies, qui commence avec « Le livre de Koli« . Nous suivons donc le jeune Koli, qui vit dans l’un des villages d’une Angleterre située dans un futur dévasté par les guerres et le changement climatique. Narré à la 1ère personne, ce pseudo-journal intime va nous permettre d’entrer dans la vie de cette communauté de survivants pour qui les végétaux sont devenus des ennemis (la flore ayant luté, elle dévore les êtres humains). Les villageois sont donc retranchés derrière des palissades, se plaçant également sous la protection de Remparts spécifiques,  i.e plusieurs personnes  occupant un rôle et utilisant un « tech » bien précis afin de défendre le village  (Rempart Feu, Rempart Flèche, Rempart Mémoire ou encore Rempart Couteau). Mais il semblerait que ces rôles de prestige (la classe sociale dominante, en fait) qui sont répartis lorsque les jeunes gens entrent dans l’âge adulte, sont toujours dévolus à la même famille… Etrange…
Koli arrive à l’âge où la cérémonie de passage va déterminer sa vie future. Lui aussi aimerait devenir un Rempart -et, si possible, être aimé et se marier avec celle dont il vient de tomber amoureux. Sauf que… cette caste lui est refusé. Il va apprendre bien des secrets sur cette famille. Des secrets qui vont lui attirer de gros ennuis. Et le début de son émancipation.

Nous suivons avec intérêt l’évolution de Koli, en immersion totale et découvrons avec lui ce qui se passe au-delà de la palissade.
J’ai été totalement embarquée par ce premier tome, grâce à une traduction impeccable de Patrick Couton, par une narration parfaite, des rebondissements bien placés, une gestion du suspense et une mise en place de l’univers tout à fait excellente.
Un très bon premier tome. Je ne peux que le conseiller.

— le second m’attend, d’ailleurs —

Le Livre de Koli par Carey

 

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