Premières lignes #11février

 

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit.
Les premières lignes rendez vous créé par le blog, ma lecturothèque .

J’avance doucement dans mes lectures depuis deux semaines, pour cause d’otite  et de toux persistantes dont j’aimerais bien voir la fin.
J’ai donc des lectures en attente – et donc, des chroniques en suspens, comme celle du très réjouissant roman de Fred Marty « Sherona » dont je vais parler bientôt.
En attendant, ce sont les premières lignes d’un roman récent de Kate Atkinson que je vais vous citer aujourd’hui.

 

« 30 mars 1944
Le dernier vol

Il marcha jusqu’à la haie qui marquait la limite du terrain d’aviation.
Son chemin de ronde. Les hommes l’appelaient sa « promenade matinale » et s’inquiétaient lorsqu’il ne la faisait pas. Ils étaient superstitieux. Tout le monde l’était. »

 

 

Teddy a vingt ans lorsqu’il s’enrôle en 1940 comme pilote de bombardier. Vite promu commandant d’Halifax, lui et son équipage vont connaître quatre années d’horreur et d’héroïsme où chaque mission risque d’être la dernière. Il va pourtant vivre jusqu’à plus de quatre-vingt-dix ans sans jamais complètement accepter l’idée d’avoir survécu et avec une obsession : ne plus faire de mal à personne. Le formidable pilote va donc épouser celle qui l’attendait, devenir père puis grand-père tout en se frayant un chemin au milieu des périls et des progrès du XXe siècle.

Deuxième volet d’un diptyque commencé avec Une vie après l’autre, L’homme est un dieu en ruine se lit indépendamment du précédent roman. Car, ici, Atkinson tisse  une fiction étonnante, nous faisant croire qu’elle nous narre une histoire linéaire sur la vie d’un ex-pilote de la Seconde guerre mondiale, pour mieux consolider un puzzle bien imaginé.

C’est malin, intelligent comme les précédents romans de Kate Atkinson (que je conseille vivement) et la chute est …surprenante.
Très bien documenté également – mais l’arrière-plan historique est surtout là pour servir une réflexion sur l’humanité, et la fiction (je n’en dis pas plus).

On se laisse prendre au jeu, on se laisse happer par ces différents points de vue, ces morceaux de vie, ces éclats d’un kaléidoscope éclaté tout au long de la narration.
Brillant.

 

A God In Ruins by Kate Atkinson

L’homme est un dieu en ruine (A God in Ruins), par Kate Atkinson, traduit de l’anglais par Sophie Aslanides, 528p., JC Lattès

Participent aux Premières lignes:

• La Chambre rose et noire
• Songes d’une Walkyrie
• Pousse de Gingko
• Au baz’art des mots
• La Marmotte qui lit
• Ibidouu
• Chronicroqueuse de livres
• Chez Xander
• Les livres de Rose
• Les livres de George
• La couleur des mots
• Rêveuse Éveillée
• Les Histoires d’Amélia
• Félicie lit aussi
• Fifty Shades of Books
• Café littéraire gourmand
• Lectrice assidue en devenir
• Au détour d’un livre
• La bibliothèque du manoir
• Light and smell
• World des books
• Lectures de Laurine
• Book & Share
• Le monde enchanté de mes lectures
• Cœur d’encre
• Les tribulations de Coco
• Chroniques étoilées
• Bettie Rose Books
• Les lectures de Martine
• La vie page à page…
• In My Book World
• Ombre Bones
• Ghost buzzer
• Les livres de Noémie

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Premières lignes #4février

 

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit.
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Ce ne sont pas les premières lignes d’un roman que je vais citer aujourd’hui mais celui  d’un récit documentaire.

« C’était un jour comme les autres au Royaume de Sa Majesté Elisabeth II.Il était 18h25, ce 1er décembre 1976. Après avoir regardé le journal de 18h, quelques millions de téléspectateurs britanniques s’apprêtaient à assister à une émission d’actualité régionale intitulée Today, présentée par Bill Grundy, sur la chaîne privée Thames TV (….) Le journal annonçait la présence sur le plateau du groupe Queen (…). Un certain nombre de ces téléspectateurs fut donc surpris de voir quatre jeunes énergumènes aux dégaines improbables. »

Si vous connaissez  un peu les Sex Pistols, l’histoire du punk, (l’histoire de la musique anglaise, en gros), vous savez ce qui arriva ensuite lors de cette célèbre émission – et qui nous paraît actuellement comme un gentil bazar et non la venue de l’Antéchrist sur terre (même si Johnny Rotten le chante dans « Anarchy in the UK »). Si vous ne le savez pas, je vous laisse découvrir ce qui fit bannir les Pistols et le punk rock naissant de pas mal de média (extrait sous-titré):

Et ainsi naquit la légende…

Dans son récit, Manuel Rabasse, dont je lis les textes depuis fort longtemps dans les revues de rock, a fait un très bon travail de documentation. On se prend au jeu: vivre l’aventure du punk rock et ce qu’il avait de subversif, et non d’une mode pour les touristes, en 76 et 77.
Je ne reprocherais qu’une chose à ce livre: être écrit parfois de manière assez fantasque (des phrases sans verbe; pas de virgules, des pronoms dont on  ne sait plus ce qu’ils désignent). Peut-être est-ce la faute de la mise en page un peu sommaire, aussi.
Mais c’est un très léger inconvénient par rapport à la somme d’informations apportées ici.

Pour ceux qui s’intéressent à la musique de la fin 70’s, pour ceux qui aiment l’Angleterre, pour ceux qui veulent en savoir plus sur le punk – néophytes ou pas. 

(Editions Camion Blanc – 2017)

 

Plus de livres!

 

Premières lignes #28janvier

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit.
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Ce sont des premières lignes assez fameuses, cette semaine, puisque ce sont celles du début du premier Harry Potter:

« Mr and Mrs.Dursley, of number four, Privet Drive, were proud to say that they were perfectly normal, thank you very much. They were the last people you’d expect ti be involved in anything strange or mysterious, because they just didn’t hold with such nonsense »

Ce qui est notable avec cet incipit, c’est que Rowling donne d’entrée de jeu le ton de ce qui va suivre – et c’est là tout son art (on le retrouve dans ses livres non-Potteriens comme les aventures du détective Cormoran Strike, par ex.).

Harry Potter et la pierre philosophale –  Harry Potter and the sorcerer’s stone aux USA –  Harry Potter à l’école des sorciers, en français est sorti il y a donc 21 ans en anglais, 20, en version française (Gallimard étant le premier éditeur étranger à le publier).

Roman d’apprentissage, « Harry Potter » introduit dès le premier tome les éléments qui seront développés par la suite. Le point de vue adopté, sauf pour le premier chapitre, est celui du jeune Harry, orphelin, abandonné. Le thème des « enfants abandonnés » est récurrent dans Harry Potter avec S.Rogue, Voldemort, et le jeune Harry, sans oublier son parrain, Sirius. Tous trouveront leur « famille », leur maison à Poudlard où ils n’auront de cesse de retourner.

Classique de la littérature de jeunesse, Harry Potter va au-delà du public enfantin. Et si beaucoup ont grandi avec (bonjour les trentenaires!), beaucoup d’autres l’ont découvert à l’âge adulte; quand d’autres encore le découvrent via les films.
Etre fan de Harry Potter, ce n’est pas seulement accumuler les chapeaux pointus et les bibelots sur les étagères (ça l’est aussi!), cela va au-delà: c’est réenchanter le monde.

C’est bien pour cette raison que j’ai pris tout mon temps cette semaine pour apprécier chaque ligne, chaque phrase d’un livre que j’ai dû lire des dizaines de fois, même si le premier et deuxième tome ne comptent pas parmi mes favoris.
Je suis certaine d’avoir commencé à mieux les apprécier lorsque j’ai fait l’effort il y a un peu plus de dix ans de les acheter en anglais…pour me rendre compte que je redécouvrais un cycle – et une auteure. Malheureusement, la traduction a voulu se faire très proche des enfants mais est souvent erronée, voire tronquée. Parfois, les noms de lieux, de sorts et de personnages  sont traduits, parfois non – et ceci sans raison évidente:
Petits exemples: pourquoi Mme. Pomfresh alors qu’elle s’appelle Pomfrey?
pourquoi Drago Malefoy quand il se nomme Draco Malfoy? Choix bizarres…( Et j’en passe car la liste est longue. )
Bref, peu importe que vous le lisiez en anglais ou en français, l’art de Rowling demeure.

Je remercie donc Petit Pingouin Vert pour m’avoir incitée à faire cette relecture ( relire tout Harry Potter en 1 an).

 

L’as-tu lu ou le liras-tu? Red Dragon T.1- Masahiro IKENO

 

La dynastie Qin a fondé le premier Empire en Chine, mais cette dictature laisse le peuple dans la misère… Liu Bang et Lu Wan, deux amis d’enfance issus de la classe populaire, décident d’allier leurs forces pour organiser une rébellion et prendre le pouvoir, l’un par sa force et l’autre par son intelligence. Ce sera le début d’une belle aventure pour nos deux jeunes héros !

Masahiro Ikeno, déjà connu en France pour Malicious Code, s’attaque ici à l’Histoire chinoise pour transformer des personnages légendaires en héros de shônen charismatiques.

Ou en images pour le résumé:

 

Pour un shônen historique, j’étais partante. De plus, la couverture est très belle – et je n’avais guère que ces deux éléments lors de mon choix. (Je pense que si j’avais pu avoir le loisir d’ouvrir le manga, de découvrir le trait, je l’aurais laissé; le dessin n’est pas ce que je préfère dans ce manga, loin de là).

La trame historique est vraiment intéressante, les scènes d’action sont bien menées, les rebondissements, bien gérés.
Pourtant, je n’ai pas été séduite: les antagonistes sont trop caricaturaux (on n’est pas chez One Piece!), le découpage reste très classique (c’est sûr qu’on ne va pas se perdre dans les cases…). enfin, je ne sais pas ce qu’a voulu faire le mangaka avec ses personnages féminins sexy à outrance,  mais ce n’est vraiment pas joli. Somme toute, un manga qui reste trop dans les codes du shônen et qui n’apporte pas d’originalité. Peut-être à réserver aux lecteurs les moins habitués de genre qui souhaiteraient le découvrir ?

Les points forts: contexte historique; traduction efficace; rebondissements; codes  du genre très respectés; scènes d’action bien gérées.

Les points faibles: finesse du papier (ça se plie à une vitesse…); manque d’originalité, sexualisation sans finesse des personnages féminins; dessin parfois « fouillis » et caricatural.

Si vous voulez découvrir les premières pages, c’est ici, grâce à Glénat. 

C’est grâce à  l’opération Masse Critique  de Babelio que j’ai pu faire cette lecture

L’as-tu lu ou le liras-tu? Paris-Venise – Damien Oiseau

 

Roman vient de trouver un job sur le Paris-Venise, le train de nuit le plus en retard d’Europe. Un signe. Lui non plus n’est pas très en avance dans sa vie. À presque trente ans, décrocher ce poste de couchettiste ressemble à une consécration… Les trafics de clandestins, les douaniers avinés, les descentes de pickpockets venus piller la diligence : tout peut arriver dans ce théâtre ambulant. Même tomber amoureux.

Inspiré de faits réels, Paris-Venise confirme le talent de Florent Oiseau qui mêle admirablement humour et sensibilité.

 

C’est avec plaisir que j’ai découvert ce roman – et c’est avec plaisir que je l’ai lu. L’écriture est vive, avec des clins d’oeil à Frédéric Dard, parfois, au rap et au parler de ma banlieue (93, le héros habite à Bondy). J’étais soudain revenue en pays de connaissance ce qui a encore augmenté ma sympathie pour  ce livre.
De l’humour, il y en a – de l’amour aussi – et beaucoup de tendresse pour les humains, en règle générale comme beaucoup  (seuls?) de  gens confrontés aux galères savent en éprouver.

J’ai donc passé un bon moment, heureuse de découvrir un auteur. Auteur qui a vraiment le sens de la formule:

« Leur capitaine, pompier volontaire, une vraie machine. Impressionnant le type. Pas une phrase grammaticalement correctes à chaque prise de parole au micro, mais des triceps qui rendent le Bescherelle obsolète. »
« Le maquereau reconverti en vendeur de poissons, un poivrot qui refourguait du bar. La vie ne manquait pas d’humour. » (dans son précédent roman).

Ma note: 4/5

 

 

Merci aux éditions Allary  et à Netgalley pour cette lecture

 

 

Premières lignes #21janvier

 

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit.
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Des premières lignes qui tiennent en une seule phrase, cette fois (prenez votre souffle):

« Au bord de la Tamise, à cinq kilomètres en amont du centre d’Oxford, à l’écart de l’endroit où les grands collèges Jordan, Gabriel, Balliol et deux douzaines d’autres s’affrontaient dans des courses nautiques, là où la ville n’était qu’un ensemble de tours et de flèches au loin, au-dessus des nappes de brouillard de Port Meadow, se dressait le prieuré de Godstow, occupé par de gentilles bonnes soeurs qui vaquaient à leurs saintes occupations, tandis que sur la rive opposée se trouvait une auberge baptisée La Truite. « 

Ainsi débute le premier roman de la première trilogie, préquelle de « À la Croisée des Mondes « , un livre attendu depuis 17 ans par tous ceux que Pullman a captivé auparavant.
On y retrouve des personnages connus (Lyra bébé, son daemon Pan, Lord Asriel, Mme. Coulter devenue blonde alors qu’elle était décrite comme brune, etc…) et des nouveaux dont Malcolm, le héros de cette aventure très humide.
En effet, fidèle à ses thématiques (religion, conservatisme religieux,  science, …), Pullman introduit ici un élément qui va accélérer l’intrigue: des pluies tellement abondantes qu’une bonne partie de l’Angleterre se retrouve sous les eaux. Ah, le déluge, décidément….

 

Course-poursuite à bord du canoë « La Belle Sauvage » à travers des paysages de plus en plus désolés, hors du temps (on y rencontre des fées, des fantômes, des dieux païens dont le Vieux Père Tamise    ),      La Belle Sauvage est un roman d’apprentissage de même que l’est la trilogie centrée sur Lyra, un récit de dérive le long d’un fleuve à la Huckleberry Finn.
L’univers de Pullman est toujours aussi enchanteur. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper: si le roman est classé en jeunesse, il convient d’avoir une belle maturité pour comprendre réellement ce qui est en jeu. De même que dans La Croisée des Mondes, les thèmes abordés le sont subtilement et il serait un peu idiot de balancer Pullman en lecture imposée à des enfants ou à des pré-ados. En écrivant ceci, je pense à un tweet particulièrement insensé que j’ai pu lire cette semaine où un/une prof de de français traitait ses élèves  (je cite) d’assistés  parce qu’ils ne pouvaient pas aborder Les Royaumes du Nord …(je passe sur mon énervement face à cette absence de pédagogie, bien sûr et mon étonnement face à cette non-compréhension des propos de Pullman. )

On compare souvent Harry Potter et La Croisée des Mondes, Pullman et Rowling, en les opposant; il est bien plus agréable de se dire qu’après une (re)lecture des Harry Potter, on a le loisir de (re) lire A la croisée des mondes.
Une chose est sûre, c’est une réussite; Pullman nous laisse sur notre faim …afin de mieux apprécier le roman à venir, peut-être.

 

Gallimard 544 pages,
Collection Grand format littérature, Serie Romans Ado, Gallimard Jeunesse
Publication date: 16-11-2017

 

Premières lignes #14janvier

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit.
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Des premières lignes assez inattendues, cette semaine – et ceci pour plusieurs raisons: 1° : je n’avais absolument pas prévu de lire le livre qui suit (pour tout dire: il est au programme de français de ma fille, en 1ère)
2°: les premières lignes sont plus que surprenantes.

« La première fois que j’ai vu mon traître, il m’a appris à pisser. C’était à Belfast, au Thomas Ashe, un club réservé aux anciens prisonniers (…) »

Pour un incipit, c’est réussi.

« Antoine est un luthier parisien qui très vite, se prend d’amour pour l’Irlande. Fasciné par sa culture, ses paysages et par la chaleur des gens, le jeune français découvre l’Irlande du Nord, avec Belfast et sa grisaille, ses barbelés et ses tensions politiques. Il y rencontre des habitants qui deviendront plus tard ses amis. Tous font partie du mouvement républicain, et mènent comme ils le peuvent quelques actions pour le compte de l’IRA.

Au fil des contacts, Antoine y rencontre Tyrone Meehan , un homme dont il s’éprend d’amitié. Tyrone Meehan est à l’époque un éminent leader du mouvement républicain.

Au fil des ans, Antoine rend de plus en plus de visites à ses amis. Son enthousiasme pour la “cause” est tel, qu’il s’enflamme lui aussi pour le conflit en Irlande du Nord : il commence alors à participer à certaines actions.

Ces actes, ils les mènera durant plus de 25 ans, vraisemblablement appuyé par son ami Tyrone Mehaan… Jusqu’au jour où il apprend par la presse que son ami agissait en vérité depuis plus de 20 ans pour le compte du gouvernement britannique. « 

C’est la deuxième fois que je lis quelque chose de Sorj Chalandon . Et cette fois, cette manière de faire, archi-documentée, très journalistique m’a réellement gênée. C’est bien de fournir autant d’informations mais l’histoire, où est-elle?
On a peine à croire à une fiction tant le livre tient plus du récit, voire du documentaire plus que du roman.  (cf. les grèves de la faim, la dirty protest qui rappelle tant « Hunger », le film de Steve McQueen avec Michael Fassbender).
J’en suis ressortie mitigée….
A noter que Chalandon a écrit sur le même thème trois ans après « Mon traître »: « Retour à Killybegs » le point de vue de Tyrone Meehan (le traître).

Quant à Meehan, il est inspiré de Denis Donaldson, membre de l’IRA et du  Sinn Féin, abattu en 2006. Un proche de Bobby Sands – j’en reviens donc à « Hunger »:

 

L’as-tu lu ou le liras-tu? Le jour du cache-oeil – Anne-Laure Rique

 

Moustique Lagrogne a beau être l’héritier de deux grandes familles de pirates, il ne sait pas cracher, a une peur maladive des perroquets et n’a aucun intérêt pour les lames tranchantes si ce n’est pour découper de gourmands desserts ! Car depuis toujours, Moustique rêve d’être cuisinier. Mais son père, le célèbre capitaine Fynn Lagrogne, n’est pas du tout, du tout d’accord : Moustique devra suivre l’apprentissage pour devenir capitaine pirate, un point, c’est tout ! Voilà Moustique forcé de s’entraîner pour les traditionnelles – et effrayantes – épreuves imaginées par le Haut-Conseil de la Grande Piraterie : le fameux Jour du Cache-Œil…

 

Pour changer, un roman jeunesse! Et un roman qui parle de …pirates!
Le jeune Moustique a une particularité pour un fils de pirate: il a une passion: la cuisine! Or, être cuisinier, dans la piraterie, c’est plutôt mal vu.
Par contre, sa soeur jumelle, Grenadine, ferait une candidate idéale à la succession familiale.  L’histoire de ce jeune  Moustique Lagrogne est conçue de façon à plaire aux garçons comme aux filles et c’est tant mieux!
Le frère et la soeur Lagrogne n’ont que 12 ans et auront fort à faire pour démontrer aux adultes – et à des pirates a fortiori – qu’ils peuvent décider de ce qu’ils veulent faire et devenir – sans être classifiés « fille » ou « garçon ».

Un très agréable roman, plein d’humour, pour les plus jeunes (à partir de 8 ans) qui se lit très bien en étant adulte!

Ma note: 4/5

 

L’auteure Anne-Laure Rique est dijonnaise de naissance puis tour à tour parisienne, lyonnaise et montréalaise d’adoption. Son site ici. 

Sa page FB

Merci à NetGalley et aux éditions Castelmore pour cette lecture.

Premières lignes #7janvier

 

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit.
Les premières lignes rendez vous créé par le blog, Ma lecturothèque .

 

Premières premières lignes de 2018 – mais pas premier livre ouvert en 2018!
J’ai commencé et fini « La princesse de la nuit » (800 et qques pages) de Cassandra Clare qui semble redonner un nouveau souffle à sa série The Mortal instruments après une trilogie assez fade relatant les origines des Chasseurs d’Ombre. Heureuse de lire de la fantasy YA sans râler et m’ennuyer, je me suis tournée vers une toute autre lecture dont voici les ….premières lignes:

 » Encore bouleversé par le coup de téléphone qu’il venait de recevoir de l’épouse de son frère, le major Pettigrew ouvrit sa porte sans réfléchir. Mme Ali, de la boutique du village, se tenait là, dans l’allée de brique humide. « 

 

 

« À Edgecombe Saint Mary, une tasse de thé délicatement infusé est un rituel auquel, à l’heure dite, le major Ernest Pettigrew ne saurait déroger. Désormais veuf, ce parfait gentleman retraité du Royal Sussex a pour seule compagnie ses livres, ses chers Kipling et quelques amis du club de golf — tous occupés à fuir leurs dames patronnesses. Et ce n’est guère son fils, dévoré par l’ambition et les jeux du pouvoir de la City, qui saurait être le complice de ses vieux jours.
Quand l’amour se présente soudain à lui sous les traits de la douce Madame Ali — l’épicière d’origine pakistanaise —, la communauté villageoise s’émeut, l’équilibre familial vacille. Le major, si respectueux des traditions, saura-t-il mener sa dernière conquête, contre les convenances, la vox populi et … lui-même ? »

Après mes réflexions en demi teinte,je me suis décidée à lire le premier roman d’Helen Simonson. Pour l’instant, la lecture est agréable même si mes remarques quant à une nostalgie touchant au passéisme et à une société anglaise fantasmée sont toujours d’actualité (décidément, ça doit être le dada de l’auteure). Ici,  les thèmes abordés sont moins nombreux, les personnages mieux campés. C’est presque  une sorte de version moderne (XXI ème)  et allégée de « L’été avant la guerre »; donc,plus agréable. Par contre, je crains que l’auteure ne tourne un peu en rond et ne marque guère d’originalité au fil de ses romans tant les personnages et les situations ont tendance à se ressembler.
Amusantes, les tribulations de ce major vieillissant  qui m’ a fiat penser à un autre major : celui de Pierre Daninos avec son  major Marmeduke Thomson, cet ancien officier de l’armée des Indes et remarié à une Française. Ecrit dans les années 50, le livre est un bijou d’humour, bien sûr bourrés des clichés de l’époque – certains ayant la vie dure…

TBTL /1- Libre choix

 

Pour commencer 2018, j’ai choisi de parler d’un livre dont j’ai discuté assez souvent avec mes proches récemment (ça les fera sourire ):

Été 1914, dans la campagne anglaise. La gentry de Rye reçoit pour un pique-nique sur le gazon fraîchement tondu. Les ombrelles et les chapeaux sont de sortie et c’est l’occasion pour Beatrice Nash, 23 ans, récemment débarquée dans la petite ville pour y prendre le poste de professeur de latin, de faire plus ample connaissance avec toutes les personnalités locales. Béatrice est orpheline de mère, et a grandi auprès de son père, un universitaire qu’elle a accompagné dans ses voyages et secondé dans ses travaux. Décédé un an plus tôt, il l’a laissée sous la tutelle de sa famille bien-pensante alors qu’elle souhaite mener une vie indépendante loin de ces collets-montés qu’elle déteste. Elle est chaperonnée par Agatha Kent qui l’a prise sous son aile : une Anglaise excentrique comme on les aime avec une bonne dose d’humour, quelques idées progressistes et une grande habileté diplomatique. Agatha a deux neveux : Daniel, qui rêve de lancer un journal de poésie à Paris, et son cousin Hugh, timide étudiant en médecine, qui courtise la fille un peu écervelée de son patron. Tous deux adoptent d’emblée la nouvelle venue. Et bientôt Hugh rougit un peu trop souvent en sa compagnie…
Mais Béatrice veut rester célibataire et devenir écrivain : deux choix difficiles pour une jeune fille instruite et sans le sou dans la société misogyne et conservatrice de ce début du siècle. Surtout, l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne vient bouleverser la petite communauté. Des réfugiés belges sont recueillis à Rye et les hommes s’engagent : Daniel, le colonel Wheaton et son fils, Snout, le petit-fils des tsiganes qui vivent en marge de la ville, et Hugh, que Béatrice voit partir avec un sentiment qu’elle peine encore à nommer….

 

 

« L‘été avant la guerre » est un beau pavé écrit par une auteure née en Angleterre mais vivant aux USA depuis de nombreuses années. Il y est question de thèmes tels que: la condition de la femme,la guerre 14/18, la condition des réfugiés , le viol , l’homosexualité , les classes sociales etc…
J’ai envie de dire que cela fait beaucoup car, même si le livre est épais, il est compliqué de tout aborder sans se perdre. Et c’est ce qui arrive au fil d’une narration qui est tout à fait limpide, pourtant. L’intrigue en elle-même est simple, la romance est présente, même si elle est évacuée en quelques pages à la fin du roman .
C’est dommage car  le parti-pris du ton adopté par Simonson très austenien séduit vite. La galerie de personnages est bien décrite – même les plus mesquins d’entre eux.
Je suis restée très ambivalente en refermant ce livre. Il me semble que le désir de mettre en avant la nostalgie d’une autre époque (« ah, c’était mieux avant »), d’évoquer un certain charme suranné à la Downton Abbey touche à un passéisme tellement peu réaliste (c’est aussi mon bémol pour la série).

Pour autant, il serait dommage de passer à côté de cet agréable roman même si le dénouement des  dernières pages est assez mal conçu.

Pour faire un lien autre que Jane Austen et Downton Abbey:

Margaret Powell a été domestique dès l’âge de 14 ans et a publié ses mémoires en 1968. Ce livre a été une grande inspiration pour les séries « Downton Abbey » et « Upstairs Donwstairs« .

Même époque, la série d’Anne Perry qui commence avec « Avant la tourmente » (10/18).
Avant d’être une reine du polar, Anne Perry est surtout une habile romancière qui décrit avec justesse la société anglaise (cf. série des Monk et des Pitt, même éditeur).