Premières lignes — 18 mai

 

Premières lignes 

« Ma langue est un chariot allant de mon coeur à ton esprit.
Elle me déplace entier pour t’apprendre ce que je suis,
comment je vois le monde, comment je le réfléchis.
Libre à toi d’entrer en résistance ou en communion.
Notre langue sera le reflet humble et honnête de notre relation »

 

Le langage est la clé du roman de Michael Roch, un roman choral, parfois exigeant, à l’esthétique cyberpunk , riche de mots qui m’a souvent émerveillée.
On suit plusieurs points de vue, ceux des membres d’une même famille, qui parlent chacun et chacune leur propre langage :  Pat,  révolutionnaire qui veut découvrir la terre des ancêtres, les deux soeurs traductrices,  Ézie qui tente d’élucider ces mystères autour des disparitions d’enfants,  et Lonia,  Joe et  Patson, fils de Pat. Pat s’exprime surtout en créole martiniquais mêlé de créole haïtien et de quelques mors de son crû — souvent du créole qu’il a détourné comme « bouden » pour ventre (alors que le mot existe en haïtien) « fondok » pour « le fond du fond » (en créole martiniquais, c’est  ce qui fonde, la base).  Donc pas complètement de l’invention. Joe utilise le verlan et Patson, comme il le dit : « Moi, je parle français, parce que je préfère. Du moins, je m’en fous quoi. Mon père, il parle kréyol quand il veut.  »
La langue est riche, foisonnante., se décrypte, et tant mieux, puisque tout est une question de traduction, d’identité, de multilinguisme. On comprend ici que le thème de l’identité et de la communication se trouvent au centre du roman.

Dans une ville (l’en-ville littéralement, Lanvil) une mégapole caribéenne, à la pointe de la technologie où les humains sont reliés au réseau et aux machines, la verticalité est de rigueur ; on ne vit pas de la même façon en haut« l’anwo »  qu’en bas « l’anba », ; là  vivent les riches, et là où tentent de vivre  les plus défavorisés (on peut penser à Rivers Solomon  « L’incivilité des fantômes« , par ex.).

Les dominés, les plus pauvres, essaient de résoudre cette inégalité en cherchant le Tout-Monde, comme le fait Pat. Le Tout-(Monde renvoie à la notion développée par Edouard Glissant (en 1997) : « J’appelle Tout-monde, notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la “vision” que nous en avons » (plus ici )

Je n’en dirais pas plus : il faut prendre le temps de découvrir Tè mawon, de se plonger dans la langue créole, de se laisser embarquer dans cet univers.

Tè Mawon est un roman très réussi   d’afro-futurisme caribéen qui pourrait se conclure par ceci : — kouté pou tann (écoutez pour entendre) tann pour konprann (entendre pour comprendre) konprann pou antann (comprendre pour l’entente)
antann pou vansé ansanm (l’entente pour avancer ensemble).

Note perso : ce fut un régal, pour ma part, mais je n’ai pas eu vraiment de mal. Lire des phrases en créole martiniquais (qui est quasi le même que le guadeloupéen à quelques expressions près) a simplement réactivé ce que j’ai pu oublier, vu que je ne le pratique plus. J’ai donc réussi à rêver en créole la nuit.

Tè mawon par Roch

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Premières lignes — 2 mai

 

Premières lignes , qui sont des premières cases, cette semaine :

A première vue, il s’agit : d’une BD  – qui se passe sur la Lune – avec des spationautes japonais. Jusque là, c’est bon. Mais si je rajoute qu’il se trame des choses étranges sur la face cachée, faisant intervenir une puissance extra-terrestre qui aime beaucoup s’en prendre à la Terre et au Japon en particulier (des fans d’anime, peut-être), qui a déjà attaqué notre planète bleue par le passé avec des engins nommés …au hasard golgoths (ou antéraks, de jolis noms provenant de la VF) depuis le fameux camp de la Lune noire… Alors, oui, j’ai lu Goldorak, l’ album édité par Kana, créé par  Xavier Dorison, Denis Bajram, Alexis Sentenac, Brice Cossu et Yoann Guillo.

Goldorak (BD) par Dorison

L’histoire se déroule chronologiquement après la fin de la série animée (on y trouve d’ailleurs un rappel de ce qui s’est passé, pour rafraîchir la mémoire).   Dans l’anime, Goldorak/Grendizer,  après la victoire finale contre les forces de Véga, Actarus, prince d’Euphor  et sa soeur Phénicia repartaient sur leur planète, Euphor, dans l’espoir d’y retrouver la vie et de tout reconstruire.

Les années ont donc passé. Véga est de retour. Et on retrouve avec plaisir les personnages principaux : Alcor, Vénusia puis le professeur Procyon. Mais alors que Véga attaque et que Goldorak devient nécessaire (le Japon a toujours besoin de Goldorak), la question se pose : où se trouve-t’il ? Et Actarus ?


Cinq auteurs sont réunis ici pour redonner vie à l’oeuvre de  Gō Nagai : Xavier Dorison (scénario), Denis Bajram (scénario et dessins), Brice Cossu (dessins, Alexis Sentenac (dessins également) et Yoann Guillo (couleurs).
Et que dire ? La nostalgie mise à part, c’est une belle réussite. Les dessins et les couleurs m’ont vraiment plu.

Les personnages ne se résument pas à du copier/coller. On les reconnaît pourtant au premier coup d’oeil. (Mizar a grandi, au fait).
Rigel, avec un coup de vieux, mais fidèle à lui-même. On en apprend aussi plus sur son passé.

Phénicia et Vénusia prennent encore plus de place (et tant mieux : Vénusia me semblait toujours un peu cruche). Alcor reste… Alcor. Le dessin  leur rend hommage.

Du côté Véga, ça ne change pas : les uniformes, les têtes …heu… pas très avenantes.

Dans l’anime, pour mémoire, ils ressemblaient à ceci :

Dans cette BD :

L’histoire de ceux de Véga est également fouillée et permet de développer des thèmes intéressants : celui des réfugiés, la relation bourreau/victime, la vengeance, la relation à l’autre…
Tout en gardant l’humour, l’émotion et l’action qui faisaient partie de la série originelle, cette  BD va plus loin, renversant les idées reçues. Et ça fait un bien fou.
Alors, oui, c’est aussi un petit retour en enfance, pour moi qui ai grandi avec les épisodes de Goldorak à la télé mais pas seulement. Au-delà de cette dimension, le lecture est tout à fait agréable, riche d’humanité avec des dessins, un découpage et des couleurs au top.
En bonus, à la fin de l’ouvrage, on trouve le processus de création scénario – story-board, recherche de personnages etc…

Bref, un album que je recommande vivement, qu’on ait suivi ou non l’anime, en fait puisque la BD se suffit à elle-même.

( vous n’allez pas me remercier si je joins l’opening français de 1978, je sais, ça reste dans la tête)

Résumé : La guerre entre les forces de Véga et Goldorak est un lointain souvenir. Actarus et sa soeur sont repartis sur Euphor tandis qu’Alcor et Vénusia tentent de mener une vie normale. Mais, des confins de l’espace, surgit le plus puissant des golgoths : l’Hydragon. Alors que le monstre de l’ultime Division Ruine écrase les armées terriennes, les exigences des derniers représentants de Véga sidèrent la planète : sous peine d’annihilation totale, tous les habitants du Japon ont sept jours pour quitter leur pays et laisser les envahisseurs coloniser l’archipel. Face à cet ultimatum, il ne reste qu’un dernier espoir… Goldorak.

Goldorak - Edition spéciale par Dorison
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Premières lignes — 27 mars

Premières lignes

« Assis au bord de son lit, l’autre monstre fixait du regard le sol de sa cellule d’un blanc immaculé, les mains jointes entre ses genoux, une attitude qui aurait pu suggérer un certain désespoir. toutefois, chez ce prisonnier qui ne montrait ni peur, ni sentiment de culpabilité, ni doute, cela ne traduisait qu’une indifférence choquante, un ennui profond et sincère. Mais pas d’accablement non plus ; en fait, il semblait accueillir son incarcération comme une pause bienvenue dans l’exercice de plus lourdes responsabilités.  » (Démons invisibles)

Voilà déjà un moment que j’ai terminé « Emissaire des morts« , un beau pavé de 700 pages d’Adam Troy-Castro qui a l’originalité de regrouper les cinq premières aventures d’Andrea Cort  (nouvelles/novella et court roman)parues entre 2002 et 2016 en VO.  Andrea Cort est un personnage particulier : avocate, elle appartient au Corps diplomatique. Car, lorsqu’elle avait huit ans, elle a assisté et même participé à un massacre, suite à un dérèglement qui s’est produit sur la planète qu’elle habitait avec sa famille. Ce trauma la hante et la poursuit… Du fait qu’elle a pris part à cette tuerie, elle est devenue la propriété du Corps diplomatique et sa mauvaise réputation la précède où qu’elle aille.
Le reste est simple : on l’envoie sur une planète quand un crime a été commis. A elle de mener l’enquête sans faire de vagues et de trouver le ou les coupables tout en ménageant les susceptibilités de chacun.
Bien sûr, c’est sans compter le franc-parler d’Andrea qui a un certain problème relationnel et n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Mais, comme elle est dotée d’une prodigieuse intelligence, le corps diplomatique a besoin d’elle.
On la suit donc au fil  des affaires suspectes qu’elle va devoir démêler  sur des planètes et/ou des satellites situés loin de son lieu de résidence, le monde-cylindre de La Nouvelle-Londres.
J’ai lu les nouvelles dans l’ordre chronologique (la présentation de l’éditeur) en faisant des pauses puis en y revenant et j’ai réellement apprécié cet univers où nous croisons diverses espèces ( les Riirgaan, les Tchi, les Busteeni et les IA-source, par ex). Les situations qui mènent à des rencontres ou des confrontations sont exemptes de bon gros manichéisme de type : les vilains/les gentils, ce qui est hautement appréciable.
Toutes les nouvelles se lisent aisément mais, à partir de « Les lâches n’ont pas de secret » (« The Coward’s Option » ), le propos se complexifie et, à mon avis, n’en est que meilleur. (j’ai vraiment commencé à accrocher à partir de celle-ci). Ce qui suit est une montée en puissance qui démontre le talent de Troy-Castro . « Démons invisibles » (« Unseen Demons » ) explore le thème du monstre, un thème récurrent comme on pourra le constater (qu’est-ce qu’un monstre ? qui est le monstre ? où se cache-t’il ? etc, etc…).
« Emissaires des morts » (« Emissaries from the dead ») est une vraie réussite qui tient en haleine du début à la fin.
Pour conclure, même si j’ai eu quelques réticences avec les répétitions (le personnage qui se mordille l’ongle ! argl ! ) mais aussi, pendant un temps, avec  le fait de revenir constamment sur le massacre de Bocai sans vraiment l’expliciter (ce sera fait, j’ai respiré – d’où l’importance de lire « Emissaire des morts »), j’ai vraiment apprécié ma lecture. Je suis même partante pour la suite des aventures d’Andrea Cort (« La troisième griffe de Dieu« , chez AMI, toujours).
Je ne peux que conseiller cette SF intelligente et bien menée.

Résumé : Alors qu’elle était enfant, Andrea Cort a été témoin du massacre de ses parents. L’instant d’après, dans la folie d’un génocide incompréhensible, car frappant deux espèces qui vivaient jusque-là en parfaite harmonie, elle a rendu coup pour coup. Reconnue coupable de crime de guerre, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps Diplomatique où, très vite, elle s’est révélée être une enquêtrice particulièrement douée. En effet, qui pourrait mieux comprendre les monstres qu’une des leurs ?

 

Emissaires des morts  par Castro

 

Parution : 6 janvier 2021
26.9 €
720 pages
Format : 14 x 20,5 cm
EAN papier : 9782226443700

 Émissaires des morts | Andrea Cort T.1

 

 

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Premières lignes — 29 novembre

Premières lignes 

« Arcadia Darell déclama d’une voix ferme dans le micro de son transcripteur :
« L’avenir du plan Seldon, par A. Darell. »
Puis elle songea non sans amertume qu’un jour, lorsqu’elle serait devenue une grande écrivaine, elle pourrait enfin se permettre de signer tous ses chefs-d’oeuvre du pseudonyme d’Arkady. Arkady tout court. Juste le prénom. « 

Dans la série « Je relis mes classiques », Fondation, la suite, ép.3. A ce sujet, j’ai aussi Dune en réserve ;   il faut que j’écrive la/les chroniques (après avoir vu le film de Villeneuve,  j’ai relu jusqu’au Messie mais je fais un break, il y a pas mal de nouveautés dont j’aimerais parler).

Ce troisième tome intitulé Seconde fondation rassemble deux longues nouvelles qui viennent clore ce premier triptyque, La Quête du Mulet et La Quête de la Fondation.
Dans la première quête, le Mulet qui est désormais tout puissant recherche la Seconde Fondation. Rappelons que selon le Plan Seldon,  la  Première Fondation  (celle que l’on connaît comme la Fondation) doit ignorer l’existence de la Seconde Fondation, cachée et  très différente  de la Première, qui elle,  doit tout faire pour fonder un nouvel empire.
Mais, avec l’apparition du Mulet, la Seconde Fondation a dû intervenir. Tout au long de la nouvelle, on assiste aux manigances du Mulet et aux manipulations de la Seconde Fondation. Qui va réussir à duper qui ?
C’est un peu embrouillé au final puisqu’on reste sur sa faim. (« Ah, c’est tout ? »)
Quelques années plus tard, le Mulet meurt. Passent encore des années.  C’est à cette période, sur Terminus, que commence la nouvelle suivante qui apporte une touche de fraîcheur bienvenue,  introduisant un jeune personnage Arcadia Darell, la petite-fille de Bayta (LE personnage féminin du tome 2 et pour l’instant, le seul). Grâce à Arcadia, on vit véritablement cette aventure en immersion,  on voyage, et donc, on se fait aussi duper par moments. Qui cherche la Seconde Fondation ? Qui espionne qui ? Asimov est au sommet de son art.
C’est une nouvelle habile, vivante, touchante et bien menée, l’une des meilleures à mon sens.
Quant à savoir où se trouve la Seconde Fondation, ce n’est pas moi qui irait le révéler…

Fondation 3

Résumé : Conçue par le psychohistorien Hari Seldon pour restreindre l’ère de chaos résultant de la décadence de l’Empire galactique, la Fondation est désormais aux mains du Mulet, un mutant imprévisible capable de manipuler les esprits et d’imposer sa volonté à quiconque. Avec ses pouvoirs et les immenses ressources que lui procure la Fondation, il s’est donné pour objectif d’étendre sa domination aux ultimes vestiges de l’Empire défunt.
Mais déjà une nouvelle légende prend forme : il existerait une Seconde Fondation, consacrée aux sciences mentales, œuvrant de façon occulte pour garantir l’accomplissement des desseins du légendaire Hari Seldon…

 

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Premières lignes — 22 novembre

Premières lignes 

 » Le premier aperçu que Bayta eut d’Oasis fut tout sauf spectaculaire. Son mari dut la lui montrer du doigt ; une étoile terne, perdue dans le désert de la frange galactique.   Elle luisait faiblement par-delà les ultimes amas clairsemés d’étoiles, en compagnie de quelques points lumineux qui, ici et là, parsemaient chichement l’immensité vide du ciel. En dépit de ce modeste voisinage, on peinait tout de même à distinguer sa lueur falote, frêle. « 

Je continue ma relecture de Fondation. (1)

Un petit rappel en ce qui concerne Fondation : les nouvelles qui composent les trois premiers tomes  ont été publiées entre 1942 et 1950 dans  la revue  Astounding Sciences Fiction. C’est une maison d’édition indépendante (Gnome Presse) qui  publie les différentes nouvelles, composant Fondation en trois tomes : FondationFondation et Empire et Seconde Fondation. Lorsque Doubleday rachète les droits à Gnome Presse en 1961 et édite à nouveau Le Cycle de Fondation en un seul volume cette fois. Asimov ne croit plus à sa série (« Ça ne m’intéresse pas, Tim. Je n’ai jamais rien touché sur ces bouquins » dit-il au directeur littéraire de Doubleday).
Mais Fondation est enfin reconnu,  et 1966, à la grande surprise d’Asimov,  le prestigieux prix littéraire Hugo de la Meilleure Série de Sciences Fiction de tous les temps est décerné à Fondation. A la suite de ce succès, Asimov écrira les deux derniers volumes de la séries.

Fondation 2
Fondation et EmpireFoundation and Empire ) est le deuxième tome du cycle. Il est constitué de trois nouvelles. L’Empire est en plein déclin et la Fondation, quant à elle, est devenue une puissance redoutée. On en vient même à penser qu’elle abrite des magiciens. Car Seldon avait raison (Hari Seldon a toujours raison, pourrait-on penser à ce stade), et la psychohistoire est une réussite.
La première nouvelle se concentre sur l’histoire de Bel Riose (que j’ai j’ai toujours eu tendance à orthographier : « Bielle Rose », le pauvre), un général qui veut le pouvoir avant tout.
Ce n’est pas ma nouvelle préférée, je l’avoue. Il m’a toujours semblé qu’elle était assez facile, pas suffisamment complexe. Asimov tente de tisser des liens entre certains personnages et d’anciens marchands légendaires que nous avons croisés mais tout cela reste un peu artificiel.
Le reste du livre, lui, est passionnant car il introduit à la fois le premier personnage féminin important, Bayta Darell. Même si elle n’est que l’épouse de…. et si elle se conforme aux codes de l’époque (la nouvelle date quand même des années 1940), elle présente des facettes très intéressantes. Car c’est elle qui s’oppose au grand méchant de l’histoire, à celui que Seldon n’avait pas vraiment prévu : le Mulet.
Le Mulet est un mutant aux capacités psychiques étonnamment puissantes qui va mettre en péril la Fondation. Pire : personne sur Terminus, la planète des Fondateurs, ne prend au sérieux cette menace.
Les nouvelles Le Mulet et Le Clown font partie des grandes réussites d’Asimov. L’auteur nous mène en bateau comme rarement (la première lecture est souvent bluffante). Un vrai tour de passe-passe — mais je n’en dis pas plus.
Avec Fondation et Empire, on sent que le ton est plus mature, que tout se complexifie. Et cela se vérifiera dans le tome suivant. 

Résumé : Tandis que les crises qui secouent l’Empire redoublent de violence et annoncent son effondrement définitif, la Fondation créée par le psychohistorien Hari Seldon pour sauvegarder la civilisation devient de plus en plus puissante, suscitant naturellement convoitises et visées annexionnistes. En tout premier lieu, celles de Bel Riose, jeune général qui voit dans les secrets détenus par la Fondation le moyen de monter sur le trône.
C’est alors qu’apparaît un mystérieux et invincible conquérant, surnommé le Mulet, que le plan de Seldon n’avait pas prévu…

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Premières lignes – 1er novembre

Premières lignes (relecture )

 » Gaal Dornick, car tel était son nom, n’était qu’un jeune homme fraîchement débarqué de sa planète natale. Un provincial qui n’avait même jamais vu Trantor. Du moins, pas de ses propres yeux. Bien des fois, par contre, il av ait eu l’occasion de contempler la planète à l’hypervidéo. D’autres fois, un peu moins souvent, en regardant les actualités en tridi, fasciné par le formidable impact visuel de ces images, il avait assisté à un couronnement impérial ou à l’ouverture d’un concile galactique. Bien qu’il eût passé jusque_là toute son existence sur Synnax, une planète en orbite autour d’une étoile située aux confins de la Nébuleuse Bleue, Gaal Dornick  n’était pas totalement coupé du reste de la civilisation. Ce qu’il vous faut comprendre, c’est qu’à cette époque-là, dans la Galaxie, nulle planète ne l’était vraiment. « 

Fondation. Asimov  — 1951 (1957 en France)
Rien que ça.
En fait, le cycle de Fondation est loin d’être une découverte pour moi. Fan de SF depuis mon (très) jeune âge, j’avais l’habitude de le lire et de le relire, en alternance avec Dune (tous les tomes de Dune, pas que le 1er), ou dans un autre genre, Le Seigneur des Anneaux.
Mais cela faisait assez longtemps en fait que je ne m’étais pas plongée dans l’univers de la psychohistoire, cette science inventée par Hari Seldon, basée essentiellement sur les mathématiques (statistiques) tout en prenant en compte les grands courants sociologiques et historiques afin de prévoir l’avenir d’une société.
Grâce à la toute récente adaptation en série du cycle, j’ai eu envie de retrouver les livres, pas pour les comparer car j’ai bien compris que le show TV avait apporté de grandes libertés, assez intelligentes pour la plupart par ailleurs, mais plutôt pour retrouver l’univers d’Asimov.

Résumé : En ce début de treizième millénaire, l’Empire n’a jamais été aussi puissant, aussi étendu à travers toute la Galaxie. C’est dans sa capitale, Trantor, que l’éminent savant Hari Seldon invente la psychohistoire, une science nouvelle permettant de prédire l’avenir. Grâce à elle, Seldon prévoit l’effondrement de l’Empire d’ici cinq siècles, suivi d’une ère de ténèbres de trente mille ans. Réduire cette période à mille ans est peut-être possible, à condition de mener à terme son projet : la Fondation, chargée de rassembler toutes les connaissances humaines. Une entreprise visionnaire qui rencontre de nombreux et puissants détracteurs…

L’histoire, en elle-même, se découpe en 5 parties, 5 nouvelles qui constituent autant d’étapes dans la naissance de la fondation (par Hari Seldon et Gaal Dornick ) puis dans son évolution. On ne suit donc pas un personnage principal tout du long ; on va apprendre à connaître brièvement plusieurs personnages importants . En premier, celui qui a inventé la psychohistoire, Hari Seldon et son « successeur », Gaal Dornick sont rapidement abordés dans la première nouvelle. Un peu trop vite, d’ailleurs. Puis, très vite, les années passent, nous abandonnons la gigantesque planète Trantor, centre de l’Empire, pour nous concentrer sur les problèmes que vont devoir affronter les exilés, partisans de Seldon, sur la petite planète Terminus. A chaque nouvel épisode, une crise survient.
On ne sait pas de quoi il s’agit car les faits semblent insignifiants. Ce n’est pas le cas, au contraire : chaque détail compte. Et comme lors d’une partie d’échecs, tout se joue finement, sans violence. Les personnages forts (tous des hommes, les femmes étant totalement absentes de ce futur) sont des pacifistes rusés. Asimov sait trouver des clés, mettre en situation des personnages malins comme Salvor Hardin ou Hober Mallow, le marchand.
Les thèmes sont bien vus, particulièrement pour l’époque, les années 50. Il suffit de les transposer pour s’en rendre compte : la science devenue religion, utilisée comme un force, le pouvoir du commerce, la disparition des techniques et de l’effacement de la mémoire qui contribuent à un « effondrement »…
Rien n’est jamais anodin.
De plus, le texte se lit bien.
Bien sûr, en relisant, j’ai noté les mêmes bémols qui me chiffonnent à chaque fois — mais visiblement, ça ne m’empêche pas de trouver que Fondation est un grand classique.
Je l’ai dit plus haut : aucun personnage féminin à ce stade. C’est lié au contexte : le roman a été édité dans les années 50 mais tout de même, imaginer le futur aurait pu être l’occasion de réfléchir à une autre société. On n’y trouve pas non plus d’espèces extra-terrestres. Rien que des humains, et des mâles.
La psychohistoire me paraît aussi quand même un peu light, sociologiquement parlant, dans ce premier tome (même si je connais la suite, mais faisons comme si je n’avais jamais lu le cycle).
Quant aux personnages, j’ai toujours trouvé dommage qu’Asimov ne les ait pas développés davantage (Dornick, Hardin).
Bref, c’est un premier tome d’introduction, pas le meilleur du cycle à mon sens, mais qui donne envie d’en savoir plus. Car, heureusement, la suite va se bonifier.

La série apporte une autre vision, bien différente, mais assez intéressante dans les premiers épisodes.
C’est une autre approche, pas du tout calquée  sur les romans et certaines personnes diront que ce n’est pas fidèle.  Je la trouve maligne par bien  des aspects  comme  le traitement des personnages qui changent de genre (Hardin, Dornick),  le fait de s’intéresser à la chute de l’Empire, l’idée du clonage des empereurs. Les personnages sont également beaucoup plus développés, ce qui est un bien. Leurs histoires sont plutôt assez bien pensées comme celle de Gaal Dornick. Par contre, les connexions entre Salvor Hardin et Dornick deviennent vite obscures pour finir en méli-mélo. Les romances sont omniprésentes et très vite, cela pèse sur l’intrigue. Et surtout, au fil des épisodes, on s’embourbe dans des histoires qui ne ressemblent plus à rien. C’est dommage car la série partait très bien sans compter que,
visuellement, c’est aussi très beau.

La nuit du faune – Romain Lucazeau

 

Résumé : «  Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune, en quête de gloire et de savoir. Mais sous son apparence d’enfant, Astrée est en réalité une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables.

Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un mortel ennui, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie.

A la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du système solaire jusqu’au trou noir central de la Voie Lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables. »

 » La nuit du faune » est un roman court mais ô combien dense ; certaines personnes diront même exigeant, trop, peut-être. Mais est-il possible qu’une lecture en demande trop ?
J’ai même lu, assez étonnée, qu’on ne devrait pas le conseiller à tout le monde ou alors, en prenant des pincettes. Je ne partage pas vraiment cette opinion. Et je vais tout de suite  parler de cet aspect qui me semble important.
Au fil des pages, il est vrai qu’ on rencontre des notions de plus en plus complexes, particulièrement dans ce qui pourrait être considérée  comme la seconde partie du périple (au hasard, l’intrication quantique, par ex. ).  D’accord, il faut mettre en marche ses neurones.
Et donc ?
Ce n’est pas parce que tu n’as mené des études dans cette branche, parce que tu ne sens pas légitime, etc… que tu dois te sentir exlu.e. Car, au final,  la curiosité intellectuelle l’emporte, tu as envie de savoir (comme le faune du roman ou l’enfant d’éléphant de Kipling) ou du moins, d’en connaître plus. Pas tout, pas besoin non plus de devenir un expert.
Et puis, Internet est ton ami, si tu n’as pas la chance d’avoir quelqu’un près de toi pour t’expliquer simplement certaines notions (de physique ou de philo).
Enfin,  et surtout, Romain Lucazeau est un  bon vulgarisateur. Pour ma part, je n’ai pas ce genre de réticences et je n’ai pas décroché.

Non, ce qui m’a fait craindre de ne pas accrocher, dès le départ, a tenu au style de l’auteur, au rythme particulier, marqué par de nombreuses virgules qui cisaillent la phrase. Pas autant que peut le faire une Duras, par exemple,  qui sait manier les phrases courtes et utiliser les points à merveille. Non, simplement cette utilisation des virgules donne parfois l’impression de légères semi-pauses qui surprennent. Mais, une fois que je m’y suis faite, j’ai littéralement plongé dans le récit, appréciant aussi l’utilisation des (nombreux) adjectifs, quelquefois un peu surannés, de même que le vocabulaire utilisé par les personnages d’Astrée ou de Polémas.

A ce sujet, la référence au roman d’Honoré d’Urfé n’est pas là pour faire simplement joli. Il y a un de multiples clins d’oeil : dont les noms des personnages qui, cependant n’ont pas grand chose en commun avec les amours d’Astrée et de Céladon. Il est vrai que l’Astrée est moins connu de nos jours. Nous avons  en grande partie oublié les romans de la première moitié du XVIIe siècle pour leur préférer la seule Princesse de Clèves,  la nouvelle de Mme de La Fayette correspondant davantage à ce qui se publie depuis le siècle dernier, i.e des récits dont le nombre de péripéties est limité. L’Astrée, est un roman à tiroirs, peuplé de bergères et de nymphes, de chevaliers qui habitent  une contrée idyllique au Ve siècle de notre ère. Plus de deux cents personnages évoluent  dans ce roman pastoral.

« La nuit du faune » se concentre autour de trois personnages : Astrée (la dernière de son espèce, une « vieille-petite fille »), Polémas (le faune, représentant d’une toute jeune espèce de la Terre) puis Alexis.
Polémas  désire la connaissance. Car la connaissance mène au pouvoir, dit-il. Il a gagné le droit d’obtenir des réponses en parvenant jusqu’à  Astrée. Joueuse, la petite finitpar lui répondre  et accepte de l’emmener avec elle pour un très long voyage,  jusqu’au centre de la Voie Lactée, à la rencontre d’êtres qui peuplent la galaxie. Mais elle le prévient :  Polémas obtiendra des réponses qui ne seront guère  agréables à entendre (et on verra que ce sera le cas).
Mais avant de partir, Astrée lui montre le passé et l’avenir. Un éternel retour .

 » Il comprit, par cette seule expérience, qui ne constituait pas encore la leçon, une vérité sur le monde. Et ainsi, Astrée ne la lui transmit pas par le truchement de la parole, mais par  cette absorption qu’elle lui faisait subir, et à laquelle il ne résista pas. le savoir résidait dans le récit, et le récit représentait bien plus que la description, l’adéquate relation au réel : une croissance, un bourgeonnement, un développement organique, de la graine à l’arbre et au fruit. »

C’est ainsi qu’on pourrait résumer « La nuit du faune » : tout réside dans le récit. Car le récit est essentiel. Il est au centre de ce roman. Il est savoir, il est connaissance (donc science). Il est langage, donc poésie. Et c’est toute la force de ce livre, de se situer au-delà de la SF, hard ou pas, d’un conte philosophique ou d’être tout cela à la fois. C’est un voyage fabuleux, une Odyssée.  Un récit.

La Nuit du faune par Lucazeau

Et pour le reste, je renvoie à toutes les chroniques brillantes et référencées sur la blogosphère  (je ne les citerais pas toutes, de peur d’oublier quelqu’un).

Merci à Gilles Dumay et aux éditions Albin Michel Imaginaire pour le service de presse.

  • Titre : La Nuit du Faune
  • Auteur : Romain Lucazeau
  • Publication : 1 septembre 2021
  • Collection : Albin Michel Imaginaire
  • Nombre de pages : 256 pages
  • Format : papier et numérique

 

 

Premières lignes — 23 mars

Premières lignes

 » Vos voisins se brûlent-ils vifs les uns les autres  » voilà comment fraa Orolo entama la conversation avec artisan Flec.
L’embarras me frappa. L’embarras est une chose que je ressens dans ma chair, comme une motte de boue chauffée au soleil s’écrasant sur ma tête.
 » Vos chamans se déplacent-ils sur des échasses ? » poursuivit fraa Orolo, en consultant une feuille, qui, à en juger par son aspect brunâtre, avait au moins cinq cents ans.

Anatèm, tome 1 par Stephenson

En commençant Anatèm, je me suis dit que je n’allais pas le terminer. Surtout qu’il s’agit du tome 1, l’oeuvre gigantesque de Neal Stephenson a été scindée en 2 tomes pour l’édition française.
Je me suis dit que je n’allais rien y comprendre. Mais, après tout, il y a longtemps, j’avais bien survécu à L’empereur-dieu de Dune (quand mes proches disaient que c’était insupportable). Et en fait, j’ai assez vite accroché, malgré les … 100 ou 200 premières pages assez raides, truffées de néologismes et de notions étranges qui sont explicitées lentement, grâce à des extraits d’un pseudo-dictionnaire. Mais, une fois ces pages franchies, j’ai été happée par l’histoire, les personnages. En fait, il se dégage de tout le livre un puissant magnétisme et je n’avais qu’une envie : en savoir plus sur ce monde qui n’est pas le nôtre mais qui pourrait l’être.

Nous suivons le jeune fraa Erasmas, une sorte de moine, dans sa concente ( plus ou moins un monastère, donc ), où vivent des fraa et des soor. Leur « religion » n’en est pas une : ils réfléchissent sur des concepts scientifiques, des idées, ils philosophent, ils étudient des théories. Les ordres sont différents : certains ont fait voeu de rester cloîtrés pour dix ans ; ce sont les dixies comme fraa Erasmas. Mais existe aussi des unitariens, des séculiers et des millénariens et eux, n’ont de contacts entre eux et avec le monde extérieur que lors des apertes (les ouvertures, donc) respectives de leurs ordres.

L’histoire est basée sur l’Histoire du monde de fraa Erasmas, Arbre (et non la Terre), un long passé riche et dense, sur la façon dont les idées ont évolué. L’intrigue, quant à elle, reste assez simple : un mystère est à résoudre. Fraa Erasmas se lance à l’aventure et embarque un groupe de personnes avec lui…
Le livre est truffé d’idées, de notions, parfois sans être vraiment utiles à l’histoire il faut le reconnaître, mais l’ensemble est splendide. Pas confortable, surtout au début, mais fascinant.

Et j’ai vraiment hâte de me lancer dans le second.

Résumé :

Fraa Erasmas est un jeune chercheur vivant dans la congrégation de Saunt-Edhar, un sanctuaire pour les mathématiciens et les philosophes.
Depuis des siècles, autour du sanctuaire, les gouvernements et les cités n’ont eu de cesse de se développer et de s’effondrer. Par le passé, la congrégation a été ravagée trois fois par la violence de conflits armés. Méfiante vis-à-vis du monde extérieur, la communauté de Saunt-Edhar ne s’ouvre au monde qu’une fois tous les dix ans. C’est lors d’une de ces courtes périodes d’échanges avec l’extérieur qu’Erasmas se trouve confronté à une énigme astronomique qui n’engage rien de moins que la survie de toutes les congrégations.
Ce mystère va l’obliger à quitter le sanctuaire pour vivre l’aventure de sa vie. Une quête qui lui permettra de découvrir Arbre, la planète sur laquelle il vit depuis toujours et dont il ignore quasiment tout.

Challenge de l’Imaginaire, évidemment !

Premières lignes – 9 mars

 Premières lignes (en retard, mais premières lignes quand même) 

« Aster retira de sa trousse deux scalpels pour les faire tremper dans une solution désinfectante. Ses doigts tremblaient à cause du froid, et elle peinait à tenir ses instruments ; ils lui échappèrent et tombèrent avec un ploc disgracieux dans l’épais liquide. dans dix minutes, elle allait amputer le pied grangréneux d’un enfant. « 

Ce premier roman de Rivers Solomon,  An Unkindness of Ghosts ( 2017) traduit en français par  Francis Guévremont  sous le titre L’Incivilité des fantômes ( Aux Forges de Vulcain ) a été remarqué et souvent salué favorablement, surtout en raison des thèmes qui y sont abordés :
la domination d’une partie de la population du vaisseau regroupée sur les « hauts ponts » sur une autre (les « bas-ponts), oppression liée à la couleur de peau ( pour résumer : la domination blanche, particulièrement celle des hommes) ; la violence et la ségrégation ; la notion de genre ; et la perception interne du handicap ( autisme Asperger ).
Le roman se déroule à bord d’un immense vaisseau spatial, une arche générationnelle, un thème bien connu en SF ( Croisière sans escale — Brian Aldiss ; Les orphelins du ciel — Robert Heinlein ;  et toutes ces représentations dans les séries TV  plus proches de nous). Le Matilda, nommé en référence au dernier bateau négrier le Clotilda à avoir accosté aux  USA, est en route depuis plus de 300 ans pour une planète qui accueillera enfin les rescapés d’une Terre mourante. Nous n’en saurons pas plus, ni des conditions de l’extinction de la Terre, ni de l’époque, ni de rien d’autre, d’ailleurs (et c’est là que ça commence à être faible mais j’y viens).
A bord, comme dans le Transperceneige, on trouve différents ponts répartis de A à Z :  une élite, sociale, politique, économique, religieuse et blanche se situe dans les « hauts ponts. Les ponts inférieurs sont occupés par ce qu’on pourrait appeler des esclaves, une population noire, exploitée, laissée sans soins médicaux, sans confort, violentée, etc…
Ponts, vaisseau, tout cela rappelle les navires négriers.
Petit aparté personnel (vous pouvez sauter le passage): je sais de quoi je parle, j’habite à Nantes, une ville dont une certaine « élite » riche et blanche a prospéré en affrétant des navires négriers. Enfant, j’ai été sensibilisée — et été horrifiée — par ce que je voyais/lisais à la section du musée qui est consacré au commerce triangulaire. Donc, les récits de torture, viols et autres atrocités commises durant cette période ne me sont pas (hélas)  inconnus. Sans oublier qu’une partie de ma famille  vient des Antilles françaises et pas de la partie des propriétaires blancs, au contraire.
Je clos la parenthèse pour dire que je n’ai rien lu de neuf, ici. Rien et surtout pas de fiction. Je ne dis pas qu’il ne faut pas l’écrire pour continuer à le dénoncer. Je dis simplement qu’il s’agit d’une transposition sans nuances et sans finesse. Même en voulant faire du « coup de poing », c’est à peine bien fait. C’est répétitif, et surtout, au bout du compte, on se demande : quel est l’intérêt pour l’intrigue ?
Mais voilà où se situe le principal défaut du livre : l’intrigue.
Je veux bien excuser de petites faiblesses si on me raconte une histoire.
Le personnage d’Aster, femme noire, rebelle, autiste, aux caractéristiques  transgenres, paria parmi les autres pourrait être intéressant. Sa recherche des origines, même si elle est un peu tirée par les cheveux, m’aurait intéressée, si l’auteur.ice ne l’avait pas laissée tomber au beau milieu du roman. Aster cherche ce qui est arrivé à sa mère, Lune, qui aurait découvert un grand secret.
Et, au final, tout retombe.
J’en ressors assez mitigée, au final.
Certains passages sont tout à fait bouleversants, d’autres carrément inutiles (et alors, j’ai décroché tellement c’était ennuyeux). Il n’y a pas assez de construction pour donner un semblant de cohérence, pas assez de SF non plus. On a l’impression d’avoir un brouillon entre les mains et non la version finale.
Bref, je me dis que ce roman n’est pas pour moi et qu’il profite sans doute mieux à d’autres. Mais, au moins, je l’aurais lu….

Résumé :
Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

Arts d’hiver — 27

Rowena Morrill est décédée récemment et, si vous lisez de la SF ( et si vous aimez les éditions un peu pas forcément récentes en poche, celles qui ont tout leur charme), vous connaissez sans le savoir ce qu’elle faisait.

Et elle a dessiné Asimov sur un trône aussi :

 

Rowena Morrill. Le gardien

Rowena Morrill. Jardin de pierre

Rowena Morrill. Temps de Bender

Rowena Morrill. Le sorcier

Sa vision de Tolkien ( oui….) — Beren et Luthien :

Rowena Morrill. Beren et luthien

Le cygne-bateau de Galadriel :

Rowena Morrill. Cygne bateau galadriel

Le Gondor :

Rowena Morrill. Dernier gouverneur du gondor

Rowena Morrill. Maître en général

Et Asimov :

Rowena Morrill. Opus 200