T’as pas vu ma pop (Les origines) # 6 – Glam, psychédélique et 70’s

On a vu la semaine dernière que les années 50 et 60 apportaient leur lot de tribus stylées, les sixties ayant permis une véritable explosion de la musique pop.

La deuxième moitié des années 60 voit un basculement dans le rock et le psychédélisme     qui connaît un pic entre 67 et 69 dans l’art pictural et la musique. Affiches, posters, pochettes de disques, tout est à la sauce psychédélique.

La littérature n’est pas en reste (à lire le très dense « Acid test » de Tom Wolfe). Les artistes n’ont de cesse d’ouvrir leurs portes de la perception (the doors of perception – qui inspireront si bien Jim Morrison et cie).

« Le terme « psychédélique » apparaît au grand jour en 1966, avec la sortie du disque The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators, élaboré par The 13th Floor Elevators, groupe texan considéré aujourd’hui comme l’archétype du groupe psychédélique.

13th Floor elevators: 

See Emily play – Pink Floyd (1967):

Electric Prunes – Had too much to dream last night :

 

A la fin des années 60, la pop psychédélique, que l’on qualifie de plus en plus de « pop-rock » se perd peu à peu. Certains groupes se tournent vers le folk, d’autres vers le funk et bien sûr, vers le rock. (je ferais un dossier à part sur toute cette mouvance prochainement).

 

Les Beatles initient  un tournant en 1967 avec  Sergent pepper’s , l’ album où ils jouent  la fanfare en satin fantaisie. Vers le début des années 70, l’un des rejetons du rock psychédélique fait parler de lui: le glam rock. Emblématique de la culture pop, cette branche du rock célèbre les vêtements recherchés, l’androgynie, et un certain retour au rock plus dur.

Nick Kent écrit à ce sujet:

« En 1970, plusieurs événements ont déjà sonné le glas du rêve utopiste des 60’s: la séparation lamentable des Beatles, les exploits sordides de la famille Manson, les morts successives de Jimi Hendrix et Janis Joplin. Aussi, lorsque, en 1971, Jim Morrison rejoint les deux derniers cités, il devient évident que la glorieuse révolution contre-culturelle que lui et d’autres prophétisaient n’aura pas lieu. Les rues anglaises se mettent à grouiller d’une nouvelle sous-culture skinhead inquiétante, tandis que les musiciens rock s’égarent dans d’interminables jams soporifiques. Puis, à la fin de la même année, le glam commence à scintiller sur ce paysage culturel morose. « 

Là où la pop avait versé dans le rock progressif (Yes, Genesis, King Crimson), le glam rock est en quelque sorte le précurseur de ce que sera le punk quelques années plus tard.

Le précurseur du genre, David Bowie:

La figure de proue du glam, c’est Marc Bolan avec le groupe T. Rex (Ze groupe glam):

 Velvet Goldmine , le film de 1999 est intéressant à regarder pour sa  vision du glam – sans compter qu’on y voit Ewan McGregor ainsi que Jonathan Rhys Meyers dans leurs jeunes années (beaux et sexy):

On touche le fond du bocal à paillettes avec Gary Glitter:

Les femmes ne sont pas en reste – Suzi Quatro

qui précède tout juste les exploits des Runaways.

Si les tenues jouent sur l’androgynie, les stars de l’époque ne sont pourtant pas ouvertement gay. Iggy, Mick Jagger, David Bowie surfent sur une ambiguïté bi, pas forcément assumée. Seule star glam des années 70 à affirmer son homosexualité, Jobriath déclare : « I am the true fairy of rock’n’roll ». Il est la 1ère pop star gay:

 

 

 

Face au rock prog qui se donne de grandes ambitions, le glam a un côté WTF

  • nom stupides
  • paroles simplistes
  • allures étranges
  • mélodies simples et joyeuses (les fameuses sonorités pop, car majoritairement composées avec des accords majeurs – plus fun que le mode mineur qui est plus utilisé dans le blues et donc, dans le rock)
  • provocation
  • un certain mauvais goût (voir ci-dessous Sweet en 1973):

On voit que le lien entre le camp et le glam rock est étroit (j’avais parlé du camp dans un autre article).

Une fois de plus, l’attitude, le style, le décalage, le too much  se retrouvent dans la pop culture.

En 1973, un groupe de jeunes agités révolutionne la scène new-yorkaise alors que le glam rock secoue encore Londres. Empruntant au glam, les tenues et les attitudes, les New York Dolls préfigurent le punk.

D’ailleurs, les Dolls et les Sex Pistols ont ce point commun: un certain Malcolm McLaren qui sait y faire en matière de marketing et de relooking… Et si McLaren échoue avec les tenues de cuir rouge des New York Dolls, il réussira fort bien avec son grand projet (ou est-ce la grande escroquerie du rock’n’roll – the great rock’n’rol swindle?) : the Sex Pistols. Mais ceci est une autre histoire…de la pop culture.

 

Pour aller plus loin:

« L’histoire de quarante ans de musique à travers les yeux de Richie Finestra, un producteur de disques qui tente dans les années 70 de faire renaître de ses cendres son label en trouvant de nouveaux sons et de nouveaux talents alors qu’il traverse sa crise de la quarantaine. Drogue, sexe, punk et disco deviennent son quotidien… »

 

Les New York Dolls revus pour la série Vinyl:

Publicités

T’as pas vu ma pop (Les origines) # 5 – Styles

Comme on l’a vu les semaines passées, le mouvement pop est une histoire de jeunes, un mouvement jeune. Qui dit jeunesse, dit « tremblez les vieux »  avec le lot de courants musicaux et de styles vestimentaires qui vont avec. Ce n’est pas nouveau que les générations les plus anciennes se plaignent que les jeunes générations font n’importe quoi, à croire que la mémoire s’efface pour certains et qu’ils ont oublié leur propre jeunesse…
Alors qu’actuellement, nous voyons systématiquement des aigris s’élever contre cet abus d’écrans, cette musique de m*****, ces jeunes qui « n’ont plus de respect« , il en était de même lorsque dans les années 50 apparurent les teddy boys, les mods, les rockers puis les skinheads, dans les 70’s, les hippies, les punks (on peut continuer longtemps). Plus ça change, plus c’est la même chose, disent les Anglais.

Pour l’instant, continuons notre chronologie pop et allons dans les années 50 et 60….

Les teddy boys, en Angleterre, ou blousons noirs en France, sont les descendants naturels des zazous de la Seconde guerre mondiale: swing, St Germain des prés, caves enfumées, jazz.

Cab Calloway chante « Zaz Zuh Zaz » qui donne le nom « zazou »:

Ils portent des vêtements de style dandy de la période edwardienne anglaise, d’où leur nom : « teddy » pour Edward.

 

Les « racailles » d’hier sont les blousons noirs (documentaire d’époque):

(allemand sous-titrage anglais):

 

 

Le rock est un exutoire. Mais les bagarres sont fréquentes. Les teddy boys affrontent régulièrement les autres communautés et autres clans dont les mods (les fameuses bagarres à Brighton). Le plus grand affrontement a lieu en 1964:

(images d’époque)

 

Le mod  porte des costumes élégants, petite cravate, mocassins, et la parka militaire kaki. Les mods ont les cheveux courts (filles aussi) et surtout, se déplacent à scooter.

« Le Rock & Roll était considéré comme une musique de vieux, obsolète. Mods angleterre

La musique qui attirait ces jeunes en ces premières années des 60’s était la noire américaine : Rythm & Blues, Soul (avec les productions primordiales de Tamla Motown et Stax), genres dont des clubs comme le Twisted Wheel Club à Manchester (selon les sources, le club le plus lié au mouvement Mods) avaient fait leur spécialité depuis quelques années en arrière, Modern Jazz (le son du quartier de Soho) et plus tard le Ska (ou Blue Beat comme il fut appelé à cette époque) étaient les styles qui les faisaient danser toute la nuit, boostés par une consommation effrénée d’amphétamines.  » (source)

L’hymne des mods? « My generation » , the Who:

 

De leur côté, les Rockers, qui découlent directement des Teddy Boys, incarnent le contraire de cette culture « moderniste » . Ils sont habillés  de cuir, se déplacent  à moto, ont les cheveux gominés  et écoutent Gene Vincent, Elvis Presley et tout le rockabilly blanc

Dessin de Frank Margerin

 

 

Une autre tribu vient s’ajouter dès les années 60. Au départ proche des mods, les skinheads restent encore les plus controversés. L’image que nous en avons actuellement est celle de fascistes, racistes, hyper violents. Or, à la base, les skinheads sont proches des rude boys, ces descendants de l’immigration jamaïcaine qui écoutent du ska, du rock steady et du reggae.

 

 

Les skinheads 1ère génération sont métissés (on voit des skinheads noirs). Le sens de la boule à zéro est simple: elle souligne les origines prolétaires. Leur musique est le ska, le reggae et non les hymnes ultra violents auxquels on associe aujourd’hui les skins.

Paul Simonon, le bassiste des Clash: « J’ai grandi en même temps que le premier mouvement skinhead anglais, quand un skin était encore un fan de Reggae, obsédé par son image et absolument pas raciste. J’ai grandi parmi les jamaïcains, et ils m’en ont beaucoup appris sur l’élégance… Par exemple, si je mettais des bretelles, il fallait que dans le dos, elles descendent droit, le long de la colonne vertébrale (…) »(Les Inrockuptibles Hors Série, The Clash, p.45).

C’est le label Trojan (que je recommande) qui éditera le plus de classiques ska, reggae et rocksteady .

Parmi ces titres, celui-ci qui sera immortalisé en 79  par The Specials:

Le mouvement skin se divise entre « redskins » (gauchistes anti-fascistes) et « boneheads » (extrême-droite).

Frank Margerin

 

Comme on peut le voir, le style s’affirme comme une forme de révolte. Les mods, teddy boys, rude boys, rockers, skinheads nourrissent la contre-culture et font partie de la culture pop. De même que les hippies nés dans les années 70 et à la fin de celles-ci, les punks.
Il paraît étrange de parler de punk dans un article consacrée à la pop culture mais la culture punk, par ses codes (habits, marketing, slogans, jeunesse) répond pourtant à ceux de la culture pop.
Quant à la musique, on verra dans le prochain volet en quoi elle se différencie  de ce qu’on appelle généralement la pop music, la distinction n’étant pas celle qu’on croit.

Illustrations Frank Margerin

Résumé en musique et en images:

 

T’as pas vu ma pop- les origines #4 – Pop 60’s

 

En 1979, le groupe M (rien à voir avec Mathieu Chedid) sort ce titre entêtant:

Shoobie, doobie, do wop
Pop, pop, shoo wop
Shoobie, doobie, do wop
Pop, pop, shoo wop
New York, London, Paris, Munich
Everybody talk about pop muzik
Talk about
Pop muzik
Talk about pop muzik
Or, c’est effectivement de la naissance de la pop music dont je vais parler cette fois, après m’être consacrée au pop art.
Remontons le temps et allons nous promener dans les années 60, à la naissance de la pop.

Pop et beatlemania

C’est une évidence: quand on parle de « pop », on associe la plupart du temps le mot musique au bout. Remontons le temps et allons dans les années 60 en Angleterre.

Depuis l’après-guerre, la génération des baby-boomers d’Europe  grandit sous une influence américaine due aux circonstances. Le rock’n’ roll a conquis une jeunesse avec le Coca, le chewing-gum, les tourne-disques, toute cette mouvance venue des USA que l’Europe s’empresse d’adopter. C’est enfin la reconnaissance de la jeunesse, le concept de teen-agers qui se développe. En France, c’est « Salut les copains »

« Lancée durant l’été 1959 sous forme d’émission hebdomadaire, l’émission passe dès le 19 octobre de la même année à une fréquence quotidienne, du lundi au vendredi entre 17 h et 19 h. Elle aurait réuni jusqu’à 40 % des 12-15 ans.

Ce succès est relayé par le magazine mensuel Salut les copains, lancé en juillet 1962. Il va vite s’avérer un vrai phénomène de presse avec une diffusion de l’ordre d’un million d’exemplaires »

En Angleterre au début des 60’s, des jeunes gens influencés par le rock forment un groupe. Les quatre de Liverpool revenus de leur voyage initiatique à Hambourg (« Je suis peut-être né à Liverpool mais j’ai grandi à Hambourg » déclarera Lennon « ) deviennent en 1963 un phénomène. La Beatlemania est née. Les Beatles, s’ils n’ont pas inventé la pop, font office de déclencheurs.

A partir de 1965, le mot « pop » circule: pop art, cinéma, littérature, on est jeune, on est pop.

La musique pop, interdite sur la très stricte BBC, est peu à peu diffusée par des radios pirates dont la plus célèbre est Radio Caroline .

« Radio Caroline est lancée le  par le producteur irlandais Ronan O’Rahilly qui vient de créer son label indépendant mais se voit systématiquement refuser la diffusion de ses artistes sur la BBC. Il achète alors le Frederica, un vieux ferry danois qu’il équipe d’émetteurs radio dans le port irlandais de Greenore, propriété du père de Ronan O’Rahilly. »

Le film « Good morning England » (que je recommande) reprend cette histoire :

Swinging London et séries pop

A Londres, les clubs se multiplient. En 66, un article du Time Magazine titre: « London: the swinging city ».

L’expression est lancée. Londres devient la capitale de la pop, le rendez-vous des dernières modes…ce qu’elle restera jusque dans les années 80 après la vague du punk.

Un aperçu du Swinging London des 60’s (ne prêtez pas trop attention au narrateur qui est d’une condescendance pénible):

Autre court documentaire intéressant:

A la télé, l’effet pop se ressent, surtout au travers de séries telles que: The Avengers (Chapeau Melon et bottes de cuir). Emma Peel (formidable Diana Rigg) est une icône pop par excellence.

Mission impossible et son générique-culte:

Signé du même compositeur,Lalo Schifrin,  le générique de la série Mannix  reprend les mêmes éléments:

 

Générique bien connu aussi pour  the Invaders (les Envahisseurs), au visuel très pop:

Je n’oublierais pas une série anglaise légendaire, The Prisonner (le Prisonnier) née en 67 – totalement pop (il me faudrait un article entier pour parler de cette série)

 

Mais les séries les plus pop viennent de la science-fiction. La plus connue est devenue un pilier de la culture pop. J’ai nommé Star Trek:

Au cinéma, c’est Blow up d’Antonioni :

1966 marque le début des années psychédéliques, avec l’influence du LSD (ouvrez les portes de la perception). La pop est entrée dans l’âge adulte et dans l’ère hippie.

 

Sur la face B de « La Poupée qui fait non », Polnareff chante le beatnik:

La pop culture prend un autre tournant.

T’as pas vu ma pop- les origines #3 – Pop art

La dernière fois, nous avons continué notre voyage aux origines de la pop culture avec les comics. Nous allons retrouver l’influence des pulps et des comics cette semaine avec cette partie consacrée au pop art.

Au milieu des années 50, à Londres,l’Independent Group (ou IG), se constitue; Il est formé par des critiques, des artistes, des architectes.
C’est d’ailleurs John McHale  qui utilisa le terme  de »Pop Art » pour la première fois(McHale est l’un des membres fondateurs de l’IG) en 1954.

Lors de la première réunion du IG en 1952, le sculpteur Eduardo Paolozzi  présente une conférence en l’illustrant d’ une série de collages intitulés « Bunk »   faite  durant son passage à Paris quelques années plus tôt.

Paolazzi est aussi l’auteur de « I was a rich Man’s plaything », un collage dans lequel on voit le mot « pop »:

Pop art avant la lettre, Paolozzi s’inspire des comics américains dès les années 50:



Was This Metal Monster Master - or Slave? 1952
Collage mounted on card

Mais c’est  avec l’exposition This is Tomorrow  à la Whitechapel Art Gallery, à Londres qu’on parle de la véritable naissance du pop art.

Richard Hamilton – l’un des premiers artistes Pop art (Independent Group) y présente
Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing?, un collage de 23 cm sur 25 cm 

Il est amusant de voir que Hamilton a créé en 1992 une sorte de remake de l’original:

Richard Hamilton - Just What is it That Makes Todays Homes So Different

Just what is it that makes today’s homes so different?

Le terme « Pop art » est employé pour la 1ère fois par John McHale pour la présentation  de 1954.

Le pop art se veut une révolution culturelle, issu du mouvement dada, s’appuyant sur la presse, la publicité esthétique consumériste), tout en sachant détourner et pratiquer l’ironie. Réflexion sur la culture de mass media (les pulps inclus), l’artiste pop applique les caractéristiques résumées par Hamilton: « Populaire, éphémère, jetable, bon marché, produit en masse, spirituel, sexy, plein d’astuces, fascinant et qui rapporte gros ».

Aux USA, c’est Roy Lichtenstein qui donne l’impulsion au pop art dans les années 60. Après avoir détourné le personnage de Disney dans: Look Mickey

Lichtenstein emprunte aux comics des scènes où il met en scène des couples comme dans le fameux Whaam! (1962):

Or, le dessin est inspiré par cette case du comics All american men  of war:



 Lt. Johnny Cloud story, which is titled "The Star Jockey."
DC comics

Lichtenstein utilise les images  ( en les recadrant, en appliquant la technique des points Ben-Day ) en les détournant de même que  Warhol le fait bientôt avec les boîtes de soupe Campbell, les sérigraphies d’Elvis ou de Marilyn.
Warhol a commencé en faisant des illustrations commerciales:

Puis, débordant d’idées, il décide de reproduire les 32 variétés de la soupe Campbell:

Dès 1964, la Factory, ce loft trouvé par Warhol, devient le lieu de l’art, de l’underground, du rock et de la fête.  Warhol va y réaliser des films. Tout est art: photo, peinture, cinéma mais aussi musique puisque Warhol devient le manager de quatre jeunes musiciens….Velvet Underground. 

L’ambiance à la Factory est sulfureuse.
C’est assez bien retracé dans le film The Doors d’Oliver Stone – scène où Morrison (Val Kilmer) rencontre Andy Warhol:

Dans la série Vinyl de Scorcese, qui rend hommage à la pop culture d’une belle façon,  on y voit aussi Andy Warhol:

David Bowie qui interprète Warhol dans le film Basquiat enregistre sur « Hunky dory », cette chanson « en 71:

Collaboration Basquiat/Warhol dans les années 80:

Warhol se met en scène, devenant l’une des premières superstars de la pop culture, inventant, superposant, mélangeant les codes.



Le selfie avant l'heure - 
quand on l'appelait encore autoportrait


L’influence du pop art est toujours présente; ici sur une affiche de promo pour le concert de U2 lors de la tournée Popmart (1997):

Dans la publicité, on ne compte plus les utilisations:

 

Mais le pop art c’est aussi beaucoup d’artistes moins célèbres que Liechtenstein ou Warhol  comme Erro qui s’inscrit dans une démarche pop pour dénoncer des sujets d’actualité:

 

pour aller plus loin:

-site sur le pop art
-essai sur le pop art (infos + iconographie)
-à propos des artistes moins connus
– une chronologie

T’as pas vu ma pop: les origines #2 Comics

 

Dans cette deuxième partie des origines de la pop culture, je vais m’intéresser aux comics. Je ne tenais pas en rédigeant cet article à faire un énième historique des comics  mais plutôt à continuer à répondre à cette question:

« Pop culture, pop art, pop music: tout ce qui fait émerge (en anglais : « to pop up », émerger, pousser, surgir) est-il soluble dans la culture? »

 

Les comic strips sont nés aux USA à la fin du XIXème siècle. Ces bandes (strips) composées en général de 3 cases racontent des histoires ou reposent sur des gags avant de se diriger vers la satire et l’humour: « comic strips ». On considère « The Yellow kid » comme la première BD américaine :

Très vite, les héros sont à l’honneur, avec, par exemple, Mandrake le Magicien:

Ou Buck Rogers le pilote:

Descendant direct de Tarzan, de Zorro ou Buck Rogers, Superman est inventé en 1933. Au début, il s’agit d’un méchant, doté de pouvoirs psychiques. Mais les histoires de vilain ne se vendent pas. Fu Manchu, par exemple, le « méchant asiatique », a eu du mal à trouver son public.

Il faudra encore quelques années aux deux créateurs de Superman pour peaufiner le héros et en arriver à ce résultat en 1938:

 

Action comics a réussi son coup. Peu après, c’est DC    qui réussit un second coup de maître  avec Detective Comics #27 et la première apparition de Batman, créé comme un opposé de Superman, la star:

Les éditeurs concurrents ne sont pas en reste, comme Timely Comics  (le futur Marvel) avec  Captain America (merci Jack Kirby). De plus, des scénaristes et des dessinateurs se multiplient. On voit un certain Stanley Leiber (Stan Lee) chez Timely Comics.

Après la seconde guerre mondiale, un autre éditeur  EC comics fait parler de lui car il publie des histoires plus adultes, violentes ou tournées vers l’horreur.

Vault of Horror (1950 E.C. Comics) 15

 

Mais cette période qu’on peut qualifier d’âge d’or  va connaître un revers. Frederic Wertham, un psychiatre publie en 1954 « Seduction Of The Innocents »,  dans lequel il se montre très  virulent envers les comics, responsables selon lui,de la délinquance des jeunes (c’est un refrain qu’on n’a pas fini d’entendre…. ex:  les jeux vidéos, la télé, la musique pop, tout et n’importe quoi) , de l’homosexualité et du communisme .  On craint la censure chez les éditeurs de comics . De là, naît une forme d’auto-censure: le Comics Code

Dans sa forme d’origine, le code impose entre autres les règles suivantes :

  • Toute représentation de violence excessive et de sexualité est interdite.
  • Les figures d’autorité ne doivent pas être ridiculisées ni présentées avec un manque de respect.
  • Le bien doit toujours triompher du mal.
  • Les personnages traditionnels de la littérature d’horreur (vampires, loup-garous, goules et zombies) sont interdits.
  • Les publicités pour le tabac, l’alcool, les armes, les posters et cartes postales de pin-ups dénudées sont interdites dans les comic books.
  • La moquerie ou les attaques envers tout groupe racial ou religieux sont interdits.

Face à ces interdictions, les comics underground vont peu à peu naître dans les années 60 en même temps que les mouvements contestataires. Ils reprennent des thèmes liés à la contre-cultures (amour et sexualité libres, usage des drogues) et offrent une critique de la société. En anglais, on les nomme les « underground comix », le X représentant ….le même X que pour nous. C’est en réaction au Comics Code que se propagent les comix (de 68 à 75, particulièrement).

On peut parler de :Zap Comix (auquel Robert Crumb participe)

Zap Comix 4, cover by Victor Moscoso

Art Spiegelman qu’on connaît bien en France (Maus) de même que Crumb, d’ailleurs:

Sans oublier le magazine MAD:

Si on peut dire que le mouvement s’essouffle dès 1975,   les comixs continuent jusque dans les années 1980. L’underground est une notion de contre-culture, une contestation de l’ordre établi, sa diffusion se fait sur des circuits parallèles. (bande-dessinée alternative, chez nous en France).

On  y aborde ce dont on ne parle pas ailleurs : féminisme, crimes commis par les grandes sociétés, l’homosexualité… Par exemple, WonderWoman (créée dans les années 40 par William Marston, un monsieur très féministe )   est nommée « symbole de la révolte féministe ». Un exemple de son évolution en images:

Marston disait en 1943:
« Même les filles ne voudront pas être des filles tant que nos archétypes féminins manqueront de force, de vigueur et de puissance. Comme elles ne veulent pas être des filles, elles ne veulent pas être tendres, soumises, pacifiques comme le sont les femmes bonnes. Les grandes qualités des femmes ont été méprisées à cause de leur faiblesse. Le remède logique est de créer un personnage féminin avec toute la force de Superman plus l’allure d’une femme bonne et belle. « 

Les comics mûrissent et deviennent plus adultes au fil des années 70/80.

En 1975, ce sont les Uncanny X-Men repris par Chris Claremont:

Mais les années 80 marquent aussi une période d’interminables cross-over, de morts de personnages (qu’on fera revivre par la suite).

« En 1992, sept artistes superstars décident de claquer la porte de Marvel pour fonder leur propre maison d’édition. Les meneurs de cette fronde sont Rob LiefeldTodd McFarlaneJim Lee et Marc Silvestri. La raison de leurs départs : ils en ont assez de voir Marvel gagner des millions grâce à leur travail et de ne toucher que des miettes. Alors ils lancent Image Comics pour y créer leurs personnages creator-owned, c’est-à-dire dont les droits appartiendront en intégralité à leurs créateurs.  »

Le site comicsblog 

Image comics, c’est The Walking Dead, les tortues Ninja, Saga, The Wicked + The Divine

 Le début des années 1990 semblent voir un regain d’intérêt pour la bande-dessinée mais cela est dû à une phénomène de collection: les collectionneurs se mettent à  acheter des comics, parfois en plusieurs exemplaires, en pensant que leur valeur va s’envoler. Ce n’est pas le cas et  les ventes s’effondrent. Les conséquences? des maisons d’éditions et des magasins de comics disparaissent.

Suite à cela, des scénaristes de cinéma ou de  télé,  des romanciers parfois sont appelés  à collaborer aux scénarios qui en  deviennent plus réalistes   – et la psychologie des personnages est mieux développée.

Il n’est plus question de Comics Code. Et grâce aux adaptations au cinéma et en séries, les comics envahissent aussi la culture « grand public ». Pop, pop, pop culture….

 

T’as pas vu ma pop: les origines #1 – pulps

Après un second volet de « T’as pas vu ma pop » basé principalement sur Star Wars et le voyage du héros, je vous invite à remonter le temps dans ce nouveau volet en nous intéressant aux origines de la pop culture.

Culture pop et pulps magazine

 

Mauvais papier, bonnes histoires, faible coût, voilà ce qui pourrait définir le pulp magazine qui naît au début du XXème siècle.

 

 

 

Magazine généraliste, The Golden Argosy (Le Vaisseau d’or) devient   The Argosy . Il devient mensuel  et bientôt, ne publie plus que de la fiction. Nous sommes en 1896 le premier « pulp magazine » est né. The Argosy publie de nombreux textes de proto-SF  . Edgar Rice Burroughs y est publié:

Consacré à la fiction policière, Detective story magazine voit le jour en 1915. Les couvertures illustrent le fait divers qui donne le frisson:

 

Un autre pulp, Black Mask naît en 1920 publiant des histoires de toutes sortes avant de se tourner vers un genre particulier du policier, moins tourné vers la résolution d’une énigme, plus réaliste, plus dur: le « hardboiled« .

On y retrouve les premiers pas d’un ancien détective privé, Dashiell Hammett (Le faucon maltais, Moisson Rouge) – et là, tous les lecteurs de polars sourient…

Action et dialogues, voilà ce qui caractérise ce nouveau genre de roman policier. Le roman noir prend souvent le point de vue non pas de l ‘enquêteur ( typique du roman à énigme) , mais de celui qui transgresse la loi ou en souffre. Il s’intéresse déjà au « côté obscur » des personnages. Hammett et Chandler en sont les chefs de file et bientôt, écrivent des scénarios pour Hollywood.

Un autre genre monte également en puissance: la science-fiction. On doit sans doute la paternité de ce terme à  un Luxembourgeois émigré aux Etats-Unis, Hugo Gernsback.   Il décide de publier un magazine consacré entièrement à ce que l’on nommait alors la « scientifiction ».  Et ‘Amazing Stories vit le jour en avril 1926.
Pour qui aime la SF, le prix Hugo signifie forcément quelque chose…. Il rend hommage à Hugo Gernsback.

Avec la crise de 1929 et la Grande Dépression, beaucoup de pulps connaissent des difficultés mais le genre ne disparaît pas. Les magazines ont su attirer ou souvent même révéler des auteurs et des illustrateurs. Le genre se tourne de plus en plus vers la science fiction.

Ce sera « Astounding stories of Super science »  en 1930, qui devient « Astounding Stories« . Asimov y publie ce qui sera par la suite le cycle de Fondation. Mais y seront aussi publiés: Heinlein, Van Vogt, Arthur C.Clarke – ou pour résumer les futurs maîtres de la SF.

Peu à peu, les pulps changent de format, adoptant celui du « digest » (format de poche).

 

D’autres pulps magazines naissent, connaissent un bref succès et font découvrir des illustrateurs qui deviennent à leur tour les leviers d’une autre nouveauté, un point essentiel pour la pop culture: les comics. 

sources: les pulps (detective etc)

Pulps américains SF ( de très belles couvertures sur ce site)

T’as pas vu ma pop : petit point avant de poursuivre l’aventure

 

Nous voilà arrivés au terme de ce second volet de « T’as pas vu ma pop » qui comprend les épisodes (et oui!)

1- Introduction

2- Rythme ternaire dans la narration (Vous avez dit trilogie?)

3- Le duo

4- La figure du Jedi dans la pop culture

5 – Le côté obscur et la pop culture

6 – Conte et tragédie/ le voyage du héros

Ma bibliographie pour ce second volet:

– Star Wars, une saga, un mythe – Laurent Aknin 

 

Star Wars, un mythe familial : psychanalyse d’une saga – Arthur Leroy

– Star Wars la philo contre-attaque –Gilles Vervisch 

– Game of Thrones, une métaphysique des meurtre – Marianne Chaillan

– Game of Thrones : Série noire – Mathieu Potte-Bonneville 

 – Philosopher avec Game of Thrones – Sam Azulys (Ellipses)
– Pop culture Broché – Richard MÈMETEAU
– parmi les articles: celui-ci
Le reste provient de mes propres élucubrations et autres écrits sur la pop culture. 

Je vous rappelle qu’il existe un premier volet si vous avez envie de le lire ou le relire:

T’as pas vu ma pop? 1er volet

Introduction – part.1

La pop et le camp part.2

Come on, vogue! -icône pop –part.3

Pop culture: le monomythe- part.4

Prophéties – part.5

Prophéties: Matrix, Harry Potter – part.6

Héros pop: croire ou ne pas croire part.7

 

T’as pas vu ma pop est une série d’articles en plusieurs volets (2 complets à ce jour,  le troisième en cours ) qui cherche à explorer et à analyser simplement la culture pop, dans toutes ses dimensions (société, philo, artistique, psycho, etc..). J’en ai eu l’idée après avoir lu plusieurs essais passionnants sur la pop culture, en écoutant des chansons, en rédigeant d’autres articles. Je n’invente rien, je me base sur des publications existantes – mais, parfois j’y ajoute mon grain de sel.

Pour m’en parler, échanger, en savoir plus:

leyartsphotos@hotmail.com

Ou plus facilement: via la page FB

Instagram ou twitter

J’espère que vous aurez envie de continuer le voyage avec moi.  Je vous emmène bientôt (à partir de demain si tout va bien) aux origines de la pop culture.

T’as pas vu ma pop (le retour) – Conte et tragédie

La fois dernière, nous sommes passés du Côté Obscur, cette notion complètement intégrée à notre pop culture qui, pourtant, doit beaucoup à Star Wars.

Avec un Palpatine/Empereur quasi-sosie de la méchante sorcière de Blanche Neige (à noter qu’ils meurent tous les deux en faisant une très grande chute), la trilogie a trouvé là son méchant typique, digne du conte.

 

En effet, dans la trilogie, celui qu’on connaît sous le nom de « l’empereur » appartient de façon stéréotypée au camp des « vilains ». On ne sait pas pourquoi il est aussi méchant, pour plagier une ancienne pub, il se contente de l’être. Il donne des ordres, il prévoit l’avenir, il fait des menaces, il a une apparence cruelle. C’est l’émanation de l’Obscur, ce fameux Dark side auquel nous faisons si souvent référence.
Scène originale de la 1ère apparition de l'Empereur

Cet Obscur (the Dark, en VO)  dont parle très bien Joseph Delaney dans les chroniques de l’Epouvanteur rassemble toutes les forces démoniaques, les démons de nos contes d’enfants.
Il est d’autant plus inquiétant qu’il se montre pernicieux. Ainsi, quand l’Empire contre-attaque nous montre pour la première fois l’Empereur, c’est sous forme d’un hologramme, imposant, immatériel, comme si le Mal était un esprit pouvant entrer dans la tête de ceux qui s’y adonnent. En l’occurrence, celui qui se fait contrôler ici, c’est Anakin devenu Vader.
Depuis, on a pu remarquer que cette symbolique a été reprise dans Le Réveil de la Force où Snoke apparaît lui aussi de la même façon (hologramme cette fois gigantesque). A savoir si le procédé fonctionne aussi bien deux fois, c’est une autre histoire…

 

Mais si la trilogie suit les codes du conte, la prélogie préfère le ton de la tragédie. Pour reprendre l’architecture narrative de Campbell (Le Voyage du Héros), dans les films de IV à VI, on suit le voyage de Luke, dans les n° I à III, c’est bien sûr celui d’Anakin qui nous intéresse.

Et Anakin est fondamentalement un héros de tragédie. Ainsi, alors qu’il doute, Palpatine le séduit, selon le sens étymologique du terme « seducere » : tirer à part, détourner.

Face au chaos qui se déchaîne, Anakin ne décide plus. Il choisit l’oubli, il choisit justement « d’accomplir sa destinée ». Il se laisse détourner par Palpatine qui fait appel à sa sensibilité (scène Palpatine/Mace Windu/Anakin dans La Revanche des Sith) puis entre dans un état de sidération. Comme les héros antiques, il subit le Destin. Or, le destin n’est ni le Bien, ni le Mal – il existe simplement.

C’est un code classique repris depuis par la culture pop (séries, films, livres). Ainsi, dans la série Vikings:

Le destin, Luke Skywalker ne le subira pas. Au terme de son « voyage« ,  symbole de ce passage de l’enfant à l’adulte, il opte pour la responsabilité, pour le libre-arbitre. Il a quitté un univers familier, il a vécu le deuil (la perte de sa famille), il a passé le seuil grâce à un gardien (Obi-Wan Kenobi). Entouré de compagnons (Chewbacca, R2D2, C3PO), comme Jason et ses Argonautes ou Frodon et la communauté de l’Anneau, Luke en vient à se confronter avec son père (ces implications psychanalytiques, quand même!). Et face au choix (« tue le père »), il prend sa décision.

Ce qu’en dit Campbell:

« There’s another one where one sets out responsibly and intentionally to perform the deed. For instance, when Ulysses’ son Telemachus was called by Athena, “Go find your father,” that father quest is a major hero adventure for young people, that is, the adventure of finding what your career is, what your nature is, what your source is. He undertakes that intentionally. »

 

Lucas dit que le problème majeur dans  Star Wars est celui de la responsabilité illustré par la scène de L’empire contre-attaque:

 

Pour aller plus loin:

Rappel du voyage du héros:


Cet entretien (en anglais) entre Joseph Campbell et Bill Moyers, à propos de Star Wars

Nous voilà arrivés au terme de ce second volet de « T’as pas vu ma pop » qui comprend les épisodes :

1- Introduction
2- Rythme ternaire dans la narration (Vous avez dit trilogie?)
3- Le duo
4- La figure du Jedi dans la pop culture

5 – Le côté obscur et la pop culture

6 – Conte et tragédie/ le voyage du héros

 

Je vous rappelle qu’il existe un premier volet si vous avez envie de le lire ou le relire:

T’as pas vu ma pop? 1er volet

Introduction – part.1

La pop et le camp part.2

Come on, vogue! -icône pop –part.3

Pop culture: le monomythe- part.4

Prophéties – part.5

Prophéties: Matrix, Harry Potter – part.6

Héros pop: croire ou ne pas croire part.7

 

 

T’as pas vu ma pop est une série d’articles en plusieurs volets (1 complet à ce jour, le second en publication, le troisième en réflexion) qui cherche à explorer et à analyser simplement la culture pop, dans toutes ses dimensions (société, philo, artistique, psycho, etc..). J’en ai eu l’idée après avoir lu plusieurs essais passionnants sur la pop culture, en écoutant des chansons, en rédigeant d’autres articles. Je n’invente rien, je me base sur des publications existantes – mais, parfois j’y ajoute mon grain de sel.

Pour m’en parler, échanger, en savoir plus:

leyartsphotos@hotmail.com

Ou plus facilement: via la page FB

Instagram ou twitter

T’as pas vu ma pop (le retour): it takes two to tango

 

La dernière fois dans « T’as pas vu ma pop », je vous ai embarqués dans le grand vaisseau Star Wars, pour décortiquer le rythme de la narration.  3 trilogies de 3 épisodes chacune, chaque épisode étant construit en 3 actes, sont construites selon le modèle du Voyage du Héros.

Pourtant, Star Wars aurait sûrement une  dynamique moindre  si le cycle n’utilisait pas c tant de duos, de tandems, de couples, ou même de jumeaux. En effet, les personnages ne sont jamais seuls, chez Lucas (ex: Han Solo/Chewie; Luke/Obiwan; R2D2/C3PO; Anakin/Padmé….)
Voici un petit aperçu de ces binômes qui contribuent à l’évolution de la « saga » (je suis assez réticente à employer ce terme qui est, à la base, tout à fait impropre). 

 

 Han/ Chewbacca

Si Han est le prototype de l’aventurier solitaire (il ne s’appelle pas Solo pour rien), on voit qu’il est constamment en interaction avec d’autres personnages, dont son plus fidèle allié: Chewbacca.
Chewbacca, le Wookie, qui s’exprime de façon grognante vient de la planète Kashyyyk (c’est ce qu’on apprend dans la prélogie). Créature velue, Chewie est un peu une sorte de chimère constituée d’éléments disparates: lion, loup, singe, ours,..

Chewie remplit une fonction importante en apparaissant aux côtés d’un humain. Symbole de l’animalité cachée dans l’Homme, il met en exergue une facette de sa personnalité. Ainsi, si Han Solo est bourru comme un ours, Chewbacca ressemble à un ours. C’est un peu le double de Solo, sa part animale incarnée dans un personnage; la Bête dans le Beau (gosse), l’homme-ours à la Béorn (Tolkien) ou une autre sorte de loup-garou (la bête sauvage enfermée dans le corps de Remus Lupin dans « Harry Potter »).
Parfois comique, souvent tendre, Chewbacca apporte au duo Solo/Chewie une touche de profonde humanité sous la fourrure. Il démontre ainsi beaucoup de tendresse et de fragilité à travers ses grognements, préfigurant les Ewoks d’une certaine façon. Un autre personnage remplit cette fonction dans un autre cycle et a souvent été comparé à Chewie: Hodor dans Game of Thrones, doux géant protecteur ne sachant que s’exprimer via le  mot mystérieux « Hodor ». (on en apprendra sa signification au cours de la série).

Issue de l'univers étendu, cette vidéo propose une version
 de  la rencontre Solo/Chewie:

 

Le duo comique

Une autre variante du  thème du binôme reprend des codes bien connus: le duo comique.
Les deux droïdes occupent une place prépondérante dans le cycle Star Wars – une place tellement forte que la prélogie les a utilisés et la dernière trilogie leur fait reprendre du service; assez anecdotiquement, il est vrai.
R2D2 et C3PO forment un duo classique des films américains burlesques, tels que Laurel & Hardy et aussi Abbott & Costello:

Quand R2 se rapproche plus d’une sorte d’animal domestique à la Rintintin, Cheetah voire Flipper le dauphin, C3PO endosse le rôle de la caricature du serviteur,  comparse passif, un peu ridicule, bref, un rôle de bouffon et de Fou – ou l’illustration de faiblesses bien humaines.
C3PO est le contraire d’un personnage raté, le JarJarBinks de la prélogie, qui ressemble à s’y méprendre au « bon sauvage neuneu », au « gentil indigène » nous renvoyant à une imagerie digne de Tintin au Congoavec toute la gêne qu’elle nous procure à notre époque. 
Voilà l’une des raisons pour lesquelles le duo de droïdes nous fait rire alors que JarJarBinks nous horripile – sans compter le fait qu’il est beaucoup trop enfantin, voire infantile.  Les pitreries des droïdes font sens, pas celles de JarJar.

Les jumeaux

Une autre déclinaison d’un duo est le thème de la gémellité.
Leia et Luke, on l’apprend à la fin du Retour du Jedi sont frères et soeurs, mieux: ils sont jumeaux.
Même si le spectateur se doute d’un lien familial depuis le fameux « Je suis ton père « et la communication via la Force entre Luke et Leai à la fin de l’Empire contre-attaque, il est rassuré à la clotûre la trilogie originale. Leia peut aimer Han (et Luke….heu…R2D2?). Happy ending.
Quant aux Skywalker, ils assument leur hérédité quasi divine, leur descendance d’une lignée prestigieuse.

Car les jumeaux font partie d’un vaste thème remontant aux plus anciennes mythologies: Isis et Osiris, par exemple. Et nous sommes bien ici dans une filiation divine – doublée d’une relation incestueuse frère/soeur, un filon souvent exploité dans la narration.
Leia embrasse Luke. Elle ne sait pas qu’il est son frère. Mais elle déclare à la fin du cycle qu’elle s’en était toujours doutée.

D’autres jumeaux incestueux – et non divins, ceux-là, sont venus agrandir le cercle ces dernières années dans l’imaginaire du spectateur.  Je veux parler de Cersei et Jaime Lannister dans Game of Thrones.

C'est cette scène du jeune Bran surprenant

 l'inceste qui est le facteur déclencheur:

Décrits comme grand, blonds, beaux, ayant les mêmes yeux verts, Cersei et Jamie sont des faux-jumeaux très semblables. Ce n’est pas le cas pour Leia et Luke, la prélogie nous faisant comprendre que Leia ressemble à sa mère, Padmé, et Luke, à son père, Anakin, le futur Vader.

Leia dit qu'elle se rappelle de sa vraie mère:

Autres jumeaux légendaires, Remus et Romulus: comme eux, Leia et Luke sont abandonnés et confiés à une famille d’adoption, – qui n’est pas une louve. Ils ne connaîtront leur véritable identité qu’à l’adolescence et ils sont d’essence divine.

Enfin, la SF n’est pas en reste avec les jumeaux de Dune de Frank Herbert. C’est dans le Messie de Dune (le 2nd livre de la série) que le héros, Paul Atréides, ayant vaincu ses ennemis et règnant comme  l’empereur  Muad’Dib, devient  père de deux jumeaux Leto et Ghamina. Les deux enfants, en particulier Leto, connaîtront un destin plus grand que celui de Paul.

Luke et Leia semblent être deux faces d’un même être, comme l’ animus et l’ anima. Ils se construisent et parviennent à l’âge adulte parce qu’ils auront rencontré une tierce personne jouant le rôle de grand frère pour Luke et d’objet du désir, puis de compagnon, pour Leia: Han Solo.

Enfin, en ce qui concerne les binômes, nous verrons la prochaine fois ce qu’il en est au sein de l’Ordre Jedi. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un autre volet.

T’as pas vu ma pop (le retour): vous avez dit « trilogie »?

 

Dans le premier volet de T’as pas vu ma pop, j’avais parlé de la structure narrative du Voyage du héros. 
Aujourd’hui, je vais aborder la construction en 3 parties de Star Wars….

 


Rappel du monomythe et du voyage du héros

Construite selon le modèle du Voyage du Héros de Joseph Campbell, l’oeuvre de Lucas se découpe en trois parties (et en 3 trilogies) dans lesquelles nous verrons que les duos  sont des constantes pour la narration.

C’est donc une narration en 3 trilogies de 3 épisodes chacune, chaque épisode étant construit en 3 actes.

Par exemple, dans « Un nouvel espoir »:

  • 1er acte: c’est l’exposition  – on  installe l’histoire , les principaux personnages et le personnage qui la portera, le protagoniste.
    Au début, on rencontre Vader, Leia, Obiwan Kenobi, Luke Skywalker. On comprend très vite quel sera le but du protagoniste: Luke doit apprendre à utiliser la Force (ou non). Luke refuse en premier lieu et aussi reste-t’on dans ce premier acte d’exposition jusqu’à ce qu’il retourne sur Tattoine et trouve son oncle et sa tante assassinés (mésaventure suscitant la compassion du public qui en vient à s’identifier au héros). Là, on bascule dans la seconde partie.
  • 2ème acte: c’est le voyage du héros. Pendant cet acte,   les obstacles et les embûches  se multiplient et s’intensifient autour du personnage. Grâce à l’identification préalablement établie, le public ressent de la peur pour le protagoniste, mais aussi pour lui-même.

 

  • Le 3ème acte :  c’est le point culminant, le climax, et la solution. En effet,  c’est dans ce  troisième acte que se trouve le plus haut point de tension du drame (climax).  Avec la décision d’attaquer l’Etoile de la mort (l’étoile noire en VF), Luke détient la solution ( se confronter, utiliser la Force, rétablir la paix).

C’est une structure classique, mais efficace, qui est utilisée là.

Avant Star Wars, les trilogies telles que nous les concevons actuellement n’étaient pas de mise à Hollywood ( nous avons des exemples dans le cinéma français, par contre: Fantomas, la Trilogie marseillaise, les Bronzés – et oui !)
Dans le cinéma américain, il y avait des suites numérotées, comme pour le Parrain (1, 2 – le troisième sera réalisé après Star Wars, ce n’est pas un hasard). Mais on évitait à Hollywood, de produire des films découpés de cette sorte. Ainsi, « Autant en emporte le vent » (Gone with the wind), souvent diffusé à la télé en deux parties, est bien sorti sur les écrans en un long film de presque 4h!
Star Wars impose une autre structure : une structure en trois parties ou plutôt en: 1+2.
Cela signifie que le premier épisode se suffit à lui-même (Un Nouvel espoir; la Menace fantôme; beaucoup moins flagrant pour Le réveil de la Force qui appelle une suite). Les deux films suivants sont reliés, le second contenant un véritable appel à suivre.
La seconde partie reprend les éléments dans la première mais les intensifie. La structure scénaristique est plus complexe- ce qui fait que les seconds films sont souvent plus sombres, plus denses (L’empire contre-attaque). Les deuxièmes et troisièmes épisodes paraissent souvent ne former qu’un seul bloc narratif scindés en deux; c’est particulièrement visible avec L’empire contre-attaque et Le retour du Jedi. Il en est de même avec L’attaque des Clones et La Revanche des Sith, qui, de plus, sont séparés temporellement du premier film par une ellipse de plusieurs années.

Exemples:

la fin d’Un Nouvel Espoir – happy ending, tout aurait pu s’arrêter là. 

 

Fin de l’Attaque des clones (si, avec ça, on n’a pas compris que les ennuis ne faisaient que commencer!):

 Autre exemple d’un « à suivre » dans la scène finale de The Last Jedi :

Il est quand même intéressant de constater que la forme de la trilogie adoptée par Lucas servira pour de nombreux films. On ne compte plus les films en 3 parties qui sortent actuellement… à tort ou à raison. Une fois de plus, Star Wars a su influencer une partie de la pop culture, n’inventant pas grand chose puisque, avant lui, la littérature  fantasy avait connu son maître de la structure ternaire avec …JRR.Tolkien.
Pourrait-on dire alors, que Star Wars tient plus de la science fantasy que de la science fiction? Je vous laisse réfléchir sur cette idée et vous donne rendez-vous très bientôt.

 La prochaine fois, nous poursuivrons ensemble ce voyage  dans les étoiles et en compagnie de héros de la pop culture: des couples, des duos, des tandems, des jumeaux….