Premières lignes — 12 avril

Premières lignes
(avec le week-end des élections, et surtout sa digestion difficile, j’ai failli oublier le rendez-vous des premières lignes )

« Janvier 2011
C’est Marianne qui va ouvrir quand Connell sonne. Elle porte encore l’uniforme de l’école mais a retiré son pull, n’est donc plus qu’en chemisier et en jupe, et elle s’est déchaussée,  marche en collants.
Ah, salut, dit-il.
Entre.
Elle se retourne et repart dans le couloir. Il ferme la porte derrière lui et la suit. Après avoir descendu les quelques marches menant à la cuisine, ils tombent sur Lorraine, la mère de Connell, qui retire ses gants de caoutchouc. Marianne s’assoit d’un bond sur la paillasse et prend le pot  ouvert de pâte à tartiner, dans lequel elle a laissé une petite cuillère.
Marianne me disait que vous avez eu les résultats de vos examens blancs aujourd’hui, lança Lorraine.
On nous a seulement rendu l’anglais, répond-il. On nous les rend séparément. Tu es prête ? « 

Normal People par Rooney

Difficile de faire durer le suspense, surtout avec la diffusion  récente de la série sur Arte : j’ai donc lu « Normal people » de Sally Rooney.
J’ai tant aimé l’adaptation en série que j’ai eu envie de découvrir le roman. « Normal people » retranscrit les années d’adolescence puis de l’entrée dans l’âge adulte de Connell et Marianne, leur amitié, leur amour, leur attirance et tout ce qui gravite autour, cette période charnière parfois ni chair ni poisson où tout est possible et rien n’est certain.
Sally Rooney brosse le portrait de deux personnes que tout éloigne : Marianne et Connell ne viennent pas de la même classe sociale, ne semblent pas s’intéresser aux mêmes sujets, en apparence. Mais pourtant, leur relation tourne rapidement à l’attraction obsessionnelle, passionnelle que l’on voit évoluer tout au long du roman.
Hésitations, angoisses, doutes, on retrouve chez Marianne et Connell une histoire universelle dans laquelle on peut se reconnaître même si la leur est fixée au début des années 2010. Mais il n’est pas question que de romance :  regard des autres, pression sociale,, masculinité/ féminité, isolement, anxiété sociale, trouver sa place dans la société (être une « personne normale »).
Sally Rooney sait nous toucher avec ce récit tendu, une narration un peu déconcertante, au présent, avec de nombreux dialogues quasiment inclus dans le texte (déstabilisant en début de lecture mais
Un beau roman sensible.

Normal People
Un petit point par rapport à la série car même si l’adaptation est très fidèle, j’ai trouvé que le traitement des personnages était quelque peu différent ;  celui de Connell en particulier qui m’a paru beaucoup plus « sympathique » à l’écran que dans le roman (et je mets de côté le charme de Paul Mescal ). Il reste que la série est à voir.

 

Daisy Edgar-Jones (Marianne) et Paul Mescal (Connell). "Normal People".

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Premières lignes — 14 février

C’est peut-être la St Valentin mais il n’est pas question de romance dans les premières lignes qui vont suivre  – ah, oui, et comme je l’ai lu en anglais, premières lignes aussi en anglais, du coup :

 » Sometimes, in that split second when Ray Levine snapped a picture and lots the world in the strobe from his flashbulb, he saw the blood. He knew, of course, that it was only in his mind’s eye, but at times, like right now the vision was so real he had to lower his camera and take a good hard look at the ground in front of him. « 

 

« Résumé : Megan est une mère et une épouse modèle, qui cache une sulfureuse jeunesse – une vie excitante qu’elle a dû abandonner 17 ans auparavant.
Ray est un paparazzi qui regrette son statut de photo-reporter et sa gloire d’antan, volatilisés à la suite d’un drame 17 ans auparavant.
Broome est un commissaire obsédé par une vieille affaire : Stewart Greene, disparu à la sortie d’un club d’Atlantic City, 17 ans auparavant.
Une nouvelle disparition – même lieu, mêmes circonstances – et quelques photos anonymes vont venir réveiller les crimes passés et révéler, derrière les blanches palissades, l’envers du rêve américain. »

C’est bien la curiosité qui a fait que je suis allée à la médiathèque emprunter « Ne t’éloigne pas/ Stay close » de Harlan Coben parce que ce n’est pas exactement le genre de polars dont je raffole : intrigues trop faciles à décrypter, style à l’avenant, etc…
Mais il faut dire qu’après avoir vu l’adaptation très…. déconcertante sur Netflix, je me suis demandé comment il était possible d’arriver à un résultat aussi bizarre. Pour ne pas tout révéler, dans la mini-série, l’intrigue est doublée de sous-intrigues emberlificotées qui ne servent à rien, desservie par des incohérences évidentes, par exemple :   vas-y que je rentre dans un commissariat de police comme dans un moulin ! et vas-y que j’oublie qu’il existe la vidéo-surveillance ; etc, j’en passe encore et des meilleurs. Les personnages principaux s’agitent dans tous les sens et se font voler la vedette par des personnages secondaires qui, eux non plus, ne servent à rien du tout, mais alors, vraiment à rien.
Au final, il se dégage une grande impression de gâchis, même si la mini-série a été numéro 1 sur la plateforme un peu partout.

J’ai quand même voulu constater si le roman dont était tirée la série contenait tous les défauts cités (enfin, certains, je n’ai pas tout listé, ce serait long) ou s’il en était autrement.
Et ma conclusion va être assez rapide : si « Ne t’éloigne pas » n’est ni le roman du siècle, ni même le polar/thriller de l’année, c’est loin d’être une mauvaise histoire. En fait, ça se lit bien (j’entends : facilement). Tous les éléments étranges qui parasitent la série n’existent pas, tout simplement. Ils ont été rajouté dans le scénario ! Ce qui est, on peut s’en rendre compte, une très, très mauvaise idée.

Juste pour le fun, parce qu’Armitage m’a fait trop rire avec ses faux tattoos. Enfin, à quel moment ça ressemble à des vrais ? On dirait qu’ils ont été faits la veille pour être aussi foncés. 

Le roman suit les points de vue des différents personnages, un moyen simple et efficace : Ray, le photographe (Richard Armitage dans la série — mais que diable est-il allé faire dans cette galère ? ). Puis Megan/Cassie (Cush Jumbo), le détective Broome (James Nesbitt, qui retrouve Armitage, bonjour le casting du Hobbit, tiens) et ainsi de suite, même avec deux antagonistes nommés dans le livre comme dans l’adaptation Ken et Barbie ( à noter que ces deux-là sont un peu plus approfondis dans le roman et moins caricaturaux mais tout aussi violents).


Par contre, et heureusement, l’intrigue va droit au but, sans se perdre dans des impasses comme : la fille aînée de Megan qui ferait connaissance lors d’une fête avec le premier jeune homme disparu  ; ou l’enlèvement rocambolesque de la même fille (qui a d’ailleurs l’air d’être la petite soeur de Megan, vu son âge…).

Si l’une est la mère, alors la seconde aura du mal à passer pour sa fille… 

Exit également les âneries sur la résolution de l’énigme « mais il y aurait un lien entre les différentes disparitions d’hommes depuis des années et je n’aurais rien vu alors que ça se passe à la même époque de l’année ? ». Bien sûr, c’est le détective qui trouve la réponse (genre : il fait son boulot).

Avec un minimum de cohérence apportée par Coben, l’intrigue se tient beaucoup mieux.
C’est pourquoi je me demande encore pourquoi  il a semblé nécessaire de créer un scénario aussi mal fichu avec des trous et des incohérences (j’ai encore lu un article où il en était question) alors que tout se tenait, à la base ?
Telle est la question.
En tout cas, le livre se lit…  sans problèmes. En anglais, aussi : et pourtant, j’avais une édition assez atroce avec des morceaux de traduction dans la marge (pour « aider », mais ça ne m’aide absolument pas, je comprends, merci, surtout quand c’est aussi simple). Pas de quoi devenir fan de ce genre de polars, mais rien à redire, en fait.

Ne t'éloigne pas par Coben

 

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Premières lignes — 31 mai

Premières lignes

« En France, et à vrai dire, un peu partout en Occident, voire dans le monde, on aime les séries britanniques; bien sûr, nous regardons surtout des séries américaines parce qu’elles sont plus les nombreuses, les plus en en vue, parce que certaines sont très novatrices. Mais nous aimons les séries britanniques. Nous les aimons parce qu’elles sont souvent réussies, bien produites, et très bien interprétées, tout particulièrement les séries historiques. « 

L'Angleterre en série par Deroide

L’Angleterre en séries est un petit livre attractif (les illustrations sympas) qui aborde trois séries anglaises : The Crown, Dowtown Abbey et Peaky Blinders et prétend les décortiquer pour analyser les XXème siècle au travers de leurs épisodes. Cela m’a paru intéressant, de prime abord. C’est bien pour cette raison que je l’ai emprunté à la bibliothèque, ayant regardé les 3 séries. Enfin, j’en suis à la fin de la saison 4 pour the Crown (mon enthousiasme a sérieusement diminué, j’avoue) ; j’ai vu et revu Downtown Abbey car, même si la série comporte de nombreux défauts, dont une terrible indulgence envers l’aristocratie très peu crédible, la série reste bien écrite et bien interprétée ; et je visionne lentement Peaky Blinders en ce moment (je dois en être à la saison 4).

Découpé en quatre grandes parties (personnages historiques ; la représentation des moments-clés du XXe siècle ; groupes sociaux et communautés en Angleterre ; la British touch ), le livre est aussi truffé d’anecdotes historiques et également de « secrets » de tournage (qui sont souvent bien connus, mais ce n’est pas très grave). La présentation est claire, aérée, bien illustrée. Tout est fait pour que le sujet soit attractif…
Mais au final, il y a un hic. Car non seulement on n’apprend rien, mais à part énumérer quelques informations historiques que l’on peut retrouver n’importe où (à peu près dignes de la wikipedia), cet ouvrage n’apporte vraiment rien. C’est assez triste quand on lit que l’auteur est agrégé d’Histoire et enseignant…
Un livre assez inutile au final. Dommage.

Résumé éditeur :

Les trois séries so British préférées des Français enfin décryptées ! En France, on aime les séries anglaises parce que l’histoire des Britanniques au XXe siècle, au fond, c’est aussi la nôtre : deux guerres mondiales, une industrie florissante, l’émancipation des femmes… Et quoi de mieux que d’analyser ce siècle riche en événements grâce à trois séries désormais cultes, qui se démarquent par leur succès international, leur production irréprochable, et leur charme incontestable ? Vous aurez bien sûr reconnu les maîtres et valets de Downton Abbey, les gangsters de Peaky Blinders, et les royals de The Crown ! Dans cet ouvrage richement illustré, retrouvez vos personnages préférés des familles Crawley, Shelby et Windsor, et plongez avec eux au coeur d’une époque inoubliable, où les majestueuses tenues du tea time se mêlent à la rigueur de l’étiquette de la famille royale et aux fumées des usines de Birmingham.

Ioanis Deroide
Boris Zaïon (Illustrateur)EAN : 9782412052983
160 pages
Éditeur : FIRST (27/02/2020)

Les dossiers de la pop : The end of the f***ing world

les dossiers de la pop

De nouveaux articles

Aujourd’hui, je parle  d’une série britannique qui, non seulement fait parler d’elle en début 2018, mais vaut le détour.

«Bonjour,  je suis James, j’ai 17 ans, et je suis presque certain d’être un psychopathe… »
Alyssa, 17 ans, est nouvelle à l’école. Les deux adolescents se rencontrent et s’aiment bien. Elle veut sortir avec lui puis l’invite à partir en road trip avec elle pour retrouver son père.

La série est courte ( 8 épisodes d’une vingtaine de minutes),on a donc vite fait de la terminer…tout en se disant à la fin qu’on aimerait qu’elle dure un peu plus longtemps.

 

Diffusée sur Channel 4 en octobre 2017, disponible sur Netflix depuis le 5 janvier 2018,  The End of the F***ing World  est un peu un OVNI – comme seuls les anglais savent le faire, peut-être. 

 

 

Adaptée d’un roman graphique de 2011 signé Charles S. Forman, la série propose une bande son détonante : »Voilà » de Françoise Hardy aux côtés de Spencer Davies Group « Keep on Running« , de Timi Yuro « I Apologize« . Les deux jeunes acteurs Jessica Barden (=Alyssa)   et Alex Lawter(James)  vu dans la saison 3 de Black Mirror sont excellents. Petit clin d’oeil à une autre série: Gemma Wheelan (Yara Greyjoy dans Game of Thrones) campe une flic au coeur un peu brisé.

James n’éprouve plus de sentiment depuis son enfance et  rencontre  Alyssa, décalée et rebelle. Ils ont 17 ans, ils cachent leurs fêlures et s’enfuient ensemble dans un périple anglais, superbement filmé. On assiste alors à leurs multiples rencontres avec des adultes plus mal fichus les uns que les autres (pervers sexuel, démissionnaire, on en passe…).Jusqu’à la quête du père idéalisé par Alyssa qui finit par ressembler à une caricature de l’adulte faussement cool.

Road movie ? Oui, mais sur le sol britannique, un point que relève Alyssa dès le début lorsqu’ils plantent la voiture du papa de James dans un arbre:

(James)- Tu crois qu’elle va exploser?
(Alyssa) – C’est pas un film! ….Si c’était un film, nous serions sûrement américains.
(Musique – générique du début)

 

Il aurait été facile de basculer dans le gore mais même la scène la plus sanglante ne se complaît pas dans l’apologie de la violence. Le cynisme noir n’est pas non plus de mise. La série garde un ton décalée tout en insufflant des notes d’humour et beaucoup d’humanité.

The End of the F***king World est un roman graphique, à l’origine signé Charles Forsman   que je vous invite à découvrir.

 

Bande son impeccable ( à écouter): 

Pour les références, on pense à:
– Bonnie  & Clyde
– Thelma & Louise – pour le côté road movie
Paris-Texas: un Paris-Texas inversé où ce n’est plus le père qui cherche sa femme et son fils mais la fille qui recherche le père.

True romance – pour tout ce qui tourne mal (mais, en moins sanglant, ici)
Kalifornia
 Tueurs Nés (Natural born killers)