Premières lignes – 25 octobre

Premières lignes qui commencent fort :

 » Fela, la fille sans tête, s’approcha d’Emmanuel. Le cou déchiqueté avec une sauvagerie sanguinaire. Elle ne faisait pas de bruit, mais il sentait qu’elle attendait qu’il fasse quelque chose, n’importe quoi.
Puis son téléphone sonna, et il se réveilla.
Il prit une grande inspiration et fit descendre le Degré de Noirceur de sa voix à 1,5 sur une échelle de 10.  » Bonjour, comment allez-vous ? Oui, oui, je voulais en savoir plus sur l’examen de ma candidature. Bon, très  bien, d’accord. Je m’en réjouis. J’y serai. Je vous souhaite une excellente journée. » Emmanuel se leva et alla se brosser les dents. La maison était plongée dans le silence. Ses parents étaient déjà partis au travail.
Ce matin-là, comme tous les matins, la première décision qu’il prit concernait son Degré de Noirceur. Sa peau était d’un noir profond et constant. En public, au milieu des gens, il lui était impossible de faire descendre son Degré de Noirceur aussi bas que 1,5. »

La première nouvelle de ce recueil paru chez Albin-Michel ( collection »Terres d’Amérique ») place la barre très haut. Avec « Les 5 de Finkelstein », le ton est donné : voici une voix, une écriture intéressante à suivre. C’est celle de Nana Kwame Adjel-Brenyah qui signe douze nouvelles, dystopies très réalistes, histoires fantastiques, contes glaçants, avec brio, dans ce Friday Black.
Je ne vais pas toutes les résumer, bien sûr, mais plutôt vous inciter à aller les lire. Dans la nouvelle que je viens de citer, un massacre a été perpétré sur cinq enfants noirs par un homme  blanc. Pourquoi ? Et bien, il s’est simplement senti menacé par leur présence. Il y a procès. La justice donne raison à… l’homme blanc. Un écho qui sonne terriblement familier à nos oreilles, poussé à l’extrême, car l’histoire continue, mais je n’en dirais pas plus. La nouvelle est une réussite de bout en bout
Adjei-Brenyah instille la tension, joue avec l’absurde, déstabilise, met en lumière la violence de notre société actuelle (et de son propre pays, les USA) par le biais de la dystopie.
Haine, humanité/déshumanisation, dominés/dominants, victimes/coupables, tout cela s’enchaîne et se mêle dans ce recueil.
A lire, donc.

Friday Black par Adjei-Brenyah

Premières lignes – 18 octobre

Premières lignes : 

 » La récolte est passée et l’été s’achève » déclara Anne Shirley en observant les champs ras d’un oeil rêveur. Diana Barry et elle étaient allées cueillir des pommes dans le verger de Green Gables mais se reposaient désormais de leur labeur dans un coin ensoleillé du Bois Hanté où une flotte aérienne de duvets de chardon se laissait porter par les ailes d’un vent encore chargé du parfum estival et sucré des fougères. Pourtant, tout dans le paysage autour d’elles évoquait l’automne. La mer s’ébrouait au loin en rugissements  caverneux, les champs nus et desséchés s’ourlaient  de bouquets de gerbes d’or, le vallon rayonnait d’asters d’un violet éthéré et le Lac scintillant était bleu, bleu, bleu ; pas le bleu indécis du printemps ni l’azur pâle de l’été , mais un bleu limpide, ferme et serein, comme si l’eau avait triomphé de toutes ses émotions et ses humeurs pour se glisser dans une tranquillité délestée de l’inconstance desves. « 

Je dois dire que je suis dorénavant une adepte des « Anne » : après avoir suivi les péripéties souvent comiques mais toujours émouvantes dans le premier tome de la jeune canadienne orpheline adoptée par les Cuthbert, j’ai continué avec son adolescence, dans le tome 2. Ce deuxième volume constituait une transition et ne présentait guère d’action. Il était surtout agréable à lire grâce à l’écriture empreinte de poésie de Lucy Montgomery.
Ce troisième tome reprend les aventures d’Anne qui a cessé d’enseigner et va poursuivre ses études à l’université ; nouvelle vie, nouvelles amies, et …nouvelles rencontres. La jeune femme va-t’elle changer ? Est-elle devenue plus sage ? Un peu, mais elle a toujours soif de rêves. Et si elle se montre moins bavarde et un peu plus réservée, elle n’a pas abandonné sa nature fantasque. Et tant mieux.
On partage avec elle sa colocation, son amitié avec Philippa un autre personnage haut en couleurs. Il y aura encore de nombreux voyages à Green Gables, bien sûr, ce qui permet de retrouver les habitué.es : Marilla, Madame Lynde, Mr.Harrison, les jumeaux Davy et Dora.
Sans compter un brin de romance.
Un tome très réussi, finalement qui se conclut… heureusement.

Une fois de plus, l’objet en lui-même est magnifique : couverture, reliure…

Anne de Green Gables, tome 3 : Anne de Redmond par Montgomery

Anne de Redmond – Lucy Maud Montgomery

Nouvelle traduction de l’anglais (Canada) par Laure-Lyn Boisseau-Axmann. Illustration de couverture par Midori Kusano. Format 13 x 19,5 cm. Cartonné. 344 pages. Monsieur Toussaint Louverture

Le quatrième volume, Anne de Windy Willows, à paraître en 2022.

« La traduction de cette série a pour but de revenir au plus près de l’écriture de Lucy Maud Montgomery. Une écriture dense, musicale, parfois lyrique, mais aussi créative et fulgurante. C’est ce qui fait la force de ces romans et leur a permis de traverser les âges. Ainsi, raviver cette essence a été notre priorité pour que ces livres magnifiques rayonnent encore pendant des décennies.

C’est aussi la raison pour laquelle nous avons choisi de revenir au titre initialement souhaité par Lucy Maud Montgomery pour ce troisième volume des aventures d’Anne Shirley, Anne of Redmond. En effet, à l’époque, sous la pression de son éditeur et contre son gré, l’autrice accepte de publier le roman sous le titre Anne of the Island (Anne de l’île ou Anne quitte son île).

Lucy Maud Montgomery aimait les livres, aimait les mots. Nous, nous aimons aussi les livres et les mots, et nous aimons aussi Lucy Maud Montgomery. Ça fait beaucoup d’amour, certes, mais la littérature en demande beaucoup pour en rendre infiniment. » (source éditeur)

Premières lignes – 4 octobre

  » Quand c’est pas la femme qui va chercher la paye de son homme, tout ce qu’elle a pour la semaine, c’est zéro franc parce qu’il va boire un coup avec ses collègues pour fêter l’arrivée du week-end et on  sait ce que ça veut dire, hein ? Tournée générale pour les copains ! Ensuite, il rentre à la maison les poches vides mais alors, heureux ! Il raconte à sa femme des histoires qui tiennent pas debout, pour la faire rire, mais elle n’a pas envie de rire du tout. elle est furieuse et elle préférerait qu’il la ferme.
Il finit par aller se coucher. Le lendemain il se réveille avec la gueule de bois et déclare qu’il aimerait bien deux ou tranches de rôti froid et de la citronnade.
Et bien Materena est fiu de tout ça ! « 

Ces premières lignes retranscrivent à merveille l’ambiance des Chroniques de Tahiti, dont j’avais déjà chroniqué le premier tome, L’arbre à pain.

Avec ce deuxième tome, Frangipanier (et encore le nom d’un arbre qui tiendra une grande importance), Célestine Hitiura Vaite poursuit son tableau de la vie des gens ordinaires de Tahiti. ici, elle commence par un retour en arrière dans la vie de nos deux personnages principaux, Materena, cette femme que nous avons suivie lors du premier tome, et Pito, son homme (tané, en tahitien), devenu son mari après bien des aventures.
Mais nous n’en sommes pas encore là au début de Frangipanier : Pito et Materena sont encore un jeune couple avec un seul enfant et Pito a la fâcheuse habitude de passer ses soirées au bar.
Rapidement, on comprend où l’autrice veut en venir : cette deuxième partie va se focaliser sur la naissance de Leilani, la fille de Materena et de Pito, et deuxième enfant du couple. Puis, peu à peu, on plonge à nouveau dans la vie de la famille : les trois enfants grandissent mais on s’attache surtout à Leilani, son éducation, ses relations avec sa mère. Leilani est brillante, éduquée. Elle ne suivra pas la route de nombreuses femmes tahitiennes de son milieu  :se marier jeune, renoncer aux études,  avoir beaucoup d’enfants, supporter un conjoint parfois violent comme le racontent les petites anecdotes au fil de l’eau narrées par les multiples interlocuteurs.rices de Materena. Leilani se montre indépendante, féministe,  et Materena l’y encourage. De même qu’elle pousse son plus jeune fils à choisir sa voie professionnelle (cuisinier) alors que Pito et son fils aîné se moquent continuellement de lui.

Même si j’ai trouvé le début un peu plus faible que L’arbre à pain, sans doute à cause de l’aspect redondant (je n’aime pas les redites dans un roman, je n’y peux rien), Frangipanier  m’a ensuite, au fil des chapitres, totalement emportée. Les expressions en tahitien (avec le lexique) sont un plus (je suis absolument fan).
Et j’ai, bien sûr, emprunté le suivant dans la foulée. 

Une lecture que je recommande vraiment. Célestine Hitiura Vaite vivant en Australie, elle écrit en anglais. C’est la traduction qui est donc disponible aux éditions Au vent des îles puis 10/18 (en poche). 

Chroniques de Tahiti, tome 2 : Frangipanier par Hitiura Vaite

Widjigo – Estelle Faye

 

 » Basse-Bretagne, mars 1793
A chaque pas, la vase accrochait les semelles cloutées des Bleus qui devaient libérer leurs pieds de son étreinte dans un concert de chuintements liquides évoquant des sanglots. Avec la marée descendante, la côte empestait l’algue et la pourriture, en accord avec ce printemps malade où la jeune Révolution s’enlisait dans la guerre civile et le sang. Au-delà des écueils laissés à découvert, l’océan moutonnait, fouetté par le noroît. le vent gerçait les lèvres des hommes et portait les embruns jusqu’à la colonne de soldats. A l’horizon, une barre de nuages d’encre tranchait entre le gris des vagues et celui du ciel. Une tempête approchait. « 

Le Wìdjigò est l’équivalent du Wendigo en algonquin .
 » Le windigo ou wendigo est un être surnaturel qui appartient à la tradition spirituelle des Premières nations de langue algonquienne en Amérique du Nord. On le décrit comme un monstre puissant animé du désir de tuer et de manger ses victimes. Dans la plupart des légendes, les humains se transforment en windigos à cause de leur cupidité ou d’une faiblesse. Différentes traditions autochtones considèrent les windigos comme dangereux en raison de leur soif de sang et de leur capacité à ensorceler des personnes ou des communautés autrement saines. La légende du windigo illustre principalement les dangers de l’isolement et de l’égoïsme, ainsi que l’importance de la communauté. » (source)

Estelle Faye nous entraîne donc dans un roman hanté par la figure du widjigo, dans les brumes glacées de Terre-Neuve, là où plusieurs personnages disparates se retrouvent, forcés de se serrer les coudes afin de ne pas perdre la vie ou ce qu’il leur reste de raison. L’autrice de fantasy entremêle deux histoires, présent et passé, liées entre elles par le personnage de Justinien de Salers, un nobliau breton retranché dans une tour biscornue battue par les vents. Quand en 1793, le jeune Jean Verdier, fraîchement promu lieutenant de l’armée républicaine nouvelle vient l’arrêter, il ne sait pas ce qui l’attend. Il va faire une rencontre d’une nuit plus qu’étonnante. Le vieux noble lui conte alors ce qui lui est arrivé en 1754, en Acadie, alors que, fuyant les dettes et des événements dont il n’est pas fier, sous l’emprise de l’alcool, déjà rincé et fini à 26 ans, il s’embarque pour une mystérieuse mission à Terre-Neuve. Il fera le voyage en compagnie d’une métisse, qu’il appelle souvent la Camarde, Marie (un très beau personnage féminin fort et inquiétant), du rescapé d’une ancienne exploration, le botaniste, Veneur, et d’un adolescent mutique, Gabriel. Après avoir fait naufrage, ils atteindront les côtes, mais ils ne sont plus que quelques survivants : leur petit groupe, incroyablement préservé, quelques autres personnages (coureur des bois, gabier, soldat anglais), un pasteur rigide, Ephraïm et sa fille adolescente, Pénitence. Alors qu’ils essaient de survivre, un prédateur inconnu s’en prend à eux, les tuant les uns après les autres.
On pourrait penser que l’histoire va tourner au récit d’horreur, cadavres déchiquetés, et bestiole se cachant dans les bois, attendant son heure jusqu’à la fin… Mais l’intrigue est bien plus maligne. Peu à peu, on découvre que le monstre en question n’est sans doute pas celui qu’on pense et que les personnages rassemblés sur cette terre désolée le sont peut-être à dessein. Que rien n’est dû au hasard. Qu’ils ont tous un lien.
La structure est habile, oscillant entre légendes ( à part le wendigo, les mythes liés aux Nations Premières, mais aussi la légende de la cité d’Ys), fantastique, quelques touches horrifiques et une vraie trame de thriller.
Quat aux personnages, ils sont tous finement dessinés, psychologiquement bien pensés (mention spéciale à Pénitence). La place de la nature, particulièrement le végétal, véritable force dans laquelle les enchantements semblent prendre vie, est un grand plus. Les thèmes varient entre la culpabilité, la rédemption, la justice, celui du monstre, bien sûr et tant d’autres encore…
Pour le reste, c’est une ambiance angoissante, brumeuse, mais captivante qui nous tient du début jusqu’à la fin du roman. Un récit hanté.

Note : j’ai été assez inspirée jusqu’à en faire une playlist  « bande son pour Widjigo » sur Y.T (avec des airs traditionnels de Terre Neuve, aussi mais pas que).

Merci aux éditions Albin-Michel Imaginaire pour cette lecture

Widjigo par Faye

 

résumé : En 1793, Jean Verdier, un jeune lieutenant de la République, est envoyé avec son régiment sur les côtes de la Basse-Bretagne pour capturer un noble, Justinien de Salers, qui se cache dans une vieille forteresse en bord de mer. Alors que la troupe tente de rejoindre le donjon en ruines ceint par les eaux, un coup de feu retentit et une voix intime à Jean d’entrer. À l’intérieur, le vieux noble passe un marché avec le jeune officier : il acceptera de le suivre quand il lui aura conté son histoire. Celle d’un naufrage sur l’île de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. Celle d’une lutte pour la survie dans une nature hostile et froide, où la solitude et la faim peuvent engendrer des monstres…

Autrice : Estelle Faye

Édition: Albin Michel Imaginaire

Publication : 29 septembre 2021

 

Premières lignes – 26 septembre

Premières lignes 

 » Les anciens dieux sont puissants, mais ils ne sont ni bienveillants ni indulgents. ils sont capricieux, aussi instables que le reflet de la lune à la surface de l’eau ou les ombres au sol par temps d’orage. Si tu persistes  à vouloir les invoquer, sois prudente : prends garde à ce que tu leur demandes et sois prête à en payer le prix. Et surtout, même si la situation est dramatique ou désespérée, ne prie jamais, au grand jamais, les dieux qui répondent à la nuit tombée.  » Estelle Magritte – 1642 – 1719

Elle était prévenue, Adeline. Elle le savait par cette femme étrange de son village natal en France, un peu guérisseuse, un peu prêtresse sauvage, Estelle : on ne doit jamais rien demander aux dieux anciens. Surtout à la nuit tombée. Et pourtant, Adeline LaRue ne veut pas se marier, elle ne veut pas rester dans ce petit bourg paumé de la Sarthe, mener la même vie que son amie d’enfance Isabelle. Car au XVIIIème, quand on est fille de villageois, artisans, ou paysans (et cela durera encore longtemps), à part le mariage et les enfants, une vie de labeur, qui y-a t’il d’autre à envisager ?
Mais Adeline a envie d’autre chose. Elle veut être Addie, une jeune femme qui dessine, qui apprend, qui va aller jusqu’au Mans, tiens pourquoi pas ? Et peut-être plus loin, Paris, peut-être ! Pour cela, elle est prête à tout. Même à passer un pacte avec une ancienne divinité, un être qui répond à son appel dans un moment de désespoir, le soir de ses noces, un mariage qu’elle fuit. Un ancien dieu ou un diable, peut-être, lui apparaît, avec les traits de celui qu’elle dessine dans son carnet. Il est charmant et il lui accorde ce qu’elle veut. Très luciférien (« mais que désires-tu vraiment ? »), le diable adorable exige un paiement en retour (Faust, nous voilà !). Quoi donc ? Mais son âme, bien sûr.
V.E Schwab revisite donc le pacte faustien, dans un long (trop long) roman qui s’étend sur trois cents ans, suivant la jeune Addie, condamnée à rester jeune, mais à être toujours oubliée, invisibilisée. L’idée est intéressante mais bancale car parfois, on se demande jusqu’à quel point elle peut rester en vie puisqu’elle est tellement invisible. Or, la jeune femme a besoin de se nourrir, de se vêtir, de dormir. Elle souffre, saigne, etc… C’est donc toujours légèrement casse-gueule comme idée.
L’autre fil conducteur, à part les « aventures invisibles », est une suite d’oeuvres d’art (imaginaires) dans lesquelles apparaissent plus ou moins Addie au fil du temps. Là aussi, le concept est malin mais très peu développé à la fin, tant et si bien qu’on se demande en refermant le livre en quoi il a servi l’intrigue.
A ce sujet, d’intrigue, il n’y en a guère : Addie se contente de traverser rapidement l’Histoire avec un grand H. Elle survit, laisse peu ou pas de traces, ne peut pas nouer de véritables relations puisque tout le monde l’oublie aussitôt. Elle-même est un personnage assez volatile, inconsistant — et cela est totalement compréhensible et en accord avec le propos.
Le fil du passé ( ce qui est arrivé à Addie au cours des siècles) se juxtapose avec le présent (2014). Ici, les chapitres sont habilement interposés. L’intrigue du présent repose essentiellement sur une romance entre Addie et Henry, un jeune homme atteint de mélancolie ( dépression chronique, peut-on supposer). Henry présente la particularité d’être le seul personnage à remarquer Addie et à ne jamais l’oublier. Là aussi, il y a une raison (assez facile à deviner).
Quant au pacte en lui-même, on le retrouve régulièrement, grâce aux rencontres avec le beau démon, nommé Luc (pour Lucifer). Le personnage est un brin convenu (« bad boy » de l’enfer brun aux yeux verts qui va s’attacher à la damnée….mouais….).
J’avoue que j’avais beaucoup entendu parler de ce roman, en bien, voire en très bien. Au final, il se lit bien car le style est très agréable ( de belles descriptions d’une grande poésie) et puis, on a envie de savoir. Mais il est beaucoup  trop long pour raconter ….pas grand chose, en fait. Ou alors, il s’agit peut-être d’un brillant exercice sur l’inconsistance et je ne m’en suis pas rendue compte, mince… (et alors, chapeau !).

La vie invisible d'Addie Larue par Schwab

Donc, pourquoi pas mais sans doute pas une priorité de lecture.

Résumé : Une nuit de 1714, dans un moment de désespoir, une jeune femme avide de liberté scelle un pacte avec le diable. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, en échange, personne ne pourra jamais plus se rappeler ni son nom ni son visage. La voilà condamnée à traverser les âges comme un fantôme, incapable de raconter son histoire, aussitôt effacée de la mémoire de tous ceux qui croisent sa route.Ainsi commence une vie extraordinaire, faite de découvertes et d’aventures stupéfiantes, qui la mènent pendant plusieurs siècles de rencontres en rencontres, toujours éphémères, dans plusieurs pays d’Europe d’abord, puis dans le monde entier. Jusqu’au jour où elle pénètre dans une petite librairie à New York : et là, pour la première fois en trois cents ans, l’homme derrière le comptoir la reconnaît. Quelle peut donc bien être la raison de ce miracle ? Est-ce un piège ou un incroyable coup de chance ?Embarquée dans un voyage à travers les époques et les continents, poursuivie par un démon lui-même fasciné par sa proie… jusqu’où Addie ira-t-elle pour laisser sa marque, enfin, sur le monde ?

Premières lignes – 20 septembre

Allez, je peux le dire : c’est un Premières lignes qui tombe le jour de mon anniversaire — et hop, un an de plus. Pendant que je suis à « parle », je suis aussi allée voir « Dune » samedi, place gratuite pour l’occasion — autant dire que j’en ai profité.
Et …. c’est un excellent film. Mais ce ne sont pas les premières lignes Dune qui suivent, même si  je le relirais peut-être pour la énième fois, pourquoi pas.

 » — Tout est prêt ?
— Non. Figure-toi que tout cela est le fruit de ton imagination et que j’ai passé la journée à me tourner les pouces en me gavant de miel.
Tash était en train d’ajuster la corde pour que son extrémité nouée affleure pratiquement le fond de la fosse.
— Un peu plus bas, indiqua Gravell.
— Je ne suis pas aveugle !
— Il faut que tu vérifies.
Tash se tourna vers Gravell.
— Je sais très bien ce que j’ai à faire.
Gravell devenait toujours très pénible et pointilleux à ce stade et Tash se rendait compte seulement maintenant que c’était probablement dû à la peur. Tash n’en menait pas large non plus, mais savoir que Gravell était sur le point de se pisser dessus n’arrangeait pas les choses.
— T’es pas nerveux, quand même ? demanda-t’elle.
Gravell marmonna :
— Pourquoi je serais nerveux ? C’est toi qu’il chopera en premier. Lorsqu’il aura fini de te boulotter, je serai déjà loin.
C’était juste. Tash servait d’appât. Elle attirait le démon dans le piège et Gravell se chargeait de l’achever.
Tash avait treize ans et jouait le rôle d’appât depuis que Gravell l’avait achetée à sa famille, quatre ans plus tôt. « 

Les Voleurs de fumée, tome 1 par Green

Premier tome de la trilogie « The Smoke thieves », Les voleurs de fumée, ce roman éponyme introduit l’univers dans lequel vont évoluer les différents protagonistes. Sally Green, connue pour sa série Half Bad, adopte une technique efficace de points de vue alternés, jonglant avec ses cinq personnages, moins que dans le Trône de Fer de GRR Martin, auquel Les Voleurs de Fumée est très souvent comparé, ce qui me paraît un peu exagéré. Il reste que l’intrigue est elle aussi efficace et donc, prenante. On entre tout de suite dans l’action avec la scène de la chasse aux démons, qui produisent la fameuse fumée, quand ils meurent. Mais qui sont donc ces démons ? D’où viennent-ils ? La réponse ne se trouve pas dans ce premier tome mais à mon avis, on en saura beaucoup plus dans le second.
Ici, on s’attache aux destinées et aux parcours de personnages bien distincts qui ne sont pas amenés à se croiser, a priori. Sauf que, évidemment, tout va les rassembler.
L’histoire n’est pas hyper complexe mais bien addictive et très bien menée. Un bon story-telling, donc, doublé de personnages bien écrits, avec intelligence. Bref, les pages se tournent les unes après les autres à un rythme soutenu.
De la bonne fantasy. 
Et ensuite ? La suite, la suite !
(le deuxième tome vient de paraître en français, ça tombe bien).

Résumé : Une princesse visionnaire qui ne laissera personne lui dicter sa conduite.
Un soldat idéaliste déchiré entre son cœur et ses devoirs.
Une chasseuse intrépide traquant la plus dangereuse des proies.
Un traître déterminé à venger le sang de son peuple.
Un voleur insaisissable qui multiplie les faux-semblants.
Un monde immense et magique au bord du chaos, dont la clé se trouve peut-être au fond d’une bouteille de fumée…

 

Les voleurs de fumée – Sally Green

  • Éditeur : J’ai lu
  • Date de sortie : 6 janvier 2021
  • Prix éditeur : 16,90 €
  • Broché : 480 pages
  • ISBN-10 : 2 290 179 310
  • ISBN-13 : 978-2290179314

 

 

Premières lignes — 13 septembre

    » Couchée à plat ventre dans la boue, sous le caillebottis de bois contre les vieilles pierres du mur, Sancia Grado songeait que sa soirée ne se déroulait pas comme prévu.
Tout avait pourtant bien commencé. Grâce à ses faux identifiants, elle avait réussi à s’introduire dans le domaine des Michiel sans difficulté ; les gardes des premières portes lui avaient à peine accordé un regard.
Puis elle était arrivée au tunnel de drainage et…les difficultés étaient apparues. »

Je suis presque à jour dans mes chroniques et pour ces premières lignes .
Malgré une PAL qui ne fait que grossir (ça ne change pas), en voilà un aperçu, d’ailleurs (tout n’y est pas) :

Le roman dont je viens de citer les premières lignes se trouve en haut à gauche.
C’est un gros roman, le premier d’une trilogie, The Founders trilogy en VO, celle des Maîtres enlumineurs ici, que j’ai lu attentivement (je devais être fatiguée car je n’ai pas été rapide du tout dans ma lecture).
Rapidement, j’ai pensé à la comparaison assez facile avec les romans de Brandon Sanderson, à cause du système de « magie technique » mais au fil du roman, cette impression s’est quand même peu à peu dissipée. Oui, ça ressemble à du Sanderson, non, ça n’est pas du Sanderson. Mais c’est plutôt captivant (et j’ai quand même hâte de lire le tome 2).
Mais revenons à ces enlumineurs: l’action se déroule dans la cité de Tevanne, une grande ville d’inspiration Renaissance italienne revisitée (comme la série jeunesse de Mary Hoffman, Stravaganza, par ex.). Sancia est une jeune voleuse qui possède un don bien perturbant : elle peut ressentir les objets. Mieux : elle entend les enluminures. Mais que sont les enluminures ? C’est une technologie magique. Les maîtres enlumineurs codent les objets en quelque sorte, les programmant (=les enluminant) afin de leur donner des fonctions différentes. Ainsi une porte sera enluminée de façon à ne s’ouvrir que sous certaines conditions ;  l’enluminure d’ une flèche, la forcera à aller plus vite (la formule trichant avec la gravité). Mais les effets sont loin d’être utilisés infiniment car plus la formule est complexe, plus elle nécessite de nombreuses manipulations, avec des lignes et des lignes écrites dans d’énormes volumes — et malgré tout, le risque d’erreur est grand.
A Tevanne, quelques maisons marchandes regroupant quelques familles se partagent les richesses et le pouvoir. Elles cherchent à retrouver les vestiges de ceux qui ont disparu et qui, disent les légendes, maîtrisaient à merveille les enluminures : les hiérophantes. Ils auraient laissé derrière eux plusieurs formidables artefacts.
Un jour, Sancia est embauchée pour commettre un cambriolage. Elle ne sait pas du tout qu’elle va découvrir l’un de ces artefact et la clef – c’est le cas de le dire – de son avenir.
Car cet artefact se nomme Clef. C’est un objet…mais pas tout à fait.
A partir de cette découverte, elle va devoir s’allier avec d’autres, même les plus improbables. Elle va aussi devoir faire face à un passé douloureux (et je n’en dirais pas plus mais la construction du personnage de Sancia, sa psychologie, les thèmes abordés sont particulièrement bien menés).
Il y a d’excellents moments d’action, dans ce premier tome, de très bons personnages, pas seulement Sancia mais aussi tout le petit groupe qui l’épaule, autant des hommes que des femmes et même des « objets ». Certains passages ne connaissent aucun temps mort. Quant au système de technologie magique, il est vraiment captivant. Mon seul bémol vient des (trop) longs passages explicatifs qui viennent briser le rythme. je dirais qu’on a compris la première fois, je ne vois pas le bénéfice de répéter « alors ici, l’influence sur la masse permet de ….et c’est reparti, blablabla… »
C’est, sans aucun doute, ce qui m’a le plus agacé et qui a ralenti ma lecture, surtout vers la fin du roman (je n’arrivais pas à le terminer alors que je voulais à tout prix savoir!).
Mais ce n’est pas un très gros reproche car j’ai vraiment bien accroché à ces enlumineurs et j’ai vraiment envie de lire le deuxième tome : Le retour du hiérophante. 

The Founders trilogy, tome 1 : Les Maîtres enlumineurs par Bennett

Une très belle découverte (et je remercie les éditions Albin Michel Imaginaire pour le SP)

Résumé : Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. À l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique. Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais : quiconque entrera en sa possession pourra mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés

La nuit du faune – Romain Lucazeau

 

Résumé : «  Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune, en quête de gloire et de savoir. Mais sous son apparence d’enfant, Astrée est en réalité une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables.

Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un mortel ennui, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie.

A la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du système solaire jusqu’au trou noir central de la Voie Lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables. »

 » La nuit du faune » est un roman court mais ô combien dense ; certaines personnes diront même exigeant, trop, peut-être. Mais est-il possible qu’une lecture en demande trop ?
J’ai même lu, assez étonnée, qu’on ne devrait pas le conseiller à tout le monde ou alors, en prenant des pincettes. Je ne partage pas vraiment cette opinion. Et je vais tout de suite  parler de cet aspect qui me semble important.
Au fil des pages, il est vrai qu’ on rencontre des notions de plus en plus complexes, particulièrement dans ce qui pourrait être considérée  comme la seconde partie du périple (au hasard, l’intrication quantique, par ex. ).  D’accord, il faut mettre en marche ses neurones.
Et donc ?
Ce n’est pas parce que tu n’as mené des études dans cette branche, parce que tu ne sens pas légitime, etc… que tu dois te sentir exlu.e. Car, au final,  la curiosité intellectuelle l’emporte, tu as envie de savoir (comme le faune du roman ou l’enfant d’éléphant de Kipling) ou du moins, d’en connaître plus. Pas tout, pas besoin non plus de devenir un expert.
Et puis, Internet est ton ami, si tu n’as pas la chance d’avoir quelqu’un près de toi pour t’expliquer simplement certaines notions (de physique ou de philo).
Enfin,  et surtout, Romain Lucazeau est un  bon vulgarisateur. Pour ma part, je n’ai pas ce genre de réticences et je n’ai pas décroché.

Non, ce qui m’a fait craindre de ne pas accrocher, dès le départ, a tenu au style de l’auteur, au rythme particulier, marqué par de nombreuses virgules qui cisaillent la phrase. Pas autant que peut le faire une Duras, par exemple,  qui sait manier les phrases courtes et utiliser les points à merveille. Non, simplement cette utilisation des virgules donne parfois l’impression de légères semi-pauses qui surprennent. Mais, une fois que je m’y suis faite, j’ai littéralement plongé dans le récit, appréciant aussi l’utilisation des (nombreux) adjectifs, quelquefois un peu surannés, de même que le vocabulaire utilisé par les personnages d’Astrée ou de Polémas.

A ce sujet, la référence au roman d’Honoré d’Urfé n’est pas là pour faire simplement joli. Il y a un de multiples clins d’oeil : dont les noms des personnages qui, cependant n’ont pas grand chose en commun avec les amours d’Astrée et de Céladon. Il est vrai que l’Astrée est moins connu de nos jours. Nous avons  en grande partie oublié les romans de la première moitié du XVIIe siècle pour leur préférer la seule Princesse de Clèves,  la nouvelle de Mme de La Fayette correspondant davantage à ce qui se publie depuis le siècle dernier, i.e des récits dont le nombre de péripéties est limité. L’Astrée, est un roman à tiroirs, peuplé de bergères et de nymphes, de chevaliers qui habitent  une contrée idyllique au Ve siècle de notre ère. Plus de deux cents personnages évoluent  dans ce roman pastoral.

« La nuit du faune » se concentre autour de trois personnages : Astrée (la dernière de son espèce, une « vieille-petite fille »), Polémas (le faune, représentant d’une toute jeune espèce de la Terre) puis Alexis.
Polémas  désire la connaissance. Car la connaissance mène au pouvoir, dit-il. Il a gagné le droit d’obtenir des réponses en parvenant jusqu’à  Astrée. Joueuse, la petite finitpar lui répondre  et accepte de l’emmener avec elle pour un très long voyage,  jusqu’au centre de la Voie Lactée, à la rencontre d’êtres qui peuplent la galaxie. Mais elle le prévient :  Polémas obtiendra des réponses qui ne seront guère  agréables à entendre (et on verra que ce sera le cas).
Mais avant de partir, Astrée lui montre le passé et l’avenir. Un éternel retour .

 » Il comprit, par cette seule expérience, qui ne constituait pas encore la leçon, une vérité sur le monde. Et ainsi, Astrée ne la lui transmit pas par le truchement de la parole, mais par  cette absorption qu’elle lui faisait subir, et à laquelle il ne résista pas. le savoir résidait dans le récit, et le récit représentait bien plus que la description, l’adéquate relation au réel : une croissance, un bourgeonnement, un développement organique, de la graine à l’arbre et au fruit. »

C’est ainsi qu’on pourrait résumer « La nuit du faune » : tout réside dans le récit. Car le récit est essentiel. Il est au centre de ce roman. Il est savoir, il est connaissance (donc science). Il est langage, donc poésie. Et c’est toute la force de ce livre, de se situer au-delà de la SF, hard ou pas, d’un conte philosophique ou d’être tout cela à la fois. C’est un voyage fabuleux, une Odyssée.  Un récit.

La Nuit du faune par Lucazeau

Et pour le reste, je renvoie à toutes les chroniques brillantes et référencées sur la blogosphère  (je ne les citerais pas toutes, de peur d’oublier quelqu’un).

Merci à Gilles Dumay et aux éditions Albin Michel Imaginaire pour le service de presse.

  • Titre : La Nuit du Faune
  • Auteur : Romain Lucazeau
  • Publication : 1 septembre 2021
  • Collection : Albin Michel Imaginaire
  • Nombre de pages : 256 pages
  • Format : papier et numérique

 

 

Premières lignes — 30 août

 » Materena aime bien les films d’amour.
Quand il y a un film d’amour à la télévision, Materena s’installe sur le canapé, croise les mains, et ne quitte pas l’écran des yeux. Elle ne balaye pas, elle ne repasse pas, elle ne se coupe pas les ongles des pieds, elle ne range pas ses linges. Elle ne fait rien d’autre : elle regarde son film.
Les films d’amour chavirent le coeur de Materena et il lui arrive même d’imaginer qu’elle est l’héroïne. « 

Contrairement à ce que laissent penser ces premières lignes , L’arbre à pain n’est pas une romance. Il y est question de sentiments, et même de mariage, puisque c’est le fil rouge qui relie tous les chapitres, envisagés comme des tranches de vie tout au long du roman. Mais ici, rien n’est sirupeux ou mièvre. Bien au contraire.
Et pourtant en nous plongeant dans le quotidien de Materena, de sa famille (et elle est vaste, comme on pourra le constater), Célestine Hitiura Vaite réussit à nous transporter au sein de la société tahitienne.
C’est un roman particulièrement chaleureux, émouvant, teinté parfois de nostalgie, d’un brin de tristesse mais toujours amusant que signe l’autrice polynésienne. L’arbre à pain est aussi le premier d’une trilogie avec Frangipanier et Tiaré, tous parus aux éditions Au Vent des Iles Pacifique puis en poche chez 10/18.
J’ai adoré de bout en bout ce roman, truffé de vocabulaire tahitien (il y a un lexique à la fin).

Un gros coup de coeur, donc.

Chroniques de Tahiti, tome 1 : L'arbre à pain par Hitiura Vaite

Résumé : Vivez le quotidien d’une famille tahitienne drôle, attachante et haute en couleurs.
Chronique d’une famille polynésienne des quartiers populaires de Tahiti, L’Arbre à pain nous plonge dans le quotidien de Materena, mère de trois enfants et femme de ménage professionnelle, au franc-parler  » local  » et aux rêves simples. Dans ce premier volet de la trilogie, la succession des récits, authentiques et tendrement drôles, est cousue de fil blanc… celui de la robe de mariée de Materena qui rêve d’une bague au doigt et d’un certificat de mariage encadré au mur. Son tane, Pito, en mâle primaire, entre bière et copains, ne veut rien entendre et résiste. Au risque de se voir réclamer à tout moment de rentrer chez sa mère… Un roman truculent, délicieux de vérité et d’émotion, qui décrit l’art de vivre au fenua et l’amour à la tahitienne dans un style vif et plein d’humour.

L’Arbre à Pain
(Chroniques de Tahiti – 1)
Célestine Hitiura Vaite
Henri Theureau (Traducteur)408 pages
Éditeur : 10-18 (20/05/2021)

 

 

Premières lignes – 23 août

Premières lignes d’un roman qui m’a totalement captivée :

 »

1

Commençons par la fin : je dégringole du pont du navire dans les ténèbres tempétueuses, le souffle coupé par l’effroi de la chute, ma caméra s’envolant sous la pluie…

2

Envolez-moi. Des mots griffonnés sur une vitre quand j’avais treize ans. je me suis reculée, laissant tomber le marqueur, et je me rappelle encore l’exubérance de cet instant, cette sensation dans ma poitrine, semblable à un reflet de lumière sur du verre brisé….

3

Suis-je remontée à la surface ? Le froid est paralysant, il n’y a rien d’autre que le froid… »

Emily St John Mandel a réalisé un formidable roman en le structurant de façon non linéaire et en multipliant les points de vue sans qu’à aucun moment on ne se sente perdu.e. L’hôtel de verre début donc par la fin puis va suivre pendant un temps la vie de Paul, étudiant souvent accro’ aux drogues, qui rejoint sa demi-soeur Vincent. Ensuite, l’autrice introduit Walter, gérant d’un somptueux hôtel de luxe perdu sur l’île de Vancouver. Peu à peu, nous faisons la connaissance de Leon, un cadre dans le transport maritime et de Jonathan Alkaitais, milliardaire (et propriétaire de l’hôtel) qui propose à Vincent, alors barmaid à l’hôtel, de partager sa vie. C’est à ce moment que tous les fils se relient et que le thème principal se met en place. Jonathan a en effet fait fortune de la même manière que Bernard Madoff , avec un système d’escroquerie de type pyramide de Ponzi . Il va entraîner dans sa chute les gens autour de lui (dont les personnages que nous avons déjà rencontrés) et des milliers de gens. Quant à lui, nous allons continuer à le suivre en prison. A cet instant, l’autrice joue avec l’imaginaire de Jonathan et les réalités alternatives, les « contrevies », dans lesquelles tous les personnages auraient pu mener d’autres vies….

C’est toujours habile, très bien écrit, jamais fouillis. On est scotché de la première page à la dernière. Emily St John Mandel boucle la narration avec une maîtrise impressionnante. J’ai envie de dire qu’on referme le livre avec regret.

J’avais déjà beaucoup apprécié Station eleven (lu il y a juste 1 an ) qui relate l’histoire d’une pandémie mais celui-ci, très différent, me semble un roman encore mieux maîtrisé.

Je recommande fortement cette autrice, un vrai coup de coeur.

Emily St. John Mandel, trad. Gérard de Chergé – L’hôtel de verre – Payot-Rivages – 9782743651657 – 22 €